LE BRÉVIAIRE ROMAIN
Des marchands pour les vendre et des sots pour les lire.
Le bréviaire romain, disait M. Guérin, curé de Chateaubriand en Bretagne, est un meuble ecclésiastique que la plupart des gens de ma robe portent sans le dire. Si
a gouvernante, qui est une dévote du tiers-ordre de St-François, ne m'avertissait d'en réciter quelques bribes, cela s'oublierait comme autre chose. Le bréviaire est un recueil de contes de ma mère l'Oye, de peaux d'ânes, et digne de toute correction. Le combat héroïque que les chevaliers Morabique et Romain ont donné à son occasion , et la confirmation du feu, n'ont point augmenté son mérite, ni empêché l'usage d'un livre aussi ignorant.
L'Ave Maria est une des premières prières du bréviaire, elle renferme deux parties. L'usage de réciter la première, dit le P. Mabillon, n'eut point lieu avant le onzième
siècle. La seconde partie, qui commence par ces mots : Sancta Maria, etc., était inconnue avant l'an 1500. C'est une addition qu'on a faite à la salution angélique qui finissait par ces paroles : Benedictus frutus ventris tui, Amen. Ave Maria est un cri de guerre , ou le mot du guet chez les nonnes. Lorsqu'on sonne à la grille, une tourrière vous dit d'un air niais, Ave Maria. Ceux qui savent le bon ton des nonnes répondent gratiaplena. Ce compliment est un peu bête. 11 annonce la petitesse des génies renfermés dans le cloître où l'esprit toujours replié sur lui-même ne peut apprendre ou retenir que des petites choses, ou des Ave Maria.
Le Credo, appelle le symbole des apôtres, comme si les apôtres, avaient composé un symbole, marche après VAve Maria : cette formule est, dit-on, un précis de la doctrine des apôtres, mais les disciples de Jésus n'ont point fait de symbole : s'ils avaient eu une formule de foi, nous l'eussions exactement conservée. L'ancien symbole de Rome était différent de celui d'aujourd'hui; dans ce vieux symbole romain et dans celui d'Aquilée et
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dans l'Oriental, la vie éternelle ne se trouve point à la fin. On ne pense point d'abord à tout, le temps perfectionne toutes choses, et les choses de ce monde sont sujettes aux variations. Le symbole des philosophes, qui na jamais changé, est chargé de peu d'articles. Je crois en Dieu, j'aime le prochain : ce symbole est court, mais il est bon.
Les hymnes du bréviaire, plattes comme l'épée de la pucelle d'Orléans, ne sontpropres qu'à chanter le Dieu Vulcain. L'hymm.e de l'Avent fait pitié, la seconde strophe est inintelligible, il faudrait un magicien pour l'expliquer ; que veulent dire ces mots :
Qui condohns interitu Mortis perire secuhnn.
Que signifie intervitus mortis ? Fiat lux. La strophe suivante renferme un sens qui blesse l'honnêteté, dit un auteur :
Firgente mundi vcspere Uti sponsus de Thalani 0 Egressus honestisnmâ Virrini matris clausutd.
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L'hymne que l'on chante dans le temps pascal, qui commence par ces mots : ad cœnam agni providi, est, depuis le commencement jusqu'à la fin , un chef-d'œuvre de galimathias. Les deux premières strophes n'ont ni bon sens ni construction. Celle du commun des confesseurs a l'air d'un extrait du Grcidus ad Parnassum. Cette rapsodie d'épithètes, pins, castus, quietus, prudens. donne une grande idée des poètes eccléTsiastiques et de l'ignorance des rubricaires.
L'hymne du vexilla Régis est contre la vérité, ces paroles fabuleuses en sont les preuves :
Jvipleat sîint qua concinis David fideli car mine, Dicens in nationihns Regtiavit a ligno T)eus.
