AU.M
I armée, comme les autres; puis il arriva a des charires d'administrateur civil. Il eut la bonne fortune d'être nommé en Judée et nous savons pour.iuoi. Sa femme se nommait Cléopàtre : elle aussi était grecque ; elle était liée d'affection avec Poppée, que Néron aima tendrement. . . jusqu'au jour où il ht tua d'un coup de pied dans le ventre, et qui eut sur lui une grande influence. Celle-ci s'entremit pour faire un sort au mari de son amie, et Gessius Florus ol)tint le gouvernement de la Palestine. Il était donc arrivé par les femmes comme on dirait aujourd'hui. *
A en croire l'historien Josèphe, c'était le dernier des homme, cruel, tyrannique et surtout fort intéressé : il ne méprisait aucun gain, m grand ni petit. Je croirais volontiers à cette dernière accusation - l'Asie-Mineure et la Syrie sont des pays où les cadeaux d'argent, le, ce bacchich », ont été en honneur de temps immémorial; mais je suis moins prêt à accepter les premières, car elles viennent d'un homme qui n'est pas resté en dehors des événements. Gessius Florus était plutôt un autoritaire maladroit. Il ne faut pas se dissimuler que les fonctions du -ouverneur de Judée étaient assez délicates : il avait à lutter contre des croyances entièrement opposées aux habitudes administratives de Kome.
« 11 y avait, dit M. Renan, opposition absolue entre l'empire romain et le judaïsme orthodoxe. C'étaient les Juifs qui, le plus souvent, étaient insolents, taquins, agresse-jrs. L'idée d'un droit commun, que les Romains portaient en germe en eux, était antipathique aux stricts observateurs de la Thora. Ceux-ci avaient des besoins moraux en totale contradiction avec une société 'purement humaine, sans nul mélange de théocratie, comme était la société romaine. . . Entre la théocratie juive, étroite mais féconde, et la proclamation la plus absolue de 1 état laïque qui ait jamais existé, une bitte était inévitable. Les Juifs avaient leur foi fondée sur de tout autres bases que le droit romain et au fond inconciliable avec ce droit. »
II fallait donc, dans le gouvernement du pays, se montrer très adroit et très ménager des susceptibilités, agir comme autrefois Ponce- Pilate lors du procès du Christ; mais, en même ten,ps, il v avait à faire respecter l'autorité romaine et à ne pas laisser' aux
LAii.MKE liu.\! \f,\
n.auvaises têtes îe ,„oye„ ni le temps ,1e fomenter une révolte seneuse. Gessius Floru, essaya de faire l'un et l'autre ; seulement 11 II eut pas le tact nécessaire et son intervention im funeste Une querelle insignifiante entre les Grecs et les Juifs de Césarée ec lauira les esprits. Le procurateur commença par s'effacer, ^^a-^né Ji Joscphe, par un don de huit talents ; les Juif., rmvan* r,T„:,' acheté, devinrent audacieux et firent du tumulte ; puis, dès qu'ils s aperçurent que Gessius Florus ne tolérerait pas leurs écarts ils passèrent à l'insolence ; enfin, à la première menace de châtiment lu7v ^" gouverneur, effrayé, appela aussitôt à son
ame le Jegat de .<yne, son voisin, qui avait sous ses ordres une armée puissante. Celui-ci marcha sans tarder sur la Palestine et vmt camper devant les murs de Jérusalem, croyant que tout allait céder devant lui ; mais il se trompait entièrement sur la gravité do la rcvuit.. Tout le pays était soulevé ; si bien que l'armée romaine courait risque d'être coupée de ses communications avec la Syrie • coûte que coûte il fallait éviter ce malheur. La retraite fut décidée •' elle se changea en désastre; les chefs périrent, les bétes de somme l-= bagages, les aigles mêmes restèrent entre le, mains de l'ennemi' I.a Judée n'était plus seulement révoltée : elle était perdue pour l'empire si l'on ne se hâtait d'envoyer des troupes aguerries conduites par un général expérimenté. Néron n'hésita pas : il choisit Vespasien.
Lui aussi appartenait à une famille obscure ; mais il avait dcia foit ses preuves; il était même arrivé à occuper unu des j-bn hautes situations de l'empire, le prooonsulat d'Afrique. Et pourtant au moment où la .Tudéo se révolta, il était en disgrâce; il garait qu'il avait commis une faute grave que Néron ne pardonnait pas. . il s'était endormi à une représentation théâtrale où K, |-i inco-acteur tenait un rôle ; si bien que lorsqu'on lui apporta le message impérial ,,., l'envoyait en Judée, il crut tout d'abord à un ordre de mort il ne se doutait pas, ni Néron non plus, d'ailleurs, que cette nomination était pour lui le prélude d'une haute fortune.
A peine à la tète dos troupes il entra en campagne ; mai« an Heu de mettre le siège devant Jérusalem, comme avait fait Cestius Gallus, Il entreprit de soumettre, pour commencer, tout,. '.., rro.
