‹ L'armée romaine au siège de Jérusalem [microform]Chapitre 3 sur 4 · IJ · texte numérisé non relu

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tous les étudiants; professeur enfin, il enseigne l'épigraphie romaine depuis plusieurs années au Collège de France, et dans cette chaire ; lustrée par Léon I?enier et Ernest Uesjardins, il ensei.^ne comme U écrit, avec clarté, avec simplicité, avec méthode, avec cette partaite bonne foi du vrai savant qui n'a pas de plus vif désir que d émanciper ses élèves, de leur apprendre à se passer de lui le plu. tôt possible. Ajouterai-je, Messieurs, au risque de blesser la modestie de mon ami, que la réputation scientifique de M. Ca-nat a depuis longtemps franclii les bornes de notre pays ? Lorsque ^Académie de Berlin s'est mise en quête d'un collaborateur compétent pour refaire le recueil des inscriptions d'Afrique, l'une des parties les plus importantes du Corpus inscriptionum Jatinannn, c'e^t à notre compatriote qu'elle s'est adressée, et cette invitation faite avec courtoisie et acceptée avec désintéressement, honore autant 1 erudit français que l'Académie allemande.

Dans cet enseignement du Collège de France auquel je faisais allus.on tout a l'heure, M. Cagnat a pris, a diverses reprises, pour matière de ses leçons Varmée romaine ; on dit même qu'il prépare un ouvrage d'ensemble sur ce vaste et difficile sujet. C'est en quelque sorte un chapitre ou un extrait anticipé de ce grand ouvraire qu'il a consenti a nous apporter ce soir, et ce chapitre se rattache directement à l'objet ordinaire de nos études. Il n'est personne de vous qui, en lisant les péripéties de ce drame qu'on appelle le sié-e de Jérusalem par les Romains, n'ait éprouvé le désir d'être rensei-né un peu plus exactement sur la nature, la composition, l'or-anisatlon de l'armée, ou plutôt des armées, qui, à force de discipline, ont su triompher de la résistance la plus opiniâtre et la plus héroïque. Ces renseignements militaires, nous les chercherions vainement dans Joséphe ou dans les historiens modernes, qui n'ont guère fait que paraphraser son récit ; M. Cagnat, plus curieux et mieux informé, va vous les fournir. J'aime à placer sa tentative sous le patrona-e d'un des noms qui nous sont restés les plus chers. Dans un des premiers numéros de notre Revue, notre regretté collègue Arsène Darmesteter vous avait déjà montré quel parti fécond peut tirer des sources épigraphiques l'historien de la révolte des Juifs contre Hadriôu. Eh bien, ce que Darmesteter, qui, en épigraphie, n'a

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î/ahmkî; Romaine

jamai- ja-étendii ijuau titre d'amateur, avaiî esquissé powi la deuxième iiisia'rL'jiiuu juive, il appariieui a lui épigTapinite de profession de le réaliser pour la première. Suivons (]nnr avec coniiance M. Cagnat dans le camp de rennenii, fjatis ces retranchements formidables que les Romains viennent de planter devant les murs de la i-ité sainte. Ce quii sa vous y muutrer, j*j l'igaure, car je ne suis pas dans le secret des dieux et de M. Molteni. P.uîêtre va-t-oii fair ' If'filer sous vos yeux les chefs et les uaiiormes des différents corps de troupes ; peut-être (comme feu Léon Renier dans uu Uicuiuire resté célèbre) vous fera-i-un pénétrer dans la tente de Titn> porr assister à un conseil de guerre. .. Mais trêve d'hypothèses qui ne servent qu'a- faire languir votre impatience. Tout ce que je puis vous promettre, c'est que sous la conduite lu a guide aussi expérimenté, vous ne risquez m de vous perdre ni de vou^ ennuyer. J-^ vous en donne dès à présent ma parole; vos applaudissements ne tarderont pas à la dégager.

M. Gagnât répond :

Mesdames, Messieurs,

^iuu camaraiie uL aiiii S. Reinach vous a entretonus, l'hiser dernier, de l'arc de triomphe élevé à Rome par Titu- à 1 1 -uite de la prise de Jérusalem. Il vous a montré les deux empereurs, le père et le fils, montant en triomphateurs au Capitole, et faisant retracer sur la pierre cette phase glorieuse de leur existence ei du leur règne.

Je i!ù r.'vimidraî pa^ aujourd'hui sur ce sujet — \o perdrais trop a îa comparaison ; je remonterai plus haut, et je vous ferai voir l'armée romaine à l'œuvre devant la capitale de la Palestine, depiuis le moment ou elle se concentra autour do Jérusalem jusqu'à cehn* où, après l'avoir enlevée d'assaut, elle regagna ses garnisons habituelles.