L'Eglise, en chantant cette strophe, donne le mauvais exemple aux hérétiques et aux Berruyer d'altérer l'écriture. David n'a jamais dit a ligno Deus, mais il a bien dit Domi?ius regnavit, decorem induit:, ainsi l'Eglise a tort de mentir. Dans la prose de la iMesse de
Requiem, elle donne encore un soufflet au prophète royale quand elle chante : Teste David cum Sibilla. Les Sibilles n'ont jamais parlé de Jésus-Christ. Cette croyance stupide des premiers chrétiens est le triomphe de l'ignorance. Ces vierges, forcées de l'être, auraient donc eu des notions plus claires de Jésus que les prophètes. Dieu, disent ces pères, a inspiré les vestales. Dieu parlait donc par la bouche des prêtresses du démon ? Ces filles avaient donc lu l'Ecriture et l'expliquaient mieux que les pères? et leurs révélations se trouvaient dans les livres de l'aveuglement et delà superstition, et les pères admiraient et prêchaient ces ouvrages ; cela n'est point étonnant puisqu'ils appliquaient à Jésus- Christ l'Eglogue de Virgile à PoUion.
Pour chanter des hymnes au Seigneur il faut qu'elles soient bien faites. La belle poésie doit être consacrée au culte divin ; il ne faut pas que les dévots nous disent que le zèle suffit pour plaire au Seigneur ; ce n'est point par la stupidité qu'on plaît à Dieu ; l'horreur naturelle qu'il nous inspire pour la sottise est une preuve qu'il n'aime point les
sots, parce que les sots ne lui ressemblent point et ne ressemblent à rien. Lorsqu'on ne sait pas faire de beaux vers on doit se contenter de prose. Les psaumes, pour de lavielle poésie, ne sont pas si vilains, il y en a quelques-uns où l'on trouve de bonnes choses et des choses plaisantes.
Le bréviaire a un mot chéri nommé Alléluia, qui signifie Blictri, Cacomaco, Barocochicopa, dont on fait un cas admirable. Ce mot orne prodigieusement les bréviaires, les antiphonaires et les missels dans le temps de Pâques ; dès la veille de ce jour on le met à toute sauce : il semble que le monde chrétien, entousiasmé démanger un morceau de rôti, extravague. Le premier A //e/wza du samedi saint réjouit les curés et leurs servantes. Le lendemain, le vieux morceau de lard flanqué de gros pois doit décorer la table du pasteur. M. le curé mangera le soir des œufs durs dans la salade; ces œufs lui occasionneront des rapports dont Margau se sentira ; cela met la joie dans la famille.
L'Office du dimanche à Laudes, est orné de la symétrie de neuf Alléluia qui repré-
sentent Timage d'un jeu de quilles: cela est bien imaginé. Le jeu de quilles est fort divertissant. Les servantes des curés et les jeunes filles jouent aux quilles dans les Pays-Bas, dans la Picardie et le savant pays de l'Oise.
IS Alléluia, pour obéir à la rubrique, termine comme il peut dans le temps dePâques les antiennes et les versets du bréviaire. Les beaux génies rubriquaires les ont placés à tort et à travers le plus pitoyablement qu'il soit possible ; en voici quelques uns : S\Iitte in dexteram navigii et invenietis Alléluia; jetez vos filets du côté droit de la barque et vous prendrez Alléluia. Ne semble-t-il pas qu Alléluia soit un saumon frais... et ceperunt Alléluia! Ils ont pris Alléluia; pour le coup, Alléluia est pris. Cela ne semble-t-il pasannoncerune bonne prise, cependant.4/leluia n'est que du vent.
Le samedi avantla Septuagésimeon chante aux vêpres, après le Benedicamus Domino et le Deo gratias, deux Alléluia. Cette cérémonie annonce, dit-on, aux fidèles croyants, qu'on ne parlera plus d' Alléluia jusqu'aux Pâques. Dans certains chapitres, quatre en-
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fants de cœur sortent de l'Eglise portant sur leurs épaules une corporence couverte d'un poêle noir, et .vont enterrer, au bruit des cloches, le pauvre défunt Alléluia; dans d'autres, un enfant de chœur prend une toupie autour de laquelle est écrit en lettres d'or Alléluia, et la chasse du chœur à coups de fouet. Cette dernière rubrique est insolente, c'est manquer furieusement de respect à V Alléluia; mais les rubriques manquent bien souvent au bon sens.
