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dérance numérique, la France n'avait donc plus, — • ces chiffres le montrent, — que le troisième rang parmi les puissances. Après avoir donné, un siècle auparavant, l'exemple des plus grands armements qui se fussent encore vus, elle s'était tout à coup arrêtée dans cette voie, pendant que Tancienne Europe continuait à marcher et que la nouvelle se constituait. Grave imprudence. On l'avait bien vu lorsque, en 4784, Joseph II avait été sur le point d'envahir les Provinces-Unies; on venait de le voir plus nettement encore au sans-gène avec lequel la Prusse était intervenue dans ce même pays pour y rétablir le stathouder, chassé par une révolution que nos agents avaient encouragée et que nos troupes elles-mêmes avaient secrètement soutenue*. Grave, si Ton songe qu'en cas de nouvelle guerre maritime, le roi se fût trouvé
1 . Plusieurs détachements d'artiUerie française avaient été incorporés dansles troupes des États généraux. (Voir Susane, Histoire de Vartillerie,)
dans la nécessité de consacrer une partie de ses forces de terre (vingt bataillons au moins) à la défense des colonies; une autre portion (40 000 hommes environ) à la protection des côtes de Dunkerque à Ântibes, en y comprenant la Corse; une troisième enfin (18 000 hommes), à la garnison de nos soixante-quatre vaisseaux de ligne, chiffre prescrit par les dernières ordonnances sur la réorganisation de la marine ^ Grave enfin et surtout en ce que ni Tétat des finances ni celui de Topinion, déjà fort agitée, ne permettaient de songer à l'armée, si ce n'est pour la réduire. En 1787, les dépenses de la guerre s'élevaient encore à 115 600 000 livres*; pour 1789, elles ne se montent plus, par suite des économies de Brienne et du Conseil de la guerre, qu'à 96 883 645 livres.
1 . J'emprunte tous ces chiffres au précieux mémoire de Guibert sur les opérations du Conseil de la guerre.
2. D'après les états remis aux notables. (Voir Grimoard, I, p. 342.)
Par bonheur, la puissance militaire d'un pays ne se mesure pas au nombre d'hommes qu'il entretient sous les drapeaux, et ce n'est pas seulement sur des chiffres et sur des comparaisons numériques qu'il en faut juger ; elle dépend aussi de son crédit, des rapports qu'il entretient avec ses voisins et des liaisons qu'il a su contracter avec eux. Or, à ce point de vue. Jamais peut-être la France n'avait été mieux partagée. Jamais sa force offensive et défensive n'avait été mieux appuyée. Par le traité de 47S6, elle avait mis dans son jeu l'une des quatre grandes puissances, l'Autriche, et s'était assurée de son concours en cas de guerre continentale, concours qui entraînait celui de la Toscane *. D'un autre côté, par le pacte de famille, elle tenait l'Espagne, Parme et Naples ; par les mariages du comte de Provence et du comte d'Ar-
1. L'Empereur était grand-duc de Toscane. Quant au duc de Parme et au roi de Naples, un des articles portait qu'ils seraient invités à accéder au traité.
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tois avec des princesses de la maison de Savoie, la Sardaigne. Si bien qu'à Tabri de toute agression aux Pyrénées, sur les Alpes, en Flandre et même sur ses côtes, par la réunion de la flotte espagnole à la sienne, elle était libre de porter la majeure partie de ses forces sur le Rhia, tandis que la Prusse et la Russie, prises entre plusieurs feux, menacées au nord, à l'ouest, au sud, se voyaient condamnées, sur presque toutes leurs frontières, à une pénible défensive.
Tels étaient, en 1789, les nombreux et puissants intérêts qu'une diplomatie prévoyante avait su grouper autour du trône. Dans ces conditions, et quels que fussent d'ailleurs les inconvénients du système autrichien, l'insuffisance numérique de l'armée royale se trouvait largement compensée. Ainsi soutenue, la France était, suivant l'expression d'un des meilleurs esprits de l'époque, le comte de Sêgur, « inattaquable avec avantage, quand bien même toutes les puissances de l'Europe auraient fait
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une ligue contre la maison de Bourbon : 24 à 25 millions d'habitants S des frontières bordées par deux mers, des ports magnifiques, bien approvisionnés en tout genre, des places de guerre bien fortifiées, soutenues, dans beaucoup de parties, de deux et quelquefois de trois lignes ; d'autres places d'un ordre inférieur; un militaire nombreux, bien discipliné et bien entretenu, dont la valeur était reconnue ; le pacte de famille entre toutes les branches régnantes de la maison de Bourbon qui assurait toutes les frontières méridionales, tout enfin paraissait propre à inspirer au gouvernement une sécurité parfaite... »
1 . C*est aussi le chiffre que donne Guibert dans sa Défense du Système de guerre moderne j d'après Moheau.