Ï1IST0IRE DE MAITRE PIERRE
Extrait du livre qui paraitra après ma iiiorl
Ami lectew:, vous ave:{ quelquefois Ouï conter qu^on nouait l'aiguillelte.
C\'st une étrange et terrible recette.
P. d'O. Ch. XIII, 155.
Un fossoyeur de la paroisse de St-Pierreaux-Bœufs, nommé maître Pierre, assistait aux enterrements et inhumait les trépassés pour une pièce de dix-huit deniers. Un jour qu'il avait enterré la charretée des morts de l'Hôtel-Dieu , où les médecins font plus de morts qu'ailleurs, sentant ses habits imprégnés de l'odeur puante des cadavres qu'il avait enfouis , il n'osait coucher avec sa femme qui aimait mieux le heaume d'un vivant que l'odeur de cent trépassés. Pierre, plein d'attention pour sa moitié , alla dans une écurie se coucher proprement sur du fumier. Comme le bonhomme avait Iha-
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bitude de se mettre sur le dos comme les vierges de l'Opéra, des moineaux qui avaient leur nid au-dessus de lui, fientèrent sur ses yeux. La fiente des moineaux est fort chaude à cause qu'ils sont fort amoureux. La cataracte se déclara dans l'instant, et Pierre ne vit plus la nuit ni le jour. Dans ce malheur il consulta les médecins de ce temps-là, aussi ignorants que ceux de ce temps-ci. Ces messieurs consultèrent Ilippocrate; malheureusement Hippocrate, à l'article du potde-chambre, n'avait point parlé de la fiente des moineaux. Les médecins lui dirent : Votre aveuglement met notre science à bout, nous ne voyons point clair dans votre maladie , parce qu'Hippocrate n'en a point parlé : la matière louable des moineaux n'était point connue de son temps.
Maître Pierre ne pouvant plus rien gagner dans la paroisse, était fort à plaindre, heureusement sa femme, qui ravaudait des bas au coin de la rue des Deux-Anges, avait toutes les bonnes pratiques des fiacres de la rue Saint-Benoît et quelques auteurs de la petite rue Taranne , qui restaient au lit, lorsque
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M™* Pierre raccommodait leurs vieilles chausses.
Un jour, Manon, c'était le nom de l'épouse du fossoyeur, avait raccommodé les bas d'un porteur d'eau. Le porteur lui avait donné un sansonnet pour payement. Aussitôt que l'animal fut au logis, il commença à chanter. Pierre, qui avait étudié son P. Bougeant, comprit aux chants de l'oiseau qu'on l'avait dérobé, il fit un mauvais ménage et dit à sa femme : Je vois bien, Manon, que vous avez été revendeuse à la toilette, vous vous sentez encore de votre métier de crieuse de vieux chapeaux; tôt ou tard vous deshonorerez ma couche en vous faisant pendre au carrefour de Bussy. Je n'aime point les friponneries, je vous rosserai; ne faites point comme saint Bernard et les jésuites, songez à votre conscience ; on ne va point en Paradis avec le bien d'autrui et un sansonnet.
Il y avait dans ce temps-là à Pantin, une marchande de pâtés, très jolie; elle avait eu six maris sans compter les greluchons. La place était difficile à assiéger et son honneur
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avait tous les malheurs possible, à cause que le diable ou les bergers de la \'illette avaient noué laiguillette à ses amoureux. Jeanneton désirait convoler aux huitièmes noces. Le bonhomme maitre Pierre savait que ce parti convenait à son fils; il s'informa de sa parenté , il apprit que la famille n'était point tachée, que Jeanneton était la fille unique de l'ancien marmiton d'une belle dame de Pantin, qui tuait les gens dans ses bras pour se conserver le plaisir de les tuer encore. Dans le même village, un porteur d'eau de ses amis lui devait quatre livres dix sols parisis. Pierre, charmé de marier son fils et d'être payé en même temps de sa lettre de change, disait : « Mon fils fera l'amour, il se mariera, on lui payera les quatre livres dix sols parisis ; ces quatre livres dix sols parisis serviront aux frais de ses noces, je ne débourserai rien. En conséquence il appela son fils et lui dit : .Mon enfant , vous êtes déjà dru comme père et mère : vous avez dans les gras des jambes bien des enfants qui crient après le baptême, il est temps de songer à faire la douce affaire et a me donner
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des petits-fils. J'ai couché en vue, quand je voyais clair, une fille de Pantin qui me parait votre fait, allez lui faire l'amour et la demander en mariage en tout bien tout honneur. Vous profiterez de l'occasion pour voir le pays ; préparez-vous donc à partir; mais comme vous n'êtes point encore sorti de Paris, qu'on ne sait le moment de la mort dans un songe si court que la vie , mettezvous en bon état, faites une bonne confession générale, vos adieux à toute la parenté, et tâchez surtout de trouver un honnête savoyard pour vous conduire et porter votre paquet. »
La Nigaudière, qui était le nom du fils de maître Pierre, trouva à la porte du café de Malthe, vis-à-vis des Cordeliers, un Savoyard qui avait bon pied et bon œil; il l'aborda et lui dit : « Monsieur de la Savoie , voudriezvous voyager avec moi dans les pays lointains ? — Très volontiers , répondit le ramoneur de cheminées, je serai aise de gagner un sol. Depuis l'établissement des petites postes nous ne faisons plus rien, les claquettes nous coupent la gorge. — Allons,