AU Sîi:(]K I
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^-ce révoltée. Il enleva d'a^^aut et ruina successivement les places fortes, au prix d'une grande énergie et en pavant l'él de sa personne ; après quoi il se disposa à attaquer la capitale
Mais a ce moment survenaient des événements inattendus : Galba était salue empereur à la place de Néron, puis remplacé par M a dis que les troupes de Germanie proclamaient Vitelliu . A e2
celle d Occident, portèrent leur choix sur Vespasien. 11 n'était plus P0.S1 le . celui ci de diriger les opérations en'palestine. alo s lu. lallait se faire reconnaître à Rome; le général se rendit en Egypte dont la fidélité lui était acquise, pour affamer l'Italie si e e se somiiettait point . lui et pour attendre l'occasion de passer ïa mer. C et de la qu U envoya à sa place en Judée, avec des troupe, de renfort, son fils Titus, le futur conquérant de Jérusalem
Titus avait à ce moment trente ans. Sa carrière antérieure
a a parfaitement préparé à jouer le rôle important qui lui était
olu. L ava,t fait la guerre en (iermanie et en Bretagne, où il se
t remarquer par ses qualités militaires ; tout récemment encore
I avait servi sous les ordres de son père en Palestine et pris part'
ux sièges e Tarichée et de Gamala. On raconte que dLs cet
COI iTV t"™' " "" ''"''' ""' -s lui : c'était un officier c ipl . Suétone nous apprend qu'il avait « une singulière aptitude a ou. les travaux de la paix et de la guerre, une rare dextérité dan, le maniement des armes et du cheval „ et bien d'autre, talents encore. .. celui, notamment, de contrefaire toutes les si.^natures. Ce que nous savons de lui devant Jérusalem nous prouve qu'il P ussait le courage jusqu'à la témérité. A peine arrivé en face dl la ville, Il conduit une reconnaissance avec un gros de cavalerie sans se préoccuper du danger qu'il courait, de la faute même qu'il 'commettait en s-exposant ainsi ; les Juifs font une sortie, s'embusquent dan, les jardins qui entourent Jérusalem ; Titus ne peut re-^a-^ner son camp qu'en passant avec son cheval à travers les traiti et presque sur le corps des ennemis. Quelques jours après, une des egions occupée à se fortifier est attaquée à l'improviste et mise en uite ; c est Titus qui la délivre en chargeant à la tète de quelques hommes. On pourrait citer encore bien d'autres faits d'armes qu'il
L'aHMKF Rn\!AixH
accomplit a .Itiusalem. Par contre, il se montrait facilement cruel. S'il n'inait uuna changé en arrivant à l'empire, il n'aurait pas mérité le titre de « délices du genre humain » sous lequel nous le connaissons aujourd'hui. L'historien Joséphe nous a gardé un exemple frappant de sa cruauté. A un moment du siège, les Pohiiiiii-, ne craignaient pas de crucifier, en vue des murailles, les Jiiiis désarmés (^ui s'échappaient de la ville; on dressait jusqu'à cinq cents croix par jour; et Titus autorisait, s'il n'orduiuiait pas ces horreurs, parce que, nous dit-on, il ne voyait jas ce qu'on pouvait faire d'autre de ces fugitifs. C'est peut-être cette sauvage énergie du général qu'il faut accuser de la destruction du temple. 11 est vrai que Joséphe a défendu Titus de cette accusation, en prétendant (lue le tou avait été mis par un soldat, malgré les ordres donnes ; mais Sulpice Sévère, qui a copié Tacite, fait remonter positivement la responsabilité de l'incendie jusqu'au général. 11 faut renoncer, au reste, à savoir la vérité sur ce détail historique. J'aurais voulu vous mettre sous les yeux un portrait de Titus ;
mais je n'ai pas pu me procurer une image de ce général en costume de guerre ; et c'est le guerrier surtout (jui nous intéresse en lui, à propos de Jérusalem. La figure 1 représente un empereur en tenue de commandant en chef; la tête est celle de Trajan ; mais nous ferons, si vous voulez bien, comme certaines villes de l'empire romain qui, par économie, à la fin de chaque régne, coupaient la tète des statues impériales et la remplaçaient par celle du souverain qui venait d'être proclamé à
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e; noii> mettrons! en inia^'ina-
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lî '•'- ■i ^.i 1 lace du visage de Trajan, celui de Titus. Vous voyez avec quelle richesse la cuirasse est ornementée; en haut, au-dessus des pectoraux est figurée uuu tOie ac Méduse; au milieu, ou a ru-
Ai su
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P esente une M.nerve casquée et ornée du boucher, devant laquelle
nsen deux jeune. fl„es ; chacun des morceaux de cuir, en tL de d „t, qu. terminent !a cuirasse est chargée d'un médaillon ■ des amel es de cu,r, terminées par des .ranges pendent jusqu'à,, .'i, e
e bas de la tun.que qui dépasse. Les pieds sont chaussés de belles sandales, et le corps ceint d'un baudrier d'où pend un .huve a po,gnee c.selée. Mais ce qui caractérise surtout le gêné,: 1, e cest le manteau dont vous pouvez remarquer let pans su
jue ga,jche et autour du bras. On le nommait ,.Lw.
bra, dro.t hbre et enveloppant le bras gauche ; on sy drapait pour se garantir du froid ou pour se donner une belle conLanée. Ici on nen vo,t qu une minime partie, par un artifice du sculpteur qui a voulu husser toute la cuirasse découverte, pour en montre le
reahtc. Cette image vous permettra de vous représenter, sauf pour de légers détails, quel était le costume of.iciel que portait Titu au Siège de Jérusalem.
Il amenait avec lui une nombreuse armée. Nous en connaissons a composition : elle comprenait quatre légions avec leurs auxi-
relo;.' ":V^°.«'-/-™'- P-' '- -i^ du pavs, ce que nous a^l^lon. en Algérie « des goums «. Cest par eux que je commen-
y^^i dl.
On peut s'étonner au premier abord que les Romains aient permis à cerains chefs d'entretenir des troupes dans le voisinage ou même dans 1 meneur des provinces soumises; il est facile pourtant de comprendre la raison de ce libéralisme. Le seul intérêt - et il était capital que Rome avait à maintenir de petits souverains indépendants, c'était de l.s employer à défendre les provinces frontières contre les invasions des Barbares. La Judée, qui n'était pas éloignée de 1 Luphrate, avait tout à craindre des Partlies ; il était donc utile d y maintenir des forces locales, capables d'assurer la paix ou en cas d alerte, de faire face aux premières diflicuités. C'était le rôle réserve a tous les rois que nous trouvons à l'armée de Titus Le premier à nommer est Ilerodo Agrippa II, qui possédait le pays
situé à l'est du lac de Tibériade, sur la rive droite du Jourdain ; ses troupes étaient faites sans doute de ces Nabatëens demi-sauvages qui vivaient dans des grottes souterraines, comme des animaux, ainsi que nous l'apprennent les auteurs. Quand Vespasien commença la guerre, Agrippa lui amena 2,000 fantassins et 1,000 cavaliers fil en fournit plus encore à Titus, dit Josèphe. En adoptant le nombre de 3,000 hommes nous resterons donc au-dessous de la vérité.
A côté de ce prince il faut placer Sohem, roi de l'Iturée, petit pays situé à l'est des états d'Agrippa et confinant à l'Arabie. Lui aussi s'adjoignit à Titus avec 3,000 hommes au moins. Par un heureux hasard nous avons conservé la tombe d'un soldat appartenant
à une troupe d'Itjréens ; on y voit le buste du défunt. Le costume en est caractéristique (figure 2). Le corps est couvert d'une sorte de grand manteau à capuchon qui rappelle beaucoup le burnous arabe : il I seml)le, en effet, cousu sur le devant et non boutonné ou agrafé comme notre manteau de cavalerie; au dessous on aperçoit le haut d"unc tunique cjui laisse le cou dégagé; la tète est nue et ne devait point porter de casque. D'une main il tient un arc et de l'autre deux flèches :
c'est l'arme par excellence de TOrient; les Parthes, voisins des Itjréens, avaient, comme archers, une réputation qu'il est inutile de vous rappeler.
Malchus, un chef arabe, avait fourni un efi'ectif plus considérable encore : au moins 5,000 hommes : mille cavaliers et quatre mille fantassins. Palmyre avait envoyé des archers; et au milieu du siège, Antiochus de Commagène, celui que Pacine a mis en scène dans sa Bérénice, amena, de son côté, un secours important. On peut donc, sans exagération, estimer que l'armée de Titus comptait de ce fait, vingt mille hommes.
