‹ L'arrachement complet du cuir chevelu (scalp) et de son traitement par les greffes de ThierschChapitre 38 sur 45 · SA ER · texte numérisé non relu

SA ER

On a signalé, dans ces cas de scalp, le décollement de la dure-mère de la face profonde de la voûte cranienne. !

Cette énorme plaie saigne relativement peu, malgré la grande vascularisation du cuir chevelu. On a bien noté, dans un cas, une hémorragie de la temporale droite ayant nécessité la ligature, mais c’est là un fait exceptionnel. Dans les autres cas, les artères superficielles subissent,avant de se rompre,une forte élongation qui fait rompre les premières, les tuniques moyenne et interne plus fragiles. lesquelles se recroquevillent à l’intérieur du vaisseau. La tunique externe s’allonge, se distend, finit par céder en s'effilant et coiffe les extrémités rétractées des deux autres tuniques. Le sang venant se heurter contre cet obstacle se coagule et s’oppose d’une manière définitive à l’hémorragie.

Quant aux nerfs ils ont, comme dans les arrachements des membres, souvent été détachés à une assez grande hauteur au-dessus du plan de section.

ÉTIOLOGIE. — MÉCANISME

Le scalp est devenu une des lésions par arrachement, au moins aussi fréquente, que l’étaient autrefois les lésions par arrachement des membres.

Il se produit, le plus souvent, chez la femme dont les cheveux longs et bouffants constituent pour elle une cause prédisposante. Ce sont le plus souvent des ouvrières, appartenant à l’industrie mécanique, car le seul fait, qu’une ouvrière ait une mèche de cheveux saisie par une courroie, un axe de transmission, suffit pour que toute la chevelure soit entraînée autour de l’axe. Le scalp est donc un accident des ateliers de femmes.

Le scalp peut dépendre d’une cause banale,et M. le professeur Quénu cite le cas d’un enfant qui fut scalpé par un gros chien ; mais c’est là un fait exceptionnel et on peut établir en général que le scalp est un accident industriel de la femme.

C’est qu’en effet nous trouvons là réunies les deux causes efficientes du mécanisme du scalp : d’une part des machines, de l’autre des cheveux. Toutes les machines, animées d'une vitesse suffisante, peuvent produire des accidents de scalp et même il n’est

. pas nécessaire que la vitesse soit de 1.800 à 2.000 tours à la minute ; nous citons en effet un cas, où une fillette fut scalpée par l'arbre de transmission d’une machine à coudre tournant à 450 tours.

Parfois c’est une roue, plus rarement un engrenage, plus rarement encore le volant d’une machine à vapeur,par exemple; ou une courroie detransmission, mais ce sont plutôt là, les pièces mécaniques qui causent les arrachements des membres, tandis que ie scalp est produit le plus souvent par prise des cheveux dans un axe de transmission, une mèche touchée par l'axe en mouvement s'enroule autour de celui-ci et aussitôt la chevelure tout entière devient un câble très résistant.

Les cheveux saisis se tendent graduellement, s’allongent de un cinquième à un quart de leur longueur (Sappey).

Pourquoi ne sont-ils pas arrachés plutôt que la peau et tous les plans superficiels ? Faut-il y voir une conséquence de l'implantation généralement oblique des cheveux (Cazenave), ou une conséquence de la mobilité du cuir chevelu sur les plans sousjacents ? Nous pensons plutôt qu'il faut y voir une nouvelle preuve de l'intensité du traumatisme mettant en présence deux forces de sens opposé : d’une part, le poids du sujet et ses efforts pour ne pas se laisser emporter ; de l’autre, la puissance de rotation de la machine qui se transmet au corps par la voe solide des cheveux et du cuir chevelu, qui ne font qu’un avant le traumatisme.

La rupture se produit, au point de réunion de ces

deux forces, au point de moindre résistance, là où cesse l’implantation des cheveux, au niveau de la nuque, des régions temporales, du front, des arcades orbitaires remplissant peut-être alors le rôle de lames coupantes. [1 y a, donc là, l’application en un même point de deux forces, de sens contraire, sensiblement égales et le scalp se produit, le plus souvent du moins, par le mécanisme de l’arrachement comme par le même mécanisme se produit l’arrachement d’un doigt, d’un bras, d’un orteil ou plus rarement d’un membre inférieur. Sous l’action de la traction produite par la machine, le cuir chevelu commence par se décoller du squelette cranien, suivant le plan de clivage cellulo-lamelleux, de sorte que par suite de l’élasticité des téguments craniens il se produirait d’abord, au-dessous du futur lambeau, un espace vide; la traction continuant, ainsi que la résistance, il s'ensuivrait l’arrachement. De sorte que vers la fin de l'accident, un peu avant l'arrachement, la traction transmise par les cheveux, aurait eu son point d'application au sommet d’un cône de décollement, correspondant au sommet du crâne, c’est peut-être grâce à ce mécanisme que la ligne de rupture se montre sensiblement circulaire “et régulière.

En résumé, nous croyons qu'on peut attribuer la régularité du lambeau au mécanisme suivant : deux

temps.

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