‹ L'armée française en ItalieChapitre 10 sur 18 · LES ZOUAVES · texte numérisé non relu

LES ZOUAVES

Le zouave est un soldat épique: dans cinquante ans, la chachia garance du zouave sera légendaire comme le bonnet à poil du grenadier de la vieille garde. Populaire entre tous, on attribue à ce fantassin d'Afrique tous les succès et toutes les

— 5/i — victoires. C'est un zouave qui a soumis l'Algérie ; c'est aussi un zouave qui a pris Sébastopol. Cette admiration naïve est simplement un hommage rendu au symbole de la hardiesse et du courage militaires. La ligne et les autres corps n'ont doue point à jalouser cette prédilection; ils doivent, au contraire, la considérer comme la consécration des liens éternels qui attachent l'armée au peuple et n'en font qu'une seule famille.

Le corps des zouaves a toujours été admirablement commandé et encadré. Des chefs jeunes, capables, animés d u désir de bien faire et d'arriver, donneront toujours la supériorité à une troupe, fût-elle médiocre. A plus forte raison communiqueront-ils le feu sacré à des soldats exercés, solides, et chez lesquels l'esprit de corps est poussé à ses extrêmes limites. Ainsi, aux zouaves, un simple soldat est convaincu et avoue avec une modeste franchise qu'il n'envie pas le sort d'un capitaine d'infanterie, sa position étant au moins équivalente. La force de ces régiments provient de leurs admirables cadres d'officiers, et les noms suivants, relevés sur les contrôles du corps jusqu'à la réorganisation de \ 852, en est la meilleure preuve. Presque tous ces officiers sont arrivés au grade de général: Levaillant, Vergé, Mollière,

de Lamoricière , Duvivier , de Ladmirault , Maissiat, de Baral, Drolenvaux, Blangini, d'Autemare d'Ervillé, Répond, Bosc, Bisson, Gardarens de Boisse, Bourbaki, Espinasse, Regnault, Renault, Cavaignac, Le Flô, Leroy de Saint- Araauld , de Chasseloup-Laubat, Bouat, Certain-Canrobert, de Grandchamp, d'Aurelle de Paladines, Pecqueult de Lavarande, etc.

Le soin que prirent les illustres chefs qui , depuis 1830, ont successivement commandé les zouaves, d'attirer à eux les officiers les plus actifs de l'armée d'occupation, explique la longueur de la liste précédente , qui elle-même n'est pas complète.

C'est au général Clausel qu'appartient l'idée première de la création des zouaves. C'était après les événements de juillet. L'effectif des troupes de l'armée d'Afrique avait été diminué; on sentit le besoin de rallier la portion turbulente de la population algérienne et d'utiliser son activité dans les rangs français. Parmi les Turcs enrôlés parla Régence dépossédée, certains hommes d'une valeur reconnue offrirent leurs services à la conquête. On résolut donc la création des zouaves, dans lesquels

furent encadrés, au milieu de soldats et d'officiers français, éprouvés au feu des Arabes et des Turcs, des Kabyles et des Coulouglis , que leurs qualités militaires et leurs intérêts appelaient à nous. On donna au nouveau corps le nom des Zouaoua, tribu du Jurjura dont la bravoure était proverbiale dans la Régence.

Les volontaires de la Charte arrivèrent quelques mois après et furent incorporés dans les zouaves. Longtemps les deux éléments furent confondus, et les vieux Africains se souviennent encore du peloton de sapeurs de l'ancien régiment, entièrement composé de nègres, dont les turbans blancs faisaient encore ressortir les figures noires. L'ordonnance royale du 21 mars 4831, qui donna aux zouaves une existence légale , les divisa en deux bataillons, commandés par MM. Maumet, chef d'escadron d'état-majoi;, et Duvivier. C'est à Médéah et au col de Mouzala qu'ils reçurent le baptême du feu. Cependant l'organisation était loiu d'être parfaite, et, le 7 mars 1833, les deux bataillons furent fondus en un seul de dix compagnies, huit françaises et deux indigènes, sous le commandement de M. de Lamoricière. Le nouveau chef de bataillon donna une impulsion puissante à tous les services et introduisit dans le

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corps toutes les bonnes traditions qui s'y sont perpétuées. C'est de cette époque seulement que date la régularisation du costume des zouaves, si original et si approprié aux fatigues de la guerre spéciale d'Afrique (4). Remarquons en passant ce détail qui n'est point indifférent : que le turban vert est de la même couleur que l'étendard du Prophète. Aux yeux des Arabes, le vert est le signe de la bravoure, de la puissance et de la victoire.