AU siFfj: hi: ji':Rrs.A[.FM
D autre part, une légion était composée à cette époque de 5 500
hommes, et les auxiliaires attachés à chacune d'elles égalaient en
nombre les légionnaires. Une légion et ses auxiliaires composaient
donc un ensemble de 11,000 hommes : soit 44,000 hommes pour les
quatre légions de Titus. Il est vrai que Vespasien avai. emprunté
aux troupes de Judée des détachements qu'il avait emmené; avec
Un contre son compétiteur ; mais comme il avait fait venir d'Egypte
O.OUO hommes, lequilibro était rétabli parla même. L'effecdfde
armée assiégeante se montait, en conséquence, à 65,000 hommes-
total considérable si Ton songe à l'espace relativement restreint
qu occupait la ville. Mais Vespasien tenait à écraser la révolte afin
de mettre à la raison, une fois pour toute, la nation juive • et le
mclleur moyen d'assurer la victoire était assurément de multiplier
les combattants.
Nous savons le nom des quatre légions qui formaient le gros de 1 armée de Titus : c'était la V» légion, dite Jfacédonique la V surnommée Frelenm- la XI [« Fulminaia et la XV» Apollinaire
La V« Macédonique comptait do longues années d'existence • elle remontait au moins à Auguste. Sous Néron, elle avait fait la guerre contre les Parthes et c'est au moment où elle rêverait de cette campagne, qu'on l'avait envoyée contre les Juifs On lui donna pour mission de prendre la partie de la ville, couverte par laiourAntonia, qui tomba assez rapidement au pouvoir des I?o. mains.
L.i >>,■■ Frelenm était plus ancienne encore que !a précédente • elle existait avant Auguste, car son surnom lui vient, croit -on de la part qu'elle avait prise à la campagne de ,<icile contre Sextus Pompée. - Frehm, par abréviation pour Frelmn siculum, serait l'origine du nom Frelensh. ^- FJle aussi appartenait, .lepuis lon--temps, à l'armée de l'Asie ; elle avait participé, comme la précédente, à l'expédition dirigée contre les Parthes ; et, comme elle, avait éio lancée, à peine revenue à son camp habituel, à l'attaque de Jérusalem. Son rôle actif, au début de la guerre, sous Ve.^pasien, l'avait signalée à l'attention du général, et l'on comptait 'sur sa vaillance : elle attaqua la ville par l'est. Après la victoire de Titus, cette légion ne quitta pas le pays ; on lui assigna Jérusalem
L'AÎIMKF ROMAINE
v.^^. .i-i~n||,. |.^i^gé a elle seule, de son spin,, • ^^1 ee ,.0 toute. ,es autres réunie. Tout a .uU o,: J
OU a .I,.„,..aem, so.t dan. les environ, in.nédiats. .„ J .i -n ne o tu.les ou de briques portant la «arque Lrffio X ^
- Le. doe,„„.,.. de cette espèce sont très intiessant ^f ' Clutquo corps e troupe avait coutume, en effet, de bâti les a "' .,ne.ents ou les casernes ,„'i, devait occuper ; mais au iul J adresser, con„.. ion fait ci,ez nous, à l'Hulustrie privé epo '";■""■ '" ""'■'''■'"^ "'- instruction, on ,es déminait au. soldaseux-naén^es. La brique pour les murs peu épai^ , tu le pour es to.tures étaient ainsi fabriquées «manu mi'lita i M
e u.e,ne que „o. industriels mettent leur non, ou celui de 1 ur
- ne ene sur les objets qu'ils livrent au commerce, les lej
p.ll . lanoutdonc ou i ou exhume une brique ou une tuile ainsi marquée, on peut être assuré que le bâtiment dont elle fai" t par .0 0. une construction militaire, élevée par le corps n^
mo,^ , assu e u. connaître les divers points de l'empire romain
0 cupes par les soldats et la naiure de chacune des trou, qu !
- :- ■•an tonnées. La légion X= Fretensis a laissé des ouve /s
-■nts de cette e..pèce sur le sol de la Palestine Son non. ligure aussi sur une monnaie contremarquée, quia été
trouvée dans le pays. Cette pièce, qui est reproduite ici (figure .3), porte au droit, les restes d'une tête qui paraît être radiée; les lettres AES qui s'y lisent, appartiennent au mot C'aesar Au revers ou i,t BXC. q„i ,3„,ble lé reste du mot l-eSa,Tr,vo>v et qui annrend .uo la n,on„a:o a été frappée à Sébasté de Palestine, i cô 1
-.-.0 deux contremarques. La plus petite, appliquée ;,
I nre galère. Afin de les mettre d'accord, on a
Fiff.
AU sikgf: m- .ikri-sau-m
représenté sur le denier, une ima-e qui n'est ni un sini'li.-i „i une g-alére. Mais la marque centrale est bien nette. (>n v i. cnnait un sanglier les soies hérissées, tourné vor. la droite; an-dp^.on. un dauphin; au-dessus, les lettres I. \ F., c'est-à-dire ■ |,.,„n Xe Fretensis. On doit se demander tout d'abord ce que v.uî dire ce sanglier placé à côté du nom légionnaire. M. ,;.■ ,<aulcY .'est figuré qu'il y avait là . une insulte jetée à la face de ln^1ah•on juive ., - à cause de la défense religieuse qui lui est laite de manger de ha viande de porc ou de sanglier, ^ de même que dans le sanglier que, suivant l'historien Eusèbe, on sculpta, sous Hadrien, au-dessus de la porte de Jérusalem rebâtie et devenue colonie romaine. C'est là une erreur, et voici la véritable exi-lication. Les légions avaient comme enseigne, non seuleniont l'aigle, que l'on peut comparer à notre drapeau régimentaire mais des « sirpia », des guidons ; ceux-ci représent ni. m au.si des animaux, et l'un d'eux, peut-être celui de la première corn,. agnie, était devenu le symbole et comme les armes parlantes de la légion. Le sanglier est un de ces animaux emblématiques. Sa présence à côté du nom et du numéro légionnaires, éuuivam à la répétition de ceux-ci; au-dessus de la porte d'entrée 1,' Jérusalem, il indiquait la part prise par la légion à la reconstruction des murailles et à l'occupation de la place.
