LE CÉLIBAT
L'homiiie est trop faible, hèias! pour dompter la nature.
Volt.
La chasteté, cette vertu stérile que Dieu n'a point faite ni commandée, puisque la première loi donnée à l'homme, fut celle de croître et de multiplier, est une idole qui n'a ni pied ni patte. Cette vertu enfin que l'Eglise a mise sur ses autels, ne dépend ni de la faiblesse de l'homme ni des forces de son âme, elle est impossible à la plupart des mortels tant qu'ils resteront attachés à l'argile qui les enveloppe.
Le mariage, ce frein salutaire contre le péché, selon saint Paul et l'expérience, ne
peut retenir vos prêtres et vos moines. Estce pour les exposer à violer plus souvent les commandements les plus sacrés, que vous les tenez sous le joug- du célibat? Votre loi humaine est-elle préférable à la loi divine ? En multipliant vos célibataires, vous avez multiplié les crimes , exposé davantage les filles et les femmes de vos frères : n'existerait-il qu'un cocu dans une province, fait par un moine, façon la plus détestable d'être cocu, vous auriez toujours mal fait d'exposer un seul homme aux suites fâcheuses qui peuvent résulter de son crime. Vous prêchez qu'il vaut mieux se marier que de brûler ;
vous brûlez vos prêtres dès ce monde
quelle conduite !
Vous avez fait votre loi du célibat dans ces siècles fabuleux, où l'on trouvait des miracles aussi aisément que l'on trouve les herbes les plus communes.
Vous avez admiré avec enthousiasme le beau côté du célibat, sans penser que la nature pouvait se moquer de vous ; vous avez voulu une idole de vertu, vous avez mis le fantôme à la place de la réalité.
MODERNE 2^<y
Vos prêtres sont exposés à confesser joue à joue de belles femmes, d'entendre le récit de leurs péchés verreux, le plan de leur attitude, les détails de leurs attachements, les circonstances les plus galantes de leurs faiblesses, enfin le tableau le plus séduisant dans une confession sincère. Les croyezvous insensibles à ces récits? pensez-vous que le vieil homme ne s enflammera point, vos ministres pénitentiaux sont-ils de marbre de Gênes ou de Paros ? Ils sont, dites- vous , châtrés pour le ciel; prenez garde à cette castration. Le grand seigneur ne s'y fierait pas.
Un prêtre a entendu des confessions galantes, il n'a point de femme pour éteindre légitimement le feu que la déclaration d'une fille aura allumé dans son âme; au retour du tribunal, il parcourt sa servante avec plus d'attention. Les faiblesses qu'il vient d'entendre ont ému son cœur et porté dans ses regards la chaleur du plaisir. L'exemple, la multitude des délinquants le rend plus hardi. L'usage du péché originel lui démontre que tous les hommes et les femmes ont tâté du
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péché originel ; sera-t-il le seul des enfants d'Adam sans toucher à l'arbre de la connaissance dit bien et du mal. Sa servante Margot, retirée le soir avec lui, tient le péché originel; si la pomme est encore fraîche, M. Tabbé y tàtera, le scapulaire, le cordon de saint François et les calottes de maroquin n'empêchent paslanature d'exiger ses droits; c'est une sottise de récalcitrer contre elle, on n'en vient jamais à bout. Le poète des philosophes disait:
Naturam expeltas furca,tamen'usqiic recurrd.
Les papes, fondateurs du célibat et des bordels à Rome, se sont imaginé que le célibat était une vertu, à cause qu'il était un vice par son inaction ; pour établir cette chimère et en faire une loi aux ministres des autels, on a renversé lEcriture, car la seconde qualité que saint Paul requiert dans un évêque est d'avoir une femme , condition sans laquelle il ne peut être appelé à l'épiscopat. L'apôtre était si persuadé de cette vérité, qu'il était marié. Son mariage est
bien déclaré dans la première aux Corinthiens, Chap. 5, V. 5. N'avons-nous pas, dit-il> le pouvoir de mener partout une femme sœur, c'est-à-dire une femme qui soit notre sœur en Jésus-Christ, comme font les apôtres et les frères de Jiotre Seigneur eiCeph.as}Da.nslegvcc il y a une femme sxnir faisant profession de la foi de Jésus-Christ. N'avons-nous point le pouvoir'^ Cette expression ne marque-t-elle pas un droit qui n'appartient qu'à l'homme marié ? Les apôtres, qui prêchaient contre le scandale, n'eussent point édifié les Gentils, s'ils avaient amené avec eux des femmes qui ne fussent point les leurs. Saint-Ignace, dans sa lettre aux Philadelphiens, met saint Paul au nombre des hommes mariés.
L'invention du célibat trouvée par l'Eglise, fut condamnée autrefois dans le concile de Constantinople, qui dit expressément au 13° Canon : Comme nous avons entendu dire que l'Eglise Romaine ordonne que ceux qui sont prêtres ou diazres abandonnent leurs femmes légitimes , les pères assemblés dans ce Concile décident que suivant l'ancienne discipline exacte de l'Eglise et l'ordre des
apôtres, les prêtres et les diacres vivront avec leurs femmes légitimes comme les laïques, et nous défendons , surtout lorsqu'on ordofinera des prêtres ou diacres, qu'on leur rejuse sous le prétexte qu'ils sont mariés et qu'ils veulent habiter avec leurs femmes après l'ordination. Nous ne voulons point outrager le mariage ni séparer ce que Dieu a conjoint.
