Susane, Histoire de V artillerie française
L'ARMÉE ROYALE EN 1189. i53
spécialistes, et c'est à peine si Ton trouve »on nom dans les histoires générales*. Entre Vauban et Gribeauval, ces deux grandes figures, il disparaît' presque. Vallière eut pourtant un rare mérite : dans un temps où la routine était toute-puissante, il sut, jusqu'à un certain point, rompre avec elle; il simplifia le matériel, et le rendit à la fois plus roulant et plus facile à servir.
Avant lui, les types de bouches à feu réglementaires étaient très variables. Il les réduisit à cinq, tous plus courts, plus légers, et par conséquent plus maniables que les anciens ^, il sut en déterminer les épaisseurs et les dimensions avec tant de précision que « ces éléments sont restés les mêmes pour les pièces de siège jusqu'au moment où les canons
1. Seul peut-être, en dehors des écrivains militaires, Voltaire lui a rendu justice : « Vallière, dit-il, qui avait poussé le service de T artillerie aussi loin qu'il peut aller. » (Siècle de Louis XV,)
2, Ordonnance du 7 octobre 1732.
rayés sont venus remplacer les canons à âme lisse ^ » . C'est à son administration qu'il faut aussi rapporter la création des écoles d'artillerie et l'établissement d'examens d'entrée au corps et de passage du grade de lieutenant à celui de capitaine en second : excellentes innovations, et qui dans la suite ne contribuèrent pas peu à la formation d'un personnel d'élite.
Le système de Vallière dura plus de trente ans, autant que les Vallière père et fils, et les perfectionnements dont l'artillerie leur fut redevable avaient déjà singulièrement agrandi le rôle de l'arme sur les champs de bataille. A Dettiiigen, sous la direction de Vallière lui-même, elle avait failli donner la victoire au maréchal de Noailles; à Raucoux, elle avait contribué pour une large part au succès du maréchal de Saxe. Il s'en fallait pourtant
\. Favé.
que son matériel fût encore à la hauteur de celui des autres puissances; il était demeuré beaucoup trop lourd. On avait bien essayé, pour corriger ce défaut, d'attacher à chaque bataillon d'infanterie une pièce de canon dite à la Rostaing, plus légère que la pièce de 4 ordinaire, attelée de trois chevaux et servie par des canonniers commandés par un simple sergent*. Mais cette dispersion une par une de bouches àr feu, tirant au hasard, sous la direction d'officiers la plupart du temps inexperts, n'avait fait que compliquer les manœuvres et qu'habituer le soldat à ne se croire en sûreté que sous la protection de l'artillerie. Grave danger en tout temps, plus encore en un temps et dans une armée dont le moral était affecté. On le vit bien dès le début de la guerre de Sept ans, à Rosbach, où, Soubise n'ayant pas eu le temps de rassembler son canon pour-