Mais alors que signifie une telle contremarque sur une monnaie de Sébasté ? C'est précisément par là que cette pièce intéresse la victoire de l'armée romaine devant Jérusalem. Sous l'empire l'^mpereur seul avait le droit de battre monnaie ; mais les géi. i aux en chef gardaient celui de contremarquer les espèces déjà existantes, dans un cas de nécessité, pour leur donner une valeur fictive! Voilà précisément ce qui se passa en l'an 70. L'armée se trouvait à court de numéraire, alors que les trois quarts de l'empire n'étaient point soumis à Vespasien; et 1 on n'aurait jamais pu, avec les seules pièces monnayées dont on disposait, payer la solde des troupes assiégeantes. Situation critique, qui risquait de donner naissance a des mécontentements, à des insubordinations peut-être et de retarder le succès ! On eut recours au procédé de la contremarque. Les pièces de cuivre que l'on put se procurer ou faire battre dans le
Î/ABMÉE HuMAlMi
Al' SlKi.i- M-: ,UHî"<A,'.K\!
pays, reçurent .me val.ur fiduciaire qui fut, comme on le voit deux fois renouvelée, - chaque contremarque augmentait la valeur de la P'.eoe - ; l'une d'elles, celle qui porte le nom et le symbole do la légion \. Fretonsis, mérite de fixer particulièrement votre attention, puisqu'elle fut appliquée sur cette pièce pour fournir à la solde de la iegioii >jiii nous occupe en ce moment.
La légion XW Fuhmmta, ainsi nommée parce qu'elle perlait un foudre sur ses boucliers ou que le foudre figurait sur ses enseignes et non comme on l'a dit, parce qu'elle prit une part quelconque à un certain miracle, dit do la légion Fulminante, que Xipliilin . raconté, avait à peu près les mornes états de service que les précédentes, avec cette différence qu'elle venait de subir, sous Cestius (^allus, une défaite sanglante, quand cet officier l'entraina imprudemment sur Jérusalem, et lui ordonna bientôt, non moin, in,,-.,demment, de battre précipitamment en retraite. Elle avait à ven-^er ses chefs perdus, ses bagages abandonnés, ses drapeaux laissés enire les mains des Juif, ; on comprend qu'elle fût avide de laver un pareil afi-pont et disposée à tous les efforts pour se réhabiliter
Reste la légion XV" Apollinaire, dont le signe distinctif étal- wn Apollon ; son origine remontait au moins à Auguste ; elle avait fait avec Corbulon, la campagne d'Arménie, et, à peine revenue, avait ete appelée à marcher contre Jérusalem.
Voila en pou de mots, 1 histoire des légions qui accompagnaient liius. I ormettez-moi ,1e vous présenter maintenant les officiers qui en exerçaient le commandement.
Toute légion romaine, sous l'Empire, avait à sa tète un lé-at personnage qui avait généralement exercé la préture et qui allait bientôt arrivera,, consulat. Je ne saurais mieux comparer ce genre d officiers qu'à nos généraux de division modernes ; car ils avaient sous leurs ordres, non seulement une légion, mais ses auxiliaires cest-a-d.re de la cavalerie et de l'infanterie, sans compter Tartillerie légionnaire ^t tous les services administratifs qu'une telle masse cl hommes comportait.
Au-dessous étaient des tribuns, choisis parmi les jeunes sénateurs qui avaient exercé seulement la questure ; nous les assimilerons à nos chets de bataillons plutôt qu'à nos colonels. Leur rôle
était double : militaires, ils conduisaient les différentes parties de la légion au combat, et remplaçaient au besoin le légat .-i la tête de la division ; administrateurs, ils veillaient à 1 habillement des hommes, à leur casernement, à leur nourriture.
Ait-dessous encore, nous trouvons les centurions, qui commandaient, comme nos capitaines, les compagnies légionnaires. Ile plus, on leur confiait un grand nombre de services accessoires la surveillance de l'arsenal, la direction de travaux qui ressorti^sènt aujourd'hui à l'arme du génie, le commandement et l'administration de certaines troupes auxiliaires, etc. Le premier cent,,, iu„ de la première cohorte avait nom « Primipile ».
Les centurions, à la différence des tribuns et des légats, n'étaient m sénateurs, ni même chevaliers; ils sortent du rang, font toute leur carrière dans les postes inférieurs de la légion, et ne peuvent pas prétendre à un grade supérieur. Leur seul espoir est d'arriver au poste de préfet du camp (major de la place) ; généralement, ils ont leur retraite comme centurions et forment, dans les province<< une bourgeoisie d'épée fort estimée; plus que tous les autres, c' sont eux qui ont gagné pacifiquement le monde à la civilisation romaine, quand l'âge leur était venu de déposer l'épée et de renoncer aux conquêtes guerrières.
Chaque centurion avait sous ses ordres un certain nombre d'officiers inférieurs ou de sous- officiers, lieutenants (option,s) fourriers (tesséraires), porte-drapeaux (aquilifères, siirnifères'', ainsi que différents spécialistes, trompettes, médecins, aumôniers, victimaires, haruspices, etc.
L'historien Joséphe nous a gardé le nom de quelques-uns do= officiers supérieurs qui prirent part au siège de Jérusalem, li nous en parie surtout quand il nous raconte les conseils de guerre que Titus réunit pendant le siège : l'empereur rassemblait ainsi ses conseillers dans les circonstances difficiles , leur demandait leur avis, exposait le sien et l'on votait. Je ne vous étonnerai pas en vous apprenant que l'opinion du général était généralement adoptée même si elle n'avait pas l'approbation du conseil : c'est le rôle réservé aux comités consultatifs dans tous les temps.
Le plus célèbre des officiers de l'armée romaine était Tibère
L'ARMKE ROMAINE
Al.'Kan'lî
™. Nous savons qu'il était Juif d'oricrino, fils d'un fonctionnaire financier égyptien et neveu du célèbre Pliilon d'Alexandrie. Il songea de bonne heure à entrer dans la carrière administrative romaine ; pour cela, il fallait d'abord être citoyen • il en dut i< ta-.' ne à l'empereur Tibère, qui le créa bientôt chevalier Puis on le nomma procurateur de Judée, à cause de son oridne et de l'expérience qu'il avait, par là même, du caractère juif, (^n sait peu de chose de son gouvernement, sinon qu'il eut à sévir contre des tentatives de révolte et qu'il n'hésita pas à faire crucifier les mut,,,.. 11 s'était fait assez remarquer dans cette situation pour que forbulon le choisît comme chef d'état-raajor, quand il partit en guerre contre les Parthes. A son retour, il fut nr>mm,-. préfet d J-.gj pto ; là encore il devait se trouver dans une société dont il connaissait le fort et le faible. Il eutfoccasion de rendre à Vespas.c, ,in service signalé, en le saluant empereur le premier et en lui as.,u.nt la fidélité des légions campées dans le pays. La récompeu... uo se lit pas attendre : Titus l'emmena avec lui comme chef d état-major général contre Jérusalem. Josèphe nous fait un grand éloge de Tibère Alexandre; il parait que c'était, en effet, un hom.^e de valeur et d'expérience : j'estime qu'il avait, à ce moment, une soixaiuamo d'années. Après la prise de la ville assiégée, Vespasien Ini elov..,, pour le récompenser, une statue à Rome sur le forum au grand émoi des vieux Romains qui voyaient toujours en lui un étranger et uu parvenu. Juvénai s'en indigne; nous, qui n'avons pas les mêmes raisons de nous effaroucher que le satirique latin nous comprenons que l'empereur ait tenu à rendre un hommage éclatant à celui qui lui avait assuré le trône.