<,>uaH.i je dis que je vous la montrerai à l'œuvre, je n'entends pas vous annoncer que je vous ferai le récit de la guerre et de ses (Il verses péripéties. Cette histoire a été racontée par un témoin, écrivain de talent, juif lui-même, d'abord défenseui de son pays,

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pu.s prisonnier de Vespasien après de hauts faits ,r:.u,.. et dé sa.-.r.-. K,r la clémence de son vainqueur, lliistoriei. .iosèphe Ifaconter le siège de Jérusalem serait le répéter ou l'ahré.^er • et c est ee r,„e no peut son„^er à faire quelqu'un qui a l'honLur de

pli 1er devant vous.

M-'M dessein est tout différent. Je n'ai pas d'autre ambition que de vous mettre à même de suivre le récit de Josèphe lorsqu'il vous pla.ra de le lire ou de le relire si vous l'avez déjà lu. J'essaierai de ia>re revivre devnnt vous la physionomio des choses ou des hommes qui ont pris part du coté des lioniains à ce siège mén... raWe; nous verrons pourquoi la guerre a éclaté et quelle art de responsabilité revient à Rome dans cette affaire; je vous -ésen terai successivement les chefs et les soldats de l'armée assiégeante je vous expliquerai l'organisation des différents corps qui il corn ' posaient, leur armement, leur mode d'attaque. Ce sera si vous le voulez, une visite aux tranchées que nous ferons ensemble

Vous en sortirez convaincus, je le suppose du moins, que si Jérusalem est tombée, c'est qu'elle ne pouvait éviter son sort tint les moyens employés pour l'attaquer étaient puissants et savamment combinés, tant l'armée romaine était fortement or.^anisée tant les généraux étaient habiles et les troupes dressées liour là Victoire.

Au laoment où éclata la guerre de Judée, le gouverneur du pays était un procurateur. Pour compren,lre la valeur du mot et les conséquences qu'entraînait un pareil régime, il faut savoir que les provinces romaines, à l'époque impériale, se divisaient en trois catégories.

Il y avait d'abord les provinces « non armées », celles qui n'olant point situées aux frontières de l'empire, n'étaient point occupées par des troupes. Celles-là, l'empereur les abandonnait au Sénat qui y envoyait des proconsuls, c'est-à-dire de grands personnages quelques-uns anciens consuls, qui tous appartenaient à la haute noblesse.

A côté des provinces sénatoriales il faut citer celles que l'empereur gouvernait au moyen de légats propréteurs, provinces conû-

L'AHMi.K KuAlALNE

nant aux Barbares, où l'on devait entretenir des troupes nombreuses et où le commandement ne pouvait être exercé que par le prince, chef suprême de l'armée ou par ses représentants. Comme les proconsuls, les légats propréteurs étaient des sénateurs, anciens préteurs ou anciens consuls, apparentés aux familles les plus illustres et les plus riches de l'empire. Les uns comme les autres pouvaient donc, sans arrière-pensée personnelle, s'occuper des intérêts de leurs administrés, d'autant plus (ju'ils recevaient des traitements souvent considérables : le proconsul d'Afrique, par exemple, touchait annuellement l million de sesterces (250,000 francs). Les procurateurs^ au contraire, n'étaient que des chevaliers romains. Kt pour être chevalier, point n'était besoin d'une haute naissance ou d'une grande fortune : il fallait avoir un cens de 400,000 sesterces (100,000 fr.), et se faire agréer de l'empereur, qui, chaque année, dressait la liste des chevaliers, c'est-à-dire de ceux qu'il destinait dans un avenir plus ou moins voisin à de petits commandements militaires ou à des fonctions administratives. Une de celles qui étaient réservées aux membres de l'ordre équestre, était précisément l'administration des provinces procuratoriennes. Les traitements de semblables gouverneurs étaient relativement minimes ; les plus favorisés étaient appointés à 200,000 sesterces (50,000 fr.)] mais la majorité n'en touchait que 15,000. Ces provinces étaient dans une situation toute particulière ; elles appartenaient non pas au peuple romain mais à l'empereur lui-même, qui y avait hérité les droits et les charges des anciens rois du pays ; le gouverneur j était donc moins un fonctionnaire de l'Etat que le gérant, le mandataire du prince. Appelé à y faire les affaires de son maître, il trouvait moyen de faire en même temps les siennes.

C'est un homme de cette sorte qui était ù. la tête de la Judée à la lin du règne de Néron. Il se nommait Gessius Florus. La famille Gessia est une famille obscure; tous ceux de ses membres dont nous avons gardé le souvenir sont de petites gens. Lui était certainement un parvenu. Il était grec d'origine, né à Clazomène, par suite ennemi des Juifs; car il j avait entre les Grecs d'Asie et les Juifs répandus dans les villes de la côte une vive antipathie. On ignore les débuts de sa carrière : sans doute il servit quelque temps dans

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