SYMPTOMES
Lorsqu'on se trouve en présence d’une blessée
qui vient d’être scalpée, on est frappé, de suite, par
l’énorme calotte saignante qui recouvre la tête de la malade et l’on est aussitôt étonné de la facilité avec laquelle la blessée supporte un tel traumatisme. En effet la disproportion est grande entre l'intensité des signes physiques et la bénignité, primitive tout au moins, des symptômes fonctionnels.
Le scalp est une plaie par arrachement, et
comme tel, n’est pas ou peu douloureux ; il en est ainsi des plaies par arrachement des membres, par exemple, et l'on rapporte que Samuel Woods ne s’aperçut, qu’il avait perdu un bras, qu'en le voyant passer dans la roue de son moulin ; de même, dit Dupuytren, les cavaliers qui ont les doigts arrachés, par la bride de leurs chevaux, ne s’en aperçoivent pas toujours au premier moment.
De même, nous avons cité un cas, où la scalpée ne s’aperçut de sa blessure, qu’en voyant, sa calotte cranienne dans la machine cause de l'accident.
Dans la plupart des cas, la douleur est peu vive ; cest un pincement aigu à la tête, une sensation de froid, parfois sensation de pesanteur.
SLR
Tous les auteurs, qui se sont occupés de la question, ont été frappés de la faible intensité ou même de l’absence de toute douleur.
Il faut sans doute rapporter ce phénomène à la rapidité du traumatisme et à son intensité.
À un aussi grand traumatisme devrait, semble-t-il au premier abord, correspondre un shock considérable ? On cite bien des cas de stupeur immédiate, de collapsus ou de syncope ; mais ce sont là cas rares, ‘en comparaison de ceux où la malade a pu rester debout et rentrer chez elle à pied.
Nous avons, dans notre court exposé anatomopathologique, insisté sur l'énorme vascularisation du cuir chevelu; nous avons dit alors, et la majorité des observations citées l’a prouvé, que l’hémorragie qui accompagne l’arrachement complet du cuir chevelu est d'ordinaire minime. Nous en avons montré la raison : le scalp est une lésion par élongation.
Il en est ainsi dans la plupart des cas ; une hémorragie abondante est plutôt rare, c’est le plus souvent une hémorragie en gouttelettes. L’hémorragie en jet, l'hémorragie artérielle vraie, est plutôt l'exception ; nous en avons cependant rapporté un cas (hémorragie de la temporale superficielle droite ayant nécessité la ligature). ;
Cette absence de grande hémorragie est encore un symplôme que l’on retrouve dans les arrachements des membres.
Donc, entre les arrachements du cuir chevelu et
ceux des membres, l’on retrouve un certain parallé-
CNT e
ur + d’un Feb ns .
re ent | intense que l'arrachement du.
el
La guérison spontanée du scalp est exirêmement lente à obtenir, si elle s'obtient ; nous aurons d’ailleurs à nous étendre plus longuement sur ce sujet par la suite ; de sorte que, si l’on ne vient en aide à la blessée, par un traitement rapide et convenable, ‘elle se trouve exposée à de nombreuses complications, pouvant rapidement amener la mort.
On peut ranger ces complication de toutes sortes en trois classes, suivant qu'elles relèvent directement du traumatisme, ou de la cicatrisation, ou de l’infec-
tion, secondaire.
Les complications relevant directement du traumalisme sont plutôt rares : nous ne parlons pas des lésions coexistantes au traumatisme, telles jque : enfoncement de la voûte cranienne, usure du périoste et de la table externe par frottement sur un axe de transmission. Nous ne parlons pas des complications du traumatisme,mais de celles qui surviennent postérieurement au traumatisme. Elles sont rares mais de la plus haute gravité : il s’agit en effet de La
per te d’un œil. Parl’arrachement traumatique de la !
paupière supérieure, le globe oculaire se trouve à nu.
JNSEUE
Bientôt la cornée s’ulcère, se perfore, et le globe oculaire s’atrophie.
Les complications de cicatrisation sont beaucoup plus nombreuses, mais sans avoir, en général, la même gravité que les complications du traumastisme.