.\ la iéte de la légion V» Maoédonique était un homme du nom de Sexln. Cerialis, ou plus complètement Sextus Vettulenus Cenalis. Nous avons gardé l'épitaphe de sa femme, mais nous ne savons rien de sa carrière. Peut-être, cependant, avons-nous conserve un petit fragment de la base de pierre qui supportait sa st:ifne. siii- le forum de Carthage.
r,, officier, appelé M. Tittius Frugi , commandait ia légion \\ Apollinaire. Cehu-ia nous est moins connu encore que le prccedont.
AU SIÈGE DE Ji Hr-M.KM
1; 11 en est pas de même, heureusement, des officiers de la !, ; .,, -\ Fretensis. Au début de la campagne de Judée, le lé-at étiit ïrajan, le père du futur empereur ; Joséphe nous le dépeint comme un vaillant soldat, qui se distingua au siège de plusieurs ville. Quand \ espasien quitta l'armée d'Orient pour marcher contre 1 Italie, Il le prit avec lui ; si bien qu'au moment ou Titus commença le siège de Jérusalem, la légion n'avait pas de commandant en chef • on attribue à ce fait un petit échec qu'elle subit au début Mais le poste ne tarda pas à être occupé par un personnage nommé Larcius Lepidus. Son épitaphe, que l'on a retrouvée depuis longtemps à JNettuno, en Italie, nous fixe entièrement sur sa carrière II était arrivé fort jeune, grâce aux événements. Après avoir -éré deux fonctions inférieures, il fut nommé questeur en Cyrénaïque. A peine avait-il pris possession de son poste, que Vespasien fut salué empereur en Egypte. Celui-ci, fort embarras.sé pour trouver des sénateurs disponibles dans la petite partie ,lu monde romain qui lui était «oùmise, le choisit, faute de mieux, comme légat légionnaire et l'appela devant Jérusalem : il avait au plus vingt-cinq ans à cette époque La guerre fime. il fut nommé préteur, puis gouverneur de la province de Pont et de Bithynie; il serait assurément arrivé beaucoup plus haut SI la mort ne l'avait pas frappé en pleine jeunesse, à moins de trente-cinq ans. Je ne veux pas. pourtant, vous apitoyer outre mesure sur la destinée de cet officier ; tout bien considoré il est peut-êlre fort heureux pour lui qu'il ait disparu si vite; ci voici pourquoi. L'épitaphe de Nettuno, dont je vous ai parlé il y a ^luelques instants, nous fait connaître le nom de sa femme, Caecinia Larga, et celui de sa fille, Larcia Priscilla. Or Juvénai nous apprend que la première avait une conduite très légère et que l'exemple fut SUIVI par )a seconde. Il est vrai que Juvénai aime le scandale et accentue souvent les détails aux dépens de la vérité ; mais ses accusations ont généralement quelques fondements, et je crains bien pour ma part, que la réputation de ces deux femmes n'ait pas été exempte de reproches. Vous voyez que Larcius Lepidus eut raison de mourir jeune, dans la plénitude de ses illusions.
Je vous ai fait connaître, Mesdames et Messieurs, les légions qui
L'AHMi,:- HuMAiNî:
AU SIÈGE DE JÉIU -\(J:m
prirent part au siège de Jérusalem et les officiers qui les commandaient. Il me reste à vous parler des auxiliaires attachés à ces légioii'î. Ils se composaient de deux sortes de troupes : les régiments de cavalerie, nommés ailes; et les régiments d'infanterie appelés cohortes ; quelquefois, cependant, les cohortes renfermaient à la fois des fantassins et des cavaliers.
Il y avait, entre les auxiliaires et les légionnaires, des différences nombreuses et importantes. Les principales portaient sur le recrutement et l'armement. Les légionnaires étaient des citoyens romains ; quand ïh ne possédaient pas le droit de cité avant d'entrer au service, on le leur conférait d'office en y entrant. Les auxiliaires, au contraire, n'étaient que des étrangers qui payaient par cet impôt du sang la protection que Rome accordait à leur patrie, cette paix romaine, comme on disait, dont les bienfaits étaient célébrés dans tout l'univers. On en recrutait dans tous les pays, mais surtout dans les contrées encore sauvages, riches en guerriers solides ; la Germanie, les bords du Danube, fournissaient un fo:.'t contingent aux troupes d'Occident ; pour les troupes d'Asie on faisait appel aux hommes familiarisés par leur origine avec la manière de combattre des Orientaux et habiles à monter à cheval. Ainsi, les Ithyréens possédaient des archers, les peuplades de l'Afrique du Nord des cavaliers ; la seule aile de cavalerie qui nous soit connue, parmi toutes celles qui prirent part au siège de Jérusalem, est précisément une aile de Gétules.
La dilférence dans le recrutement entraînait une différence semblable dans l'armement : des troupes de cette espèce ne devaient point être habillées à la romaine si l'on voulait leur conserver leur utilité et leur caractère ; unifier leurs costumes et leurs armes eut été une erreur grossière, que les Romains se gardèrent bien de commettre. Pour vous rendre plus sensible la distinction entre les légionîinires et les auxiliaires je vais vous présenter l'image de soldats appartenant à chacune de ces catégories. La figure n« 4 représente un légionnaire romain. R est revêtu, ainsi que vous le voyez, dune cuirasse en cuir qui descend jusqu'au milieu des cuisses; elle est protégée aux épaules par deux pièces de cuir supplôiiicîitaires destinées à amortir les coups d'épées ou de ja-
velots. Autour de la taille se voit une large ceinture fermée par une boucle à ardillon (cingidum) ; la surface extérieure est ornée de plaques en métal. Par devant pend une sorte de petit tablier formé de lamelles de cuir recouvertes, elles aussi, de carrés métalliques : cette pièce, qui s'attache à la ceinture, est un ornement et surtout une défense pour le soldat dont il protège le bas-ventre.
