‹ L'Arrétin moderne (volume 2)Chapitre 8 sur 17 · LA BARBE ET LES CHEVEUX · texte numérisé non relu

LA BARBE ET LES CHEVEUX

Venerdbi lis B arhacK. . .

Venerabilis Barbapv..

Venerdbilis Barhack. pu. . .

Venerabilis Barba Capucixorum.

Mottet à grand chœur chanté à Nantes en l'honneur, du révérend très révérend Père (i)

(i) Un Capucin d'une Famille noble de Bretagne.

iiS l'arretix

Pic, Marc, Roch, Luc Keroenoxale Guissegrife de Lanfoudras, Cucufa de Conflans de Cordolaomor, premier capucin de France et second capucin du monde chrétien.

La barbe, le sale et le saint habit d'un capucin est un préjugé d'habillement que nos pères admiraient prodigieusement, tant ils se piquaient de belle passion pour les capucins. Nos yeux modernes ne sont point encore prives avec ce ridicule qui fait des impressions singulières sur les étrangers. J'ai vu des enfants pousser des cris horribles à l'aspect d'un capucin. Je pense que l'on pourrait combattre dans l'Eglise militante sous une banière plus honnête que celle de saint François. Nous sommes chargés du soin de nourrir son ordre à ne rien faire. Les capucins devraient, pour notre argent, ne point épouvanter nos enfants ni donner des vapeurs aux femmes. Nous ne sommes pas sots comme nos pères qui aimaient les grimaces religieuses et les capucins jusqu'au point de tirer leurs rapières pour s'égorger dans la cause des capuchons ronds et pointus, que quatre souverains pontifes ont appuyée

de leurs bulles et de leurs exorcismes. Ces hommes vivants , morts au monde à ce qu'ils disent, n'ont rien à démêler avec nous, et encore moins avec les femmes... il faut donc que les PP. Pancrace restent chez eux, s'ils veulent conserver leur puant habit, ou changer de camisole, s'ils veulent venir avec nous. Que signifient cette barbe, ce capuchon pointu ? Otons de notre religion ces laids colifichets; ne peut-on pas aller au Ciel sans être vêtu en Pantalon ? La police manque bien d'attention pour les femmes enceintes, de laisser courir dans les rues de Paris les capucins. Dieu n'a pas besoin de mascarade, et dans notre siècle nous n'aimons point lesbigarures qui ne sont pas de la bonne faiseuse.

La barbe chez les capucins est, comme la pièce de bœuf dans nos repas, un morceau de résistance, et est l'objet la plus sacré de leurs soins. Les anciens la portaient, et les femmes ont été dans le temps fort curieuses d'avoir la barbe au menton ; car l'Eglise a fait exprès un canon pour obliger le dévot sexe à raser leurs barbes. Les cheveux et la

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barbe ont occasionné des guerres et des sottises. Saint Paul a trouvé les cheveux répréhensibles. La raison ne peut concevoirpouquoi cet apôtre se fâchait contre les cheveux que la nature nous a donnés. Les cheveux ne seraient-ils venus à notre père Adam qu'après son péché, comme, saint Thomasetquelques docteurs de l'Eglise, l'ont pensé des ustensiles de la génération.

Les fondateurs d'ordre se sont tellement grippés aux cheveux que la plupart les ont arrachés. St-Bruno s'imagina qu'une pelée faisait infiniment d'honneur àDieu. St-François a cru qu'une tête à demi dépouillée de' ses cheveux et une longue barbe remplie de vermine intéressaient le ciel et les anges, la terre et les femmes; a-t-il réussi àplaireaux uns et aux autres? Un joli capucin offre à l'imagination quelque chose de grotesque et de ridicule, les grâces n'ont jamais pris l'uniforme d'un capucin indigne. Le clergé a coupé ses cheveux et l'Eglise a toujours pensé que les cheveux étaient une superfluité mondaine. La multitude des cheveux est l'étiquette de la gravité dans nos magistrats, pour-

quoi couper aux prêtres ce qui rendait leur état plus grave ?

