LA RÉFORME DES ÉGLISES
Le Roi a fait des écus et des pièces de six sols avec les lampes et les chandeliers de nos Églises. La Majesté de nos rois n'aurait osé, il y a cinq cent ans, toucher à cette argenterie, que les préjugés rendaient respectable. Nos sots grands-pères se seraient égorgés pour conserver les lumières de l'Etre qui a fait le soleil et le jour. L'aisance qu'on a trouvé à lever cette argenterie est due aux belles lettres, à la philosophie qui commencent à guider notre enfance. Nous avons encore bien des choses à ôter de nos églises et des temples à renverser. On bâtit actuellement à grands frais une église à sainte Geneviève; pour concourir à la construction de cet édifice inutile, on a permis une friponnerie, c'est-à-dire une loterie qui ruine le petit peuple et la livrée de Paris.
On pourrait épargner l'argent du peuple en plaçant tout naturellement Sainte Gène-
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viève dans l'église de Notre-Dame. La Patrone des badauds eût été fort honorée d'avoir la gauche ou le bas du pavé sur la mère de Jésus, à qui elle doit au Ciel et sur la terre tous les hommages : mais les moines de Sainte-Geneviève ont de l'ambition, ils veulent avoir un temple magnifique. Les Moines doivent-ils vous embarrasser? Vous les tegardez à peu près comme des fiacres ; ils sont moins utiles, et vous avez encore le préjugé de ruiner le peuple pour des gens que vous méprisez. En plançant Sainte Geneviève à Notre-Dame, vous gagnez un bâtiment, vous soulagez votre peuple etvous occupez vos ouvriers à des travaux plus nécessaires.
Paris contient au moins cent temples inutiles, sans compter les chapelles qui ne disent rien. Ces églises, élevées aux saints par un abus coupable, méritent d'être abattues ; vous savez que c'est à Dieu seul que vous devez votre adoration et lui seul est digne d'avoir des temples. Ces édifices vous coûtent de l'entretien, démolissez-les, portez vos Saints à Notre-Dame, placez-les
dans les stalles de vos chanoines, les niches sont toutes faites. Ces bienheureux de bois tiendront aussi bien leur coin que vos porteurs d'aumusse. Il ne vous coûtera plus d'argent pour avoir des machines qui honorent Dieu par formalité, vos saints ne seront point /lî^^^^'s. Appliquez les revenus de vos canonicats aux besoin de la nation : par cet arrangement, vos Saints seront logés sans frais, vous épargnerez l'entretien de vos somptueux édifices, vous élèverez à leur place des manufactures et vous aurez de l'argent. Notre-Dame deviendra l'église de tous les Saints ; dans vos calamités vous trouverez tous vos intercesseurs sous la main, ils augmenteront la cour de la vierge, ils se joindront à elle pour obtenir ce que vous demanderez :
Vis iinita fortior.
Vous usez beaucoup de cire dans vos églises pour honorer, fêter, éclairer en plein jour le Créateur de la lumière : la flamme de votre charité est préférable à la lueur de vos bougies ; quelle petitesse !
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cette dépense serait mieux employée à la subsistance de vos pauvres. Dieu serait plus honoré de voir ses membres vêtus que flatté de l'odeur de vos mèches puantes ; deux ou trois cent mille livres dépensées toiis les ans en luminaire seraient un bien-être aux pauvres- de Paris. Six cent mille malheureux de moins feraient plus de bien à la société que vos chandelles. Les enfants qui ont souvent tout perdu en perdant leur père, sont obligés, à cause de votre sot usage, de payer les lumières d'un enterrement. En jettant un coup d'œil sur les objets, on trouve de l'argent partout dans un royaume où la guerre le dissipe si souvent ; il faut le ménager et ne point brûler la chandelle par les deux bouts.
Vous avez dans vos églises des grands saints d'argent : que font-ils là ? Dans ses besoins, l'Etat les a respectés, eh! pourquoi? Notre-Dame de la vieille Vaisselle était un bon titre pour faire des écus : en vérité vous êtes de grands enfants ; faut-il qu'un saint soit d'argent pour échauffer votre dévotion ? Sa représentation en plâtre de Montmartre,
n'est-ellc pas aussi bienfaisante qu'en lingot du Pérou ? mesurez-vous le mérite de vos saints sur le prix de vos étoffes ? Songez que vous avez des pauvres : tant que vous en aurez, il faut que vos saints, les modèles de la pauvreté, soient de plâtre. Les bienheureux sont plus touchés de la misère des mendiants que de leur figure enrichie de bijoux.
•Vous avez des préjugés sur vos saints d'argent qui sont terribles. Un artisan sans travail, sans secours, entre à St-Sulpice, demande pendant deux heures son pain quotidien à la Ste-Vierge ; il presse, parce qu'il est pressé par une femme et six enfants qui n'ont point mangé depuis deux jours, le pain quotidien ne vient point ; sensible aux besoins de sa famille, il arrache un doigt à Notre- Dame d'argent. Le Ciel lui fait trouver le bonheur de le vendre à un fripon de Juif, il achète du pain, court avec joie rendre la vie à sa femme et à ses enfants. Cet homme, qui avait trouvé, par le secours du Ciel, le fripon de Juif, par un châtiment de la Providence est saisi par MM. Durocher et d'E-
meri, deux coquins plus fripons que le fripon de Juif, qui le conduisent en prison. On le brûle comme sacrilège pour avoir conservé sept personnes à l'Etat et à la religion . Votre Vierge d'argent est la cause de son malheur : si votre bonne protectrice avait été de plâtre de Montmartre, la société n'eût point perdu un sujet, et six enfants n'eussent point été exposés à la honte et à la mendicité. Vous avez dans vos églises des trésors que l'Etat a encore respectés. St-Denis est rempli de couronnes d'or, de bijoux et de colifichets de prix, pourquoi, p.ir exemple, conservez-vous le fauteuil de vermeil du vieux roi Dagobert? Il faut faire des écus de cette chaise percée; si vous êtes curieux de conserver cette relique du roi Dagobert, faitesla dessiner, pendez-la en effigie avec vos tableaux au Luxembourg. Les cruches de Cana, qui sont venues de Galilée à Paris à califourchon sur les cheveux de la Vierge peuvent rester où elles sont : ces brinborions ne sont point d'argent, ils font gagner vos fiacres qui mènent à St-Denis les innocents qui vont voir des cruches.
