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L'INFANTERIE DE LIGNE

On a dit que l'infanterie était la reine des batailles : c'est surtout à l'infanterie française que doit s'appliquer cet axiome. Qu'on ne nous ac-

cuse pas de forfanterie : nous avons puisé cette confiance absolue dans un examen attentif et consciencieux des éléments qui constituent une des principales forces militaires de notre pays. Lorsque la guerre d'Orient éclata, notre armée n'avait eu pour école que les campagnes d'Afrique, école excellente, sans doute, pour rompre le soldat aux fatigues et aux privations de la guerre, mais qui était insuffisante pour développer chez les généraux les qualités à la fois si multiples et si essentielles que doit posséder celui qui est appelé à commander aux masses dans une guerre européenne. Cette lacune dans l'éducation pratique de notre armée, la guerre de Crimée Ta entièrement comblée. Dans ces terribles journées de carnage, d'où ils sortirent constamment victorieux, nos soldats ont déployé autant de bravoure héroïque qu'ils avaient montré de force et de patience sur la terre d'Afrique. Nos généraux, nos officiers supérieurs, ont acquis cette rectitude de coup d'oeil qui enchaîne la victoire sur les champs de bataille. Les résultats matériels et palpables de la guerre d'Orient ne suffisent-ils pas à justifier l'opinion que nous avons émise. Ce ne sont pas seulement les mômes régiments qui viennent d'entrer de nouveau en campagne : ce sont les

mêmes soldats. Pour eux : fatigues, privations, dangers seront jeux d'enfants. On n'a pas besoin de leur dire : Montrez-vous dignes de vos pères ; ils savent déjà, par expérience, qu'ils ne sont pas des fils dégénérés.

Pendant les années de paix profonde qui viennent de s'écouler, l'armée n'est restée ni inactive, ni stationnaire. Les camps d'instruction ont donné . à nos soldats des habitudes manœuvrières qui leur permettent d'apporter, dans l'exécution des mouvements, cette précision automatique dont nos ennemis se montrent si fiers. L'armement de l'infanterie a été entièrement transformé, et le fusil qui, entre les mains de nos fantassins, a assuré la victoire aux journées d'Alma, d'Inkermann et de Traktir, a été remplacé par une arme qui donne des résultats quatre fois meilleurs. Notre baïonnette française, par suite de l'application raisonnée de l'escrime, est devenue une arme plus terrible encore qu'elle ne le fut aux assauts de

Sébastopol.

Quelle figure feront les drapeaux immaculés de

l'Autriche en face de nos aigles aux lambeaux criblés par la mitraille?

Le 30 décembre 4 855 rentraient dans la capitale quatre régiments d'infanterie, vêtus encore des haillons glorieux de la bataille. Paris tout entier se pressait sur leur passage ; la France, ce jour-là, n'avait qu'un cœur pour les aimer, qu'une voix pour les acclamer.

' Un spirituel écrivain humoristique, M. Jules Noriac, a dépeint ainsi un régiment de fantaisie : le 101 e ; mais, sous sa plume observée, la fantaisie devient la réalité, et le 101* est le type vrai du régiment d'infanterie :

a C'est on beau régiment, allez, que le toi*. Séparément, « les hommes ne sont pas jolis, non, mais en corps, ils sont « superbes. Et braves!... demandez à toute Tannée, ou plu- « tôt,

« Regardez son drapeau dont la hampe est brisée ;

« Voyez la soie aux trois couleurs criblée par les balles; a elle ressemble à une guipure de Hollande traînée dans le « sang.

« Respect à cette loque illustre !

. « Ce n'est pas sur les boulevards qu'il faut voir passer « le 101' ; vous le trouverez guindé et poseur, deux vilains « défauts pour un régiment. — C'est ici, sur le grand che- « min. Là, seulement, il a le képi sur l'oreille et l'oeil intel- « ligent ; il se seut vivre. Il rit et chante. Il chante avec ses m trois mille voix, une de ses chansons favorites, comme la u Cantinière :

La cantinièr' fait de la bonne soupe ; {bis) C'est aux dépens des enfants d' troupe.

Les enfants de troupe sont militaires; Ils touch' le cœur d'ia cantinière.

Blaguons-li, blaguons-là, Mais surtout ne l'embrassons pas.

a II y a cinquante couplets de cette force-là. Qui les a « faits? Tout le monde et personne. Dans cette mélopée, la « cantinière a affaire à tous les grades de la hiérarchie milite taire. »

En 1845, le soldat d'Afrique disait : « Notre a père Bugeaud veut que nous ayons des jarrets « de cerf, des ventres de fourmi et des cœurs de « lion. S'il veut nous mener au bout du monde, « nous l'y suivrons. »

Les soldats d'Afrique, en 1854 et 1855, ont suivi les maréchaux Leroy de Saint-Arnaud, Pé-

lissier, Canrobert et Bosquet, à l'Aima, à Inkermann,à Traktir et sur les bastions de Sébastopol.

En 4859, ils suivront leur Empereur sur les champs de bataille de l'Italie.

Ils ont toujours des jarrets de cerf, des ventres de fourmi et des cœurs de lion.

Les régiments qui se sont le plus distingués pendant la guerre de Crimée sont :

Les 6% — 7 e , — 8% — 9% — 40% — 14% — 45% — 48% —19% —20% — 21% — 26% —27%

Les aigles des 2% — 41% — 44%— 15% — 48%

— 78% — 84% — 85% — 86% — 88% — 90% — 91% — 98 e et 100 6 sont déployées en Italie.

Il est impossible de ne citer que quelques noms dans l'infanterie : il faut lire V Annuaire militaire pour connaître toutes ses illustrations.

L'infanterie de ligne, c'est Tannée. Elle a vaincu sur tous les champs de bataille : à Eylau et à la Moskowa : elle vaincra encore, comme dit la vieille chanson du premier Empire :

Le luth guerrier qui chante les amours Célèbre aussi les guerriers troubadours ; Il redit aux héros dont la France s'honore :

Le Français a su vaincre, et le saurait encore ;

Il le saurait encore ;

Il le saura toujours.

Pour être un peu ridicule par la forme, ce couplet n'en est pas moins très-patriotique. Nos braves fantassins ont un autre refrain qui leur a toujours bien réussi : c'est la charge.

Le général Bourbaki, qui est un connaisseur et qui a beaucoup servi dans les corps spéciaux d'infanterie, assure que le plus beau commande-

ment pour un général est celui d'une division d'infanterie de ligne : avec elle on passe partout et l'on se maintient toujours.

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