Vous remarquerez que la ceinture ici W' ne soutient point le glaive attaché par '|t un baudrier à l'épaule du légionnaire. ' ^ Les cuisses sont défendues par une culotte laite de lamelles de cuir ou de métal ; le cou par une sorte de cravate de cuir et la tète par un ca>que qui enveloppe presque toute la figure, moins le devant et les oreilles, et audessus duquel se dresse un plumet. Le reste de l'armement est encore i)lus
caractéristique. Les pieds sont chaussés d'une sorte de brodequin •lue Ton nommait caliga : il se composait d'une semelle "-arnie de clous, rattachée à la jambe par tout un système de lamelles de cuir, qui, se rappi'ochant l'une de l'autre, formaient comme une sorte de bottine. De la main gauche, le soldat porte un grand bouclier de forme demi-cylindrique garni, en son centre, d'une saillie hémisphérique [umho) : c'est là le bouclier légionnaire par excellence. Sa main droite est armée d'une longue lance, \q pilum, dont vous trouverez la description détaillée dans tous les livres qui traitent de l'art militaire chez les Romains ; il suffît que je vous en signale la forme très remarquable.
La figure 5 vous fera connaître, par contre, un auxiliaire semblable à ceux qui devaient assister au siège de Jérusalem : celui-ci se nommait Ilypanor et faisait partie d'une cohorte d'archers. \\ ne porte pas de cuirasse, mais bien un vêtement dont les plis, habilement disposés, laissaient toute leur liberté aux jambes et
Fu
aux bras. Lui aussi a les reins entourés d'un ceinturon ornementé;
mais celui-ci est double et soutient d'un côté un glaive, de l'autre un grand poignard. Le devant du corps est couvert de la pièce en forme de tablier que vous avez déjà remarquée sur la représentation du légionnaire, mais ici on voit très nettement comment elle se rattachait à la ceinture. Iljpanor a des brodequins plus légers que la caligci; sa tète est dépourvue de casque. Il tient à la main son arc et une llèche. Il est probable qu'il portait une culotte collante, mais il est difficile de la distinguer sur cette image.
La dillcrcnce entre les cavaliers léirionnaircs et les cavaliers auxiliaires est é^alement assez marquée. Celui que vous voyez représenté à la figure 6 est un légionnaire, sa cuirasse est moins embarrassante que celle du fantassin : elle
s'arrête à la taille. Des plaques de métal y sont fixées, soit pour lui servir d'ornement, soit pour en augmenter la résistance. Elle couvre un vêtement plus souple qui descend à mi-jambe ; les cuisses sont revêtues d'une culotte collante; les pieds sont enfermés dans des brodequins. On ne voit pas de casque sur la tête du cavalier, mais c'est là un oubli fantaisiste
H^tgï.!^
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du sculpteur : les cavaliers étaient casqués, ainsi qu'il ressort de tous les bas-reliefs où ils sont figurés. Le bouclier de forme allongée est plus petit, plus maniable que celui du fantassin légionnaire que je vous ai présenté à la figure 4 ; la lance, elle aussi, paraii moins puissante que le pilitm. Vous remarquerez également, en passant, la selle du cheval et la façon dont elle est fixée sous le venire, sur le poitrail et sous la queue. Les ornements qui sont sculptés en haut, de chaque coté, et en bas à droite, sont des décorations militaires : je reviendrai tout à l'heure sur cette question.
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Le cavalier auxiliaire de hi figure 7 a un armement moins pesant : sa cuirasse n'est point chargée des mêmes plaques métalliques que celle du légionnaire ; le bouclier est rond et moins volumineux, la lance plus courte et moins puissante. On sent le cavalier fait pour la poursuite, pour les évolutions et les manœuvres de vitesse, plus que pour la charge et le choc.
Telles étaient les troupes que Titus avait rassemblées autour de Jérusalem, leur composition, leur armement, leurs chefs. Le siège de la ville commença immédiatement. L'historien Josèphe l'a
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AU siÈGi: nr. jkrtsalem
longuement raconté et les archéologues ont consacré de gros livres a en étudier tous les détails. Je ne pourrais donc ici que résumer des travaux qu'il vaut mieux lire dans Toriginal. Je préfère vous mettre sous les jeux l'image de ce qu'était un siège à cette époque; ce me sera une occasion de vous expliquer la tactique employée par les assaillants et par les défenseurs de la place.
La scène qui forme la planche 8 est empruntée à VArmk romaine de Yi Ki-aner. Le dessinateur y a rassemblé tous les procédés de la poliorcétique romaine. On voit d'abord au premier plan, cà droite, une batterie. Une plateforme a été disposée, protégée contre les
Fig. 8.
projectiles ennemis par un épaulement en bois recouvert sans doute de terre pour le garantir du feu ; à l'abri sont dressées deux machines. L'une, celle de droite, est une balliste. La balliste, comme la catapulte, était une arbalète de gros calibre. Deux bobines servaient a iniuia>jmv dans la position voulue les deux branches ^rnii arc (loiu les extrémités étaient reliées par une grosse corde; celle- Cl glissait dans une grande rainure où l'on introduisait des flèches ou des boulets. On tendait la corde et on la maintenait tendue au mojen d\ni crochet rattaché à une chaîne, qui s'enroulait sur ini cabestan placé cà la partie inférieure de la machine ; en lui rendant la liberté on envoyait le projectile aussi loin que la pièce le comportait. La seule ditférence qui existât entre la catapulte et la
Italliste, c'est que la premier'"' fêtait fli^posée bnrizontah'Hi^Miî. rt !;i seconde inclinée a 4r> degrés; on lut donc fan.,' tniro ces deux engins exactement la même distinction qu'entre ii'- Laiiuns tt nus mortiers.
La niaf^liinn rpii =;p vnit à ua'^f^he de la précédpnto «'-ait un onagre. On nommait ain-i un appaivil d -tmo a «nvoyer de trrosses pierres. Il se composait, ainsi qu'on le voit sur la li-nir^ » d'une ;^ol•tt' (i'iuiînense cuiiier dan.'ï le ci'eiix de latiueil'' ^-e plarail ie projectile, Oii a* tirais vinb^mm^-^nt à >ni mito ruilJ.T, d»' fa<;nn a raii!<'îi"ï' jusqu'à terre, |aii> on la làchau l'i-u^(i!]'Mnt^nî. Mlle se redressait alors et, frappant contre un tailier de bois ou de iia tal, lançait par contre-coup le projectile dont un ra\ait chargée. Tes machines, toutes primitives qu'elles étaient, avaient m.^nre une certaine portée : avec la catapulte que l'empereur Na;i>i(,)n II! a fait fabriquer quand il [uéparait son Hisfoire de JuIps César, nn est parvenu a iilanter une flèche dun^ une clui.>un de planches a njiile pas et à projeté!' à la na'na'- di^taur-o ime pir-rrr' <]<^ "27 livr-'^. relies de Tîîus étaient plus puissantes encore. La X'' légion, nou^ dit Josèphe, avait des pièces d'artillerie capables de lancer des pierres de plus de soixante kilogrammes à uno portée efm.ue de 3'ÏU mètres. Au début du siège, il paraît que les Komain- se servaient surtout de pierres blanches dont ils avaient san- doute réuni une grande quantité ; mais les Juifs, qui les voyaient venir à cause de leur couleur même, avaient soin de poster des vedettes puui annoncer l'arrivée et la direction du projectil.- : iui avait diun- tout le temps de se garer et de se mettre à l'abri ; et les coups de l'artillerie assiégeante restaient sans eff'et. Pour parer à cet inconvénient, les assaillants eurent l'idée de noircir leurs boulets, ce qui leur réussit. ^>n a iai' remarquer que le stratagème des Juifs se renouv. la dans notre siècle, au siège de Sébastopol : des vigies étaient charirées de signaa r les bombes russes avant i^u'elles ne tombassent Hans no>i tranohép«.
