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CHAPITRE PREMIER

DES INCONVÉNIENTS QUI SE SONT PRESENTES LORS DE LA MOBILISATION DE L'ARMEE EN 1870.

Quand les événements de 1870 ont éclaté, l'attention avait déjà été éveillée par les succès de la Prusse dans sa guerre contre l'Autriche en 1866; tous les militaires avaient été frappés des qualités que son armée venait de déployer sur les champs de bataille. Mais surtout on s'était ému de voir combien peu de jours lui avaient suffi pour se présenter en ligne, nombreuse, compacte, victorieuse. Aussi tout le monde avait entrevu la gravité d'une lutte contre elle, et les esprits sages avaient cherché le meilleur moyen de la soutenir.

Elle a eu lieu, et elle n'a pas réussi. Aujourd'hui, chacun est porté à en attribuer l'insuccès aux fautes des chefs politiques et militaires, et se croit en droit de les accuser d'imprévoyance, de faiblesse, parfois môme de trahison. Il n'est pas de plus funeste tendance que ces vaines récriminations. Ce n'est pas ainsi qu'une nation se relève : les désastres qui nous ont accablés ne seraient pas réparés par la condamnation des

généraux ou des ministres qui ont dirigé les événements.

Dans ce travail, personne ne sera accusé; nous ne cherchons pas de fautes; nous reconnaissons volontiers que chacun a apporté ce qu'il avait d'activité et de dévouement, et n'a ménagé ni son travail ni même sa vie. Ces efforts n'ont pas suffi pour nous donner le succès; il faut étudier patiemment les obstacles qui s'y sont opposés. Au lieu de vouloir démolir tout le mécanisme de notre organisation militaire, il est préférable de rechercher avec soin les améliorations de détail qui pourraient faciliter son fonctionnement.

Que s'est-il produit en 1870?

D'une part, les réserves n'ont pas rejoint à temps leurs corps respectifs, qui ont été forcés de s'engager avant de s'être complétés.

D'autre part, les mouvements des troupes pour se rendre aux points de concentration n'ont pu s'opérer aussi promptement qu'on l'avait espéré.

Des difficultés qui ont retardé l'arrivée des réserves à leurs corps.

Au moment où les réserves ont été rappelées, les soldats qui avaient déjà fait partie de l'armée

régulière ont dû regagner les corps dans lesquels chacun d'entre eux avait déjà servi. D'après l'organisation adoptée jusqu'alors, ils n'avaient pas cessé de leur appartenir, et devaient les rejoindre au premier appel.

Cette disposition avait été prescrite parce qu'elle avait paru présenter de grands avantages, au point de vue surtout de l'instruction et de la cohésion des troupes. Le soldat qui rejoint son ancien régiment y retrouve les camarades qu'il y a laissés et devant lesquels il tient à montrer qu'il n'a pas changé. Il connaît les officiers et les sousofficiers; il est habitué à leur obéir, il est connu d'eux. Il est donc certain que l'appel lui est moins pénible que s'il allait dans un nouveau corps, et qu'il se sent retenu dans les rangs par les ressorts moraux de l'amour-propre et de l'obéissance habituelle.

Ces avantages peuvent être discutés. Le soldat libéré perd le goût de la vie militaire et ne rejoint qu'avec chagrin. Son découragement a d'autant plus d'effet sur les camarades plus jeunes, que son âge et son expérience antérieure lui donnent plus d'autorité. Son arrivée diminue l'influence qu'exercent sur les jeunes conscrits les soldats qui n'ont pas encore quitté le rang et qui sont les meilleurs.

Néanmoins , on avait pensé que les avantages

dépassaient les inconvénients. Attachant avant tout la plus grande importance à la bonne composition des corps de troupe, on avait maintenu l'ancien mode de rappel.

Il avait pourtant un grand défaut, qu'on aurait pu soupçonner dès 1859. Une grande partie des hommes rappelés alors n'ont rejoint leurs bataillons que le lendemain de Solferino , quand la campagne était finie , notamment ceux de ma division. — En 1870, la mobilisation s'est opérée beaucoup plus promptement; cependant elle n'a pas pu être terminée à temps. Il est donc certain que c'est l'organisation qui est défectueuse; elle ne répond plus aux besoins de la guerre moderne, et doit être modifiée.

Les retards qui viennent d'être signalés proviennent de causes multiples ; la première est la complication des mouvements.

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