Dans le temps que nos pères se battaient pour couper un cheveu en quatre, les cheveux dérangèrent toutes les bonnes têtes de France : l'an 1096, un archevêque de Rouen, assité de plusieurs Evêques, s'avisa d'excommunier dans un Concile national, ceux qui « porteraient de long cheveux. Louis VII fit » couper ses cheveux et se fit raser la bar- )) be, sa femme, Léonore d'Aquitaine, le » railla sur ses cheveux courts, et s'en laissa )) conter par le prince d'Antioche, qui avait » de long cheveux et qui n'était point rasé. » Louis VII le trouva mauvais, ils finissent, )) par faire casser leur mariage. Léonore )) épousa ensuite Henri, duc de Normandie )) qui devint roi d'Angleterre, et à qui elle » apporta en dot le Poitou et la Guienne. De )) là vinrent ces guerres qui ravagèrent la » France pendanttrois cents ans : ilpérit,dit » M. de Sainte-Foix, plus de trois millions )) de Français, parce qu'un archevêque s'était » fâché contre les longues chevelures, parce » qu'un roi avait raccourci la sienne, et s'é-

)) tait tait raser la barbe, et parce que sa )) femme l'avait trouvé ridicule avec des che- )) veux courts et un menton rasé. »

QuandLouis VII se fut fait couper les cheveux et la barbe, le Parlement suivit son exemple; mais ce prince ayant repris sa longue barbe, le Parlement crutsans doute qu'il ne devait pas se conformer à cette nouvelle mode : ce devait être, dit l'abbé deSt-Réal, une assez plaisante chose, de voir toute la galante et guerrière jeunesse de la Cour de France, chacun avec la plus grande barbe qu'il pouvait avoir, tandis que Messieurs de la grande chambre étaient rasés.

Les cheveux étaient autrefois en grande vénération, continue M. de Ste-Foix; on jurait sur ses cheveux comme on jure aujourd'hui sur son honneur; en saluant quelqu'un rien n'était plus poli que de s'arracher un cheveu et de lelui présenter. Clovis s'arracha un cheveu et le donna à saint Germier pour lui marquer à quel point il l'honorait. Les courtisans ou les singes de Clovis en firent de même, et le vertueux évêque s'en retourna dans son diocèse les mains plei-

nés de cheveux, et enchanté de la cour.

Les prêtres, dans toutes les nations, ont porté des cheveux longs et se sont distingués par leur chevelure. Rangonis, dans son traité de la Perruque, dit que les cornes de Moïse n'étaient autre chose que deux petites touffes de cheveux frisés qui s'élevaient des deux côtés de la tête en la manière que les portent encore les prêtres Lydiens. Le législateur des Hébreux avait pris cette mode des prêtres égyptiens, parmi lesquels il avait été élevé.

Les poils de la barbe servent de billet et de scrutin aux magistrats allemands pour choisir leur chef. Les échevinsd'Hardenbergen en Westphalie s'assemblent autour d'une table ronde, et chaque échevin se place de manière que l'extrémité de sa barbe touche le dessus de la table, au milieu de laquelle on met un poux que l'on charge de faire le choix du nouveau chef. Cet électeur, après avoir erré quelque temps, ne manque point de s'arrêtera une des barbes, et celte barbe, dans le moment même, devient barbe de Consul.

Les cheveux ont occasionné du scandale à nos crânes tondus. Nos prédicateurs et nos moines ignorants glapissent tous les jours en chaire contre la frisure ; à les croire, les cheveux des belles dames sont les filets du démon où les pécheurs s'accrochent. Ah ! filles de Babylone, s'écrient-ils, en s'échauffant un peu trop, vous tortillez vos cheveux, vous les crêpez, vous les chignonnez sans songer que N. S. a souffert mort et passion pour votre frisure et le fer à toupet ; si vous cherchiez à plaire au ciel, vous ne tortilleriez point vos cheveux. Laissez-les aller leur droit chemin, l'Ecriture le dit, ambulate in vita recta; si le Seigneur les a faits droits, gaii^ deant bene nati. Dans ce monde il ne faut point se friser, il faut s'occuper sans cesse du dernier moment de la vie. Dans ce monde, révérend père casuiste, il faut vivre, être utile à la société ; il vaut mieux ajuster ses cheveux que d'être crasseux et ne rien faire comme vous faites dans vos cloîtres.

