‹ L'Armée française en 1873Chapitre 56 sur 85 · INCONVÉNIENTS COMMUNS AUX TROIS APPELS · texte numérisé non relu

INCONVÉNIENTS COMMUNS AUX TROIS APPELS

Les appels se faisant en même temps pour les corps francs, pour la garde nationale sédentaire, pour la garde mobile et pour l'armée, il était impossible qu'une certaine confusion ne se produisît pas. Des militaires qui auraient dû rejoindre l'armée ont été dans les francs-tireurs ou dans la garde

mobile, des gardes mobiles dans la garde nationale sédentaire ; et comme ils étaient les meilleurs, ils y sont restés, maintenus trop souvent par des exemptions instamment sollicitées par leurs chefs. Il ne faut pas parler du gaspillage d'armes et d'effets , de vivres et d'argent , qu'a amené l'abus scandaleux par lequel un homme était à la fois franc-tireur et garde national. On a fait ce qu'on a pu pour y remédier; il a été impossible de le détruire d'une manière absolue.

On peut donc résumer les grandes difficultés qui se sont présentées lors de l'appel dans la dernière guerre, en disant qu'il y a eu confusion et encombrement au début , insuffisance et retard toujours et partout. Mais il n'est pas possible de terminer cet affligeant tableau sans dire les difficultés qu'ont ajoutées à une situation périlleuse en tous les cas , les malheurs de la défaite , l'invasion et les révolutions politiques. La défaite exagère tous les défauts d'une armée et lui enlève, avec la confiance morale, les meilleures de ses qualités : l'invasion l'empêche de se reposer et de se refaire; les révolutions politiques désorganisent le pays en détruisant son administration.

Il est impossible de savoir quel sera, sur ce triste sujet, l'arrêt de l'histoire, et inutile de chercher à le devancer.

On peut espérer, du moins, qu'il rendra hom-

mage au courage des populations envahies, qui ont généralement obéi à l'appel de la loi , même quand le départ des jeunes gens faisait courir, à ceux-ci et à leurs familles, des dangers certains.

Au milieu de tant de tristes événements, on a pu voir que la France n'avait pas succombé tout entière dans une seule défaite; elle a montré plus de vitalité, déployé plus de ressources.

Au désastre d'une armée disparue tout entière à Sedan, a succédé la catastrophe d'une grande armée engloutie, par la capitulation de Metz, dans les prisons de l'ennemi.

Trois mois plus tard, l'armée qu'on avait pu faire à Paris succombait à son tour, et l'armée de l'Est, refoulée tout entière en Suisse, était annulée pour la France.

Et malgré ces malheurs, trois armées étaient encore debout, cherchant à lutter contre des défaites chaque jour plus certaines : l'une, considérable comme nombre, sur la Loire; deux autres, plus faibles, en Normandie et dans le Nord. En six mois et demi, du 15 juillet 1870 au 1er février 1871, la France a mis sur pied cinq grandes armées. Le total des soldats qui y ont paru est tel qu'on peut croire que si toutes ces ressources avaient été prêtes au début , ou si des circonstances favorables avaient permis d'en régler

l'emploi , l'issue de la lutte n'aurait pas été la même.

Cette pensée des ressources du pays doit encourager les efforts de ceux qui l'aiment , leur donner le courage de dire la vérité, leur donner l'espérance qu'elle sera écoutée. — Enfin elle fait entrevoir que , dans l'avenir, la France pourra un jour reprendre en Europe le rang qu'elle a perdu.

Des inconvénients qui se sont présentés dans la marche des troupes vers les points de concentration.

Ce n'est pas tout de réunir des soldats en corps de troupe ; il faut les faire parvenir au lieu de la lutte, dans les meilleures conditions possibles pour le succès. C'est la seconde partie de la tâche qui incombe aux chefs militaires. Elle est à la fois la plus importante et la plus compliquée; à elle seule elle suffit pour absorber tous les moments. — Combien n'est-clle pas plus difficile quand elle est entravée à son début par les retards de la formation des corps, et combien ne peut-on pas craindre pour le résultat, si la première partie n'a pas réussi! On vient de voir les difficultés qu'a rencontrées celles-ci , il faut

signaler les inconvénients qui se sont présentés plus tard. On peut le faire hardiment, parce que les obstacles sont dus non aux personnes, mais aux choses elles-mêmes.

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