État militaire de la France en
et les Suisses de Monsieur. -Certains corps, en outre, avaient subi de sensibles réductions, les gardes notamment; une première fois en 1775, la seconde tout récemment^
Naturellement, ces réformes et ces réductions avaient rencontré une vive opposition et provoqué de grands mécontentements. Elles avaient été pour beaucoup dans la chute du ministre de la guerre le plus résolument novateur qu'ait eu le xvni® siècle, le comte de Saint-Germain. Et le Conseil de la guerre luimême*, en dépit de ses bonnes intentions et de l'esprit libéral qui animait plusieurs de ses
1. Ordonnance du 2 mars i788 portant réduction à un seul bataillon des quatre compagnies des gardes du corps.
2. Créé par un règlement du 9 octobre 1787. Ce règlement avait partagé l'administration de la guerre entre le ministre secrétaire d'État de ce département et le Conseil, « de manière que le premier restât chargé de toute la partie active et executive de l'administration, et que le second le fût de toute la partie législative et consultative ».
membres, avait dû reculer devant la résistance des privilégiés. Il eût volontiers sinon supprimé, du moins réduit l'institution elle-même au strict nécessaire, comme le voulait déjà l'aristocratique Saint-Simon lui-même, à l'époque de la Régence. Il n'osa. Aucune réforme pourtant n'était plus indiquée, ni n'eût été mieux accueillie, non seulement par l'opinion,, mais encore par les gens de guerre. Une nombreuse Maison militaire avait eu sa raison d'être aux siècles derniers, alors que le roi de France était le premier ca pitaine dc -sen^fcrmée, comme Henri IV ou François P', ou qu'il en dirigeait encore de temps en temps les opérations, comme Louis XIV et Louis XV. Il fallait bien, quand le souverain venait au camp, qu'il parût environné de tout l'éclat dont l'ancien régime aimait à rehausser la personne royale, entouré de l'élite de sa noblesse, et que cette élite fût de force à porter au besoin, comme au siège de Valenciennes, le coup décisif à l'ennemi.
En 1789, avec un roi comme Louis XVI et des princes comme le comte de Provence et le comte d'Artois, la Maison militaire ne constituait plus qu'un coûteux anachronisme. Depuis Fontenoy, où elle avait brillé d'un si vif éclat, elle n'avait paru sur aucun champ de bataille; c'avait été sa plus belle, mais aussi sa dernière page ; et son principal office, en dehors de la garde du roi, n'était plus dorénavant qu'un service d'ordre intérieur. Tantôt, en cas de troubles, elle renforçait le guet; tantôt, dans les querelles de la cour et du parlement, elle portait les lettres de cachet et les ordres d'exil. Bref, elle avait perdu beaucoup de son prestige et de son utilité. Sa formation, d'ailleurs, laissait fort à désirer, et contrastait de la façon la plus choquante avec la constitution générale de l'armée. Telle de ses compagnies n'avait pas soixante hommes; telle autre en comptait jusqu'à trois cents. Les effectifs de ses escadrons et même de ses régiments ne variaient pas moins. Les
gardes françaises étaient plus de quatre mille. Les gardes suisses n'allaient pas au delà d'un ; millier d'hommes. On conçoit combien, en cas de guerre, une troupe aussi disparate eût été difficile à manier. Les vrais, généraux lui préféraient de beaucoup d'autres corps, moins brillants peut-être, mais tout aussi solides, avec moins de prétentions, de luxe et de bagages.
La composition des troupes de ligne était infiniment plus régulière. Après avoir, elle aussi, passé par beaucoup de vicissitudes, elle avait fini par se préciser et se fixer. Le temps n'était plus où nos régiments formaient plusieurs catégories, n'ayant ni les mêmes effectifs, ni le même nombre d'escadrons ou de bataillons, ni la même solde, ni les mêmes droits, avantages ou honneurs. On ne distinguait plus entre les vieilles troupes* et les autres, entre les six
1. Les vieilles troupes étaient celles qui avaient été levées avant la paix des Pyrénées ; elles avaient entre
L'ARMÉE ROYALE EN 1789.. 5i
vieux et les six petits vieux^j entre les régiments royaux, les régiments de princes, les régiments de gentilshommes, les régiments de province % les régiments à prévôté^ et les régi- ' nients fournis de l'ustensile*. La plupart de
autres privilèges celui de former les têtes de brigade et de subir des réformes moins dures que les autres à la paix.
1 . Les six vieux et les six petits vieux formaient une véritable troupe d'élite, et c'est avec raison qu'on a pu les comparer à la vieille ou à la jeune garde impériale. Leurs hauts faits dans les guerres du xvii"» et du xviii® siècles valent les plus beaux exploits des gardes françaises eux-mêmes.
2. Louis XIV avait, sans compter Royal-Artillerie et Royal-Bombardiers, neuf régiments dont il étaitcolonel propriétaire. C'étaient le régiment du Roi, Royal- Vaisseaux, La Couronne, Royal-Roussillon, Royal-Marine Royal-Italien, Royal-Comtois et Royal- Bavière. Dix autres régiments appartenaient, en outre, à des princes du sang en 1715, quinze à des gentilshommes.
3. On appelait ainsi les régiments qui avaient le droit de former dans leur propre sein des conseils de guerre. Les autres dépendaient du grand prévôt de l'armée.
4. Ceux auxquels le roi fournissait les objets de caserne et de campement, ainsi que les voitures et les chevaux nécessaires à leur transport.
ces inégalités avaient disparu sous l'empire des idées et du mouvement qui, bien avant la Révolution française, poussaient déjà l'ancien régime au nivellement de toutes ses institutions. Les dernières ordonnances avaient ramené presque tous les corps à la même composition. Sauf l'infanterie légère, dont la constitution en bataillons séparés répondait à des nécessités de service en campagne, et le régiment du Roi, qui avait été maintenu à quatre bataillons, les régiments ne comptaient plus : ceux d'infanterie que deux bataillons, ceux de cavalerie et de dragons trois escadrons, ceux de hussards et chasseurs quatre escadrons. Les bataillons à dix compagnies : huit de fusiliers, une de grenadiers et une de chasseurs; les premières à 120 hommes, officiers compris, les autres à 104 et à HO hommes, officiers compris, soit, par bataillon, 1174 hommes*.
Les escadrons à deux compagnies, chacune