Elles peuvent tenir à la lenteur du bourgeonnement ; les bourgeons charnus, au lieu d’être rouges, nombreux, sont pâles, disséminés ; d’autres fois ils forment une bande brunâtre. La lenteur du bourgeonnement ainsi que l'apparition de fausses membranes brunâires sur les os craniens doivent faire réserver le pronostic, car dans ce cas la mort peut suivre (obs: XVI).
Mais, en règle générale, les plaies du scalp bourgeonnent très bien, trop bien même, pourrions nous dire, car alors, sous l'influence de cette hyperactivité se produisent des hémorragies suintant dans le pansement tout entier el empêchant aucun traitement.
D’autres fois, après des greffes, il peut persister des ilots de bourgeons charnus situés entre des greffes par exemple, et que l’on aura beaucoup de peine à faire disparaitre.
Quand, à la suite d’un bourgeounement vigoureux, l’épidermisation est arrivée à se produire et avec quelle lenteur, il n’est pas rare d'assister à la mortification de cet épithélium de cicatrisation.
Dans le même ordre d’idée et le plus souvent
accompagnant un scalp traité mollement se produi-
les
sent des ulcérations : sous l'influence des traumatismes les plus légers (frottements de la tête sur l’oreiller; port d’une perruque), la friable cicatrice néoformée se fendille et s’ulcère, laissant après elle de petites plaies qui tendent à s’agrandir sans cesse, soit qu'elles siègent sur le front, les bosses pariétales ou le vertex. |
Une dernière complication fréquente de la cicatrisation de la plaie du scalp livrée à ses propres moyens est l’ectropion des paupières supérieures : en eflet, larétraction cicatricielle attire les téguments voisins en haut, de sorte que les paupières supérieures, elles, sont attirées en haut et en dehors, découvrant une partie de sclérotique normalement cachée et donnant ainsi à la blessée un facies de stupéfaction et d’hébétude.: C’est une complication assez fréquente du scalp : on la note sept fois sur 35 cas signalés par Fouchard. Cet auteur considère lectropion comme inévitable surtout lorsque la déchirure passe au voisinage des paupières et intéresse Îes sourcils.
Dans les cas, où, cet ectropion a nécessité une intervention thérapeutique. les succès ont été problématiques (Fouchard).
Quant aux complications infectieuses, elles sont et les plus nombreuses et les plus graves.
La suppuration accompagne d'ordinaire la vaste plaie du scalp et elle ne devient réellement une complication que lorsque son abondance est énorme ou lorsque sa durée se prolonge,
Il est à remarquer que souvent une abondante suppuration n'empêche pas le bourgeonnement de se faire vigoureusement. La suppuration peut s’accompagner des plus graves complications et nous aurons à y insister tout au long de ce paragraphe.
Souvent, accompagnant la suppuration, se produi= sent des hématomes qui crèvent bientôt, donnant lieu à une petite hémorragie : donc, outre les hémorragies du bourgeonnement, nous trouvons ici des hémorragies que l'on pourrait nommer hémorragies de suppuration, par suite de l’ulcération des fines parois vasculaires, par le pus. /
La suppuration banale se complique fréquemment d'érysipèle : nous le rotons 4 fois sur 32 cas. L’érysipèle se produit à tous les moments de la cicatrisation.
N'accompagnant pas l’érysipèle, on peut avoir affaire à de l'odème de la face qui amène l’occlusion des paupières. Nous l’avons trouvé 1 fois sur 32 cas; il disparut très vite; peut-être était-ce un œdème albuminurique?
La suppuration prolongée amène parfois le bloquage du rein ou sa dégénérescence amyloïde, ainsi que nous le trouvons dans une observation de M. le professeur Pierre Delbet. La maïade avait de l'œdème des jambes, de l'albumine, Sous l'influence du régime déchloruré la néphrile cessa rapidement.
L'action de la suppuration cranienne peut se manifester sur les os à nu.
La dénudation des os du crâne qui résulte parfois
LP ee Rd CE
de plaies à lambeaux considérables, n’est pas nécessairement suivie de nécrose (Tenon). On considérait jadis, en effet, comme inévitable, l’exfoliation des os mis à nu et on les maintenait à découvert afin de pouvoir hâter la chute des portions nécrosées soit à l’aide de topiques irritants, soit à l’aide de perfocrations multiples à travers lesquelles se développaient les bourgeons charnus.
