DES RESULTATS QUE PEUT DONNER UNE MOBILISATION
Il faut enfin aborder le grand problème dont les éléments viennent d'être déterminés, et étudier sur un exemple pratique les difficultés auxquelles il faut pourvoir.
La question de l'organisation militaire n'est pas encore résolue d'une manière définitive; il paraît seulement probable que l'ancienne répartition divisionnaire va être profondément modifiée. Les solutions ne peuvent donc être préjugées, et un travail sérieusement établi doit pouvoir s'appliquer à toutes. C'est pourquoi il faut lui donner pour base les circonscriptions départementales, parce qu'il ne cessera pas d'être vrai, quel que soit le groupement qui pourra en être fait.
Depuis la guerre, aucune amélioration n'a encore été apportée à l'état ancien de la question du transport par les chemins de fer ni de l'emploi des télégraphes. Il y a donc lieu de tenir compte uniquement de l'état présent ; peut-être se dégagera-
t-il des résultats un élément d'appréciation pour les projets qui sont encore en discussion.
Il faut examiner successivement trois questions qui viennent s'imposera V étude, dans l'hypothèse d'une mobilisation :
1° Quel nombre d'hommes faudra-t-il appeler sous les drapeaux dans chaque réserve;
2° Quelle sera leur répartition entre les différentes armes ;
3° Quel sera le fractionnement entre les divers départements.
Quel nombre d'hommes faudra-t-il appeler sous les drapeaux dans chaque réserve.
Le nombre d'hommes qui devra être appelé sous les drapeaux dans chaque réserve dépend essentiellement de deux éléments : d'abord de l'effectif qu'aura l'armée régulière active au moment de la mobilisation ; ensuite de l'augmentation qu'on voudra lui donner, c'est-à-dire du total d'hommes armés que l'on voudra atteindre.
Dans la partie de ce travail où il a été question de l'armée régulière permanente, il a été admis qu'en se maintenant dans les chiffres fixés par le budget, le total de l'effectif des corps de troupe
alimentés par le recrutement s'élevait à 411,371 hommes ' : il a été ajouté que, sur ce nombre de soldats, il n'y avait en France, dans les corps de troupe combattants de l'armée de terre , que 337,000 hommes environ , et que l'état des finances ne permettait pas de prévoir des modifications prochaines.
Les 337,000 hommes combattants maintenus sous les drapeaux ont à subir deux non-valeurs constantes, les congés et les maladies.
La première cause peut être supprimée par la volonté du ministre de la guerre, dès qu'un nuage politique paraît à l'horizon : il n'y a pas à s'en préoccuper; quant à la seconde, d'après les évaluations moyennes, elle s'élève à 1/25 de l'effectif. Le chiffre de 337,000 hommes devra donc être réduit dans cette proportion, c'est-à-dire
1 Savoir : Troupes d'infanterie, cavalerie, artillerie,
génie 337,400'
Services auxiliaires ( remonte , train ,
ouvriers, etc.) 25,300
Troupes de la marine 10,600
Total à l'intérieur 373,300
Armée d'Algérie 30,117
Armée des colonies 7,950
Total à l'extérieur 38,067
Total général 411,300
de 13,496 hommes; il restera par conséquent environ 324,000 hommes combattants.
C'est sur ce chiffre seul que devront être portées les augmentations. En effet, dans la conjecture dune guerre européenne, il n'y a pas lieu d'accroître le total de l'armée d'Algérie ni de celle des colonies. On peut augmenter l'effectif des régiments qui s'y trouvent, parce qu'on veut les faire arriver en Europe , mais le but qu'on cherche à atteindre n'est pas d'envoyer à l'armée dont ils font partie des renforts dont elle n'a pas besoin. D'autre part, on ne peut la diminuer sans compromettre la sécurité de nos possessions lointaines. Il y aura donc, comme résultat définitif, de simples permutations de garnison , et la situation générale ne sera pas modifiée par ce mouvement.
Enfin il sera nécessaire de laisser en France des garnisons dont il est bien difficile de déterminer à l'avance la force nécessaire. Il est certain que leur réduction ne devra pas dépasser certaines limites, mais il est actuellement impossible de les fixer; elles dépendent essentiellement et du temps et des circonstances. On voit donc que le chiffre de 324,000 hommes se réduira forcément encore.