Nous ne suivrons pas les zouaves dans tous les combats qu'ils livrèrent: leur sang généreux a fécondé la colonie. Armés d'un fusil et d'une pioche, ils tracèrent les routes militaires, fondèrent les premiers établissements coloniaux, et attachèrent; à leur nom cette réputation qui, pendant la guerre de Crimée, est devenue européenne.

A la deuxième expédition de Constantine, les zouaves prirent une large part aux travauxdu siège et à l'assaut définitif. La veille du grand jour, un de leurs officiers, le capitaine Gardarens de Boisse, sollicite et obtient l'honneur de reconnaître la brèche. « Quelle récompense voulez -vous?»

(1) Au moment où nous écrivons ces lignes, une décision ministérielle donne à toute l'infanterie de ligne le pantalon court et la jambière des zouaves.

lui dit le général de tranchée. — a L'honneur a de porter le drapeau de la France en tête de la « première colonne d'assaut! » Et le lendemain, le brave capitaine, traversé par les balles arabes, roulait dans les fossés, après avoir planté son fanion sur les murs de Gonstantine. Le môme jour, ld colonel Combes, du 47 e de ligne, s* adressant aux zouaves qui faisaient partie de sa colonne, les enleva par ces mots: « Braves zouaves, il faut prenif dre Constantine ou mourir sous ses murs! » Constantine fut prise, mais les zouaves avaient teint de leur sangles chemins qui y conduisaient. Leur colonel et plusieurs officiers et soldats furent lancés au loin par une mine qui éclata sous leurs pas : ceux qui survécurent étaient» horriblement brûlés et mutilés.

En 1840, au col de Mouzala, leur conduite décida le gouvernement à les porter à trois bataillons (ordonnance du 8 septembre 4841). Les zouaves devinrent dès lors un corps français, attaché, il est vrai, à l'armée permanente de la colonie, mais du recrutement duquel les indigènes furent exclus. De 1842 à 1849, des expéditions annuelles lui fournirent maintes occasions de se distin-

guer sous les ordres des colonels Cavaignac et de Ladmirault. Nous avous raconté plus haut , la marche des zouaves, sous les ordres du colonel Canrobert, pour se rendre à Zaatcha. Arrivés le 8 novembre 4849 devant cette ville, les zouaves se montrèrent dignes de leurs devanciers de Constantine. Zaatcha était entourée d'un réseau inextricable de jardins. Le colonel Canrobert et ses soldats arrivent les premiers dans le cœur de la place, fusillant et renversant tout ce qui s'oppose à leur passage. « Ce ne sont plus des soldats, » disait un spectateur de cette lutte gigantesque, « ce sont des boulets ; une fois lancés, il faut « qu'ils arrivent ou qu'ils tombent. »

M. d'Aurelle de Paladines, puis M. Bourbaki, succédèrent au colonel Certain-Canrobert.

Par décret du 13 février 1852, les zouaves ont été organisés en trois régiments répartis entre les trois provinces de la manière suivante : 1 er régiment, Alger; 2 e régiment, Oran; 3 d régiment, Constantine.

Vers la fin de cette même année, les 1 er et 2 e régiments furent envoyés devant Laghouat insurgée, et leurs aigles eurent l'honneur d'être les

premières de toute l'armée à recevoir le glorieux baptême du feu.

