‹ L'armée royale en 1789Chapitre 95 sur 136 · Retzow, Guerre de Sept ans · texte numérisé non relu

Retzow, Guerre de Sept ans

2. Il y a des exceptions pourtant, et, dans cette émulation de platitudes, on a plaisir à rencontrer encore quelques caractères, témoin cette lettre du maréchal de Broglie au maréchal de Belle-Isie (18 octobre 1760) : « J'aj reçu, monsieur le maréchal, assez longtemps après sa date, la lettre dont vous m'avez honoré, le 29 du mois dernier, concernant le désir, qu'avait madame la marquise de Pompadour que M. de Molmont succédât à M. du Barail au commandement de Clèves... — Outre Tempressement que j'aurai toujours de faire ce qui pourrait être agréable à madame de Pompadour, j'ai des raisons particulières de vouloir du bien à M. de Molmont... Mais il faudrait ôter le commandement de la citadelle dé Wesel à un très bon officier, M. de Castella cadet, si M. de Molmont prenait celui de Clèves ; je crois que la plus simple façon sera de donner, pour cet hiver, une autre place à M. de Molmont, et je n'en perdrai pas l'occasion. » — (Minute extraite de la Contespondance d'Allemagne, octobre 1760).

les autres apportaient encore un reste de décence, Fanarchie lie connaîtra plus de bornes. La guerre est finie, Dieu merci ! et il n'y a plus de commandement à distribuer; mais il reste à réparer de grandes ruines, à refaire une armée qui passe maintenant pour la dernière de l'Europe, à la relever dans sa propre estime. Justement, pour cette œuvre de reconstitution, un homme s'est rencontré, non pas tout d'une pièce assurément, ni d'une bien haute envolée, mais un homme enfin, un ministre comme la royauté n'en a pas trouvé depuis longtemps • Avec et par lui, la France, en quelques années, a recouvré du prestige et sa place en Europe. Elle n'est pas restée écrasée sous le coup de massue de Rosbach, elle a contracté des alliances, elle a même acquis une province. Malheureusement Choiseul a déplu par sa réserve à la favorite; il déplaît plus encore à Richelieu qui l'a lancée, à d'Aiguillon, son amant, et à Maillebois qui vit dans son intimité. Sa perlé

iiO L'ARMÉE ROYALE EN 1789.

est décidée dans le boudoir de la belle Lange. Saute, Choiseul! saute, Praslin ! et c'est dans le même boudoir que le prince de Condé bâcle en un tour de main la nomination de Monteynard à la guerre, aux lieu et place de Thonnête de Muy, qui n'a pas voulu se soumettre à Thumiliation des petits levers de la toute-puissante courtisane. La place de grand maître de l'artillerie vient à vaquer, c'est elle encore qui en dispose. On connaît son mot cynique à Condé, furieux de n'avoir pas touché le prix de son zèle : « Je vous l'avais promise, eh bien ! je vous la dépromets. » Et d'éclater de rire en tirant la langue au premier prince du sang, devant le roi^ Va-t-elle au camp, elle y paraît en reine, passant la revue des troupes et traitant royalement les officiers. On lui porte les armes, la musique joue sur son passage et le colonel de La Tour du Pin fait rendre à son carosse les

Page 1