Toutefois il paraît probable que si l'armée régulière atteint le chiffre de 800,000 hommes en France , les divers services qui la composent
seront assez bien pourvus pour faire face aux principales nécessités et mettre sur pied une force active d'un effectif très -considérable. Ce chiffre de 800,000 hommes va donc être admis comme une hypothèse probable; d'ailleurs, selon toutes les prévisions , les proportions relatives qui vont en être déduites seront applicables à tous les autres chiffres qui pourront être fixés , qu'ils lui soient inférieurs ou qu'ils lui soient supérieurs.
L'armée devant être de 800,000 hommes , il faudra, pour y arriver, demander à l'appel des réserves un complément d'environ 400,000 hommes, pris tant parmi les militaires ayant passé par l'armée qne parmi ceux qui n'ont pas paru sous les drapeaux1. Le chiffre primitif de la première partie d'entre eux, à savoir les hommes destinés à être incorporés dans l'armée, est chaque année, suivant les prévisions de calcul, de 144,697 hommes; celui de la seconde partie, à savoir les hommes dispensés de l'appel, de 48,573 hommes; le total est de 193,270 hommes.
Ce nombre, admis comme moyenne, peut être affecté de toutes les causes d'affaiblissement qui ont été indiquées; mais il est certain qu'elles changeront peu les proportions relatives des totaux partiels, qui sont :
1 Voir le Tableau n° 5 de la Première partie.
L'une 74.86 pour 100
L'autre 25.13 —
Total 99.99 pour 100.
En nombres ronds , les hommes incorporés ou ayant subi l'incorporation sont dans la proportion des trois quarts pour un quart dispensé de l'appel.
Les hommes présents sous les drapeaux au moment de la mobilisation sont contenus dans la première partie de ces contingents. Pour que la proportion relative subsiste, il faut donc ajouter aux hommes à rappeler ceux qui sont sous les drapeaux.
Le nombre de ceux-ci est de. 411,371 hommes incorporés. Il faut ajouter 480,000 — à rappeler.
Le total est de. . . . 891,371 hommes.
En faisant la règle de partage proportionnel sur ce total de 891,000 hommes, on trouve pour les diverses catégories les chiffres suivants :
Militaires actuellement incorporés 411,371 hommes
Anciens militaires ayant passé sous les
drapeaux et ayant été renvoyés dans
leurs foyers 255,859 —
Militaires ayant été dispensés de rejoindre
et appelés seulement en cas de guerre. 224,141 —
Total des hommes à appeler sous
les drapeaux. 891,371 hommes.
Avant d'aller plus loin, il est impossible de ne pas s'arrêter un instant sur ce premier calcul et de ne pas faire une observation importante. Pour arriver à un effectif élevé , que la nouvelle loi sur le recrutement semble admettre comme non-seument possible, mais encore probable, il faut mettre en mouvement 480,000 hommes. Cette masse immense de soldats, dans l'état actuel, n'est pas encore organisée : 255,000 hommes seuls sont affectés à des régiments et ont à rejoindre 258 dépôts1, sans compter les services auxiliaires. Ces 258 dépôts sont répartis entre 148 places fortes ou villes de garnison 2, et 10 sont à l'extérieur. Est-il possible d'imaginer un mouvement plus compliqué et plus difficile?
Les 224,000 hommes n'ayant pas passé par l'armée n'ont encore aucune organisation; on peut soit les former en corps spéciaux, comme l'a été la garde nationale mobile, soit les rattacher à l'armée active. Ce second parti paraît préférable, car on trouverait dans les corps réguliers
1 Savoir : 134 d'infanterie de ligne, dont 4 de zouaves, et
4 d'infanterie de marine.
30 de chasseurs à pied.
60 de cavalerie, dont 4 de chasseurs d'Afrique.
31 d'artillerie, sans compter l'artillerie de marine. 3 du génie.
2 Voir Pièces justificatives, n° VIII.
des moyens d'instruction et de discipline qu'il serait impossible de se procurer autrement. — Dans la première hypothèse, le mouvement est facile, comme il l'a été en 1870; dans la seconde, il a besoin d'être réglé, en affectant les bataillons de réserve aux régiments de ligne les plus voisins. S'il n'est pas facilité par une mesure de cette nature, les 224,000 hommes se joindront aux autres pour partir à la recherche de leurs corps, et le mouvement de réunion des réserves portera sur les 480,000 hommes.