Dans le chapitre de \^erdun, en place du Benedicamus Domino, la veille de la septuagésime, deux chantres entonnent : Yadevias tuas, Alléluia , Alléluia. Le chœur répond : noli rcverli nisi post pascha, Alléluia, Alléluia ; cela veut dire en bon français et dans le vrai sens de la rubrique : Allez vous-en faire sucre, Alléluia ; ne revenez chez nous qu'aux Pâques, Alléluia.
Nos pères, ces gens du bon temps qui avaient beaucoup de religion, parce qu'ils n'avaient pas de sens commun, étaient attachés à ces petites misères, ils les regardaient comme des choses essentielles à leur salut.
Dans le diocèse d'Auch, à l'introït de la Messe des épousailles, l'Allcluia était placé à ravir. Voici ce célèbre introït : Gaudebit sponsiis super sponscim cl in medio erit, AlUluia. L'époux se réjouira sur son épouse et Alléluia, sera au milieu. Un Alléluia aussi bien placé devait faire venir la salive à la bouche des filles, ou tout au moins les faire rire. Nos pères étaient des enfants, leurs docteurs des sots qui les amusaient avec des Alléluia. La fureur de mettre des Alléluia partout, donna l'idée aux rubricaires d'en fourrer dans les cérémonies funèbres. Saint Jérôme, qui eut plus de réputation que d'habileté, assure qu'on chantait Aileluia aux enterrements, à Rome.
Le bréviaire est rempli d'antiennes tirées de l'Ecriture qu'on a rendues ridicules en les appropriant aux vertus des saints qu'on n'a jamais connues parfaitement. Celles de sainte Agnès présentent à l'imaginatoin un tableau indécent, voici l'image : Ingressa Agnes turpitudidis locum Angelum Do^nini prceparatuni invenit . Agnès étant entrée dans un lieu de débauche, trouva l'ange du Sei-
g-neur tout préparé. Sainte Agathe cric à ciiaque antienne de sa fête après ses tétons. Ces antiennes sont si impertinentes que la décence m'empêche de les traduire.
Le concours des antiennes avec les psaumes occasionne quelquefois des équivoques d'ivertissantes. Au choeur des chanoinesses de Nivelle, chapitre célèbre où les chanoines chantent dans le même chœur avec les nonnes, un chantre vint annoncer un jour de semi-double cette antienne : Quœ est ista ? Qui est celle-là ? La chanoinesse entonna dans l'instant la psaume Domine probasti me, et cognovisti me : Monsieur, vous me connaissez, vous m'avez éprouvée. Dans un couvent de nonnes une religieuse entonna cette antienne : Ecce concipies et paries : voilà que vous concevrez et que vous enfanterez ; l'autre lui répondit : Lxtalus sum in his quœ dicta sunt mihi : je suis réjouie de ce qu'on vient de me dire. Si ces antiennes sont arrangées pour faire rire, cela est bien; mais l'on ne va point àropéra(ijdesservantespoury rire.
(i) Les gens de la Cour et les honnêtes gens appellent les Vêpres de ce nom.
Les homélies des pères que les dévots regardent comme les oracles du Christianisme surchargent le bréviaire et rendent ce livre encore plus mauvais : dans le choix de ces homélies il semble qu'on ait cherché à choquer la raison et le savoir, les personnes un peu lettrées ne peuvent supporter la plupart des mauvais raisonnements qu'on trouve dans ces ouvrages; un seul morceau que je prends au hasard dans la foule, fera juger de la platitude des autres.
Dans l'avent on assure que Jésus devant naître dune vierge, elle fut mariée à Joseph, pour cacher au démon sa grossesse et la naissance du fils de Dieu. Dans ce raisonnement on fait deux injures à Dieu, on le rend aussi petit que les pères, en lui prêtant une si affreuse conduite.
