DÉFINITION
principes des armées : l'esprit de dévouement et de sacrifice, la discipline, le bon ordre.
Le Mécanisme est une force toute matérielle.
Il se compose de rouages multipliés ettrès-di\ers, dont la condition la plus importante est de fonctionner dans l’harmonie.
La force principale de certaines armées est dans la puissance du moteur; la force principale de certaines autres, est dans la perfection du mécanisme. Lne armée qui réunirait à un égal degré ces deux éléments de supériorité, serait infiniment redoutable à la guerre, je dirai presque invincible. Elle serait pour son pays et pour le gouvernement de son pays, un point d’appui d’une inébranlable solidité.
C’est sous ce double aspect que, saisissant les faits dans l’ordre où ils se présenteront a mon esprit et sans chercher à les rattacher trop étroitement les uns aux autres, je me propose d 'étudier l’armée française.
DU CARACTÈRE ET DES APTITUDES MILITAIRES DE LA NATION FRANÇAISE ET DE SON ARMÉE.
Pleraq ue Galli y <luus -w iadustriosissime persequitur : rem militarem et a r gu te
loqui .
(Cat. On g . II.)
Lu .plupart des Gaulois se livrent .avec une ardeur infinie à deux choses : les armes et la discussion.
(Caton l’ancien, Origines.)
Dans l’armée française, le moteur offre un caractère particulier et il est d’une grande énergie. Nous avons un vif et très-ancien esprit de nationalité, des traditions militaires aussi vieilles .que la France elle-même et dont elle est justement fière. Il s’y rencontre pourtant presque autant rie
Dü CARACTÈRE
souvenirs douloureux, que de souvenirs de triomphe ; mais nous avons une aptitude spéciale à expliquer et à justifier nos revers, ou à nous en consoler par la mémoire, fidèlement gardée d’âge en âge, de quelque acte ou de quelque parole chevaleresque qui vient toujours à propos pour ennoblir et poétiser la lutte, quel qu'en soit le résultat. Pour la masse populaire française contemporaine, toute la journée de W aterloo c’est : La garde meurt et ne se rend pas; comme pour nos pères, toute la journée de Fontenoy c’était : A vous, messieurs les Anglais; comme pour nos grands-pères, tout le désastre de Pavie avait été dans cette belle parole du roi vaincu : Tout est perdu fors l'honneur.
En définitive, c’est presque uniquement la pensée des victoires et des gloires françaises, qui demeure dans les esprits français, et les sentiments comme les aspirations qui en résultent, ont une haute valeur et font de nous un peuple guerrier.
A ce dernier mot, j’attache une signification particulière qu’il convient peut-être d’expliquer.
Nous sommes, en effet, bien plus un peuple guerrier qu’un peuple militaire , car nous n’avons pas ce calme de tempérament, cette constante préoccupation d’exactitude et de ponctualité, celte rigidité d’habitudes et d’attitude qui préparent si admirablement les peuples du Nord à l’obéissance, à la résignation devant la règle, à la discipline, enfin à toutes les exigences rigoureuses de la profession des armes. En Prusse, en Russie, un soldat obéit immédiatement et silencieusement, quel que soit l’état de ses convictions et de son âme, devant l’ordre qu’il a reçu, line observation, un murmure étouffé seraient d’ailleurs des énormités intolérables, et la répression suivrait. Le soldat français incommodé par un ordre, l’èxécute aussi, mais la discussion est au fond de son esprit , sa mauvaise humeur se montre toujours par quelque endroit, et si une réflexion étranglée accompagne l’exécution, ce n’est pas une affaire et, dans la plupart des cas, le mieux est de ne pas l’entendre.
Ainsi, la nature de nos soldats n’est pas indéfiniment disçiplinable, et il faut leur mesurer la compression et la répression. L’obéissance auto-
Dü CARACTÈRE
matique n’est pas leur fait. Ils ont au contraire, dans certaines circonstances que j’indiquerai, des tendances à un laisser aller très-pen militaire qu’il importe de combattre par des moyens que j’indiquerai également. Le maréchal Bngeaud définissait cet esprit particulier du soldat de notre pays, en disant :
J! avale la règle en long, mais rarement en travers.
La force la plus réelle et la plus effective de l’armée française d’aujourd’hui', réside dans l’origine et dans la composition du personnel qui forme ses masses. Elles étaient autrefois pour une part jà peu près illimitée, le produit du racolement, c’est-à-dire d’une combinaison de séductions grossières et de violences, qui s’exercaient toute l’année sur le peuple des villes et des campagnes, par des agents militaires spéciaux, intelligents et audacieux, dont le nom est resté dans la tradition du pays comme une sorte d’injure*. Des étrangers recueillis à toutes les