Comme le total des corps de toute nature qui se trouvent en France, y compris les services auxiliaires, ne dépasse pas 373,000 hommes, et que ce chiffre se réduit, par la proportion normale des maladies, à 358,000 hommes, il y aura donc à transporter 122,000 hommes de plus que si l'armée tout entière se mettait en mouvement, à la poursuite de ses réserves. Cette considération, plus que toute autre, doit déterminer l'abandon absolu du système actuel et l'établissement définitif du principe de la réunion départementale pour l'appel des réserves.
Quelle sera la répartition des hommes rappelés entre les différentes armes.
La proportion qui est déterminée par le budget entre les différentes armes est fixe; comme, en temps de paix, il n'existe pas de raison pour que l'une perde plus d'hommes que l'autre, elle subsistera donc encore parmi les hommes renvoyés dans la réserve. La libération provisoire ne modifie pas les proportions constitutionnelles de l'armée, et celles-ci doivent, dès lors, se trouver intactes.
Ces proportions ont été calculées plus haut l ; elles doivent venir s'appliquer aux 225,859 hommes qui se trouvent dans leurs foyers après une première incorporation; et ce calcul donne les résultats généraux suivants2 : 178,475 hommes doivent rejoindre les divers corps d'infanterie; sur ce nombre , 0,484 proviennent des régiments qui sont en Algérie , mais qui ont leur dépôt en France; ils doivent être dirigés sur les dépôts de leurs corps. Il en est de même pour 5,083 hommes
1 Voir page 152.
2 Voir le détail aux Pièces justificatives, n° IX.
destinés à l'infanterie de marine, maintenus dans la mère patrie, et 4,148 hommes provenant de l'armée des colonies : ceux-ci doivent se rendre aux mêmes ports que les précédents; le total des hommes affectés à l'infanterie de marine est donc de 9,231 hommes.
Les régiments de zouaves ayant leur dépôt en Algérie, 7,234 hommes doivent y retourner, ainsi que les cadres libérés provisoirement et provenant des tirailleurs algériens, du régiment étranger et des corps disciplinaires.
30,660 hommes viennent des divers régiments de cavalerie et doivent les rejoindre; 6 régiments ayant leurs dépôts en Algérie , 3,052 hommes doivent s'embarquer pour la colonie.
25,539 hommes sont destinés à renforcer les divers régiments d'artillerie; sur ce nombre, 2,343 hommes venant de l'artillerie de marine doivent regagner les ports d'embarquement : un seul dépôt de régiment se trouvant en Algérie, 1,206 hommes de cette arme doivent être embarqués.
5,441 hommes viennent des régiments du génie ; tous les dépôts étant en France, leur mouvement ne se complique d'aucun embarquement.
Si le principe de l'organisation départementale n'est pas admis, il y a donc lieu, pour cet appel de 225,859 hommes, d'organiser un grand service de
transports sur l'Algérie; il comprendra un minimum de :
Zouaves 7,234 hommes
Cavalerie et chasseurs d'Afrique. . 3,052 — Artillerie 1,206 —
Total. ...'... 11,492 hommes.
Il faudrait y ajouter les cadres d'infanterie dont il a été parlé, les hommes provenant des services auxiliaires, de la remonte, de l'artillerie, des équipages militaires , des soldats d'administration et des infirmiers; le total de ces catégories, en France, est de 15,743 hommes, sur lesquels un bon nombre sont destinés à l'armée d'Algérie.
Enfin, 1,598 hommes doivent s'embarquer pour la Corse, où se trouvent un dépôt d'infanterie de ligne et un dépôt de chasseurs à pied; il en résulte que 15 ou 20,000 hommes viendront s'entasser à Marseille et à Toulon, où rien n'est préparé pour les recevoir, et y attendre l'embarquement.
Il est donc nécessaire qu'en tout cas les dépôts des corps spéciaux de l'Algérie soient ramenés en France; c'est une mesure urgente, dont la nécessité immédiate ressort avec la dernière évidence.
Il importe actuellement d'examiner à quel effectif un semblable appel viendrait porter les divers régiments.
