PREMIERE PARTIE
Lettre de Jules Favre à Gamhetta, du 1'^ janvier 1871 .
(Cette lettre et celle qui suit donnent des détails sur la manière dont le commandement a été offert au général Vinoy. Nous extrayons de la première les passages suivants.)
K Après la triste journée du 19, il (Paris) a cru à une revanche prochaine, et en même temps manifesté, avec une irritation d'heure en heure croissante, sa colère contre M. le général Trochu. Je vous ai dit que j'avais plusieurs fois insisté sur son remplacement, et que la résistance de la majorité du conseil seule m'avait arrêté dans l'exécution de ce dessein. Je n'avais pour moi que Picard. Mais après l'affaire du 19, la persistance de M. Trochu à garder le commandement devenait un véritable danger.
1-) J'ai vainement essayé d'amener mes amis à un acte un peu vigoureux, et le général à une résolution néces-
saire. La journée du vendredi 20 s'est passée dans ces tiraillements; le samedi 21, les symptômes sont devenus plus menaçants, et le soir, les maires, réunis au gouvernement, ont nettement dit à M. Trocbu qu'il ne pouvait conserver le commandement en chef. J'oubliais de dire que la veille, vendredi 20, je les avais réunis, et que, dans une séance de cinq heures, on avait posé et discuté la question de la défense.
5) M. Trochu déclarait qu'elle était désormais impossible, et qu'il était prêt à céder le commandement à l'officier qui serait d'une opinion contraire. Le samedi, nous avons réuni les généraux qui nous semblaient les plus audacieux, nous leur avons posé les mêmes questions, et nous avons reçu les mêmes réponses. Le soir, j'ai fait connaître cette situation aux maires, et c'est alors que presque tous, deux ou trois exceptés, ont exprimé celte opinion que M. Trochu devait se -retirer, en gardant le gouvernement de Paris et la présidence.
» Après leur départ à minuit et demi, la délibération a commencé. M. Trochu avait supporté les duretés qui lui avaient été dites, il avait montré un grand calme; avec nous il n'a pas été moins ferme à nous dire qu'il ne se démettrait pas, qu'il engageait le gouvernement à le remplacer, mais qu'il ne conserverait aucune de ses fonctions, hors celle de membre du gouvernement et en déclinant la présidence.
La discussion a été longue, confuse, orageuse. 11 fallait d'abord savoir si on le remplacerait et par qui.
Il y a un mois, je proposais le général Vinoy. A la suite de bien des tergiversations il a été accepté, et 7ious l'avons nommé d'iwgence sans le consulter. 11 était trois heures du matin. Au même moment, on vient nous ap-
prendre que Mazas a été forcé par une bande qui a délivré Flourcns et d'aulrcs détenus politiques. Ce n'était que le prélude de désordres malheureusement graves.
Hier, l'animation de Paris était immense. Quelques factieux de Paris ont essayé de l'exploiter pour se jeter sur l'Hôtel de ville, qu'ils ont attaqué à main armée. Cette agression criminelle était le résultat d'une conspiration, car les fenêtres des maisons de la place avaient été occupées, et de là les insurgés tiraient sur l'Hôtel de ville. La fusillade a duré une demi-heure environ. La garde nationale et la troupe ont balayé l'émeute, occupé la place, et la journée s'est passée dans un calme relatif. Mais le danger est considérable, imminent, etc., etc.
M. Jules F'avre au général Vinoy.
Paris, le 22 janvier 1871.
Monsieur le général ,
Le Gouvernement de la défense nationale ayant décidé, ce soir, que le commandement en chef serait désormais distinct des fonctions de président du conseil du gouvernement, vous a nommé commandant en chef de l'armée de Paris, en remplacement de M. le général Trochu. Le gouvernement aurait voulu vous prévenir avant de disposer ainsi de vous, mais l'extrême urgence et les circonstances particulières que j'aurai l'honneur de vous expliquer l'ont obligé à prendre ses résolutions sur l'heure. D'ailleurs, il connaît depuis longtemps votre patriotisme et votre dévouement; il y compte, et sait qu'en vous appelant à la commander en chef, il ne peut
confier à de meilleures mains les intérêts de notre brave armée.
Veuillez agréer, Monsieur le général, l'assurance de ma haute considération.
Le vice-président ,
Signé : Jules Favre.