Le 2 e régiment comptait parmi les officiers les quatre frères Morand, fils du célèbre général de ce nom ; l'aîné, chef de bataillon, fut tué en s'élançant dans la place ; le troisième, aujourd'hui chef de bataillon et qui a été officier d'ordonnance de S. M. l'Empereur, fut dangereusement blessé ; les deux autres se signalèrent par leur bravoure. Le premier Français arrivé sur la brèche porte aussi un nom illustre dans l'armée ; il appartenait également au 2 e de zouaves. C'est M. Kléber, aujourd'hui capitaine dans un bataillon de chasseurs à pied.

Les trois régiments s'embarquèrent en mars 185& pour l'armée d'Orient.

Il faudrait raconter le siège de Sébastopol en entier, pour donner une idée complète des services qu'ils rendirent pendant la campagne.

A l'Aima, les trois régiments donnèrent et méritèrent, à la fin de la journée, ces paroles du maréchal Saint-Arnaud : « Merci, zouaves ! »

AInkerraann, un bataillon du 3 e , sous les ordres des généraux Bourbaki et Bosquet, opéra, avec le

7 e léger et le 3 e chasseurs à pied, ces trois terribles charges qui sauvèrent l'armée anglaise.

Dans la nuit du 23 au 24 février 4855, le 2* zouaves, sous les ordres du colonel Cler, attaque et enlève une redoute russe.

Le 45 mars, le 3« enlève cinq embuscades.

Dans la nuit du 22 au 23 mars, le 4", sous les ordres du colonel Jannin, repousse une sortie des Russes.

Le 7 juin, au Mamelon Vert, les 2« et 3' combattirent glorieusement. Nous les revoyons encore à la bataille de Traktir.

Le 1 er de zouaves entre, le 8 septembre, dans Malakoff, sur les pas du colonel Collineau, et le 3 e se montra aux attaques de gauche.

Les mœurs et les habitudes de nos zouaves ont toujours été l'objet de la curiosité du public. Alexandre Dumas a écrit sur leur compte, bon nombre d'anecdotes dans ses Impressions de voyage en Afrique. Plusieurs autres romanciers en ont fait les héros de leurs livres. Où ils ont été bien étudiés et bien dépeints, c'est dans une étude publiée dans la Revue des Deux-Mondes, éditée depuis en volume : nous en extrayons le passage

suivant, qui retrace parfaitement leur bravoure, leur insouciance et leur gaieté :

« Une nuit, une seule nuit, leur vigilance fut en défaut, et a les réguliers de l'Émir, se glissant au milieu de leurs pos- « tes, vinrent faire sur le camp une décharge meurtrière. « Le feu fut un moment si vif, que nos soldats, surpris, hési- « tèrent à se relever ; il fallut que les officiers leur don- « nassent l'exemple. Le maréchal Bugeaud était arrivé des a premiers; deux hommes qu'il avait saisis do sa vigoureuse « main tombent frappés à mort. Bientôt cependant Tordre a se rétablit, les zouaves s'élancent et repoussent l'ennemi. « Le combat achevé, le maréchal s'aperçut, à la lueur des « feux de bivouac, que tout le monde souriait en le regar- « dant; il porte la main à sa tête, et reconnaît qu'il est coiffé « comme le roi d'Yvetot de Béranger. Il demande aussitôt sa « casquette, et mille voix de répéter : La casquette du ma- « réchal ! Or, cette casquette, un peu originale, excitait « depuis longtemps l'attention des soldats. Le lendemain, m quand les clairons sonnèrent la marche, le bataillon de « zouaves les accompagna, chantant en chœur :

As-tu vu La casquette, La casquette ?

As-tu vu La "casquette Du père Bugeaud ?

« Depuis ce temps, la fanfare de la marche ne s'appelle a plus que la Casquette. *

Les trois régiments sont à l'armée d'Italie. Il est probable que les généraux autrichiens, à la fin de la campagne, professeront à leur égard la même estime que le prince Menschikoff, qui disait d'eux : « Ce sont les premiers soldats du o monde. »

Les nouveaux zouaves ont fourni à Tannée les généraux Collineau, Cler, Jannin,Vinoy, de Bonnet-Maureilhan-Polhès et Saurin, les colonels Montaudon, Dubos, etc., etc.

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