Le Concile de Trente agita la question du célibat ; les vieux prélats, qui avaient vu les naufrages de la chair, et la sûreté dans le mariage pour fixer près d'un vieillard l'inconstence d'une femme, opinèrent pour marier les prêtres. Les jeunes évêques, assurés de pouvoir fixer leurs conquêtes et certains de trouver des femmes partout , ne furent point du même avis. L'idole du célibat fut remise sur son piédestal, et pour assurer à jamais sa gloire, le Concile ne décida qu'après. Si quelqu'un, ajoute ce Concile, s'avise de dire que le célibat n'est pas plus saint que le mariage, qu'il soit anathème. Ce Canon est impertinent.
L'Eglise a pensé que la charité serait plus affermie par le vœu de la continence ; les
dévots, toujours emportés par leur zèle, ont cru qu'il était fort aisé de se dépouiller de son sexe. Le sacrement de mariage, cette source de bénédictions pour les laïques, est une source de sacrilèges pour un prêtre à cause des plaisantes raisons que voici: Les prêtres ont fait vœu d'obéir aux commandements de Dieu avant d'avoir fait le vœu de chasteté. Un prêtre incontinent doit se marier selon l'apôtre, il ne le peut selon l'Eglise, parce que, suivant le pape, il est plus obligé d'obéir aux canons des Conciles qu'aux commandements de Dieu. En se mariant, il ne rompt queson vœu et nepèche plus contre la loi de Dieu; mais l'Eglise, qui est sage, préfère les gens qui manquent à la loi de Dieu à ceux qui manquent aux siennes ; il vaudrait mieux, disent nos prédicateurs, anéantir le monde que de faire un péché mortel; sans faire rentrer l'univers dans le chaos, le pape peut, s'il le veut, anéantir dix millions de péchés mortels en faisant marier les célibataires, mais Rome ne le veut pas; plus tard elle le voudra, car tout tend vers la vérité, c'est le centre delà raison.
Les docteurs ont appuyé leur doctrine du célibat sur ces paroles de l'Ecriture: Ceux qui ont quitté leurs femmes, leurs enfants et leurs biens, auront la vie éternelle. Dans ce passage, il s'agit de quitter ce qu'on pourrait garder qu'en renonçant à la foi; car Jésus-Christ ne pouvait dire aux hommes : abandonnez vos femmes et vos enfants, lorsqu'il leur défendait de séparer ce qu"il avait uni. En conséquence de ce passage mal entendu, on a défendu aux prêtres le mariage. Pourquoi l'Eglise ne leur a-t-elle point défendu les richesses que Dieu a condamnées formellement > Dieu ne défend pas de s'attacher aux femmes; son apôtre nous dit de les aimer comme Jésus aime son Eglise, c'est-à-dire d'une tendresse extrême ,• Dieu nous défend d'aimer les richesses. L"Eglise, au contraire, défend à ses ministres l'amour des femmes et les comble de richesses et de bénéfices.
Le vœu de continence, dit un auteur célèbre, est d'autant plus parfait que la continence, par sa nature, n'est pratiquable que par peu de personn::?. Cette vertu ne dépend
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point de l'homme. L\vnour qui fait naître l'incontinence est souvent involontaire : l'impression de certains objets sur le cerveau ne dépend point de l'âme, ce n'est point à cause que l'on veut que certains objets plaisent, c'est à cause qu'ils ont agité d'une certaine manière les jibrcs de notre cerveau; et qu'ils ouvrent des valvulves qui étaient fermées. Ce changement en produit d'autres^ presque à l'infini dans la machine; de là, naissent des désirs, des avants-goûts de plaisir, et cent autres inovations qui détruisent la continence. Un moine aura vécu chastement vingt années; il voit dans son église, ou il rencontre dans une voiture publique , un objet séduisant , le voilà subitement épris et dans l'état de brûlure dont parle l'apôtre.
« Les victoires sur la chasteté, continue >) M. Bayle, sont bien journalières. On ne » sort victorieux de ces combats que cou- » vert de plaies. On a raison de juger que » ceux qui passent leur vie entre les mains » des médecins sont misérables. Cela n'est » pas moins vrai par rapport à ceux qui ont » à combattre la rébellion du tempérament,
» et qui sont contraints d'opposer toujours » quelques barrières aux irruptions de la » chair. Cette condition est déplorable, on y » est souvent forcé derrière ces retranche- » ments ; la conscience en gémit, en sou- )) pire. Quel progrès n'eût-on pas fait dans » le chemin de la perfection, si on eût pu » marcher dans cette sorte d'entraves sans » perdre tant de temps en livrant combat à )) l'ennemi à chaque pas pour conserver une ;) vertu inutile. »
L'imagination des hommes, toujours emportée vers le merveilleux ou l'incrojable, a voulu faire des vertus que la nature n'avait pas faites, Le tempérament, guidé parla nature, s'est moqué de la chasteté. La raison, éclairée par sa propre lumière, a ri de l'impossibilité d'être plus parfaite en combattant à chaque instant contre la chair. On peut trouver, je le crois, quelques continents, surtout dans un âge avancé, mais on ne trouve point un homme chaste : de la continence à la chasteté la distance est infinie. Supposons qu'il puisse se trouver des hommes chastes, la chasteté ne peut-elle point subsister chez
eux sans la charité? Une chose qui peut subsister sans la charité ne peut faire un mortel plus parfait.
Fin de la première Partie