‹ L'armée royale en 1789Chapitre 103 sur 136 · Ordonnance du 17 mars · texte numérisé non relu

Ordonnance du 17 mars

2. En temps de guerre, il recevait une ration de pain un peu plus forte, et, dans les années de disette, le roi en prenait souvent la fourniture entière à sa charge. En 1754, ce supplément lui avait coûté plus de 1150 000 francs; >^n 1769 et 1770, il s'était élevé à 2 213990 francs. (Voir Mémoires de Choiseul.)

SUS, qu'il achète sa viande et ses légumes, le pain seul lui étant fourni à raison de 2 sous la livre et demie*, il faut encore qu'il prélève sur sa solde tant pour sa coiffure, tant pour son blanchissage et son tabac, tant pour la chandelle et le balai dans les chambrées ; pour le sel de la soupe, pour l'entretien de ses guêtres, chemises, cols, cocardes, bas, souliers et boucles, pour le noir de ses guêtres et de sa giberne, et pour le blanc de sa buffleterie*. Et, dans les grandes villes, avec tous ces petits frais, il a peine à joindre les deux bouts ^ Il y arrive

1. Ce pain était-il d'aussi mauvaise qualité que beaucoup d'écrivains Font prétendu? Je ferai simplement observer ici qu'en 1790, la question ayant été portée devant l'Assemblée constituante, celle-ci crut devoir décider, sur la proposition de son comité militaire, que « la fourniture du pain continuerait à se faire suivant les anciennes ordonnances ».

2. Voir Encyclopédie méthodique, au mot Désertion et Servan : le Soldat-citoyen,

3. Le Conseil de la guerre supprima toute espèce de dépenses relatives à la tenue. Il avait aussi, dans un sentiment d'humanité qui l'honore, essayé d'améliorer

pourtant, et la preuve, c'est qu'il rengage. De même, pour son costume, il n'a que le nécessaire, et il l'a tout juste : « un habit tous les trois ans, un chapeau tous les deux ans, une culotte tous les ans. » Mais il l'a, et avec de Tordre et de la propreté, il peut encore s'en tireri — Le pire, dans sa condition, c'est le logement : « Gardez-vous, dit le rédacteur de V Encyclopédie méthodique^ d'être séduit par l'extérieur de quelques casernes, pénétrez dans les chambrées, et vous verrez là entassés trente

la condition matérielle et morale du soldat en lui donnant dans les garnisons la jouissance d'un certain nombre de jardins et en ouvrant à ses fils un débouché par la création de l'école dite des Orphelins militaires. Une autre école d'éducation militaire, fondée par une ordonnance du 10 août 1786, VÊœle des enfants de V armée, existait déjà à Liancourt. Destinée à recevoir cent enfants d'invalides, âgés d'au moins sept ans, elle avait été placée sous la direction du duc de Liancourt. L'enseignement y était donné par. un capitaine et par un lieutenant d'invalides, assistés de plusieurs sous-officiers également invalides. A seize ans, les élèves devaient être incorporés dans un régiment.

OU quarante soldats et quelquefois davantage pour dix, douze ou quatorze lits, des fenêtres basses, un air méphitique, etc. » Le fait est qu'ici, par exception, les continuateurs de Diderot n'exagèrent pas trop. L'ancien régime n'entendait rien à l'hygiène, et de . toutes les parties de l'administration militaire, après les hôpitaux, le casernement avait toujours été la plus négligée. Il est vrai qu'on était moins délicat, moins difficile alors, et que le besoin du confortable était infiniment moins répandu qu'aujourd'hui. Allez à Versailles, et faites-vous montrer, dans les combles du château, les taudis où logeait la première noblesse du royaume, au temps de Louis XIV : vous serez moins tenté ensuite de vous étonner que l'on trouvât tout naturel encore, à la fin du xvni® siècle, de faire coucher deux soldats dans le même lit.

Considérez aussi ce qui se passait à la même époque dans les autres armées, comparez

la condition du soldç^t autrichien ou prus-

sien^ à celle du soldat français. Interrogez Guibert*, et encore, parmi les écrivains

1. Au dire de Bardin, ils étaient moins bien traités que les Français : « Il n'y avait, dit-il, que les Anglais qui le fussent mieux. ». (Bardin, Dictionnaire.)

2. Voyage eti Allemagne. Il faut lire, dans ces notes au jour le jour, le tableau qu'il trace de la condition du militaire prussien : « Soldats hors de service, sans tenue aucune, malpropres, mal peignés, déguenillés même, enfin comme ils veulent. — Soldats à tous les coins de rue, — dans Berlin, — exerçant toute espèce de professions : conducteurs de fiacres, laquais de louage, vendeurs d'allumettes, mendiants. On a pour principe, en Prusse, qu'aucune profession n'avilit le soldat; que tout est bien, pourvu qu'il gagne de l'argent. — Infanterie toute campée sur une ligne; gardes du camp à 150 pas des faisceaux, chaîne de sentinelles doubles à deux pas les unes des autres. Même chaîne sur les côtés et derrière. Quelle armée, sous ce point de vue, que celle où l'on est obligé d'enceindre ainsi les drapeaux pour empêcher que les soldats ne les abandonnent ! Il est constant que, dans la première campagne, les régiments prussiens peuvent compter sur un quart de déserteurs ; en temps de paix, cela est impossible. — Désespoir de la plupart de ces malheureux, ainsi enfermés et réduits, par la modicité de leur solde, à la vie la plus misérable; suicides très communs parmi les soldats, surtout parmi cette 'classe d'étran-

du temps Mirabeau* ; Toulongeon^, Gœthe^ luimême. Lisez les pages écœurantes de Laukard et du Témoin oculaire sur le service sanitaire à l'armée du duc de Brunswick en 1792*, celles du prince de Ligne ^ sur les hôpitaux autrichiens; on oublie trop souvent ces comparaisons synchroniques. Elles s'imposent pourtant à qui veut prendre exactement la mesure d'un fait historique et porter sur ce fait un jugement équitable.

Au surplus, que le soldat soit plus ou moins bien payé, nourri, vêtu et couché, là n'est pas la question ou, du moins, c'en est le petit côté,

gers qui forme le tiers des compagnies et qu'un moment d'inconstance a privés de la liberté pour leur vie. Quand on les engage, on leur fait bien une capitulation pour tant d'années, mais presque toujours on les trompe... »

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