ORDRE DU JOUR DU GÉNÉRAL VINOY A l'ARMÉE DE PARIS.
Le Gouvernement de la défense nationale vient de me placer à votre tète; il fait appel à votre patriotisme et à mon dévouement; je n'ai pas le droit de me soustraire. C'est une charge bien lourde; je n'en veux accepter que le péril, et il ne faut pas se faire d'illusions.
Après un siège de plus de quatre mois, glorieusement soutenu par l'armée et par la garde nationale, virilement supporté par la population de Paris , nous voici arrivés au moment critique.
Refuser le dangereux honneur du commandement dans une semblable circonstance serait ne pas répondre à la confiance qu'on a mise en moi. Je suis soldat et ne sais pas reculer devant les dangers que peut entraîner cette grande responsabilité.
A l'intérieur, le parti du désordre s'agite, et cependant le canon gronde. Je veux être soldat jusqu'au bout, j'accepte ce danger, bien convaincu que le concours des bons citoyens, celui de l'armée et de la garde nationale, ne me feront pas défaut pour le maintien de l'ordre et le salut commun.
Général Vixoy.
Lettre du général de Malroy au général Vinoy.
Hôtel de ville, le 22 janvier, 6 heures et demie. Mon général ,
Après avoir réuni les éléments de la cour martiale que vous m'avez donné l'ordre d'établir, pour juger les insurgés pris les armes à la main \ j'ai pris connaissance du décret du gouvernement, en date du 26 septembre dernier, que AI. Jules Ferry m'a remis lui-même, afin que la compétence de la cour martiale pût être établie dans le cas spécial dont il s'agissait.
Or, les termes du décret ne se rapportent pas aux faits dont les insurgés se sont rendus coupables, et la cour martiale était incompétente.
Le crime dont vous aviez en vue la répression immédiate au moyen de la cour martiale est justiciable des conseils de guerre réguliers, en vertu de la loi sur Vétat de siège, et l'examen du décret et de la loi précités pourra vous en convaincre.
D'après cela, j'adresse à M. le général Soumain la liste des insurgés arrêtés, en lui demandant un ordre d'écrou à la prison militaire du Cberche-Midi , et en le priant de donner d'urgence l'ordre d'informer.
Lorsque l'ordre d'écrou sera parvenu à l'Hôtel de ville, le transfert de ces prisonniers aura lieu en voiture cellulaire et sous l'escorte d'un peloton de gendarmerie à cheval.
' Parmi les individus qui avaient été arrêtés en flagrant délit de rébellion, celui qui s'était le plus fait remarquer est le sieur Serizier, qui a été le principal auteur du massacre des Dominicains d'Arcueil.
364 APPEiYDICE.
C'est d'ailleurs sur l'avis de M. le maire de Paris et du ministre de la guerre que j'ai cru devoir adopter cette ligne de conduite.
Je suis avec respect, mon général, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le général commandant la 1" division.
Signé : de Malroy.
Lettre du général Blanchard au général Vinoy.
Paris , le 24 janvier 1871 .
L'amiral Pothuau me rend compte que les gardes nationaux du 74^ bataillon', dont les noms suivent, ont été signalés comme étant rentrés dans Paris sans autorisation. Je demande à ce qu'ils soient punis conformément à la loi , et à ce que des ordres sévères soient donnés aux portes pour que nul garde national ne puisse rentrer à Paris sans un laisser-passer en règle.
Noms des gardes nationaux du 74^ bataillon qui manquent à l'appel : 14 gardes.
Agréez , etc.
Signé : Blanchard.
M. Jules Favre au général Vinoy.
Mon cher général,
J'arrive de Versailles; je suis tombé d'accord avec
' Ce bataillon était un bataillon de Belleville , commandé par le sieur Girault, qui fut depuis condamné à mort par la cour martiale de la Commune pour actes de lâcheté de son bataillon. Il fut gracié en raison des gages que ses antécédents donnaient au parti démocratique.
M. de Bismarck sur les principales questions de Tarmistice, et il a été convenu d'honneur entre nous deux que le feu cesserait des deux côtés sur toute la ligne à minuit.
Envoyez donc, de suite, l'ordre aux forts et aux secleurs, a6n qu'il parvienne à temps à tous les chefs de poste. Si en effet cet ordre n'était pas exécuté, l'ennemi, après avoir interrompu son feu, pourrait le reprendre pour répondre au notre.
