‹ L'armée royale en 1789Chapitre 91 sur 136 · Retzow, Guerre de Sept ans · texte numérisé non relu

Retzow, Guerre de Sept ans

désire prendre sa revanche et obtient encore, l'année suivante, le commandement d'une armée avec laquelle ses lieutenants gagnent en sa présence la petite bataille de Lutternberg. On le fait maréchal de France et il retourne à la cour. Le comte de Clermont, ou plutôt son mentor, le comte de Moi'taigne, s'était fait battre honteusement à Crevell en juin 1758. La cour lui donne pour successeur le marquis de -Contades, qu'on élève bientôt au grade de maréchal de France. Il est battu à Minden en août 1759; on envoie le maréchal d'Estrées pour l'aider de ses conseils, et leurs efforts réunis ne pouvant rétablir les affaires, ils regagnent Versailles à la fin de la campagne. Le duc de Broglie, qui s'était distingué depuis le commencement de la guerre et qui avait même battu les ennemis à Sondershausen en 1758 et à Bergen en 1759, remplace le maréchal de Gontades et reçoit le bâton. Il commence avec

succès la campagne de 1760, mais la fortune ne

le seconde pas constamment. En 1761, la cour forme deux armées, donne le commandement de la première au maréchal de Soubise et celui de la seconde au maréchal de Broglie. Ces deux généraux essuient des échecs et emploient le reste de la campagne à former mille projets sans pouvoir en exécuter aucun. A la fin de Tannée, le maréchal de Broglie, moins puissant à la cour que le prince de Soubise, est congédié et même exilé, ainsi que son frère. En 1762, le maréchal de Soubise réparait sur la scène avec d'Estrées, qui lui sert de gouverneur. Ces deux têtes dans un même bonnet n'en valent pas une bonne ; la campagne est aussi nulle que les précédentes... » (Bourcet, Discours préliminaire.) Encore si, dans cette inconstance du commandement, ces généraux, la plupart médiocres, s'étaient senti les coudes et soutenus les uns les autres! Si seulement ils avaient pu compter sur leurs propres lieutenants! Jlais non ! contrariés dans leurs plans ou gênés dans

leurs mouvements par la mauvaise volonté de leurs ooUègues, ils n'ont pas seulement à faire face à l'ennemi par devant : leur plus dangereux adversaire est souvent sur leurs derrières, qui les travaille et qui les épie, ou, dans leur propre camp, prêt à les trahir. Rien d'attristant comme ces compétitions de personnes et comme ce prolongement des petites intrigues et des misères de Versailles ou de Marly jusque dans les armées. Déjà, lors de la guerre de la Succession d'Autriche, le scandale en avait été public entre Broglie et Belle-Isle S au siège de Prague ; plus tard, entre Broglie et Maillebois ou Polastron ', et la Correspondance (TAlle-

1. Voir Broglie, Fr^dénc II et Louis XV, 1. 1", p. 60 et suivantes.

2. Broglie accuse positivement le premier de n'avoir pas voulu faire sa jonction avec lui en Bohème pour ne pas être sous ses ordres, et le second, qui était très appuyé à la cour et auprès de TEmpereur, de n'avoir pas voulu quitter Prague alors qu'il lui en avait donné Tordre, afin de se réserver pour le siège d'Egra. (Voir Broglie à V Empereur , lettre du 16 mars 1742.)

magne est pleine de leurs doléances et de leurs dénonciations réciproques. Bien heureux quand le ton n'en va pas à l'insulte, comme le jour où, Broglie ayant tourné les infirmités physiques

de son collègue en dérision, Belle-Isle riposte par ce coup droit : « Il y a plus d'un an qu'une fausse attaque d'apoplexie a frappé d'une atteinte irréparable l'intelligence du maréchal de Broglie. » Au cours des campagnes suivantes, l'ordre se rétablit un peu, grâce à la fermeté du maréchal de Saxe, grâce surtout au prestige qu'il doit à ses victoires. La cour n'ose pas le contrecarrer, celui-là, car le roi, à plusieurs reprises, lui a donné plein pouvoir ^ Pourtant il a bien de la peine à se faire obéir de ses lieutenants. Après Lawfeld, si les alliés pu-

1. « Vous savez que le roi vous laisse à l'égard de vos opérations la plus entière liberté », lui écrit d'Argenson, le 19 août 1744. « Le roi vous laisse entièrement le maître de vos opérations et de ce que vous jugerez le plus convenable au bien du service », lui réitère Noailles, le 17 septembre 1745.

rent se retirer dans Maëstricht sans être poursuivis, c'est, ail dire de Frédéric II, « que M. de Clermont-Tonnerre se dispensa de charger avec sa cavalerie, bien qu'il en eût reçu des ordres réitérés, désobéissance qui lui valut le bâton de maréchal * ». Ainsi vont les choses en pleine victoire et sous un général investi de la plus haute autorité qu'homme de guerre ait eue depuis Turenne *. Jugez de ce qu'ellel peuvent être, avec l'impressiorinabilité française, en cette s6mbre période de 1756 à 1763 ! Quel spectacle offre à présent l'armée et dans quelle anarchie tombe le commandement ! Ce ne sont plus seulement de sourdes menées, dés rivalités d'influence et des querelles de personnes, c'est la guerre déclarée, la lutte ouverte entre les généraux'. Après chaque campagne, durant

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