IMPUISSANCE DE LA RÉPRESSION
S'il le fait, son funeste exemple empêche les
autres de partir. A quoi bon quitter ses foyers si l'organisation est si mauvaise que l'Etat ne puisse pas utiliser, même dans les circonstances les plus urgentes, celui qui est parti? L'autorité publique ne peut jamais faire appuyer par la force des mesures absurdes, et c'en est une que de faire saisir un bomme pour le faire conduire sous escorte à une gare de chemin de fer par laquelle il ne pourra pas partir.
RETARD DE l/lNSTRUCTION.
Pendant le temps que les hommes de la réserve perdent ainsi, il est impossible de leur faire reprendre l'instruction qu'ils ont oubliée. Parfois l'adoption d'une nouvelle arme, telle qu'en 1870 celle du fusil à tir rapide, a modifié complètement les conditions de la tactique du champ de bataille et les règles du tir habituel. Il est impossible de les lui faire connaître avant qu'il soit parvenu au lieu où se trouvent et les officiers qui peuvent l'instruire, et les armes avec lesquelles il peut s'exercer. On en arrive alors à ce déplorable résultat, que l'on amène sur le champ de bataille des soldats qui n'ont jamais tiré à la cible et savent à peine charger leur fusil. Quelle confiance peuvent-ils avoir dans l'efficacité de leurs armes, dont ils n'ont jamais fait usage? Il n'y a pas besoin d'aller bien loin pour en citer des
exemples. La veille de la bataille de Sedan, le 31 août 1870, 600 hommes du dépôt du 6e de ligne, en garnison à Mézières, faisaient à quatre lieues du champ de bataille leur premier essai de tir. Quand la désorganisation est devenue plus grande, on s'est vu forcé d'engager des soldats qui n'avaient pas encore brûlé une seule amorce. Quels résultats peut-on attendre de troupes aussi peu exercées?
EXEMPLES DES 1er ET 3e ZOUAVES.
Il faut prouver qu'ici rien n'est exagéré, et que la vérité est plutôt affaiblie. — Dans la guerre de 1870, certains hommes appartenant aux régiments de zouaves, placés dans la réserve dans les départements du Nord , ont dû traverser toute la France pour aller s'embarquer à Marseille, se faire armer et équiper à Coléah, à Oran, à Philippeville, et revenir combattre au point même d'où ils étaient partis. Ils avaient fait inutilement 2,000 kilomètres environ en chemin de fer, deux traversées de deux jours au moins chacune. Ceux d'entre eux qui ont pu arriver à temps se présentaient dans les conditions suivantes : un détachement de 500 hommes, destinés au 1er zouaves, arrivait à Marseille le 15 août sans savoir où rejoindre son régiment, que les événements de guerre avaient déplacé et qui partait du camp de
Châlons le 21 août, laissant à peine le temps de rejoindre. — 300 hommes destinés au 3e zouaves se trouvaient à Mézières le matin du 31 août; ils sont arrivés dans la journée à Sedan, et il est douteux qu'ils aient pu rejoindre leur corps et lui donner une force nouvelle. Ces détachements n'avaient qu'un seul officier pour les diriger; ils n'étaient pas même en état de se défendre, et ne pouvaient être utilisés que dans leurs corps.
Et voilà qu'avant leur arrivée les régiments avaient succombé sous le nombre à Reichshoffen, y avaient perdu une partie de leurs meilleurs cadres. Leurs efforts et leurs sacrifices avaient été paralysés, parce que les suites d'une organisation défectueuse n'avaient pas permis de leur faire arriver à temps les soldats dont ils avaient besoin pour se compléter.