Je vous prie, mon cher général, d'agréer mes sentiments bien affectueux.
Signé : Jules Favre.
Ce mercredi 26 janvier 1871, 7 licures du soir.
DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES
A tous les commandants de secteur.
Hôtel de ville , à 3 lieurcs du soir, 22 janvier. On tire sur l'Hôtel de ville; feu assez vif. Prenez mesures énergiques.
Maire de Paris aux commandants des neuf secteurs.
Hôtel de ville, 22 janvier, 4 h. 52 m. du soir.
Quelques gardes nationaux factieux appartenant au 101" de marche ont tenté de prendre l'Hôtel de ville. Ils ont tiré sur les officiers de service et blessé grièvement un adjudant-major de la garde mobile.
La troupe a riposté ; l'Hôtel de ville a été fusillé des maisons qui lui font face de l'autre côté de la place et qui étaient d'avance occupées. On a lancé sur nous des bombes et tiré des balles explosibles. L'agression a été
la plus lâche et la plus odieuse. D'abord au début, puisqu'on a tiré plus de cent coups de fusil sur le colonel et ses officiers, au moment où il congédiait une députation, admise un instant avant dans l'Hôtel de ville; non moins lâche ensuite, quand après la première décharge, la place s'étant vidée et le feu ayant cessé de notre part, nous fûmes canardés des fenêtres en face. Dites bien ces choses aux gardes nationaux et tenez-moi au courant. Ici tout est rentré dans l'ordre. La garde républicaine et la garde nationale occupent la place et les abords.
Commandant des gardes nationales à commandants des neuf secteurs.
22 jauvier 1871, 5 li. 30 ni. du soir.
Par ordre du gouvernement, faites fermer et au besoin occuper militairement tous les clubs de votre secteur.
Commandant fort de Montrouge à général Vinoy.
23 janvier 1871, 5 h. 53 m. du soir. X« 2387.
Feu très-vif sur nous pendant la journée; cesse à quatre heures et demie. La batterie à côté de nous ayant cessé son feu, les quatre pièces qui liraient sur elle ont été tournées contre nous. JVotre bastion 4 a beaucoup souffert dans ses embrasures et épaulements qui sont ruinés. Brèche dans le mur de gorge du bastion praticable, fossé comblé par déblais. Nous travaillons à déblayer deux pièces de 24 touchées dont une démontée. Sept blessés légèrement, dont un officier.
Commandant même au même.
24 janvier 1871, 9 h. 20 m. du matin. Nous avons fait toutes les réparations nécessaires pour pouvoir reprendre le feu dès que l'ennemi ouvrira le sien. S'il ne tire pas, nous continuerons à perfectionner le travail fait. Nous dispersons matériaux provenant de brèche.
Amiral La Roncière à général Vinoy.
24 janvier, 9 li. 15 m. du matin.
Je vous remercie d'avoir prescrit au général de Maussion de me faire appuyer au besoin par la division Susbielle. Pour le moment, je ne prévois pas avoir besoin de ce secours. Nous n'en sommes encore qu'à un combat violent d'artillerie. Les troupes du génie, de l'artillerie, de la ligne, et les marins sont animés d'un bon esprit, malgré les défaillances dont la population affolée leur donne le spectacle. J'engage celle-ci autant que possible à se retirer à Paris, mais les moyens de transport manquent, même pour emmener les malades et enterrer les morts. Aucun voiturier ne veut marcher. J'aviserai la nuit prochaine à employer le chemin de fer. Des officiers et des troupes du génie me seraient bien nécessaires. Les marins suppléent à ces dernières; je n'en ai que cent cinquante valides, et quelque infatigables qu'ils soient, je ne peux les employer partout. Les rangs des officiers d'artillerie qui sont au plus fort du danger s'éclaircissent. Quatre, dont un tué, sont déjà hors de combat. Je vous demande de m'en envoyer des jeunes,
368 APPEXDICE.
autant que possible, afin de maintenir dans leurs postes les chefs de service, sur le dévouement et le courage desquels je compte.
Les rapports individuels des commandants des forts ont dû vous rendre compte des incidents de la journée. Le corps des ouvriers auxiliaires d'artillerie, au nombre de cent vingt environ, sous la direction de l'ingénieur des ponts et chaussées Baude, me rend les services les plus importants.
XIH.
Commandant Monh'ouge à général Vinoy.
