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L'Arrétin moderne

Les soins que vous vous êtes donné pour m'instruire de votre religion font l'éloge de votre zèle. La belle Zéphire, que j'aime mieux que votre Livre, vous remettra le Nouveau Testament qui me fait déraisonner depuis quinze jours avec un capucin ami du P. Norbert (i) ancien manufacturier de Londres.

(l) De Chevrier, mauvais et insolent écrivain, assure effrontément, danj un Chiffon intitulé : La vie du P. Norbert, que ce Capucin était marié à Londres.

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Un Chinois élevé dans la science des lettrés ne peut guère goûter, comme le dit fort bien votre saint Paul, le système de votre pomme crue et les suites brillantes de votre péché originel. La morale de votre Evangile m'a fait impression, c'est la même que Confucius prêchait à la Chine , deux cents ans avant qu'on l'annonçât à Jérusalem.

Votre sermon sur la montagne et le nombre de vos béatitudes m'ont ravi ; quelle provision ! Bienheureux celui qui pleure : Bienheureux celui qui a faim : que cela est beau ! Bienheureux celui qui souffre l'injustice ; Bien-' heureux ceux qui sont' maudits des hommes : Bienheureux ceux qui sont pauvres d'esprit, ils ■auront un Pwyaume. Que cela est consolant

pu vivait publiquement avec une femme. Le P. Norbert n"a jamais été marié ; il est de notoriété publique qu'il a eu trois jolies servantes, dont il a eu trois entants, lesquels eurent le bonheur de recevoir le St-Baptéme. Ce n'est pas là donner dans le culte des iMalabares.

pour M. le marquis de Caraccioli et pour moi! Une couronne peut flatter un petit marquis, il a déjà mérité celle des capucins. Enchanté de vos Béatitudes, je communiquai au P. Mathieu le désir que j'avais de les acquérir, je lui demandai ce qu'il fallait faire pour me procurer ces bonnes choses. — Presque rien, me dit le révérend père, presque rien; avec un petit grain de moutarde de foi vousmettriez l'empereur 'dans la lune, le -grand seigneur dans une étoile à queue , l'abbé de Lattaignan (i) dans le signe de

(i) Ce petit Auteur, dont les petits vers ont extasié les petites filles, dans les petites villes de Province, excelle dans les impromptus deshonnêtes. Voici le cou-, plet qu'il a fait sur la belle main d'une blanchisseuse qui blanchissait ses colets et noircissait son âme.

Avec une aussi belle main OiCa-t-on besoin (Vautres charmes ?

Que vous devei du Dieu malin Bien manier les armes, Et quand cet enfant est chagrin Bien essuyer ses larmes!

la Vierge, l'abbé Trublet dans le Taureau, et le Taureau au milieu de l'Académie, et Martin Fréron dans la ménagerie avec le Capricorne ou le bœuf érranger. — Mon père, dis-je au capucin , voilà des secrets qui valent bien ceux du petit Albert ; il ne s'agit donc plus que de trouver le grain de moutarde : enseignez-moi où j'en trouverai. — Hélas! me dit-il, on n'en trouve pas, on n'en vend pas ; tout l'univers ne pourrait vous en donner ; il faut le demander et l'attendre.

Je demandai au P. Mathieu s'il avait de la foi. — Oui, j'en ai beaucoup. — Et bien si cela est, c'est la même chose, il y a longtemps que je cherche un sorcier; je sais que 'vous ne l'êtes point du tout, mais puisqu'avec votre grain de moutarde vous faites ce que font les sorcierS;, je vous prierai d'une grâce: voilà trente ans que je m'habille^ me déshabille, que je bâille et que je médis. Ce rôle d'homme commence à m'ennuyer se-

rieusement : puisque vous pouvez, avec un grain de moutarde de foi, jeter de Vienne en Autriche un empereur dans la Lune, ne pourrie:^-vous point me métamorplioser en coq, j'ai beaucoup de vocation pour être coq. J aime cet animal à la fureur, c'est ma bête^ que voulez-vous ? chacun a son tic — Après tout le coq a son prix. Il entretient lui seul quinze ou seize femmes dans une paix admirable, n'est-ce pas le chef-d'œuvre de l'esprit humain? Ses petits rivaux, lesBajazeth, les Mustapha et leurs valets de pied à trois queues doivent baisser la lance devant le coq. Leurs sérails peuvent être mieux meublés que le sien; mais les sultanes favorites sont-elles aussi fréquemment favorisées des petites politesses de Sa Hautesse , que les femmes du coq ? Tout périt d'altération dans le sérail, tandis que le poulailler est humecté de la rosée des dieux. Les dames musulmanes sont réduites à un filet d'eau ; quelle disette pour

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des tempéraments enflammés par un climat brûlant !

