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Aux professeurs
PAUL FRÉDÉRICQ et HENRI PIRENNE
en témoignage de dévouement confraternel^
Chr, N.
Copenhague, 24 octobre 1916.
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L'origine du débat.
A la date du 18 mars 1916 les autorités militaires allemandes de Belgique ordonnèrent Tarrestation de deux professeurs de TUniversité de Gand, les historiens Paul Frédéricq et Henri Pirenne. Ces deux hommes, deux savants connus dans toute TEurope, furent expédiés en Allemagne où on les interna provisoirement dans un camp d'officiers. Mais quelque temps après, ils furent évacués sur les camps de prisonniers de Holzminden et de Gùtersloh, où ils durent partager l'existence d'autres prisonniers civils de toutes les catégories sociales : on leur assigna une place dans un baraquement, et ils portèrent un numéro et un brassard comme leurs compagnons de captivité. C'est seulement après un temps assez long qu'on les traita avec les égards dus à leur notoriété, à leur rang social et à leur âge.
L'arrestation et la déportation des deux professeurs belges ont produit dans toute l'Europe une impression des plus pénibles, en particulier parce
qu'il parut que leur seul crime avait consisté à refuser de seconder le gouverneur général von Bissing dans ses efforts pour transformer en université flamande TUniversité de Gand, jusqu'ici française. Mais on n'avait, en dehors de la Belgique, qu'une idée très vague de la signification et de la portée de ces efforts, et comme toute la question de la fondation d'une école supérieure flamande à Gand ne laisse pas que d'être assez embrouillée, je publiai dans le journal de Copenhague Berlingske Tidende des 21 et 29 mai 1916, sous ce titre L'arrestation des professeurs belges, deux articles ^ où j'exposai historiquement d'une part la situation des langues en Belgique et le conflit linguistique d'où était sortie l'idée de la création d'une université flamande, d'autre part la tentative faite par le gouverneur général pour flamandiser l'Université de Gand, et la protestation catégorique qu'opposèrent à cette tentative non seulement les maîtres de l'Université, mais aussi la population flamande et les directeurs du mouvement flamingant restés en Belgique ou réfugiés à l'étranger.
Mes articles parurent en même temps en traduction suédoise dans le Stockholms Tidningen
1 Reproduits dans mon livre Er Krig Kultur ? chap. IX (ouvrage traduit en français par E. Philipot sous ce titre : Guerre et civilisation. Paris. Berger-Levrault. 1917).
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du 28 mai, et ils provoquèrent au bout de trois mois une réponse officielle de la légation allemande de Stockholm. Nous donnons en appendice (append. I) le texte allemand original de cette réponse, qui se trouve publiée in extenso dans le Stockholms Tidningen du 26 août et dont le Berlingske Tidende du 11 septembre a donné une version danoise. Naturellement la .réponse ne s'attaque pas à mon historique des faits antérieurs à 1914, car il ne saurait être ici question de divergences d'opinion; elle concerne exclusivement ce qui s'est passé après l'occupation et prétend démontrer que mon exposé donne une « image inexacte » de ce qui s'est passé.
En écrivant mes articles du -fî^r/f/z^sA'e Tidende^ je voulais protester contre un article tout à fait erroné et tendancieux selon moi qui avait paru dans le Hamburger Fremdenblatt et qui avait trouvé moyen de se glisser en traduction dans la presse danoise. Je suis heureux que la légation allemande de Stockholm m'ait fourni par sa protestation l'occasion de revenir sur cette question qui a si vivement ému toute l'Europe et dont on ne saurait contester la haute importance morale. Je n'ai cessé d'en suivre le développement avec un intérêt passionné, et j'ajouterai dans ce qui suit un certain nombre de renseignements posi-
tifs nouveaux à ceux que j'ai déjà donnés au mois de mai. Ces additions établiront clairement, je Tespère, que mon exposé antérieur était pour tout l'essentiel en conformité parfaite avec les faits et se trouve complètement confirmé par la marche des événements depuis le printemps dernier.
Si je discute avec cette ampleur la réponse àllemande, ce n'est pas uniquement pour protester contre la critique qu'elle fait de mon exposé; c'est aussi parce que je crois qu'une étude de toute la question à un point de vue qui n'est pas celui du gouverneur général peut avoir son intérêt même pour les autorités allemandes ; c'est enfin tout particulièrement parce que j'attribue à cette affaire une vaste portée ; j'y vois une intéressante contribution à l'examen de la question qui met tous les esprits en effervescence et qui joue un rôle essentiel dans la guerre actuelle : la question de l'autonomie des nations. Le conflit auquel a donné lieu la réforme de l'Université de Gand symbolise pour moi la grande lutte qui se poursuit toujours entre la force et le droit, entre la contrainte de l'Etat et la liberté de la pensée.