Les 126 régiments d'infanterie de ligne ont
à se distribuer 149,525 hommes , ce qui fait 1,186 hommes par régiment. En supposant qu'ils aient tous exactement l'effectif budgétaire de 1,908 hommes, ils deviendront forts de 92 officiers et 3,094 hommes.
Mais les 7 régiments de ligne qui sont encore en Algérie se trouveront avoir des dépôts démesurément forts ; ils y auraient 24 officiers seulement pour 1,745 hommes à former, tandis que leurs bataillons actifs auront 68 officiers pour 1,349 hommes; d'un côté, c'est 1 officier pour 72 hommes nouveaux; de l'autre, 1 officier pour 19 hommes anciens.
Les 30 bataillons de chasseurs à pied auront à recevoir 12,483 hommes , soit 412 hommes par bataillon, ce qui portera leur effectif à 31 officiers et 1,081 hommes. Mais les 2 bataillons qui sont en Algérie auront à leurs dépôts 9 officiers et 590 hommes, tandis que leurs compagnies actives n'auront que 22 officiers et 491 hommes : d'un côté, 1 officier pour 65 hommes; de l'autre, 1 officier pour 22 hommes.
Les 4 régiments de zouaves seront renforcés de 7,234 hommes, soit 1,808 hommes par régiment, et chacun d'eux sera porté à l'effectif énorme de 4,716 hommes , soit environ 1 officier pour 51 hommes.
Un effectif analogue sera attribué aux 4 régi-
ments d'infanterie de marine; chacun recevra 2,307 hommes, ce qui portera sa force, déduction faite du service des colonies supposé stable, à 4,360 hommes.
Quant à la cavalerie, l'effectif des régiments de France sera de 62 officiers et 1,333 hommes après l'arrivée de 511 hommes; celui des régiments de chasseurs d'Afrique ne sera que de 62 officiers et 1,323 hommes.
L'artillerie recevra 725 hommes par régiment , ce qui complétera chacun à 1,891 hommes; le régiment des pontonniers aura à lui seul 956 hommes à recevoir, et sera fort , en France seulement , de 2,345 hommes ; le régiment qui est en Algérie comptera 3,145 hommes.
Les régiments du génie verront arriver 1,813 hommes, et leur effectif s'élèvera à un chiffre énorme de 4,374 hommes.
Ainsi, le rappel des hommes de la réserve à leurs anciens corps détruit les proportions des corps entre eux. Il donne un effectif beaucoup trop fort aux régiments de zouaves et d'infanterie de marine, pendant que, par une singulière anomalie, les régiments de chasseurs d'Afrique demeurent plus faibles que les régiments de cavalerie en France.
Il encombre dans une proportion déraisonnable les dépôts de 7 régiments de ligne et de
2 bataillons de chasseurs à pied. Si ces dépôts veulent diriger leurs hommes de réserve sur les bataillons actifs, ils jetteront sur Toulon et Marseille 8,302 hommes d'infanterie et 824 chasseurs à pied, ce qui portera le mouvement d'embarquement de 15,000 hommes environ à 24,000 hommes. Les grands bateaux des Messageries ne pouvant guère en porter plus de 500 par voyage, il faudra au moins 48 voyages pour désencombrer ces deux places.
Donc, l'ancien mode de rappel est devenu mauvais, et il faut, de gré ou de force, en revenir à l'organisation départementale.
Il n'a pas encore été question de la deuxième portion de l'appel, comprenant 224,141 hommes qui sont restés dans leurs foyers, dispensés du service actif en temps de paix.
Cette catégorie, créée par la loi de 1872, est nouvelle ; elle n'existera qu'à la fin de l'année 1873, et il s'écoulera cinq ans avant qu'elle soit complète; aussi elle n'a encore reçu aucune organisation. Sans préjuger quelle sera sa destination, on peut présumer qu'on ne voudra pas y puiser des contingents pour l'infanterie de marine , ni pour l'artillerie de marine, ni pour les corps permanents d'Algérie, zouaves et chasseurs d'Afrique. Il a été dit plus haut qu'il n'y avait que deux moyens de pourvoir à leur encadrement : ou for-
mer des corps séparés spéciaux, comme la garde nationale mobile, ou les introduire dans l'armée active. Abandonnant la première hypothèse pour le moment, on peut s'attacher à la seconde et chercher à répartir ces hommes dans les corps réguliers permanents, en procédant de manière à ne pas trop altérer les bases générales de la composition de l'armée.