■ Les OS de vos saints, renfermés dans des caisses d'argent , doivent être mis dans des caisses de bois. Croyez-moi , ils feront autant de miracles dans un coffre de sapin que dans un coffre d'or, où vos saints auraient de l'humeur. Les saints n'ont point d'humeurs dès qu'ils ont quitté la terre, le séjour des humeurs.
Les ornements, les dentelles, les chappes, les tuniques qui servent à vos cérémonies religieuses et qui vous font judaïser, vous occasionnent des dépenses, forment une bigarure qui charmaitvos grands-pères et font lever les épaules à leurs petits-fils qui ne sont point du tout Visigots. Ces décorations du paganisme que vos théologiens et vos rubricaires croient nécessaires à cause que le prêtre Aaron avait des vêtements à peu près pareils le jour que les femmes d'Israël changeaient de chemise. Vos vénérables maîtres ignoraient-ils que la loi nouvelle a jeté par terre le bonnet du grand prêtre, brisé les pierres des douze tribus, et déchiré le voile du temple. Ces petites cérémonies, ces vêtements qui saint Paul appelle des
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niaiseries, des puérilités, sont inutiles dans vos églises. Les apôtres n'avaient point ces brinborions. Pierre, Jacques, Matthieu ne portaient point la Mitre (i). Un évêque delà primitive église bénissait le peuple sans rocher, cela n'était point une indécence ni un péché contre la rubrique. La bénédiction de vos prélats à croix d'or aurait-elle plus de vertu à cause que vous les nommez Monseigneur et que sa grandeur a la flamme aux talons? Ces talons enflammés le font-ils atteindre plus tôt au ciel que les sandales de Jacques et de Matthieu ?
Les prêtres de Jupiter portaient sur leurs épaules la peau des moutons et des bœufs qu'ils avaient sacrifiés au mari de Junon ; c'est peut-être en mémoire des sacrifices faits anciennement à Jupiter que vos chanoines, même les plus réguliers, portent des peaux sur leurs épaules ou sur leurs bras. Car la nouvelle loi n'a pas présenté en
(i) La Mitre, ancienne coiffure des Demoiselles Romaines qui vendaient leurs faveurs du bal au temple de la Fortune, aux partis de Cicéron et de Catilina.
holocauste au Dieu des nations des veaux, des moutons, des cochons, que ceux qui sont dans vos cloîtres ou dans vos chapitres. Trêves sur ces petites misères dont le détail doit vous ennuyer : songez que vos ornements d'église couvriraient mieux la nudité de J.-C. dans les personnes sacrées et misérables de vos pauvres ; oui , Vous auriez plus de mérites de vêtir ses membres ^terrestres que d'entretenir un faste étranger à ses lois et à la charité de son cœur.
L'Eglise, l'épouse d'un Dieu pauvre et humilié, a toujours eu une crainte terrible de la pauvreté. Elle s'est conservé sagement et de bonne \heure des ressources contre ce pé-» ché affreux. Les biens immenses quelle a amassés en prêchant la pauvreté, les misères et le désintéressement, l'on mise à son aise jusqu'à la consommation des siècles. Cette bonne mère fait une dépense qui parait singulière quoique très-petite ; elle consiste dans l'encens qu'elle distribue aussi mal que l'Académie française en le partageant à l'amiable entre Dieu et des faquins de marguillers. Xon contente de cette générosité elle devient
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prodigue en faveur des cadavres puants étalés dans les temples. Un gueux, un vil atome retourné dans son néant, devient l'objet de ses encensements; cette cérémonie païenne soulève les gens d'esprit. Les frères romains, disent les frères réformés, ont beaucoup de petitesses dans leur culte. Les chers frères romains qui ont battu, chassé leurs frères réformés, disent que ces derniers sont des hérétiques qui ont décharné le culte, que leur charité romaine ordonne d'envoyer à 'tous les diables. Les frères damnés répondent : l'Evangile n'a pas besoin du secours de la chair, nous avons ôté ce qui était de l'homme , nous n'avons plus d'encensoir dont le balancement nous éblouissait, nous n'allumons point de chandelles quand il fait jour, nous chantons les louanges de Dieu dans notre langue parce que nous n'entendons pas le Grec. Nos ministres nous prêchent l'Evangile sans étole et nous profitons autant que s'ils avaient des bonnets carrés; au lieu de ces colifichets nous faisons des aumônes aux pauvres. Les frères réformés ne méritent point Tanathème de Rome. Conservons notre
croyance de la Transubsstantiation et encore quelques années notre Purgatoire. Imitons nos frères reformés, faisons des aumônes et moquons-nous des talons rouges des évêques. Vous avez des clochers trop hauts et des cloches qui vous coûtent, vous n'avez besoin que d'une cloche dans chaque église. Cette grosse sonnerie trouble le repos de la société et le sommeil de vos malades : il faut ôter vos cloches, les mettre dans vos arsenaux, et en faire des canons qui vous serviront mieux que des cloches quand les Anglais viendront prendre Belle-Isle, ou que vous irez prendre leurPort-Mahon.