Au second ; ' an, on aperçoit une masse de boucliers qui con-^itue ce que l'on noinmait une tortue. Tou^ m groupe de soldats s'avançait contre les remparts ennemis, chaque homme couvrant -a î»îe de son hovirlior. Lo- fantassins des premiers rani's restai-Uit debuut,
^1 m j iHiiiiir
LAliAlLi. lin\!A!N!-:
les suivants s'inclinaient un peu, les derniers marchaient presque accroupis, de telle sorte que l'ensemble des boucliers, au lieu de tormer une surface horizontale, o/TraH un plan incliné sur lequel venaient glisser les projectiles lancés par les défenseurs, du haut des remparts. Les assaillants abrités par cette toiture, tout à fait analogue à une carapace de tortue parvenaient ainsi, sans être blessés jusqu'aux pieds des murailles, qu'ils se mettaient alors à saper ou a escalader, suivant les circonstances.
Plus loin encore, vous vojez un autre mode d'attaque, le bélier Cet engin consistait en une immense pièce de bois garnie à son extrémité antérieure d'une grosse tête de bélier en fer et suspendue par des cordes à la toiture d'une ou même, comme ici, de deux cabanes juxtaposées. Ces cabanes étaient généralement recouvertes de fer pour pouvoir résister aux quartiers de pierres ou aux rochers que l'on faisait rouler sur elles du haut des murs, et, par dessus de peaux mouillées, inaccessibles au feu. Les soldats, abrités de' la sorte, mettaient en mouvement la poutre; et, après lui avoir imprimé pendant quelque temps un violent balancement, ils la lançaient de toutes leurs forces contre la muraille qu'il s'agissait de saper. Les coups portés par cet instrument étaient terribles ; Ton a indiqué, dans la gravure, à l'angle de la tour, les effets obtenus ainsi par l'effort des assaillants.
Enfin, en face le bastion de la ville le plus éloiirné, on a fio-uré sur cette image une tour mobile. Vous comprenez aisément quelle était l'utdité de cet appareil : il permettait aux troupes assié- • géantes, non seulement de s'élever sur le même plan que les défenseurs des tours, mais même de les dominer; si bien que l'avantage de la position n'était plus, dès lors, du côté des assièges. Le bas pouvait en être, comme ici, muni d'un bélier qu^ laisait son œuvre de destruction à l'abri de toute attaque • la partie supérieure était armée de pont-levis que l'on abaissait tout a coup et par où l'on se créait un passage relativement aisé jusque dans 1 intérieur de la place. Les tours roulantes étaient, elles aussi, blindées de fer et couvertes de revêtements incombustibles ; néanmoins l'ennemi arrivait parfois, dans des sorties à V mettre le feu ; c'est ce qui se produisit plus d'une fois pendant 'le
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siège de Jérusalem, au grand désespoir des Romains, qui se voyaient obligés de construire de nouvelles tours au milieu de mille difficultés matérielles.
Vous avez maintenant présents devant les jeux les moyens qu'employaient les Romains pour conduire l'attaque d'une place et pour en préparer la prise ; aussi pourrez- vous vous représenter plus aisément, s'il vous plaît de les lire dans l'historien Josôphe, les différentes péripéties de ce siège mémorable. Je veux seulement ici appeler votre attention sur une scène particulièrement attacliante, la prise et l'incendie du temple. Ljs Romains avaient enlevé assez aisément les deux premières enceintes de la ville ; le 9 avril de l'année 70, ils se trouvèrent en présence de la troisième enceinte, celle (jui renfermait le temple. Pour comprendre comment ils l'attaquèrent et quelles diflicultés ils trouvèrent à y pénétrer, il faut bien se rendre compte de la façon dont il était construit. Ce serait une grave erreur que de se le figurer semblable à un de nos édifices religieux d'aujourd'liui ; le plan de ceux-ci se rap[)roche plus ou moins de celui des édifices grecs ou romains, qui ont servi de modèles aux architectes modernes. Le tem[)le de Jérusalem se composait en réalité de trois monuments concentriques. Le premier consistait en une vaste cour (luadrangulaire fermée par une haute et puissante muraille et entourée de portiques ; c'était la cour extérieure, ouverte à tous. Au milieu s'élevait une plate-forme plus élevée (pie la première, la cour des prêtres, isolée de la précédente, sur toutes ses faces, par un mur garni, lui aussi, intérieurement d'un portique ; on y accédait par une porte qui tn défendait l'entrée. Enfin, au centre de cette seconde cour, sur une nouvelle plateforme encore plus haute que les autres était construit le sanctuaire, le temple proprement dit avec toutes ses dépendances. Il fallait donc, pour y i>énétrer de vive force, se rendre maître des deux cours qui le précédaient, c'est-à-dire enlever d'assaut deux remparts, où les Juifs avaient amassé, naturellement, tout ce qui leur restait d'hommes et de moyens de défense. Tant que les Romains n'eurent pas fait une brèche dans la muraille extérieure, les assiégés se contentèrent de les couvrir de projectiles de toute sorte; mais quand ils la virent entamée, ils n'hésitèrent pas à se porter aux
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moyens extrêmes. Ils commencèrent par meure le fpu a la n,,rtion 'i^^ i'>iti.iue 4U1 avoi.inau la brèche. iJeux jours après, pour leur répondre, le Romains incendièrent les parties voisines \u bout de 'iix jour., c'est de nouveau le tour des Juifs : il. attirent les Rn. ;n tins sur un portique encore intact et j déchaînent m, violent incendie, au unhcu duquel périssent un grand nombre d'ennemis • mais niabrô ]onr. efforts, ils sont obligés de se replier et d'aban- ;|;Hn.a la cour extérieure aux vainqueurs. Sans perdre de temps iitus lan hattre Ja muraille qui fermait la cour suivante et essaie de renicver d'assaut; là encore, il se heurte à une défense ^^^•narno., ,, hion que ses troupes sont obligées de reculer, laissant quelques étendards aux mains des assiégés. 11 ne restait qu'un 1 -n a prendre : pénétrer par la porte dont j'ai parlé plus l^aut. Le feu se chargea de l'ouvrir : il ga.n.t aisément les l'Hîiquo. inférieurs, faits de bois de cèdre; et c'est au milieu ''\;'"''"~ -''^ ^'' ï^^^^^i»^ purent y pénétrer. La lutte fut ^' ^^;^'- : - i.^i^ionnaires poussés à bout par les pertes qu'ils 'i-^eni <uhic>, par la résistance qu'ils rencontraient, par l'acharnement des derniers défenseurs de la place, n'écoutaient que leur colère et voulaient, à tout prix, achever la victoire. Aussi l'un deux .approcha du sanctuaire et, montant sur les épaules de ses compagnons d'ai ru-^s, lança par une fenêtre un brandon arraché a l.ncondio .!,. ponique. Le feu se déclara dans les chambres voisines du saint des saints et consuma rapidement l'édifice Titus n ^'iit que le temps de pénétrer a l'intérieur du temple et d'v jeter un euup d'..il : i! dut se retirer en toute hâte, chassé par les U^iinmn< cm allaient anéantir tant de richesses ,'8 juillet).