On admettrait alors dans les 126 régiments d'infanterie de ligne et les 30 bataillons de chasseurs à pied, non-seulement les hommes qui y seraient affectés dans un contingent ordinaire , mais encore ceux qui auraient été destinés aux zouaves et à l'infanterie de marine, c'est-à-dire 69.7549 pour 100.
On répartirait entre les 56 régiments de cavalerie le total destiné à la cavalerie, c'est-à-dire 11.9833 pour 100.
On placerait dans les 30 régiments d'artillerie de l'armée de terre et dans les pontonniers ceux qui auraient été appelés pour toute l'artillerie, soit 9.9819 pour 100.
Enfin les trois régiments du génie recevraient 2.1265 pour 100.
On ne pourrait exclure de cette répartition les services auxiliaires , tels que : remonte , ouvriers d'artillerie, train, etc., parce que, au besoin, les corps actifs analogues pourraient , si ces services
sont renforcés , trouver dans leurs anciens soldats de quoi compléter leur organisation ; leur proportion resterait donc de 6.1530 pour 100, et le contingent serait ainsi réparti :
Infanterie 156,349 hommes
Cavalerie 26,859 —
Artillerie 22,374 —
Génie 4,766
Services auxiliaires 13,793 —
Total 224,141 hommes.
Il faut examiner quel serait l'effet de cette répartition sur l'effectif des corps de troupe.
Chaque régiment d'infanterie de ligne recevrait un nouveau contingent de 1,154 hommes, ce qui porterait son effectif à 92 officiers et 4,248 hommes !.
Les détachements destinés aux bataillons de chasseurs seraient forts de 364 hommes, et ces corps compteraient 1,445 hommes pour 31 officiers.
Les régiments de cavalerie de ligne s'augmenteraient de 479 hommes , et auraient 1812 hommes
1 Ils resteraient encore inférieurs aux régiments de zouaves , qui, par l'effet du rappel des anciens militaires, seraient de 4,716 hommes, sans recevoir personne cette fois-ci, et à ceux de l'infanterie de marine, dont la portion restant en France serait, dans les mômes conditions, forte de 4,350 hommes.
pour 62 officiers; les régiments de chasseurs d'Afrique resteraient à 1,323 hommes.
Dans l'artillerie , chaque régiment recevrait 742 hommes et s'élèverait ainsi à 2,632 hommes ; les pontonniers seuls en incorporeraient 838 et atteindraient 3,183 hommes.
Enfin les régiments du génie verraient arriver 1 ,585 hommes et parviendraient à l'effectif énorme de 5,959 hommes.
11 est assez curieux de constater tout d'abord qu'une répartition de cette nature aurait pour effet immédiat de réparer en partie les erreurs de la précédente, en rétablissant à peu près l'égalité entre les régiments d'infanterie de ligne et ceux de zouaves : les chasseurs d'Afrique seuls seraient laissés dans une situation mauvaise, ainsi que les dépôts des corps situés en Algérie.
Le résultat d'un semblable appel parait fâcheux en un sens , c'est que l'effectif de tous les corps de troupe est démesurément grossi. C'est un inconvénient auquel la guerre remédie, hélas ! trop vite, et dont il n'y a pas lieu de trop s'affecter. Mais en tout cas, même si on laisse à ces bataillons de réserve une organisation à part, il faut qu'ils soient rattachés aux régiments de l'armée régulière ; ce n'est que là qu'ils peuvent trouver des moyens d'organisation et d'instruction rapides. S'ils ne les y trouvent pas , ou si ceux qui existent ne peuvent
pas être suffisants, il faut renoncer à l'espoir d'avoir jamais une armée considérable. Il est certain que ces corps isolés, constitués à part, sans cadres d'officiers ni de sous-officiers compactes et permanents seront encore bien plus impuissants que s'ils viennent s'encadrer dans l'armée régulière.
Dans l'hypothèse qui vient d'être admise , il est très-important d'examiner ce que devient la composition intérieure des corps de troupe. Au moment de l'appel des réserves , il faut compter que chaque régiment d'infanterie aura presqu'un tiers de son effectif en conscrits ayant moins d'un an de service. En tenant compte de cet élément, on trouvera qu'après l'appel chacun sera ainsi formé :
600 hommes recrues de l'armée, ayant moins d'un an de service.
