‹ L'armée royale en 1789Chapitre 129 sur 136 · Rousset, Comte de Gisors, p · texte numérisé non relu

Rousset, Comte de Gisors, p

nations il y a sans doute une part de vérité ; mais il faudrait se garder de juger la discipline française dans les armées de l'ancien régime sur le tableau qu'en ont tracé tous ces généraux vaincus et dégoûtés. Il en est ici comme du commandement et de la scandaleuse intervention des favorites : ce qui s'applique à cette lamentable époque ne convient nullement aux autres. Jusqu'à la guerre de Sept ans, partout où la troupe avait été bien conduite et nourrie, elle n'avait commis aucun des graves excès par où elle se signala plus tard, à l'exemple des pandours et des Russes. Après, sous l'action bienfaisante d'une administration plus honnête, et grâce aux efforts réparateurs des Choiseul et des Saint- Germain, la discipline se rétablit très vite. De l'extrême relâchement on passa même à l'extrême sévérité : on fatigua le soldat par des règlements trop minutieux, on alla chercher dans le code militaire prussien des exemples et des modèles, on le transposa trop

servilement peut-être et sans tenir suffisamment compte de la différence des caractères et des esprits. On eut le tort de heurter Topinion publique par des innovations qu'elle accueillit avec défiance, et qui devinrent entre les mains des déclamateurs une arme redoutable. L'effet de ces mesures n'eu fut pas moins généralement heureux, et c'est avec un légitime orgueil, lorsque la guerre d'Amérique éclata, que la France put offrir au monde le spectacle d'un corps * d'armée dans lequel il n'y eut pas un seul acte de pillage ou de désordre à relever. « La discipline française est telle, écrivait La Fayette à Washington, que les poulets et les cochons se promènent au milieu de nos tentes sans qu'on les dérange. » Pareillement, 'dans ses Mémoires, Rochambeau rapporte que les Américains « n'en reviennent pas de voir leurs pommiers encore tout chargés de fruits audessus du camp que les soldats occupent depuis trois mois. » Quel plus bel éloge que cet

étonnement des Yankees et quel argument en réponse aux nombreux historiens qui n'ont vu de Tancien régime que ses excroissances et ses diflformités, et qui se plaisent encore à dater de la Révolution la renaissance de l'armée !

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