‹ L'Armée française en 1873Chapitre 29 sur 85 · NÉCESSITÉ DES GARNISONS · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DES GARNISONS

Mais si la situation peut varier d'un jour à l'autre, cependant il n'est pas moins vrai de dire que la répartition des troupes est assujettie à certaines conditions, parce qu'elle est forcée de répondre à certaines nécessités. Le besoin s'est fait sentir de tout temps, d'une part d'observer les centres importants de population pour contenir les éléments de désordre qui y fermentent, de l'autre , de garder contre les entreprises de la convoitise ou de la rébellion à l'intérieur ou d'une agression soudaine de l'extérieur, les établissements où se conservent les ressources en matériel de l'armée. De là une double mission : surveillance des grands centres , garde des établissements militaires. L'une et l'autre imposent des garnisons permanentes.

En ce qui concerne les grands centres de population, leur attitude varie, leur esprit se modifie, leur mode d'action se transforme selon le temps et les circonstances politiques ou économiques, mais ils ne changent que très-lentement

dans leur importance relative. — Aujourd'hui comme par le passé, il faut préserver l'autorité et ses représentants légaux contre des entreprises factieuses; elles prennent presque toujours naissance dans les lieux où l'accumulation de la population amène en plus grand nombre les gens de désordre, où se trouvent la richesse, objet de leur convoitise , et le pouvoir, but des ambitieux.

C'est donc un principe qui ne souffre pas d'exception , que toute grande ville finit par avoir sa garnison : la garde nationale ou les milices , quelles qu'elles soient, ne suffisent jamais.

On peut ajouter que c'est là que les troupes trouvent avec le plus de facilité les ressources en nature et en argent nécessaires à leur existence.

La même nécessité s'impose pour la garde des établissements militaires.

Ils sont placés à l'endroit où des raisons spéciales motivent leur création : tantôt c'est la proximité d'une industrie locale pouvant être utilisée, telle que celle de Saint -Etienne; tantôt c'est l'existence préalable de remparts qui assurent la sécurité des places : les ressources se trouvent ainsi disposées d'avance, près des points où l'on peut prévoir leur prochain emploi.

Tantôt enfin c'est l'isolement, qui permet d'éviter les dangers que présentent leurs abords, notamment pour les poudreries et les capsuleries.

Ce n'est donc pas la fantaisie, c'est une volonté déterminée, appuyée sur une discussion sérieuse et une longue étude, qui a fait sortir du sol tous ces grands bâtiments, ces vastes casernes, ces immenses magasins, ces grands murs d'enceinte qui entourent les villes frontières et la capitale.

Maintenant que ces établissements existent, les mêmes raisons qui ont motivé les dépenses considérables de leur construction subsistent pour imposer leur maintien. Il s'y joint la nécessité de l'économie et du ménagement des ressources financières du pays, en présence des charges énormes qui l'écrasent. Il n'est pas probable que d'ici à longtemps la situation du pays permette les dépenses considérables que nécessiterait leur déplacement. L'habileté du chef de l'Etat et du ministre de la guerre doit consister, surtout en ce moment, à se servir de la préparation existante pour satisfaire aux besoins nouveaux que chaque jour fait éclore, même en paix. On peut donc admettre avec certitude que la répartition actuelle sera peu modifiée dans un avenir prochain. Cependant il n'est pas possible de contester que dans l'état actuel elle a dû s'assujettir à des nécessités spéciales; les événements les ont fait naître, et il est impossible de ne pas reconnaître leur intluence actuelle et future.

Page 1