1,308 — présents, ayant de 1 à 4 ans de service.
1,186 — anciens soldats ayant servi 4 ans, rappelés pour la guerre.
1,154 — dispensés de l'appel, mais censés avoir reçu l'instruction dans leurs foyers.
Total : 4,248 hommes.
Dans ce total, l'élément ayant plus d'un an de service figure pour 2,494 hommes ; celui de recrues n'ayant pas encore passé ce temps sous
les drapeaux, pour 1,754 hommes. On peut donc dire, avec une certaine exactitude, que la composition des régiments se trouvera bien être de 3/5 d'anciens soldats contre 2/5 de recrues, mais qu'il n'y aura que 1,308 hommes tout à fait exercés, c'est-à-dire à peine un tiers de l'effectif total.
Cette proportion suffi ra-t-elle à donner aux troupes la cohésion et la vigueur qui les mettent en état de supporter les grands efforts? C'est le problème de l'avenir. La solution est encore enveloppée de nuages, et on ne peut que la présumer sans oser l'affirmer.
En tout cas , la proportion qui existe pour l'infanterie se retrouve dans toutes les armes. Dans les circonstances actuelles, elle ne paraît pas pouvoir s'améliorer. Il est certain pourtant que si l'époque est favorable, si les hommes de recrue ont plus de six mois de service , si une des classes de soldats rappelés n'a guère que six mois de réserve, la situation du corps sera beaucoup meilleure. Dans ce cas , on peut espérer que plus de la moitié sera bonne !, et les conditions de la lutte seront beaucoup meilleures. Ici comme partout, il y aura donc une question d'opportunité qui primera toutes les autres , au moment de la déclaration de guerre.
1 Exactement, 4/7 exercés contre 3/7 moins exercés.
Quel sera le fractionnement entre les divers départements.
Il s'agit maintenant de revenir en arrière et d'accepter comme vrais les coefficients calculés au tableau n° 5 de la première partie de ce travail. — Il ne s'agit dans ces tableaux que de présomptions, mais il ne faut pas oublier que ce n'est que dans cinq années, c'est-à-dire à partir de 1878, que ces présomptions pourront être converties en certitude. Faut-il rester jusque-là sans rien faire? Nul n'oserait soutenir une résolution si tardive. Il faut donc absolument partir d'un calcul de probabilités établi avec une approximation la plus grande possible, et le rectifier successivement parle contrôle impitoyable de la vérité des faits.
Pour le moment, il semble que le nombre d'années sur lesquelles a porté la première partie de cette étude, que le soin minutieux qui a présidé à l'établissement des calculs, sont la meilleure garantie de leur exactitude, et nous n'en voyons pas d'autre à espérer. Nous donnons ci-dessous les résultats départementaux dans le cas présent , et nous comptons sur eux pour déterminer ultérieurement la probabilité des transports .
1 Pour l'établissement du tableau qui est ci-dessous, la règle arithmétique adoptée est la suivante : prendre les deux chiffres de 255,859 et de 224,141 , les multiplier par le coefficient départemental, et diviser le produit par 100.
Tableau indiquant les résultats départementaux d'un appel de réserve de 480,000 hommes.
NOMS
DES
DÉPARTEMENTS
Ain
Aisne
Allier
Alpes (Basses-).. .
Alpes (Hautes-). .
Alpes-Maritimes. .
Ardèche
Ardennes
Ariége
Aube
Aude
Aveyron
Bouches-du-Rhône .
Calvados
Cantal
Charente
Charente-Inférieure.
Cher
Corrèze
Corse
Côte-d'Or
Côtes-du-Nord. . .
Creuse
Dordogne
Doubs
Drôme
Eure
Eure-et-Loir. . . .
Finistère
Gard
Garonne (Haute-)..
Gers
A reporter. .
NOMBRE D'HOMMES APPELES
ayant déjà passé
sons
les drapeaux.
dispensés
de l'appel d'aprèî
la loi.
TOTAL
Tableau indiquant les résultats départementaux d'un appel de réserve de 480,000 hommes.
NOMS
DES
DÉPARTEMENTS
Report. . .