Le prophète qui avait annoncé le Messie dit expressément qu'il naîtra d'une Vierge : c'était un caractère qui devait marquer plus singulièrement sa naissance et sa mission. Or si le diable, qui a tant depouvoir, etpour qui Dieu prend tant de précaution, ne pouvait deviner que Jésus était le Messie, les
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juifs pouvaient-ils le reconnaître, dit un Anglais, dans le fils de Marie qu'ils savaient être l'épouse légitime de Joseph.
Un peuple qui avait la stérilité en horreur, allait-il s'imaginer que Joseph, vivant avec Marie, se privait des douceurs du mariage ? Cette conduite rendait les prophéties obscures : le diable n'y voyait goûte à la vérité, mais les juifs, moins fins que le diable, y voyaient-ils plus clair } Quelle faiblesse et quelle ignorance à saint Ignace, martyr, de croire que Dieu ait des ménagements pour un ange rebelle, et que ces ménagements soient faits exprès pour jeter l'aveuglement dans un peuple que le Rédempteur venait éclairer. Quand les pères disent des sottises, il faut les laisser pourrir dans leurs livres et ne point s'aviser de les chanter sur les lutrins.
La petitesse du génie rubriquaire parait dans tout son éclat dans la semaine sainte. Le samedi, le diable, vêtu de blanc, vient offrir un sacrifice judaïque au législateur qui a aboli les cérémonies de Moïse. Ce prêtre présente une chandelle en chantant
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dans un latin fort plat la plus stupide de toutes les prières. La voici : « Reçois, ô Père )) Eternel, le Sacrifice du soir, ce cierge, l'ou- » vrage des mouches ; mais déjà nous recon- » naissons les louanges de cette colonne que » le feu brillant allume en l'honneur de Dieu, » lequel combien qu'il soit diviséen parties, > ne reconnaît point le détriment de la lu- » mière empruntée. Car il est nourri par des » cires liquides , lesquelles la mère abeille a » produites en la substance de ce flambeau » précieux. Oh! vraiment heureuse nuit ! qui » a dépouillé les Eg-yptiens et enrichi les Hé- » breux! — Nous te prions. Seigneur, que » ce cierge se mêle aux lumières du Firma- » ment, que Lucifer matinal, ce Lucifer, di&- » je, qui ne se découche point. » Quel galimathias, que de paroles et de notes de plainchant perdues ! Cette prière fait pitié et cette cérémonie est bien puérile. Faisons-en l'analyse.
Que veut dire le Diacre avec ces paroles ? A^ous reconnaissons les louaftges de cette colomie? — Il entend, sans doute, celle qui guida le peupleM'Israël dans le désert. Cette
colonne, si l'on croit les savants, n'était ni miraculeuse ni extraordinaire ; on peut démontrer par les meilleurs auteurs anciens et modernes, que ce fut toujours la coutume dans ces sortes de déserts de se servir de feu, pour diriger la marche des armées ou des multitudes, en les faisant porter devantelles, de manière que la troupe en pût voir la fumée pendant le jour et la flamme pendant la nuit ; il est probable que celui qui a eu direction de ce feu dans le désert, était Hobab, beau-père de Moïse : c'est ce qu'on peu prouver par les versets 29 et 30 du Chapitre X des Nombres et par plusieurs autres passages de l'Ecriture. L'homme sage ne doit jamais recourir au miracle, quand les choses peuvent se faire naturellement. Dieu ne pro' digue point les miracles comme lesdévotsse l'imaginent. La nature les a en horreur, et le maître de la nature en fait très rarement.