Cependant cette action du pus sur les os à nu amène l'élimination de portions d’os : nous avons noté 4 fois sur 32 cas l'élimination de séquestres. C’est la table externe qui se trouve nécrosée et éliminée sous forme de minces lamelles : il y a alors exfoliation des os de la voûte cranienne. Plus rarement, comme nous l'avons relevé dans un cas, ce sont les dents de la suture sagittale, par exemple, qui sont éliminées ; dans ce même cas, la suppuration avait creusé des trous jusque dans le diploé, trous analogues à ceux creusés jadis, dans un but thérapeutique dont nous parlions, au début de ce paragraphe.
Dans son rapport à l'Académie de médecine en 1842, Velpeau « s'étonne et trouve étrange que de larges exfoliations, qu'un travail de suppuration très étendu, puisse s'effectuer si près des méninges, sans faire naître aucune inflammation de ces organes et sans déterminer aucune perturbation de la masse encéphalique. » Il n’en est pas toujours ainsi et la méningite accompagne souvent l’arrachement complet du cuir chevelu. « A la suite de l’érysipèle, on
HE
des sind, AR bé an d'El) à 14 à
Nr ts Tax
DM NC. Ve
voit survenir des méningites,des épanchements intracraniens avec décollement de la dure-mère, soit que l’inflammation se soit propagée de dehors en dedans par les communications vasculaires nombreuses entre les téguments et la dure-mère, soit que cette propagation ait lieu par l'orbite, soit qu’enfin il n’y ait là qu'un simple phénomène de voisinage comme le désigne Gerdy. » (Nélaton.)
Sur 32 cas de scalp, nous avons trouvé un cas seulement de méningite nette, se terminant par la mort.
Mais on peut rattacher à l’inflammation méningée beaucoup d’autres symptômes tenant à une légère irritation des méninges, de sorte que cette classe : inflammations méningées s'étend de la névralgie à caractères particuliers jusqu’à la méningite vraie.
Nous avons relaté, dans l’observation du service de M. le Dr Reblaud, les néoralgies tenaces dont souffrait la jeune scalpée et par suite de la ténacité de ces douleurs, nous ne voudrions pas hasarder un pronostic trop optimiste. |
Dans une autre-observation (obs. XX), la due fut prise d’agitation générale, avec contractions douloureuses des membres supérieurs et inférieurs. Le pouls devint petit, filiforme ; lagitation et les contraclions augmentèrent pendant quatre jours, puis tous les symptômes s’amendèrent. Nous pensons qu'il y avait dans ce cas un peu d’inflammation méningée : du méningisme.
On trouvera, dans l'observation XVI, un cas de
méningite ayant entrainé la mort de la jeune fille.
Dans l'observation n°1, l’auteur rapporte un cas de mort par congestion cérébrale, dit-il; mais il est permis de supposer que dans ce cas on eut à faire à de la méningite : puisque cette congestion cérébrale
fut immédiatement précédée de l’exfoliation de la table externe. Nous avons donné notre avis plus haut sur les conséquences des exfoliations craniennes. |
Nous aurions ainsi à noter 2 cas de méningite vraie sur 32 cas réunis.
. Ces méningites sont tardives, c’est un de leurs caractères distinctifs ; dans 1 cas, la mort survint quinze mois après le scalp ; dans l'autre, onze mois et ‘ vingt-trois jours après l’accident. Nous n'avons pas trouvé d’abcès du cerveau.
Les microbes de la suppuration cranienne ne restent pas toujours cantonnés dans la région céphalique et souvent ils envahissent l’organisnie entier, amenant une septicémie mortelle. L'observation XV, dans laquelle la malade fut prise de frissons multiples avec forte fièvre, en est un bel exemple ; la morteut lieu sept mois après l’accident.
Nous avons relaté nombre d'observations publiées incomplètes ; dans quelques-unes d’entre elles les malades avaient subi de graves complications puis tout était rentré dans l’ordre ; c’est alors que brusquement ces observations s'arrêtent. Qu'il nous soit permis de faire des réserves sur la véritable fin de ces malades.