Gironde
Hérault
Ille-et-Vilaine. . . .
Indre
Indre-et-Loire. . .
Isère
Jura
Landes
Loir-et-Cher. . . .
Loire
Loire (Haute-). . .
Loire-Inférieure. .
Loiret
Lot
Lot-et-Garonne. . .
Lozère
Maine-et-Loire. . .
Manche
Marne
Marne (Haute-).. .
Mayenne
Meurthe-et-Moselle.
Meuse
Morbihan
Nièvre
Nord
Oise
Orne
Pas-de-Calais. . . .
Puy-de-Dôme. . . .
Pyrénées (Basses-).
NOMBRE D'HOMMES APPELES
ayant déjà passé
dispensés
sous
de l'appel d'après
les drapeaux.
la loi.
TOTAL
Tableau indiquant les résultats départementaux d'un appel de réserve de 480,000 hommes.
NOMS
DEPARTEMENTS
Report. . . .
Pyrénées (Hautes-). .
Pyrénées- Orientales.
Rhin (Haut-)
Rhône
Saône (Haute-). . . .
Saône-et-Loire. . . .
Sarthe
Savoie
Savoie (Haute-).. . .
Seine
Seine-Inférieure. . . .
Seine-et-Marne. . . .
Seine-et-Oise
Sèvres (Deux-). . . .
Somme
Tarn
Tarn-et-Garonne. . .
Var
Vaucluse
Vendée
Vienne
Vienne (Haute-). . .
Vosges
Yonne
Totaux
NOMBRE D'HOMMES APPELES
ayant déjà passé
sons
les drapeaux.
dispensés
de l'appel d'après
la loi.
TOTAL
Sans attacher ici plus d'importance qu'il ne convient d'en donner aux détails de la réunion départementale, il faut en noter à grands traits les résultats généraux l.
136,000 hommes viennent s'échelonner sur le réseau de chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée ; ils se présentent à vingt-six gares , pour vingt-sept départements, savoir : Nice, Draguignan, Perthuis pour Digne et les Basses-Alpes, Marseille, Montpellier, Nîmes, Avignon, Privas, Valence, Annecy, Chambéry, Grenoble pour deux départements, l'Isère et les Hautes-Alpes descendant de Gap, Langogne pour Mende et la Lozère, le Puy,
Saint-Etienne, Lyon, Clermont-Ferrand, Moulins, Nevers, Besançon, Lons-le-Saulnier, Bourg, Mâcon, Dijon, Auxerre, Melun.
Il faut ajouter, en tout cas, un courant de 4 à 5,000 hommes qui viendra de Corse s'engouffrer à Marseille ou à Toulon. Enfin, dans le cas d'une concentration vers le Nord, un autre courant plus considérable arrivera par les lignes du Midi qui se soudent à celle de Paris -Lyon -Méditerranée à Montpellier.
Dans le même cas d'une marche vers le Nord ou l'Est, il n'y a que deux lignes qui puissent transporter environ 42,000 hommes de réserve ; l'une, celle du Bourbonnais, recevra les 20,000 hommes
1 Voir le détail à la pièce justificative n° 3.
arrivant par le réseau du Midi ; l'autre, celle de la vallée du Rhône, les 22,000 hommes venant de six départements , Basses-Alpes, Alpes-Maritimes, Corse, Var, Bouches-du-Rhône, Vaucluse.
Cette portion de ligne sera encore encombrée , avant l'arrivée à Lyon, par les contingents de la Drôme et de l'Isère.
C'est déjà un mouvement bien difficile. Que sera-ce donc s'il vient à se compliquer d'un mouvement de 20 à 25,000 hommes de réserve dirigés sur l'Algérie, et de 20 à 25,000 hommes venant de l'Algérie en France?
C'est là pourtant ce qui aurait lieu aujourd'hui, et une seule ligne, celle de la vallée du Rhône, devrait suffire alors à un double transport de 50 à ()0,000 hommes vers le Nord, de 20 à 25,000 en sens inverse.
On peut affirmer avec certitude que les déplorables encombrements de Marseille et de Toulon, signalés en 1870, se reproduiraient infailliblement. S'ils étaient excusables, alors que l'on ne pouvait encore mesurer les limites des efforts d'une voie ferrée, et la foudroyante rapidité du danger de l'invasion, que seraient-ils aujourd'hui? Ne convaincraient-ils pas d'une irrémédiable imprévoyance ceux qui n'auraient pas su les prévenir, alors que tout montre qu'ils sont imminents?
