Ordonnances dû 20 janvier et du 26 février
arrêter la chargé du général de Seydlitz, la troupe, bien que très supérieure en nombre à Tennemi, perdit toute contenance et lâcha pied. Cet exemple fameux, joint à tous ceux que Frédéric II se chargea de donner par la suite, dans sa lutte homérique contre les Russes et les Autrichiens, était tristement concluant. Une nouvelle réforme s'imposait, et, de toutes paris, dans Tarmée, l'opinion la réclamait avec ardeur : livres, mémoires et brocliures pleuvaient. Restait à trouver Thomme le plus capable de l'entreprendre et de la mener à bonne fin, car on ne pouvait demander à Vallière fils, devenu depuis 1747 le chef du corps, de ruiner de ses propres mains le système de soi! père. C'est alors que Gribeauval parut, ou plutôt revint, précédé, comme autrefois le comte de Saxe, d'une réputation acquise au service et consacrée par le suffrage de l'étranger. Pendant la guerre de Sept ans, mécontent de voir ses idées méconnues et les projets qu'il formait
déjà repoussés, il avait offert à Marie-Thérèse un concours que celle-ci s'était empressée de reconnaître en l'élevant immédiatement au grade de général ^ et en lui donnant la haute main sur son artillerie. Plus tard, après sa belle défense de Schweidnitz contre Frédéric II, il avait été fait d'enthousiasme feld-maréchal, et cette haute distinction, accordée par la souveraine à ses talents, l'avait mis complètement hors de pair.
Il n'en fallut pas moins pour l'aider à triompher des résistances qui l'attendaient. Encore n'y parvint-il, au prix d'efforts extraordinaires et d'une lutte acharnée, qu'au bout de plusieurs années. Autorisé dès la fin de la guerre à faire des essais, ce ne fut qu'en 1776, après la mort de Vallière fils, qu'il réussit à imposer ses idées et qu'il eut tout pouvoir pour les appliquer. Saluons cette date, car c'est une
1, Il n'était encore que lieutenant-colonel,
des plus importantes qui soient dans notre histoire militaire, et inclinons-nous devant le souvenir qu'elle évoque, car c'est celui d'un des plus grands serviteurs de ce pays. D'autres ont brillé d'un plus vif éclat dans l'art militaire ; aucun, si ce n'est Vauban, n'a laissé une œuvre comparable à celle de Gribeauval. A l'un la gloire d'avoir entouré la France de la triple ceinture de forteresses qui l'avaient faite invulnérable ; à celu i-ci l'inappréciable honneur d'avoir, par des inventions de génie, préparé les prodigieux succès de la République et de l'Empire ! L'idée mère de Gribeauval était, comme toutes les grandes idées, d'une extrême simplicité. Créer un matériel d'artillerie distinct pour chacun des services de campagne, de siège, de place et de côte, et l'adapter à sa destination particulière : tout son système tient en ces quelques mots. Cela nous paraît élémentaire aujourd'hui, et l'on s'étonne qu'il ait fallu tant d'efforts et de temps pour en venir
à cette formule. Mais voyez de quelles conséquences elle était grosse. Sous le règne des Vallière, on avait conservé Thabitude de traîner en campagne d'énormes pièces de 24 et
de 16, excellentes pour battre une place ou défendre une position retranchée, mais très difficiles à manier sur le champ de bataille. Dans le système de Gribeauval, ces lourdes pièces sont reléguées, avec quelques modifications de détail, dans le service de siège ou de place et remplacées, pour le service de campagne, par des canons de 12, de 8 et de 4, plus légers que les anciennes pièces du même type. Désormais, partout où la troupe ira, Tartillerie pourra la suivre et l'appuyer; elle ne gênera plus ses mouvements offensifs et ne risquera plus, en cas de retraite, d'entraver sa marche et de se faire prendre. Car le nouveau matériel n'est pas seulement plus léger de poids : pour ajouter à sa mobilité, Gribeauval s'est avisé de munir ses affûts d'essieux en fer et
d'augmenter la hauteur des roues de l'avanttrain, multipliant ainsi la légèreté par la vitesse. En même temps il a trouvé la prolonge, invention capitale, grâce à laquelle l'artillerie peut maintenant franchir les passages les plus difficiles, attendre l'ennemi à petite portée et lui tirer ses derniers coups sans dételer.
« L'homme qui a introduit la prolonge dans l'artillerie mériterait par cela seul, a dit un écrivain justement estimé*, d'y voir son nom honoré. » — « Et pourtant, ajoute le même écrivain, cette innovation disparait presque dans le nombre de celles que nous devons à son auteur. » Considérez, en effet, le nombre et l'importance des réformes qui viennent s'ajouter, dans le système de Gribeauval, à son œuvre essentielle :
1" Cartouches à boulet. — Le mode de chargement des pièces s'était un peu perfectionné