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MOiN PÈLERINAGE

Ne violons point ks droits de l'Hospitalilê,

J'avais un voyage à faire en Touraine : mes finances étaient au niveau de celles de mes confrères qui barbouillent du papier à Paris. J'avais neuf livres dix sols et le privilège des Savoyards, de suivre de mon pied le carrosse de Paris à Tours. Je profitai de l'occasion de la première voiture, je partis à cinq heures du matin, j'arrivai à la dînée à Arpajon, deux heures après la voiture. Je me fixai dans la cuisine de l'auberge, n'ayant pas le moyen de passer dans la chambre à manger. Je trouvai un paysan de la paroisse d'Avon prés de Fontainebleau, que les circonstances légères de ses fonds obligeaient à l'économie. Pour épargner notre argent, nous nous mimes autour de la même chopine et du même morceau de pain que nous fimes veniràfrais communs : nous commençâmes à

jaser. La table est un lien qui serre les hommes et ledessert le moment qu'onattend avec impatience pour avoir de l'esprit ou pour dire des sottises. Nous étions tous deux pleins d'esprit ce jour-là; il y a des jours comme ça, je plus à mon compagnon ; il me fit l'honneur de me dire que j'avais l'air d'un honnête homme pour une personne de l'écritoire, et le rustre achevant de me croire un clerc de procureur, me dit : Monsieur, vous parraissez entendre la Chique, je vous crois capable de porter le sac d'un Procureur aussi proprement qu'un autre. Je saluai profondément M. Jacau en lui disant : Vous me faites bien de l'honneur.

Jacau voulait se marier et concubinait, à ce qu'il disait, le pour et le contre du mariage : sa conversation m'a paru originale ; dût-elle ennuyer le lecteur, je succombe au plaisir de la raconter, charmé si je puis rendre dans son baragoin la force de ses idées. Voici à peu près comme il m'ouvrit son cœur ?

« Je suis amoureux de Margau et Margau est amoureuse de moi, vous voyez bien que

je sommes amoureux l'un et l'autre, que ça nous conduira tout fin près du sacrement, si nous n'allons point tomber dedans. Margau est gentille et n'est point du taffetas, c'est une étoffe moelleuse, une fille appétissante; chaque fois que je la relucons, l'iau nous viant à la bouche comme du crachat, cela nous tourmentions bien pis que des cousins. M. notre curé, révérence parlé, nous adonné des remèdes, afin que cela ne nous tourmentions pas tant, tant y a que c'est de l'onguent miton mitaine; je disons bian des oramuset tous ces ingrédienslà n'empêchiont pas les cousins denoustrabucher; cet amour en vérité de Dieu est pis qu'un enfar. On dit que pour ça aile bien, il faut prendre du conjiingau. ]q voulons nous marier, car on dit que le conjungau signifie cela, c'est-àdire que cela nous unit comme dans le ménage, où le conjungau ne va pas trop bian pour l'union ; m.ais dame pour faire le mariage, il faut du pain pour nourrir les amours, or nous avons l'envie de tenir bouchon, notre future est capable de l'achalander; niiais je craignons pour la tête. Jerni, nous

sommes délicats là-dessus plus que les gros seigneurs, qui ne s'embarrassiont pas de ce qu'il y a au-dessus d'eux; je craignons le bon-Dieu, je ne disons pas comme ces firlosophes supra nau nil nau ; je ne savons pas bian vous rendre ça en latin, ça veut dire apparament que les seigneurs se fichent de l'honneur, et que nous ça nous fait beaucoup: les gros seigneurs ont du bien, des richesses, nous autres je n'ons que l'honneur.

)) Si note femme prent un bouchon, ceux qui viendront chez nous la trouveront aussi jolie que- je la trouvons; car j'ons du goût en fait de cette drogue de biauté, l'un lui prendra la main, l'autre glissera la sienne sous son fichu, l'autre l'embrassera. Dans les commencements Margau se tiendra fiare, mais à la fin elle s'ennuira de se battre ; c'est un méchant métier pour une femme de toujours batailler: elle a dans son caractère tant d'humilité qu'à la fin elle cède, fait sa paix avec ceux qui se battent et voilà tout juste le hic. Je voudrions bian savoir avant de nous encornailler pourquoi tous les hommes en comp-

