Voir cette scène dans Ici Du Barry, de MM. de Concourt
mêmes honneurs qu'à ceux des princesses.
L'abjection est à son comble; elle touche aussi par bonheur à son terme, et la réaction ne tardera pas. Déjà la dauphine en a donné le signal en refusant d'adresser la parole à la favorite, malgré les objurgations de la trop politique Marie-Thérèse* et de Mercy-Argenteau.
Déjà, sous les voûtes de la chî^pelle de Versailles, a retenti, comme un écho de Bossuet, Tâpre et vibrante parole de l'abbé de Beauvais, évoquant devant ce monde de grands seigneurs et de grandes dames proxénètes, et devant le nouveau « Salomon » lui-même atterré, l'image de leur prochaine et fatale destruction. Vienne cette heure, et soudain tout sera changé. Le gouvernail était aux mains d'une courtisane et de quelques roués : le voilà dans les mains de la « petite rousse et du grand garçon mal
1. « Il suffit que le roi distingue une telle ou un tel pour que vous lui deviez des égards. » Marie-Tfiérèse à Marie-Antoinette. (Cité par les Concourt.)
élevé », comme Téhontée drôlesse appelait Marie- Antoinette et le dauphin. Et voilà que cette « petite rousse », qui se trouve être une reine, et ce « grand garçon », qui n'est pas un roi, mais qui a de Thonnèteté, se mettent à donner du balai dans ce tas d'impuretés. La Du Barry part en exil et du Muy prend la guerre.
Il n'en fallait pas plus pour rendre au commandement sa dignité; car, malgré les scandales et la honte des dernières années, il était resté bon dans l'ensemble ; et, si la corruption avait atteint la tète, elle n'avait pas encore, Dieu merci! gagné les moelles. Au-dessous des Soubise et des Richelieu, loin de la cour et des boudoirs, à l'école de l'expérience et du malheur, s'était formée, pendant cette terrible guerre de Prusse, toute une couche d'officiers généraux des plus distingués : les Coudé, les Broglie, les de Castries, les Saint-Germain, les Rochambeau, les Bouille, les Gribeauval, les Guîbert, les Grimoard, les Servan, les Cha-
bot, les Lévis, les Montbarey, les Vioménil, lea d'Armentières, les De Vaux et tant d'autres.
Avec une telle élite, délivrée des intrigues et purgée des intrigants, Tarmée ne pouvait manquer de retrouver très vite de solides étatsmajors. Il n'y avait qu'à se baisser pour puiser dans cette réserve. On le vit bien quand la guerre d'Amérique éclata. Jamais l'ardeur, l'émulation, n'avaient été plus vives. Jamais, en dépit des théories humanitaires et de la sen* sibilité du siècle, l'esprit militaire n'avait paru plus vivace, et ce fut vraiment un beau spectacle que celui de cette noblesse, si décriée naguère, si chanson née et si caricaturée, s'élançant à la défense d'un peuple opprimé, sans réfléchir à ce que cette héroïque folie pourrait bien lui coûter. Moins de quinze ans après une succession de revers inouïs dans son histoire, grâce à la solidité de ses institutions, grâce à la persistance des vertus guerrières dans son aristocratie, la France était déjà
debout, faisant face, sur terre et sur mer, à la plus redoutable puissance du monde alors.
Grand exemple et grande leçon, bien faite pour donner à réfléchir à ceux qui ne se payent pas de lieux communs révolutionnaires et qui ne croient pas encore, en dépit de la mode et du courant, à la supériorité des armées citoyennes sur les armées du métier.