Si la troupe a pris ses quartiers d'hiver en pays
petit nombre. Mais ils n'en étaient pas moins du plus mauvais effet par le retentissement que leur donnaient déjà les gazettes, et, joints au reste, on ne saurait contester qu'ils aient exercé sur l'esprit et la tenue de la troupe la plus délétère influence. C'est par l'autorité morale et le prestige personnel au moins autant que par la sévérité que le commandement s'impose. Or quel prestige et quelle autorité morale pouvaient avoir des officiers généraux qu'on savait et que l'on voyait plus occupés de leur table et de leurs équipages ou de leurs plaisirs et des contributions, comme quelques-uns, que deleiir
ennemi, le général principal aura 15000 florins de gratification pris sur le pays; ceux d'infanterie et de cavalerie, 10000; les lieutenants généraux, 7000; les généraux-majors, 5000; les capitaines de cavalerie, 2000; les capitaines d'infanterie , 1800 ; les subalternes, 100 ducats; les soldats, pain, bière et viande gratis, mais point d'argent, parce que l'argent fait déserter. 11 faut que le général tienne la main à ce que tout cela se fasse avec ordre. Point de pillage; mais qu'il ne chicane pas trop les officiers pour quelques légers profits. »
service. « Il n'est pas possible, disait Pâris-Duverney, que ce goût n'influe sur Farmée*. »
Encore s'ils eussent racheté, comme Vendôme autrefois, leurs écarts de conduite et leur mollesse par des coups d'éclat ! Mais à part deux ou trois, comme le maréchal de Saxe pendant la guerre de Flandre, comme Broglie, Saint-Germain et Condé pendant la guerre de Sept ans, la plupart font triste figure et se laissent battre outrageusement ; toutes leurs combinaisons échouent, tous leurs plans avortent : ils ne sont pas seulement malheureux, ils sont ridicules* Après Rosbach, Frédéric ne se donne même plus la peine de les combattre en personne, il se réserve pour les Russes et les Autrichiens,
1 . Observations de Pàris-Duverney (29 décembre 1757). — Ces désordres, au surplus, n'étaient pas particuliers à Tarmée française. L'armée prussienne elle-même en souffrait : « Si le brigandage et le désordre des femmes et des goujats continue, écrivait Frédéric II au prince royal de Prusse son frère, le 5 juillet 1758, il sera bon de faire un exemple et de faire pendre quelques-uns de cette canaille. »
laissant à ses lieutenants le soin de mettre à la raison ces écoliers. Si bien qu'à tous leurs autres torts, ils ajoutent Timpardonnable faute d'humilier le pays et l'armée qui, pour se venger, les chansonnent et les bafouent à qui mieux mieux*.
Comment ta discipline résisterait-elle à tant d'assauts? La défaite, même accidentelle, est toujours une mauvaise conseillère; à plus forte raison la défaite ininterrompue, constante, prévue d'avance. A ce mal-là, dans les armées, il n'y a guère de remèdes. La plus extrême
1 . Ceci ne s'applique pas à la première année de la guerre de Sept ans : « Le début de la guerte, en 1757, dit Montbarey dans ses Mémoires, avait été brillant : l'invasion des États du roi de Prusse sur le Rhin, Toccupation presque sans combat du cercle de Westphalie, le passage du Neckar, la victoire d'Hastembeck, la conquête de l'électorat de Hanovre, du duché de Brunswick et de tout le pays depuis Brème jusqu'aux portes de Magdebourg, enfin le triomphe et l'éclat spécieux de la capitulation de Closter-Seven, tout avait imprimé à cette campagne un caractère très propre à flatter al'mour-prôpre de la nation. »
sévérité n'y suffit même plus. Au début de la guerre de Sept aûs, le maréchal d'Estrées, un honnête et vaillant soldat, celui-là, que la conduite des troupes indignait, avait fait pendre au delà de mille maraudeurs ^ L'an d'après, Saint-Germain écrivait à Pâris-Duverney :
« Le pays, à trente lieues à la ronde, est saccage et ruiné comme si le feu y avait passé ; à peine nos traineurs et nos maraudeurs y ont-ils laissé exister les maisons... Il n'y a plus moyen de servir avec de pareilles troupes...
Je ne regarde nos campagnes et celle des Autrichiens que comme des incursions de Tartares*. » Et de tous ainsi : pendant ces tristes années, la correspondance des armées n'est qu'une longue doléance sur le mauvais esprit et les excès de la troupe, et sur les ravages qu'y fait la désertion. N'exagérons rien pourtant : dans ce concert de plaintes et de récrimi-