Moins chargé que le précédent, le réseau des
lignes de la Compagnie d'Orléans a cependant encore à faire face à un transport qui ne sera pas moindre de 112 à 113,000 hommes. Ce sont les contingents de vingt-trois départements réunis à vingt-trois gares, toutes reliées aux lignes principales, soit qu'elles se trouvent sur leur parcours, soit qu'elles y arrivent par des embranchements secondaires; ce sont : Alby, Montauban, Agen, Rodez, Aurillac, Tulle, Cahors, Périgueux, Bordeaux, la Rochelle, Niort, Angoulême, Poitiers, la Rochesur-Yon, Vannes, Nantes, Tours, Blois, Limoges, Guéret, Châteauroux, Bourges, Orléans.
En cas de concentration vers le Nord, la Compagnie a deux grandes lignes pour organiser le transport, mais elle recevra par les deux extrémités de ces lignes , aux gares de Bordeaux et de Périgueux, un courant de près de 15 à 20,000 hommes arrivant par les lignes du Midi. — Ces deux points sont désignés par les encombrements, ainsi que les grands points de jonction de Tours, et surtout d'Orléans.
La Compagnie des lignes du midi de la France est la plus faible de toutes en matériel et en ressources de toute nature; c'est elle qui a à supporter le transport le moins considérable, par une coïncidence que l'on peut qualifier d'heureuse. Cependant 34 à 35,009 hommes, venant de huit départements, viendront se présenter à huit gares
de son réseau ; savoir : Perpignan , Carcassonne , Foix, Tarbes, Toulouse, Pau, Mont-de-Marsan, Auch.
Dans le cas d'une concentration vers le Nord, une partie se déversera à l'Est, sur le réseau Paris-Lyon-Méditerranée, par Montpellier; l'autre à l'Ouest, sur le réseau d'Orléans, par les deux gares de Bordeaux et de Périgueux. A ces trois points d'encombrement forcé , il faut joindre le grand nœud de routes du Midi : Toulouse.
Un transport très-fort est destiné à la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest. A treize gares seulement de son réseau arriveront 86 à 87,000 hommes, venant de treize départements; ces gares sont : Quimper, Saint-Brieuc, Rennes, Angers, Laval, Alençon, le Mans, Chartres, Ver-
sailles, Saint-Lô, Caen, Evreux, Rouen. — Deux grandes lignes serviront à la marche , si elle se dirige vers l'Est ou le Nord. — Les points d'encombrement seront le grand nœud du réseau : le Mans; et le point d'arrivée, Versailles ou Paris.
La Compagnie du Nord, la mieux pourvue de toute la France en lignes principales ou secondaires, en matériel, et même en gares, n'aura à transporter que 46 à 47,000 hommes venant de cinq départements et se présentant à cinq gares : Lille, Arras, Amiens, Beauvais, Laon. Les en-
combremcnts ne pourront se produire qu'aux gares de départ, à Lille et à Arras.
Enfin, 41 à 42,000 hommes arriveront à neuf gares dépendant encore du réseau de la Compagnie de l'Est, malgré sa réduction; ce sont : Mézières, Epinal, Nancy, Bar-le-Duc, Châlonssur-Marne, Belfort, Vesoul, Chaumont, Troyes.
Il n'a pas été tenu compte jusqu'ici du département de la Seine : cependant, dans quelque sens qu'ait lieu le mouvement, il y aura à Paris 20,000 hommes à réunir et à répartir sur les gares des cinq grands réseaux qui aboutissent à la capitale.
Tous ces mouvements laissent de côté l'armée et la marche qui pourrait lui être prescrite ; il n'a encore été question que des réserves et du transport qu'il faudrait effectuer, si une mobilisation était nécessaire , tant que l'état actuel de l'organisation des réserves ne sera pas modifié.
Jusqu'ici, l'abîme n'a pas été mesuré dans toute son étendue. Il faut pourtant avoir le courage de l'envisager tel qu'il est, pour entreprendre de le combler. En ce moment, comme en 1870, il est absolument certain que la réunion prompte d'une grande armée est complètement impossible en France.