Quelle fureur de trouver admirable que les Juifs, toujoursfi'ipons,aient volé les Egyptiens ? Pourquoi rappeller ce larcin, chanter la gloire de ce vol au Dieu de toute justice. La raison, la religion ne peuvent croire que
Dieu ait ordonné aux Hébreux de voler l'Egypte.Dieu ne peut, sans choquer sa sainteté, commander le vol ni donner la moindre idée de ce crime. Les gens fourrés d'arguments auront beau dire : Dieu est le maître de nos biens ; il pouvait donner les richesses de Memphis aux enfants de Jacob. On convient avec les docteurs que Dieu le pouvait, mais un être aussi parfait, aussi saint, n'en ferarien. Il avait des moyens d'enrichir Israël, d'appauvrir ses ennemis, sans recourir au crime. Moïse, en qualité de législateur d'un peuple à qui il voulait permettre l'usure, pouvait leur commander le larcin et cela pour leur donner l'esprit de rapine nécessaire pour voler et conquérir les Chananéens. Ce vol, qui fut l'ouvrage delà politique de Moise, a été mis dans les décrets de Dieu par nos docteurs et nos rubricaires ignorants.
Le diacre continue son exultet et termine cette belle oraison en s'écriant au sujet delà désobéissance d'Adam : o Félix culpa ! quœ meruit habere magnum ac tantum Mediatorem, o necessarium Adœ peccatum ; ô crime heureux ! qui a mérité un si grand média-
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teuri ô péché nécessaire d'Adam ! Dans ces expressions, l'Eglise dit une sottise à Dieu : il fallait, selon les rubricaircs, que le péché d'Adam fût nécessaire pour un grand bien : c'est faire dépendre Dieu, dit un auteur anglais, d'autre chose que de lui-même ; puisque la faute d'Adam a mérite un si grand Rédempteur, Dieu a donc remédié à la nature, Dieu avait donc mal fait la nature, puisqu'il fallait des remèdes ; les rubricaircs, les docteurs, les casuistes réservés ne raisonnent point, voilà pourquoi ils sont si amis des petites choses, si ennemis des grandes, delà vérité et des philosophes.
La Bénédiction des fonds baptismaux est aussi ridicule et aussi inutile que l'oblation du cierge. Dieu a dit : Baptisez les hommes avec de l'eau ; les Apôtres conféraient ce sacrement avec celle qu'ils trouvaient sous leurs mains : ils ne mettaient ni crème ni fromage dans cet élément, crainte d'altérer sa nature. Les rubricaires qui ne suivent point la nature, les apôtres, ni le bon sens, vont toujours leur train, et pour offenser les tradition et les usages, ils ont tout chaneré. Le
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prêtre crie auprès des fonds baptismaux à Teau qui est devant lui -.je te bénis par le ""Dieu qui faséparée du sec ; il souffle sur l'eau, y trempe un bout de cierge et semble faire de la magie ; ces cérémonies furent sans doute imaginées par quelques profanes qui voulaient se moquer de Dieu.
Dans la kirielle des oraisons de ce jour, l'Eglise chante la dispersion des Juifs, comme une preuve victorieuse de sa vocation ; ce triomphe ne paraît pas si grand aux vrais enfants d'Israël. L'unité de foi de ce peuple dispersé leur fait honneur : la variété des climats n'a jamais altéré la pureté de leur culte : cette fermeté inébranlable dans leur religion parait un signe visible, un miracle perpétuel de la vérité de leur loi. La confusion, le désordre, le schisme et les changements sont le partage des inventions humaines ; les Juifs pourraientrépondre à nos docteurs : Nous sommes dispersés dans toutes les nations par un effet admirable de la bonté de Dieu, pour prêcher sa loi à tous les hommes. Vous autres qui ne voyez pas le doigt de Dieu dans notre dispersion, vous prenez
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pour un châtiment ce que nous regardons comme unebénédiction ; le eiel n'attache pas ses grâces aux murs de Jérusalem; confondu avec les nations, sa main puissante a toujours conservé son peuple chéri des erreurs de l'étranger ; si nous étions sans culte, sans religion, vous pourriez direque nous sommes punis et rejettes de Dieu; mais nous conservons encore la morale et la religion qu'il donna lui-même à Moïse.