l^^ ville haute tenait encore : le 1- août hs Romains la prirent et 1 incendièrent. Ce lut le dernier acte de cette sanglante tragédie La joie qui suivit la victoire lut immense. Les soldats proclani.ront litus « imperator » au milieu des ruines de la cité détruite hu.rUnn,.^ ù leur distribua des récompenses et des décorations
Les décorations militaires que l'on décernait en pareille circonsuuieo oiaiont de deux sortes; les unes étaient réservées aux officiers supérieurs, les autres ne s'accordaient qu'aux officiers inférieurs et aux soldats.
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Kig. 9.
Les premiers avaient droit à de- lanr-v d'or, à des drapeaux et a 'les couronnes d'or ; nous n'avons gardé de ces décorations qu'une représentation figurée, assez maladroit c, d ailleurs; je la reproduis ici (fig. 9}. D'un côté on voit < in j lances aii\ juelles est attachée une couronne, de l'autre un étendard [vexiUum] ; ces insignes sont plantés dans des couronnes murales, ainsi nommées parc^ quell.-^ représentent un.' portion de muraille; elles ne se donnaient qu'aux officiers qui avaient pris d'assaut une ville. Les légats légionnaires avaient diroit à quatro lances et à quatre étendards, les tribuns a une seule décoration de chaque sorte.
Les officiers inférieurs et les sohlat- r^- '\ai. nt i- lia. el'i-, des colliers et des phalères. Vous trouverez ces décoraiioUi rassemblées sur un bas-relief célèbre dont un moulage existe au mn«<'e de Saint-Germain : c'est la tombe d'un centurion. M r.ha- de Bologne, qui prit part à la désastreuse expédition de Varus et y perdit la vie. On lui éleva dans sa patrie un cénotaphe où ou le représenta en buste.
Ainsi qu'on peut le voir sur la figure 10, ce centuri ri tient, de la main droite, un bâton, le cep de vigne, symbole do son autorité. Le bras est orné d'un bracelet. Sur sa poitrine on distingue très nettement quatre gros médaillons : ce sont là des phalères. 11 en existait de plus petits en pierres précieuses dont on faisait des colliers pour les femmes, ainsi que l'apprennent, entre autres textes, ces vers tirés d'un épithalame antique :
Ex hurneris frustra phaleras irnponis eburnis, Nam tibi non gemmce, sed tu dos luniina gemmis.
« Pourquoi suspendre des phalères à tes épaules d'ivoire? les gemmes n'ont pas d'éclat à te prêter : c'est toi qui leur en donnes. » Les phalères représentées ici étaient de métal plus ou moins précieux : on les appliquait sur une sorte de claie en cuir, assez souple pour s'adapter à la forme du corps, qui est représentée plus nettement encore à la figure G ; les sujets qu'on y sculptait n'étaient pas
L'AHMKKjnoMAINE
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cette couronne civinijo l-ir.].,..! • , '-•'^ ^ncne, ao
cuKiue, ia plus glorieuse de toutes, que l'on accor ^ seulement . celui ,ui avait, de sa main, arracl.^, vZ^Z e.to.en romain. Il n'.tait gu.re possible d'être plus décore;;! I!
ij. 10,
centurion ; et l'on comprend ,jue sa famille ait tenu ù le renré.enf.r sur sa tombe, avec tous .e. insignes, afln Ce prouver ol
e sa mort, peu honorable, au milieu des forets de la G™
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Jérusalem était prise; les offieiers et les soldats avaient reçu
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AU SIEGE ]>F TKRUSALEM
routh, où il célébra la naissance de son père et de son frère par des jeux solennels ; ou y brûla encore (juelques Juifs et on lit combattre d'autres, soit contre leurs coreligionnaires, soit contre des bètes. Puis Titus passa en Syrie, où les fêtes continuèrent.
Les habitants d'Antioche surtout lui liront une chaude réception; c'étaient là des marques de sympathie intéressées. Il parait qu'ils l'attirèrent au théâtre pour une grande représentation et que là, magistrats et Sénat le supplièrent de chasser tous les Juifs de leur ville. Ils cr(»yaient sans doute que le vainqueur de Jérusalem considérerait cette exécution comme un couronnement de la conquête; mais ils avaient affaire a un homme d'esprit. Titus leur répondit qu'il ne demandait pas mieux que de souscrire à leur demande, mais qu'il était fort empêché, ne sachant où reléguer cette population maintenant que la seule ville où il aurait pu les envoyer venait d'être détruite. Ce fut tout ce qu'ils obtinrent de lui, et tout ce qu'ils méritaient d'en obtenir. De là il gagna l'Egypte où il prit la mer.
Pour clore cette conférence, toute pleine de l'historien Josè[»he, je ne saurais mieux faire que d'emprunter la phrase par la(]uelle il termine son histoire ; elle réi)ond pleinement à ma pensée :
« Je Unirai ici, dit -il, l'histoire de la guerre des Juifs contre le^; Romains, que je m'étais obligé de donner pour la satisfaction des personnes qui désirent l'apprendre. J'en laisse le jugement à ceux ([ui la liront et me contente d'assurer que je n'ai rien ajouté à la vérité, ce qui est la seule lin que je me propose dans toutes les choses que j'écris, w
{Extrait de la Revue des Études juives, tome XXII.)
VERSAILLES, IMPBIMliRiE CEHF ET FILS, 59, RUE DUPLESSIS.