‹ L'armée royale en 1789Chapitre 134 sur 136 · Montbarey, Mémoires · texte numérisé non relu

Montbarey, Mémoires

Tattaque à rarme blanche par coloane sur trente-deux rangs de profondeur, comme dans le système du chevalier Folard ou de Du Mesnil-Durand, était excellente à l'époque de M. de Turenne. L'ordre profond avait sa raison d'être alors; il n'était pas seulement le plus propre à seconder la vivacité française ; il était, d'une façon absolue, le meilleur. Mais ne sentez-vous pas qu'il est impossible aujourd'hui, et ne l'avez-vous pas vu s'amincir au fur et à mesure et en proportion du progrès des armes à feu? Sous Maximilien, l'ordonnance était de 30 à 40 hommes de profondeur.

Les généraux de Charles-Quint la réduisirent à 25 ou 20; Gustave et Nassau, à 10; MontecucuUi, Condé, Turenne, à 8 et sur la fin du siècle on n'était plus déjà qu'à 5... Survint la guerre de 1741, et Frédéric II, d'après ce principe que la longueur du fusil ne permet de tirer que sur trois rangs, donna le premier l'exemple de la réduction à trois hau-

teurs, exemple qui a été généralement suivi K » Gomment faire autrement? Gomment ne pas opposer aux autres puissances une ordonnance à peu près analogue à la leur?

« — Est-ce que les Macédoniens, quand ils inventèrent la phalange, et les Romains, quand ils imaginèrent la légion, se sont jamais inquiétés de Tordonnance ennemie? Ils n'en ont pas moins conquis le monde.

— D'accord, mais ils n'avaient affaire qu'à des peuples armés de sabres, de piques et de javelots. Avant même d'être en mouvement, la phalange aujourd'hui serait décimée par le feu de l'ennemi. Si légère et si mobile que vous la conceviez, votre légion n'y résisterait pas davantage. L'artillerie la mettrait en pièces avec ses canons de 4, qui portent maintenant à plus de 500 toises, et ses canons de 8 et de 12, devenus assez légers pour être transportés

1. Du Goudray, l'Ordre profond et l'ordre mince considérés par rapport aux effets de rartillerie,

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et mis en batterie sur tous les points d'attaque*. D'ailleurs, à supposer que vous échappiez à ces dangers, vous n'éviteriez pas celui d'être débordé ou tourné; les corps profonds peuvent toujours l'être...

— En effet, répliquait Du Mesnil-Durand ^, c'est leur défaut, mais ne vaut-il pas encore mieux sur le champ de bataille risquer d'être tourné que risquer d'être enfoncé? Supposez que ma colonne soit débordée ; de deux choses l'une : ou elle continue de charger avec impétuosité et renversera tout ce qui est devant elle, et, dans ce cas, c'est l'ennemi qui risque à son tour d'être tourné et qui s'arrête; ou elle attend l'attaque qui la menace sur ses flancs, et rien ne dit qu'elle ne la repoussera

pas; car le propre de la colonne est d'être aussi forte sur ses flancs que sur son front. Quant à la tirerie^ souvenez- vous de ce qu'en

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