XV. Léon Hennet, les Milices et les troupes provinciales
XVI. Su^ane, Histoire de Vinfanteriey de la cavalerie et de Vartillerie françaises. — XVII. Favé, Histoire et tactique des trois armes, et plus particulièrement de VartilleiHe de campagne. — Histoire des progrès de Vartillerie.. — XVIII. Pajol, les Guerres sous Louis XV, etc.
La connaissance des institutions de l^ancieiî régime est la condition nécessaire de tout travail honnête sur la Révolution. Faute d'en avoir exploré les avenues, on ne comprendrait rien à celle-ci, on risquerait fort au moins d'y tomber en de singulières méprises. De là cette étude ou plutôt cette introduction : avant d'aborder les armées de la République, il m'a paru bon de faire en quelque sorte mon stage dans l'armée royale. Quelle était la valeur de cette armée? Quels en étaient les défauts? Tombait-elle en dissolution, comme beaucoup d'his-
toriens Tont prétendu? Avait-elle seulement besoin de quelqiies réformes pour redevenir aussi belle qu'elle avait jamais été? Est-ce à elle, à sa forte constitution, à la supériorité de ses cadres et de ses vieilles troupes, que revient Thonneur d'avoir fait reculer la première coalition? Et dans quelle mesure? Est-ce aux volontaires de 92? Graves et difficiles questions. Non pour la foule, qui les tranchera toujours dans le sens de ses préjugés et de ses instincts, mais pour les esprits habitués à ne se point contenter d'opinions brutales. A cette catégorie d'esprits, la vérité n'apparait pas toujours tout d'une pièce : elle est faite de nuances et d'éléments très complexes, dont une investigation minutieuse peut seule établir le rapport et montrer la combinaison.
C'est à ce besoin que répondent les pages qur suivent. Sous une forme très sommaire, je me suis efforcé d'y présenter le tableau le plus fidèle possible de nos institutions militaires à la fin
4 L*ARMÉB ROYALE EN 1789.
de l'ancien régime. Il m'a fallu pour cela prolonger un peu mon temps de service; je comptais n'y restet que quelques mois, voici deux ans passés que j'y suis : un jour dans Auvergne ou Picardie, le lendemain simple milicien; une autre fois dans les chasseurs des Vosges ou dans les hussards d'Esterhazy; deux ans que je monte à l'assaut de Prague ou de Berg-op- Zoom ou que j'enlève les retranchements de RaucQux; que je pousse des charges et que je m*attèle à la bricole des vieux canons de Vallière ; que je pleure de rage à Dettingen ou à Rosbach, de joie à Lawfeld ou à Bergen ; que je m*exalte pour Grîheauval et que je me passionne pour Guibert. Je ne m'en plains pas ; car à cette longue communion de tout mon être avec Tancien régime, sans compter la joie de vivre quelque temps d'une vie moins terne et moins plate que la nôtre et de changer de contemporains, j'aurai du moins gagné ceci, de me sentir un peu plus Français qu'auparavant. Les
démocrates ont beau dire, on n'aime vraiment son pays qu'à condition de l'aimer tout entier, sous tous les régimes et dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. Le noviciat que je viens de faire m'a rendu ce service : j'avais gardé quelques préventions d'école contre la France de la fin du xvm^ siècle ; elle m'apparaissait encore à travers les vertueuses indignations de mon professeur d'histoire de Gharlemagne, qui ne l'avait étudiée que dans Michelet et qui nous faisait encore la Révolution, — le pauvre homme ! — d'après M. Ponsard.
Je me sens enfin délivré de cette obsession de jeunesse : la France de Rosbach et de la Pompadour ne me cache plus la vraie France, si belle et si grande en dépit de ses fautes et de ses malheurs, la première puissance du mondé encore et de beaucoup ! Je la vois, d'un abaissement et de malheurs sans exemple, se relever comme d'un bond et reprendre en quelques années sa place en Europe, par la réforme de
ses institutions militaires et Thabiieté de sa diplomatie. Grande et haute leçon qui ne s'est peut-être jamais imposée par une plus angoissante actualité qu'à Pheure où j'écris ces lignes, et que je m'estimerais heureux d'avoir contribué pour ma part à mettre en lumière.