L'ARTILLERIE
Le métier d'artilleur n'est pas chose facile à apprendre : lisez plutôt la chanson :
On y Yoit des Cartouches (1) Que façonne un Mandrin (2) ; Des monstres dont les bouchés (3), Les âmes (4) sont d'airain ;
(1) Cartouches, Enveloppes en papier quî renferment les charges de poudre pour fusils, pistolets, canons, etc.
(2) Mandrins Cylindres en bois ou en métal à l'aide desquels on roule les cartouches,
(3) Bouche d'un canon. C'est l'entrée de l'âme.
(4) Ame. C'est le vide intérieur du canon, destiné à recevoir la charge.
Des ponts que l'on appuie,
Grand Dieu ! sur des corps morts (1) ! ! !
Vraiment l'artillerie
Est un drôle de corps !
Dans cette arme terrible La lumière (2) est un trou ; Chaque blanc (3) une cible, Chaque caboche (h) un clou ; Aux flasques (5) on confie La défense des forts!
Vraiment l'artillerie Est un drOle de corps !
L'artillerie a une telle importance aujourd'hui sur les champs de bataille, que le maréchal de
(1) Corps-mort. Poutrelle en bois enterrée à chacune des deux culées d'un pont militaire, placée perpendiculairement à la direction du pont et sur laquelle reposent les poutrelles des premières et dernières travées.
(2) Lumière. Canal qui aboutit vers le fond de l'àme et par lequel on met le feu à la charge.
(3) Blanc. Disque en planche monté sur un piquet et servant de but au tir dans les polygones.
(4) Caboches. Clous servant à retenir les cordous en fer qui entourent les moyeux en bois des roues des voitures.
(5) Flasques. Deux pièces en bois ou en fer coulé sur lesquelles reposent les tourillons des canons, obus et mortiers.
Saint-Arnaud commençait son rapport, daté du quartier général, à l'Aima, le 21 septembre 4854, par ces mots caractéristiques :
« Sire, le canon de Votre Majesté a parlé. »
A Inkermann et à Traktir, elle joua un rôle décisif; enfin, le siège de Sébastopol fut un duel d'artillerie.
Du reste, sans chauvinisme, on peut ajouter que notre artillerie, commandée par de savants et braves officiers, munie d'un admirable matériel, est une des plus belles du monde. Depuis les servants de 2 e classe jusqu'au plus ancien général, tous se souviennent et s'efforcent de se montrer dignes d'appartenir à une arme qui a eu l'honneur de compter dans ses rangs le plus grand guerrier des temps modernes.