Mémoires de Saint-Germain
y eut trop de prébendes et d'abbayes pour le clergé et trop de commandements pour la noblesse, c'est certain. Fondé sur le privilège et l'inégalité, l'ancien régime ne pouvait se passer de sinécures : reste à savoir, et ce serait un curieux parallèle à établir, si les sociétés démocratiques en ont trouvé le secret.
Où le mal était plus grave, l'abus moins excusable, c'était dans l'armée proprement dite.
Trop de grades et surtout beaucoup trop de gradés, tel est le cri de tous les contemporains dans les dernières années de la monarchie, surtout de ceux qui avaient vu dé près les autres armées.! Colonels-généraux, mestres de camp ( généraux, commissaires et inspecteurs gêné- ' raux, colonels propriétaires, colonels et mestrès de camp en second, colonels en troisième, colonels par commission, colonels à la suite, colonels attachés à l'armée, lieutenants-colonels, majors-colonels, capitaines-colonels, souslieutenants et maréchaux des logis colo-
nels, capitaiaes*commandants, capitainies en second, capitaines réformés, capitaines à la suite, capitaines à finance, tout ce luxe d'emplois, la plupart du temps honorifiques, de titres sans fonctions et de titulaires sans attributions, compliquait singulièrement le service, entravait Tavancemeut et paralysait l'administration. Comment, en eifet, « se démêler * » dans ce désordre, et se tirer des embarras et des prétentions de toute espèce qui en étaient la suite ? En temps de paix, passe encore ; mais en cas de guerre? Comment donner des lettres de service à 11 maréchaux de France, à 196 lieutenants généraux^ à 770 maréchaux de camp, à 113 brigadiers d'infanterie, & 69 brigadiers de cavalerie ou de dragons', et à plus de 900 colonels'? Comment satisfaire un pareil état-major? Un seul moyen, encore bien