‹ L'armée royale en 1789Chapitre 119 sur 136 · Guibert, Essai général de tactique^ II · texte numérisé non relu

Guibert, Essai général de tactique^ II

188 L'ARMÉE IlOYALE EN 1789.

tiré, l'armée rentrait dans ses quartiers, et l'on s'ajournait d'un commun accord à la pro-< chaine campagne.

Mais, au fur et à mesure que les opérations s'étendirent, et que nos armées prirent l'habitude d'aller chercher l'ennemi jusqu'au cœur de ses États, comme dans les guerres de la Succession d'Autriche et de Sept ans, il avait bien fallu renoncer à ce système ruineux d'approvisionnements échelonnés à 150 ou 200 lieues de la frontière, et qui, en cas de défaite, tombaient fatalement au pouvoir du vainqueur. Le génie de Louvois lui-même n'y eût pas suffi, à plus forte raison celui de ses faibles successeurs. On ne fit donc plus de ces magasins, on eut recours exclusivement aux entreprises. Le roi n'y gagna pas, car plus ses finances s'obéraient, plus les prétentions des compagnies augmentaient ; plus son crédit baissait, plus les exigences s'élevaient. « C'était, suivant l'expression d'un contemporain, l'usure qui prêtait à

la nécessité*. » Encore si l'usure s'était contentée de faire sur ses marchés de gros bénéfices ! Mais les inconvénients pécuniaires n'étaient pas les seuls qui fussent attachés à notre système de subsistances : il faut voir combien ce système contrariait les opérations de nos armées. « Un officier général arrive au commandement, ne sachant rien du détail des subsistances. Gomment le saurait-il? Depuis qu'en France ces détails ne sont plus entre les mains des militaires, ils ne les étudient plus. Cet officier croit ce qu'il n'a pas étudié un labyrinthe. Il demande au munitionnaire des résultats relatifs aux opérations qu'il médite; mais, dans le fond, celui-ci, restant maître des détails, y étant seul initié, demeure despotique dans sa partie. Il exige moitié plus d'équipages, de vivres qu'il n'en faudrait, afin de mieux assurer son service. Peu lui importe que cette multiplicité

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