25 janvier, 9 li. 45 m. du matin.
Nos réparations sont bien terminées. Xous sommes prêts; mais l'ennemi ne tire que quelques rares coups de canon. Je ne répondrai que si le temps s'éclaircit.
Fort (TIssy à général Vinoy.
25 janvier, 8 h. 10 m. du soir.
Le tir de l'ennemi est devenu violent à partir de midi jusqu'au moment où l'enceinte l'a contre-battu vers trois heures. La batterie du Moulin de pierre a repris son tir de mortiers, qui est pour nous le plus dangereux. Les dégâts causés par les bombes ont été les suivants : deux magasins de munitions atteints, sans cependant être traversés; une porte d'un de ces magasins brisée et une traverse presque renversée. On réparera cette nuit ces dégàls, autant que possible. La batterie de la maison à clochetons n'a pas encore ouvert son feu. Les brèches n'ont pas été agrandies. Les réparations aux câbles télégraphiques ont été complètement terminées ce matin.
Vice-amiral Pothuau à général Vinotj.
M" 333. 26 janvier, 12 li. 35 m. du matin.
Le commandant de Montrouge me répond par la dépèche télégraphique suivante. Je suis l'interprète du sentiment de mes hommes en demandant qu'on nous laisse l'honneur de défendre Montrouge. Ces artilleurs nous seraient plus utiles en armant les batteries qui nous avoisinent. Nous serions reconnaissants au général de vouloir bien ne pas nous les envoyer.
Montrouge à général Vinoy.
26 janvier 1871, 8 h. 45 m. du matin.
Toutes nos réparations sont faites; l'ennemi a tiré sur nous cette nuit, mais seulement après la fin des travaux. Ce matin il tire très-peu jusqu'à présent.
DERNIERS RAPPORTS DE l' ATTAQUE DU SUD.
xvir.
Commandant fort d'isstj à général Vinoy.
26 janvier 1871, à 8 Ii. 30 m. du soir.
Le feu de l'ennemi a repris ce matin vers dix heures. Les magasins de munitions sur la courtine 2-3 ont beaucoup souffert, surtout les murs des passages. Les voûtes toutefois n'ont pas été atteintes. A la courtine 2-3, la brèche des casemates 16 et 17 a un peu augmenté, sans cependant compromettre la sûreté de la place. Sur les autres parties de l'escarpe, les murs de masque des casemates 2, 7, 9, 12, sont crevés et laissent apercevoir
les sacs à terre sur une surface (Fenviron deux mètres carrés. Sur la face gauche du bastion 4 et près de l'angle d'épaule, on remarque une série de trous assez rapprochés, qui indiquent que l'ennemi a l'intention de faire brèche de ce côté. Jusqu'à présent, ces trous n'ont entamé la maçonnerie que sur soixante à soixante-dix centimètres d'épaisseur. Dans l'intérêt de la défense, je demande à ce que ces renseignements ne soient pas publiés " dans les journaux. Un aflTùt de 24 brisé. Beaucoup de dégâts dans les parapets. On réparera cette nuit, autant que possible. Deux hommes tués, huit blessés.
C ommandant fort de Vanves à général Vinoy.
26 janvier 1871, 4 h. 50 m. du soir.
A partir de midi et malgré le brouillard, le tir de l'ennemi a été plus vif que les deux jours précédents. D'ailleurs, aucun dégât matériel sensible à signaler. Un artilleur tué, deux artilleurs et un matelot blessés.
Commandant Montrouge à général Vinoy.
26 janvier 1871, 5 li. 40 ni. du soir. Le feu des batteries de Fontenay a été modéré; beaucoup de bombes proportionnellement. L'Hay n'a envoyé que quelques coups; nous n'avons que des réparations d'embrasures. Un tué, deux blessés graves, une blessure légère.
Général Blanchard à général Vinoy.
26 janvier 1871, 8 h. 5 m. du soir.
Dix obus seulement sur les Hautes-IJruyères. Rien à
signaler à Villejuif et à Moulin-Saquet. Les artilleurs annoncés ne sont pas arrivés.
DERNIERS kAPPORTS DE l' ATTAQUE DE l'eST.
Commandant Faisanderie à général Vinoy.