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lions à toutes les jolies cabaretières à cause qu'elles vendions chopine. Quand j'allons à Paris dans la rue St-Denis acheter de la sarge, je voyons des messieurs qui en achetions itou, ils font beaucoup de révérences, ne passiont pas la main sur la gorge de madame, quoique madame la marchande la montriont en vente comme sa marchandise. Dites-nous , monsieur, pourquoi on caresserait note femme à cause qu'elle vendrait chopine auprès d'un grand chemin et qu'on ne la cajolerait point si elle vendait de la sarge dans la rue St- Denis. Si vous répondez bian, je vous promettons un lièvre, je mettons quelquefois des colets; si j'étions attrapé, j'irions du côté de la Bretagne dans la galère, car dans un pays où il n'y a point de la République, pour un lièvre de huit sols on vous ôtions la liberté à un homme, comme si la liberté appartenions à d'autres qu'à lui. Si je prenions un lièvre , entre nous, c'est pour nous tirer un petit d'affaires. Les demandeux de Sa Majesté ont toujours les mains dans nos poches; si note bon roi que j'aimions beaucoup, avait note argent dans sa bourse, je ne serions point

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fâchés; mais note bon roi a autour de lui tant de fripons et de farmiers généraux que ça fait honte. »

La question de Jacau m'a paru curieuse, elle attaquait l'usage indécent d'en conter aux femmes. L'état de ces femmes attachées à l'hospitalité était sacré pour les anciens ; nous respectons un marchand, nous avons du mépris pour un aubergiste qui, pour un intérêt modique, tient une grande maison garnie de lits commodes, fait des provisions qui se gâtent souvent, et se prive quelquefois de son dîner pour des hôtes qui lui surviennent. Le repos de l'aubergiste est interrompu, chaquejour il obéit avec complaisance aux caprices d'un hôte incommode, lui rend des services : plusieurs en ont reçu de très essentiels. Des gens si nécessaires méritentils que l'on insulte leurs femmes, nous est-il permis de corrompre leurs filles ou leurs servantes? Un jeune Français, avec la confiance de safigureetl'étourderiede la nation, descend-il dans une auberge, il commence par tenir des propos aux filles, les embarasse dans le service qu'elles lui rendent. Cet

homme, insolent dans un cabaret, sera respectueux dans la rueSt-Denis vis-à-vis d'une marchande à qui il donne plus d'argent et qui a moins de peine à le gagner. Il éveillera toute une auberge à minuit et n'oserait éveiller la moindre petite marchande à cinq heures du matin dans la rue St-Denis pour lui montrer son échantillon.

Ce désordre vient de l'idée du mépris stupide que nous faisons d'un homme utile à la société : il est bas de profiter de la circonstance de son état pour violer chez lui les droits de l'hospitalité. Si les femmes d'auberge sont faites à ce style, pourquoi donc nos étourdis sont-ils encore assez sots d'en conter à ce'î sortes de femmes ? Quel cas une fille fera-t-elle d'un homme qu'elle n'a jamais vu, qu'elle ne voit qu'un moment et qu'elle ne verra peut-être de la vie ? que nos agréables s'imaginent que leur figure, leurs propos ne font pas plus d'impression sur le cœur de ces sortes de femmes, que le bruit des voitures qui descendent à leur porte.

Je conseillai à mon compagnon de voyage de se marier, je l'assurai que le mariage

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tuait les cousins, qu'il pouvait arborer son bouchon, compter sur la fidélité de sa femme, s'il continuait à l'estimer autant qu'il avait fait dans la durée de ses amours. C'est toujours la faute des hommes, lui dis-je, mon ami, qui occasionne le désordre des femmes : si vous oubliez d'avoir de bonnes façons pour la ménagère, Margau fera des confidences aux chalans de son bouchon, elle trouvera des âmes sensibles à ses peines ; les consolateurs sont à craindre, et lorsqu'une femme a confié ses chagrins à un homme aimable, elle lui confie bientôt le reste ; c'est alors que la tête fait mal et que le surpra | nau touche un mari sensible. . Le cocher annonça à grands coups de fouet qu'on allait partir ; pour jouir de mon privilège j'embrassai Jacau, et je suivis le carrosse.

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