La nature obéit aux désirs du coq ; qu'il est glorieux pour lui de plier la nature à sa volonté! Il n'a pas besoin des iugrcdicns qu'il fluit à un vieux duc , ni de cette multitude de postillons qu'il faut à nos demi-hommes, nos quarts-d'hommes et nos bouts d'hommes d'aujourd'hui. — Ah ! malheureux Chinois! médit le P. Mathieu, quel désir déshonnête avez-vous d'être coq ! Le ciel équitable vous punira tôt ou tard; vous irez finir vos jours dans un pot-au-feu, vous servirez peut-être de nourriture à quelques misérables pécheurs qui ne seront point en état de grâce... Allez, vous êtes un impie, j'ai de la foi, mais mon grain de moutarde n'est point assez gros pour faire des merveilles... Vous me scandalisez, je suis simple, et les simples ont la sainte habitude de se scandaUser... Tenez, si vous étiez à Paris, on vous renfer-

nierait pour toute votre vie à Bicêtre. Je demandai au père ceux qui me feraient un si mauvais traitement. — Nos ministres, me dit-il, qui sont très éclairés et qui font construire des bateaux plats (i) ; notre Archevêque qui fliit si joliment de petits billets de confession, et notre Sorbonne qui fait des âneries sur l'abbé de Prades. — Mais pourquoi ces gens-là me feraient-ils coffrer à Bicêtre ? — Pourquoi ? parce que vous n'avez pas un grain de moutarde de foi. — Vos ministres, votre archevêque et votre plate école peuvent-ils me donner un grain de foi ? — Non. — Eh bien ! puisqu'ils ne peuvent me le donner, pourquoi me puniraientils ? — Oh ! dame, voici la raison : La constitution de l'Etat fondée sur le catéchisme de Sens , oblige les sujets à croire ce que leurs pères ont cru , parce que leurs pères

(i) Bateaux qui étaient réellement plats.

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ont cru les choses sans examiner s'il y avait du bon sens dans les choses. Ils aimaient le cabaret et philosophaient dans les caves. C'est pourquoi nous enfermons aujourd'hui entre quatre murailles ceux qui ne sont point aussi robustes qu'eux dans la croyance des hautes choses.

— Lorsque nos pères, dis-je au capucin^ ont élevé notre premier empereur sur un bouclier au milieu du peuple pour le rendre l'arbitre de leurs différends , ils ne lui ont point dit : Votre Majesté pourra nous faire pendre quand nous ne croirons pas que sept et trois font quarante-cinq. Mais ils lui ont dit : Nous vous consacrons nos cœurs, nous sacrifions nos biens et nos jours à la sûreté des vôtres, nous vous obéirons à condition que vous ne lâcherez pas une partie de votre puissance, à ceux qui voudront égorger les gens qui ne pourront croire ce qu'on ne peut compren-

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dre (i). Si votre bienfaisante Majesté, ô digne empereur, faisait brûler un aveugle à cause qu'il ne verrait point le 'soleil à midi , votre Majesté commettrait une horreur. Ainsi feraitelle en punissant ceux qui n'ont pas le grain de moutarde du P. Mathieu.

— Vos réflexions sont justes, me dit le capucin, mais vous dites la vérité; la vérité est une chose dont on ne se sert point, cela est trop dangereux dans la main d'un honnête homme. Si notre frère quêteur, qui ne fait jamais mentir le proverbe qui dit : Oiie le sac d'un nwidiant n'est jamais plein, s'avisait de dire la vérité, notre couvent mourrait de faim. — Mon père, d'où vous vient la foi ?

(i) La sagesse de Dieu, dit un savant, ne peut exiger de l'homme ce qu'il n'est point capable de faire, si une homme, après mille efforts, ne peut s'assurer de la révélation, cet homme n'est point coupable, parce que tout ce qu'on nous dit è're révélé ne nous a été donné que par des hommes capables de se tromper comme nous.

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— Belle demande ! de la vérité. — Si la foi vous vient de la vérité, pourquoi ménagezvous tant la vérité? Un homme qui n'est pas vrai, n'a point de religion. — Monsieur le Chinois, je vois que vous ne connaissez pas l'Ecriture, vous n'avez point lu David qui dit expressément : Tout homme est menteur. Oniiuis homo mcndax. Yows vo3'ez que ce passage de V Apocalypse nous oblige à ménager la vérité, car si Thomme ne mentait pas, il ferait mentir le Saint-Esprit; nous ne voulons point donner le démenti à personne, et en France c'est une affaire d'honneur.

Voilà, Monsieur, comme nous déraisonnons avec le P. Mathieu ; avouez que la religion chrétienne est bien mal prèchée par ces moines ignorants qui convertissent dans les gazettes les Indes et les philosophes de la Chine. Une religion qui annonce une morale aussi belle que la vôtre , n'a que faire de l'organe enroué d'un capucin pour être

estimée des hommes ;* il serait à souhaiter que tout le monde pût la pratiquer comme vous; vous avez rempli à mon égard ses plus beaux préceptes^ lorsque, poursuivi par des sots qui soupçonnaient que mon grain de moutarde était peu de chose, vous m'avez tendu une main salutaire. Vivez toujours dans mon cœur ; que ce {Iiihle ouvrage que j'ai l'honneur de vous dédier^ soit le monument éternel de ma reconnaissance. Si les sots viennent vous dire que votre nom à la tète d'un méchant livre vous déshonnore, répondez : Mon ami est un garçon sans esprit et sans finesse, il a cru me rendre hommage en me dédiant son Ouvrage, j'ai agréé son zèle; je condamne ses sentiments, j'aime son cœur, et aussi indulgent que Molière , je dis :

SI l'on petit pardonner Vessor d'un mauvais livre, Ce n'est qu'au malheureux qui compose pour vivre,

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je suis, avec le Zinzin des Chinois,

Monsieur,

Votre ami, Modeste tranquille

Xan-Xung.

A Berlin, 12 Mai iTOa.

ou l'histoire de mes trois baptêmes

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