26 janvier 1871, 5 h. 50 m. du soir. Canonnade assez lente du Four-à-chaux de huit heures à dix heures, très-vive vers onze lieures. Ralentissement du tir à midi. — Le feu cesse à deux heures. — L'ennemi occupé à réparer sa batterie. Travaux en vue près du chemin de fer de Mulhouse, 3,000 mètres de la redoute; ici quelques dégâts aux bâtiments. La redoute a répondu au feu de l'ennemi et inquiété les travailleurs.
Commandant Nogent à général Vinoy.
26 janvier 1871, 8 h. 18 m. du soir.
L'ennemi a continué à tirer sur nous aujourd'hui et sans résultats.
Commandant Rosny à général Vinoy.
26 janvier 1871, 6 h. 45 m. du soir.
Le fort n'a reçu que trente-deux obus dans la journée. Pas de blessés.
Commandant Noisy à général Vinoy.
26 janvier 1871, 7 h. 40 m. du soir.
Dans la journée, l'ennemi nous a envoyé onze obus seulement, qui n'ont fait aucune avarie ni arrêté nos divers travaux.
DERNIERS RAPPORTS DE l'ATTAQUE DU XORD.
Vice-amiral La Roncière à général Vinoy.
2G janvier 1871, 9 h. 55 m. du s.
Le tir de rennenii contre les forts, et notamment contre la Double-Couronne et la Briclie, a été plus violent aujourd'hui que les jours précédents. Ce dernier fort souffre beaucoup et semble être le principal point de mire de l'ennemi. Trois cents travailleurs y réparent la nuit une partie des dégâts faits pendant le jour. Il va falloir évacuer les anciennes poudrières servant de casernes; leur blindage ne présente plus aucune sécurité dans ce but. Je suis forcé, pour pouvoir mettre les artilleurs à l'abri, de faire sortir du fort deux compagnies de la garnison. La Double-Couronne est moins abîmée matériellement, mais l'insuffisance des abris en rend le séjour plus dangereux, et d'autant plus que la glace des fossés est souvent projetée en mitraille sur toute la fortification, ce qui ne se produit pas à la Bricbe. Au fort de l'Est, qui est un fort régulièrement construit et bien commandé, tout s'est passé sans incident. Il en est de même du fort d'Aubervilliers, qui a été relativement moins canonné, mais qui a tiré avec vigueur sur les batteries dirigées sur Drancy.
Un des services les plus pénibles consiste à casser la glace qui subsiste encore dans les fossés; ce service est absolument nécessaire sur la partie des défenses appelée la rigole de la Bricbe et la rigole du Crould, que rien n'empêcherait d'enlever, si la glace pouvait porter. Les marins seuls peuvent faire ce service; les ouvriers civils que le génie y employait refusent de travailler près du
APPEXDICE. 373
feu. Le tir sur la ville a été très-modéré aujourd'hui. Sur toutes les défenses de Saint-Denis, chacun fait noblement son devoir, et je vous demande de vous adresser des propositions en faveur des plus méritants.
Commandant Aubervilliers à général Vinoy.
26 janvier 1871, 7 li. 35 m, du soir. Tir violent contre les batteries prussiennes de droite et de gauche en arrière du Bourget. Tir violent de l'ennemi dans le fort, qui n'a pas eu de victimes.
Commandant fort de VEst à général Vînorj.
26 janvier 1871, 6 Ii. .50 m. du soir. Journée du 2(3. Le tir est toujours continu et assez violent par intervalles. On tire toujours aux abords de la porte pendant la nuit, et pendant le jour sur les remparts. L'escarpe du front 2-3 a été percée au fond d'une casemate habitée par la troupe. Le blindage en sacs à terre un peu ébranlé a été réparé et renforcé. En résumé, la défense du fort n'est pas compromise au point de vue de la résistance des escarpes, mais le service de l'artillerie et de la garnison est rendu très-dilBcile par les obus qui labourent le fort dans tous les sens. De sept heures du matin à quatre heures du soir, trois cent cinquante obus sont entrés dans le fort. Il n'y a eu dans le jour que trois hommes blessés légèrement.
Commandant Double-Couronne à général Vinoy.
26 janvier, 4 li. 20 m, du soir.
