Ordonnance du 19 novembre
de 80 hommes, officiers compris, sur le pied de paix, et de 93 hommes, officiers compris, sur le pied de guerre, soit par escadron 140 et 186 hommes suivant le pied.
Ainsi composées d'éléments identiques et ; d'après une règle uniforme, les troupes de ; ligne offraient désormais toute l'homogénéité 1 désirable, et nul doute qu'à la prochaine guerre ! leur solidité n'en dût être singulièrement • accrue. "'
Quant à la proportion des diverses armes, elle avait été fixée de la sorte :
Infanterie de ligne française ) 1 régiment à 4 bataillons.
Id. id. ItS — à2 —
Infanterie de ligne étrangère 23 — à 2 — Infanterie légère ou chasseurs
à pied. . : 12 — à 1 —
Artillerie 7 — à 2 —
Cavalerie 26 — à 3 escadrons.
Dragons 18 — à 3 —
Hussards 6 — à4 —
Chasseurs 12 — à 4 —
soit 218 bataillons d'infanterie, 14 bataillons
d'artillerie et 204 escadrons de troupes à cheval.
Cette proportion différait en plus dW point de celle qui avait été longtemps observée dans les armées françaises. Le Conseil de la. guerre, en effet, s'était efforcé de l'établir en prenant pour base de son travail les données fournies par l'expérience des dernières campagnes. C'est ainsi que le nombre des corps légers, tant à pied qu'à cheval, qui avaient rendu de si grands services dans la guerre deJa^uccfissiûn d'Autriche et dans celle de Sept ans, avait été notablement accru, tandis que la cavalerie proprement dite et les dragons, dont le rôle avait été moins brillant, s'étaient vus considérablement réduits* : 1** par la création de douze batail-
1 . A plusieurs reprises, le maréchal de Saxe, dans sa Correspondance y se plaint de la faiblesse des dragons, notamment dans une lettre à d*Argenson, du 11 août 1746 : « Si Ton ne prend pas de mesures efficaces pour rendre les dragons solides, il n'y aura plus de
L'ARMÉE ROYALE EN 1789. iî5
Ions de chasseurs à pied, formant autant de corps indépendants; 2° par la création de six nouveaux régiments de chasseurs à cheval, destinés au service avancé des armées; 3** par la suppression de six régiments de cavalerie et de dragons et par la réduction du nombre des escadrons dans ces deux armes de quatre à trois.
Excellentes réformes, inspirées par une juste I appréciation des nécessités de la tactique mo- ' deme^ et qui devaient avoir pour efifet prochain de mettre l'armée française en état de lutter de vitesse et de mobilité avec les armées les plus justement réputées pour Texcellence de leurs troupes légères.
La nouvelle formation des troupes n'était pas moins heureuse. Au nombre des causes les plus actives de nos revers dans les dernières campagnes figuraient, de l'avis de tous les
moyen de les envoyer à la guerre... Il est impossible de faire plus mal qu'ils ont fait. »
hommes de guerre, la faiblesse de notre système de mobilisation et le manque de cohésion des divers corps entre eux. Pour qu'une troupe passe rapidement du petit au grand pied, il faut qu'elle demeure constituée en temps de paix à peu près comme en temps de guerre.
Pour que cette même troupe soit solide et donne, une fois en campagne, son maximum d'efforts, il faut qu'elle se sente, comme on dit, les coudes et qu'elle ait confiance en ses chefs. Or, comment se passaient les choses au xviii' siècle? A la paix, le gouvernement réformait, par mesure d'économie, tous les régiments dont il n'avait pas strictement besoin, et distribuait les autres dans les garnisons de l'intérieur, principalement dans celles des provinces frontières. Naturellement, ces corps isolés, réduits souvent à de très faibles effectifs, abandonnés de beaucoup de leurs officiers, qui reprenaient le chemin de la cour ou de leurs terres, se morfondaient dans la paresse et l'oisiveté. Rien
pour les en tirer, rien pour Tentralnenient et l'éducation du soldat et des officiers, aucune manœuvre, aucun mouvement d'ensemble; l'exercice journalier, les factions et de temps en temps une revue, c'était tout. La guerre reprenait-elle? Vite on rassemblait ces corps épars, on les appareillait tant bien que mal, soit entre eux, soit avec des régiments de nouvelle levée, on les plaçait sous le commandement d'officiers inconnus, tout frais émoulus de Versailles et qu'ils n'étaient même pas assurés de garder à leur tête par suite des hasards du roulement ; après quoi, lorsque avec de^ peines et des lenteurs infinies on était parvenu à faire de ces éléments disparates une ou deux armées, la campagne s'ouvrait enfin.
Le vice du système éclatait à tous les yeux, et déjà plus d'un effort avait été fait pouf y remédier. Sous Louis XIV, après la guerre de Hollande, Louvois avait eu l'idée de former des camps permanents « afin de perfectionner
l'instruction des troupes et de les rompre à la fatigue ^ » Quelques années plus tard, en 1698, un rassemblement de soixante mille hommes à Gompiègne était ordonné pour l'instruction du jeune duc de Bourgogne, disait-on, en réalité pour montrer à l'Europe que l'armée française n'avait encore rien perdu de ses qualités manœuvrières, sous les successeurs des Turenne et des Condé. Après la déroute de Dettingen, en 1744, pour rétablir la discipline, refaire l'armée que d'Argenson venait de lui confier et qui allait s'illustrer à Fontenoy, Maurice de Saxe n'avait pas trouvé de meilleur moyen que de la tenir pendant plusieurs mois au camp de Courtrai et de l'y soumettre aux plus rudes travaux. Enfin, à une date beaucoup plus rapprochée, le comte de Saint-Germain, sous l'influence de l'école allemande, avait essayé de reprendre et de généraliser ces errements. Convaincu que « l'ancienne erreur qui prive les 1. Susane. (Voir aussi Rousset.)
troupes en temps de paix des chefs destinés à les conduire en temps de guerre a été de tout temps la première et la principale cause des revers de la nation^ », il avait présenté et fait signer au roi une ordonnance qui répartissait les troupes et partageait la France en i^eize divisions militaires, commandées chacune par un lieutenant général et par trois maréchaux de camp', chargés spécialement d'instituer des manœuvres densemble. Malheureusement, cette création touchait à trop d'intérêts et menaçait trop de situations acquises pour durer, et le prince de Montbarey l'avait laissé tomber.
Il était réservé au Conseil de la guerre de revenir à cet ordre divisionnaire adopté depuis longtemps déjà par la Prusse, et que des considérations de personnes, jointes à l'esprit de
i. Archives de la guerre. Projet de lettre de Saint- Germain.