Hélas !quel blasphème, dirait un docteur de Sorbonne ; Juifs aveugles, ignorez-vous que Jésus, après sa rèsurection, ouvrit l'esprit à ses Apôtres pour leur donner la clef et l'intelligence de vos écritures, de vos prophéties. Vous déraisonnez, monsieur le docteur, dirait le Juif ; s'il fallait un tel miracle pour entendre les prophéties, elles n'étaient donc pas bien claires ou d'aucune utilité. Puisque la raison naturelle ne pouvait les comprendre , pourquoi nous faites-vous un crime de ne les pas entendre : nous avouons que nous sommes comme vos apôtres, des cœurs durs, des esprits bornés et tardifs à croire.
Le bréviaire a une hymne appelée Te Deum qu'on trouve belle à cause qu'il y a beaucoup de mots ; c'est une très-bonne chose de rendre des grâces à Dieu : mais c'est une sottise de le remercier d'avoir égorgé trente mille hommes faits à son image. Lorsque les Espagnols, qui sont des frères romains, ont massacré dix mille Savoyards romains, leSt-Père accorde des indulgences plénières à ceux qui ont assisté au Te Deum dés Espagnols : quand les savoyards ont égorgéles Espagnols, les mêmes indulgences passent au camp ennemi. L'Etre Divin, au nom duquel les indulgences sont données, doit trouver le distributeur ridicule, parce que la raison le trouve ridicule. Un Capucin endosse-t-il le sale habit de Françoisd'Asise, les cordons bleus, les grandes cordes de l'Ordre-Séraphique chantent le Te Deum. Comme si un mortel vêtu d'un méchant habit de bure faisait beaucoup d'honneur à Dieu le Père tout puissant.
Les œuvres des pères de l'Eglise ont servi à grossir le bréviaire. Ces hommes , qu'on croyait remplis des lumières de l'Esprit-
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Saint, n'ont point marque dans leurs ouvrages ce caractère d'inspiration. On n'y distingue aucune connaissance supérieure à celles des hommes ordinaires, la plupart écrivent pitoyablement et presque tous ont dérogé aux lumières du sens commun. Un homme qui déraisonne ne peut avoir le St-Esprit, parce que le St-Esprit ne déraisonne point. Sans chercher à flétrir la mémoire de ces grands hommes, il suffira de faire un précis des erreurs et des blasphèmes qu'ils nous ont laissés dans leurs écrits pour nous garantir des pièges que Tauthencité et leur crédit leur ont donné depuis longtemps.
Saint Augustin avait de l'esprit, mais il n'avait pas, dit Scaliger, les talents convenables à un interprète de l'Ecriture; ce père nous a laissé mille'erreurs dans ses écrits. Cette lumière de l'Eglise nous a fait rire encore aujourd'hui parce quil riait des antipodes et desconnaissancesphysiques. Saint Augustin était calviniste et janséniste dans toute la force des mots. Ce saint Père ne croyait pas aux chimères de Rome ni aux Limbes, il disait avec raison que le monde avait été
créé dans un instant et non pas en six jours comme le croyait Moïse; il condamnait les images et les reliques, il n'attribuait point à Pierre, le super hanc petram, encore moins au Pape, mais à la foi. Saint Justin, martyr, et Clément d'Alexandrie, ont dit que Dieu avait donné aux païens le soleil, la lune et les astres, pour les adorer, atin que, par l'adoration des astres, ils allassent à lui. Justin a cru que les âmes des pères de l'AncienTestament étaient en la puissance du diable; que la gloire du Père était plus grande que celle du Fils ; Jésus-Christ en tant que Dieu, n'était point de la même nature du Père ; que les chrétiens passeront mille ans à Jérusalem. Saint Clément prétend que les grecs ont été justifiés avant la loi par la philosophie, que Dieu est corporel ; que les âmes ont des corps, que Jésus-Chcist est descendu aux enfers pour prêcher aux Gentils ; que les femmes doivent être en commun parmiles fidèles. Saint Irénée dit qu'on boira d'excellent vin dans le Paradis. La description qu'il fait de ce séjour est celle du Paradis de Mahomet. Saint Cyprien a