Plusieurs abris ont dû être évacués; plusieurs hommes
374 APPEX'DICE.
ont été blessés ou tués dedans. Ces hommes sont affolés, et je pense que, dans les dispositions d'esprit où ils se trouvent, si nous avons à soutenir une attaque de vive force, il serait imposible de les entraîner à la défense. Il est de toute urgence d'augmenter immédiatement le personnel des officiers d'artillerie. Le capitaine Brumster et l'officier Verrier, seuls qui restent, sont dans l'impossibilité de continuer plus longtemps un service aussi pénible. Je ferai parvenir l'état demandé pour les propositions aussitôt qu'il y aura un moment de calme. Nous sommes depuis ce matin sous une pluie de projectiles et enfilés de toutes parts. Il y a également urgence à envoyer pour la nuit deux compagnies de l'intérieur, et qui n'aient pas été sous l'impression du feu incessant que les troupes de la Double-Couronne ont eu à supporter depuis le commencement du bombardement. La pile du pont de la porte de l'Est est démolie et la met dans l'impossibilité de fonctionner.
Commandant fort de la Briche à général Vinoy.
2fi janvier, 5 Ii. 31 m. du soir.
Feu très-violent toute la journée; les dégradations aux escarpes continuent à s'accentuer. Le fort a répondu le plus possible; deux hommes d'artillerie blessés aux pièces. Une pièce de 24 hors de service; une poudrière sur le cavalier évacuée. Une ancienne poudrière servant de casernement menacée; l'artillerie qui l'occupe a dû prendre les casemates laissées par deux compagnies du ISS", qui sont rentrées à Saint-Denis.
APPEXDICE. 375
A'ote sur les services rendus par le jjersonnet télégraphique pendant le siège.
Le personnel télégraphique a rendu les plus grands services pendant tout le temps du siège. Ils n'ont pas toujours été sans dangers, notamment dans les forts bombardés. Les interruptions de service n'ont jamais été que momentanées, et les lignes ont toujours été réparées sous le feu de l'ennemi même le plus vif. Voici une liste de trente postes de télégraphie militaire qui avaient été établis autour de Paris et qui n'ont pas cessé de fonctionner jusqu'à la fin.
QIARTIERS GÉXKRAIX :
Commandant en chef, au Louvre, Fort des Hautes-Bruyères.
cour Caulaincourt. P^ort d'Ivry.
Général Blanchard, 138, rue de Avant-postes de Crélei!.
Grenelle. Fort de Charenton.
Général d'ExÉA, aux Lilas. Redoute de Gravelle.
Général AIacssio.v, avenue de Redoute de la Faisanderie.
Neuiily. Fort de Xogent.
Amiral La RoxciÈre, Saint-Denis. Fort de Rosny.
Général Riboirt, Vincennes. P'ort de Romainville.
Général Xoel, Mont-\alérien. Fort d'Aubervilliers.
Amiral Saisset, Fort de Xoisy. Fort de l'Est.
Général de Li.viers , à Asnières. Fort de la Double-Couronne.
Général de Bealfort, à Xeuilly. Fort de la Briche.
Amiral Pothual", à Vitry. Position de Saint-Ouen.
Fort d'Issy. Observaloire de Montmartre.
Fort de V^anves. (observatoire du Trocadéro.
Fort de Montrouge. Un posie à chaque secteur (neuT Fort de Bicètre. postes).
XXXL •
Extrait de la convention conclue le '2^ janvier 1871 en ce qui concerne l'armée de Paris.
Entre M. le comte de Bismai'ck, chancelier de la Confédération germanique, stipulant au nom de S. M. l'em-
pereur d'Allemagne, roi de Prusse, et M. Jules Favre, ministre des afifaires étrangères du Gouvernement de la défense nationale, munis de pouvoir réguliers ',
Ont été arrêtées les conventions suivantes : Article 1".
Un armistice général, sur toute la ligne des opérations militaires*, commencera pour Paris aujourd'hui même, pour les départements dans un délai de trois jours ^ La durée de l'armistice sera de vingt et un jours, à dater d'aujourd'hui, de manière que, sauf le cas où il serait renouvelé, l'armistice se terminera partout le 19 février à midi.
Art. 2.
' On voit que l'autorité militaire a été absolument étrangère à la négociation de l'armistice ; cet acte a été décidé par le gouvernement et négocié par M. Jules Favre seul, ainsi que le prouve la mention de son nom.
- Et pas seulement pour l'armée de Paris.
' La date de l'armistice seule n'est pas la même pour les diverses armées.
^ Stipulations relatives à l'armée de la Loire.
