EMBARQUEMENT DES TROUPES
L'embarquement des troupes a toujours présenté de grandes difficultés, parce que l'appropriation des gares est défectueuse au point de vue des grandes opérations militaires.
La pensée qui a dirigé leur construction s'est préoccupée de répondre à deux nécessités, satisfaire les besoins habituels des transports, ménager les capitaux de la Compagnie.
Les agrandissements successifs qu'ont reçus les
diverses gares ont prouvé surabondamment que
la première avait été trop souvent subordonnée à
la seconde , ou plutôt qu'on n'avait pas prévu
au début la prodigieuse extension que devait
atteindre le service des voies ferrées. Mais si
aujourd'hui la place réservée dans les gares pour
les voyageurs, tant dans les salles que sur les
quais, est suffisante les jours ordinaires, il arrive
souvent qu'elle ne l'est plus dès qu'une affluence
anormale de voyageurs se présente, et la gare
offre alors le spectacle d'un grand désordre.
Moins apparents, les encombrements des gares de
marchandises sont encore plus fréquents. Rien
n'est plus à redouter pour les grands transports
militaires : rien n'est plus probable.
Les nécessités d'une entreprise industrielle obligent en outre les Compagnies à n'avoir que des issues étroites, tant pour entrer dans les gares que pour en sortir, aussi bien pour les voyageurs que pour les marchandises. Il faut que rien ne soit transporté avant d'avoir justifié qu'il a payé, et que rien ne sorte avant qu'un second contrôle soit effectué.
Au moment du départ, les troupes et le matériel viennent donc s'accumuler devant d'étroits défdés , ménagés à dessein , et qui constituent un obstacle insurmontable à la bonne exécution des mouvements. Si elles entrent, elles viennent s'entasser dans des espaces trop restreints pour leur permettre de s'étendre. H y a donc encombrement à l'entrée des gares, confusion à l'intérieur, par conséquent désordre et retard dans les expéditions. Ces graves inconvénients sont inévitables dans l'état actuel, même si le mouvement a lieu par les plus grandes gares de Paris, qui sont pourtant les mieux disposées, faute d'une appropriation convenable.
Le même défaut d'entente qui a précédé le départ subsiste lors de l'embarquement; le commandant des troupes est porté à rejeter sur le chef de gare la responsabilité de l'exécution; celui-ci la désire ; mais quand il faut agir, il s'aperçoit qu'il a trop compté sur la docilité de la
troupe. En dehors de l'action de ses chefs directs, le soldat n'obéit plus; nul ne peut avoir aucune autorité sur lui, car il ne peut ni ordonner ni réprimer. Cette irresponsabilité est une double faute d'organisation qui doit être réparée, et le chef de la troupe ne doit cesser à aucun moment de la diriger et de la surveiller.