soutenu que les hérétiques devaient être rebaptisés; il appelle le pape l'oracle des hérétiques. Saint Athanase assure que lorsque Jésus-Christ était sur la croix et s'écriait : mon Dieu^ pourquoi in avez-vous abandonné} c'était une finesse de Jésus pour faire accourir le diable à lui et à le combattre de sa croix. Grégoire de Nazianze condamne les secondes noces, rejette tous les Conciles, proteste qu'il n'y en a pas un bon, et conclut qu'ils n'ont produit aucun bien. Saint Basile ne distingue pas les péchés mortels des véniels, il les trouve égaux ; il permet aux hommes la fornication, crainte qu'ils ne fassent un plus grand mal. Saint Hilaire assure que Jésus-Christ n'a souffert aucune douleur à sa mort. Saint Ambroise dit que les apôtres seront purgés de leurs péchés au jour du jugement, que tous les hommes ne ressusciteront point en même temps, que ceux qui auront péché plus que les autres ne ressusciteront qu'après les autres, et ne profiteront que très tard du feu du jugement dernier. Saint Jean-Chrisostome dit qu'on ne baptise point les enfants pour la rémission
du péché originel, mais pour ajouter à leur sainteté ; que les âmes des saints n'ont point encore reçu leur salaire, qu'elles n'iront au ciel qu'après la résurrection. Saint Téodoret dit que l'Antéchrist sera un diable revêtu d'une chair humaine ; il assure que la loi ne défend pas les mauvaises pensées, ni les désirs criminels, et la femme, selon lui, n'a point été créée à l'image de Dieu. Grégoire de Nice soutient que les âmes ne peuvent être tourmentées sans les corps. Epiphanius croyait que Dieu avait une forme humaine ; il traite de superstition le culte à la sainte Vierge, il le prouve en disant que si l'apôtre défend d'adorer les anges, il défend bien davantage d'adorer celle qui fut engendrée d'Anne ; il déchirait partout les images de Marie et des Saints. Cassien loue l'hypocrisie et les mensonges quand ils profitent au salut du prochain. Saint Jérôme condamne l'histoire de Suzanne, de Judith, de Tobie, des Machabées : il assure que saint Paul a donné de mauvais préceptes en permettant aux veuves de se marier, que l'orgueil est venu de l'église de Rome.
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Dactance dit que Dieu a partagé le monde à l'amiable entre lui et le diable; Dieu s'est conservé l'Orient et a laissé l'Occident au démon. Arnode assure que les âmes des méchants sont m.ortelles.
Par ce léger extrait des erreurs des pères on peut conclure que ces saints personnages n'étaient pas au-dessus de l'Ecriture, comme les papes l'ont prétendu. Si quelqu'un s'avisait de prêcher une pareille doctrine, l'auteur, orné d'unSainhcnito, serait rôti à la plus grande gloire de Dieu.
Le missel, le pendant du bréviaire, est aussi chargé de ridicules et d'àneries. Dans celui imprimé à Venise en 15 15, on lit à l'article du mois de janvier, qu'il doit être consacré à la joie et aux festins; en mars ^qu'il faut acheter des bœufs et faire couvrir les juments. Dans le missel de Clugny, en 1525 et 1550, on eut grand soin de placer les jours périlleux de chaque mois, comme si les jours étaient plus dangereux les uns que les autres. Dans celui des Mathurins on avertit, au mois de mai, de faire saigner les ânes ; sans doute que CCS moines, qui sont les frères aux ânes.
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se faisaient saigner de compagnie avec leurs camarades. Au mois d'août, les mêmes rubriques avertissent qu'il ne faut pas rendre le devoir fréquemment à sa femme à cause des humeurs. Voilà de très belle choses pour figurer à latête des misselset des bréviaires. Ces deux ouvrages sont un asile d'âneries et de sottises : les gens d'Eglise qui ne le disent point font mieux que ceux qui le disent.