5 Stipuliitions relatives* à l'armée du Xord.
0 Stipulations relatives à l'armée du Havre.
■^ Stipulations relatives aux forces navales des deux pays.
** Stipulations relatives à l'armée de l'Est, placée en dehors de l'armistice.
^ Stipulations relatives aux élections et à la réunion d'une Assemblée nationale.
Art. 3.
11 sera fait immédiatement remise à l'armée allemande, par Tauforité militaire française, de tous les forts, formant le périmètre de la défense extérieure de Paris, ainsi que de leur matériel de guerre. Les communes et les maisons situées en dehors de ce périmètre ou entre les forts pourront être occupées par les troupes allemandes jusqu'à une ligne à tracer par des commissaires militaires ^". Le terrain restant entre celte ligne et l'enceinte fortifiée de la ville de Paris sera interdit aux forces armées des deux parties. La manière de rendre les forts et le tracé de la ligne mentionnée formeront l'objet d'un protocole à annexer à la présente convention ''. Art. -4.
Pendant la durée de l'armistice, l'armée allemande n'entrera pas dans Paris.
Art. 5.
L'enceinte sera désarmée de ses canons, dont les affûts seront transportés dans les forts à désigner par le commissaire de l'armée allemande ''.
Art. 6.
Les garnisons (armée de ligne, garde mobile et marins) des forts de Paris seront prisonnières de guerre, sauf une division de douze mille hommes que l'autorité militaire dans Paris conservera pour le service intérieur.
'" et " Ces détails seuls ont été réglés par le général de Valdan, et le protocole qui est joint au traité est le résultat des négociations qui ont en lieu entre le général comte de Moltke et le chef d'élat-major de l'armée de Pari;:. Celte pièce n'est qu'une annexe accessoire de la convention d'armistice.
'^ Par l'article 4 du protocole , M. de Moltke a renoncé à cette condition, et exigé seulement la condition suivante : « Les affûts devront être enlevés avant celte époque (4 février). !)
Les troupes prisonnières de guerre déposeront leurs armes, qui seront réunies dans les lieux désignés, et livrées, suivant'^ règlement par commissaires suivant l'usage; ces troupes resteront dans l'intérieur de la ville, dont elles ne pourront pas franchir l'enceinte pendant l'armistice. Les autorités françaises s'engagent à veiller à ce que tout individu appartenant à l'armée et à la garde mobile reste consigné dans l'intérieur de la ville. Les officiers des troupes prisonnières seront désignés par une liste à remettre aux autorités allemandes.
A l'expiration de l'armistice, tous les militaires appartenant à l'armée consignée dans Paris auront à se constituei" prisonniers de guerre de l'armée allemande, si la paix n'est pas conclue jusque-là.
Les officiers prisonniers conserveront leurs armes. Art. 7.
La garde nationale conservera ses armes; elle sera chargée de la garde de Paris et du maintien de l'ordre. Il en sera de même de la gendarmerie et des troupes assimilées employées dans le service municipal, telles que garde républicaine, douaniers et pompiers; la totalité de cette catégorie n'excède pas trois mille cinq cents hommes.
Tous les corps de francs-tireurs seront dissous par une ordonnance du gouvernement français.
Art. 8.
Art. D.
'^ Les fautes de français contenues dans l'article 0 indiquent
suffisamment que la rédaction appartient à une plume allemande.
'*et^5 Les articles 8 et 9 sont relatifs au ravitaillement de Paris.
Art. 10.
Toute personne qui voudra quitter la ville de Paris devra être munie de permis réguliers délivrés par l'autorité militaire française et soumis au visa des avantpostes allemands. Ces permis et visas seront accordés de droit aux candidats à la députation en province et aux députés à l'Assemblée.
La circulation des personnes qui auront obtenu l'autorisation indiquée ne sera admise qu'entre six heures du matin et six heures du soir.
Art. h.
Art.
Art.
Art.
En foi de quoi les soussignés ont revêtu de leur signature et de leur sceau les présentes conventions.
Fait à Versailles, le vingt-huit janvier mil huit cent soixante et onze.
Signé : Jules Favre, Bismarck.
"> Relatif à la contribution de guerre à payer par la ville de Paris.
'" Interdiction de la sortie des valeurs publiques.
'^ Article relatif à l'écliange des prisonniers de guerre.
'■* Article relatif à l'organisation du service postal entre Paris et la province.