‹ L'Arrétin moderneChapitre 33 sur 37 · I4S L ARRET IX · texte numérisé non relu

I4S L ARRET IX

Saint Abraha.'m était un grand mangeur, il servit aux anges, qui vinrent lui annoncer que sa vieille épouse concevrait, un veau entier avec le pain de trois mesures' de farine qui reviennent, selon le calcul de M. Fleury, à plus de deux de nos boisseaux et à cinquante-six livres de notre poids. Quatre ou cinq familles, de l'appétit d'Abraham, mettraient bientôt la famine en France. Platon n'avait pas une grande idée des gens qui mangeaient beaucoup, il disait qu'on ne pourrait jamais corriger les mœurs de la Sicile tant qu'on y ferait de grands repas.

Saint Cyrille, homme ambitieux et violent. Il attaqua les Juifs dans leur synagogue à la tête de son peuple, les chassa d'Alexandrie, permit aux chrétiens qu'ils pillassent leurs biens; il se brouilla parce qu'il était brouillon, avec Oreste , gouverneur. Cinq cents moines , émeutes par ce fanatique, entourèrent ce prince , le blessèrent d'un coup de pierre. Le moine , coupable de ce crime, fut arrêté et puni de son crime. Ce moine fanatique a été mis dans la liste des

martyrs: nous chômons tous les ans sa fête.

Les anges gardiens. Leur culte est nouveau clans l'Eglise. Un canon du concile de Laodicée dit expressément : Quiconque priera, saluera et honorera les anges, qu'il soit anathème. Le concile de Trente, au contraire: Si quelqu'un dit qu'il ne Jaut point prier, saluer , honorer les anges, qu'il soit anathème. Le saint Esprit, à ce qu'on dit, a présidé aux deux conciles.

Sainte Marguerite a succédé à Lucine dans les accouchements. Sa ceinture fait de beaux miracles dans le faubourg Saint-Germain. Les dames de la petite rue Taranne, pelles de la rue des deux Anges vont se ceindre de ce précieux ruban, quand elles touchent à l'instant de mettre au monde un porteur dcau. Les filles du monde, un peu curieuses de leur salut vont aussi, sur le point d'accoucher, faire un pèlerinage à la ceinture de sainte Marguerite. Un tondu de Saint-Germain-des-Prés entoure avec le divin ruban l'énorme circonférence de la fille

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et dit peut-être en lui-même, en mai-mottant l'oraison : Je ne voudrais pas en avoir fait autant à cette jolie fille, mais je voudrais lui en faire autant.

Saint Janvier. Le miracle de la liquéfaction de son sang est une farce. Le vice-roi de Naples ordonne chaque année , très sérieusement, aux prêtres chargés du miracle, qu'ils aient à l'exécuter. Le P. Mabillon vit cette cérémonie et ne vit point de miracle, la crainte d'être lapidé par le peuple le fit crier au miracle comme les autres.

Saint Christophe, nom grec qui veut dire porte-Christ. Ce saint imaginaire a été mis à la place d'Hercule. Sa statue gigantesque se trouve dans nos anciennes églises. Nos pères, qui avaient peur de mourir subitement, avaient une tradition qui leur assurait qu'on ne mourait point le jour qu'on avait vu la figure de saint Christophe : en conséquence, on le peignait comme un géant pour la commodité du public. Dans les vieux m.issels on trouve l'hymne singulière qu'on chantait le

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jour de sa fête : elle tinissait en ces termes :

Beatuvi Christophorum Oui portavit Christum Et aqiia non tetigit ciiliun !

Saint Michel. La monture de cet archange, commune avec celle de beaucoup de maris , dit la chanson , fait peur depuis longtemps à la foule des hommes. Le diable est une vieille machine, dit le roi de Prusse, qui commence à s'user depuis le temps qu'elle sert. Jamais un être n'a paré nos légendes comme le diable. Le merveilleux de la vie de nos saints disparaîtrait bientôt , si l'on ôtait les mérites que le diable leur a procurés. Cet animal ancien était autrefois dans nos châteaux, aujourd'hui il n'a plus que la petite joie d'épouvanter les sots ou d'orner les phrases de nos agréables.

Les démons, dans leur origine, étaient des anges de lumière, une partie se révolta et voulu être semblable à Dieu. C'était donc des athées , car s'ils avaient connu Dieu, l'auraient-ils défié dans sa gloire , ou conçu

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l'idée d'être semblable à lui? Une partie a résisté à la tentation d'être semblable à l'Eternel. Cette partie avait donc un degré de g-ràce supérieur à la partie qui s'est révoltée. Les anges n'étaient donc pas au séjour de la perfection dans l'état parfait de leur nature. Les parfaits ne sont donc pas au Ciel , on peut pêcher dans le séjour de la grâce. D'où venons-nous > Nous sommes pécheurs dans le monde d'hier, puisque nous naissons dans le crime, nous péchons dans le monde d'aujourd'hui; l'exemple des anges nous fait croire que nous pourrions pécher dans le monde de demain. Elevons nos coeurs à l'Eternel.

Le diable est sans contredit le plus grand de nos mystères. Dieu crée l'homme innocent ; cet ouvrage de la providence ne reste pas deux heures sans devenir l'enfant du diable. Le Ciel noie les hommes dans un déluge, à cause qu'ils étaient les enfants de la chair et du diable, la race qui succède devient encore la proie de ce malheureux. Dieu descend lui-même pour remporter la victoire sur l'esprit malin et le démon triom-

phe encore par la quantité de serviteurs qu'il se fait dans l'univers. L'avantage du diable sur le ciel est de cent mille pour un. Prenez barème et l'histoire, comptez : j'ai peur que le calcul ne soit d'un million contre un.

Saint Bonaventure , docteur de l'Eglise, est l'auteur du psautier de la Vierge , imprimé avec l'approbation de la Sorbonne, en 1601, chez N. Fosse, rue Saint-Jacques à Paris. L'auteur de cet ouvrage a pris grand soin d'altérer les psaumes pour honorer la Vierge. Le jésuite Baradius , qui a travaillé sur cet ouvrage, demande à Jésus pourquoi il n'a point conduit sa mère avec lui dans le ciel ! C'est que vous aviez peur^ lui dit-il , que la Cour céleste ne fût en doute lequel de vous deux était son seigneur ou sa dame. Ce jésuite appelle la Vierge mère de Miséricorde : il n'y a que Dieu qui fasse miséricorde , et l'idée que nous attachons à ce terme peut être appliqué à Marie.

Saint Jean , pape, fit un miracle impertinent , marqué au coin de la plus noire in-

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gratitude. Ce représentant de Jésus, poursuivi par un antipape dans le siècle où Jésus-Christ avait deux ou quatre chefs visibles , qui s'égorgeaient réciproquement et s'anathéma lisaient pour avoir le Saint- Esprit de leur côté ; bref, le pape Jean passa chez un seigneur qui lui prêta à cause de son grand âge, le cheval de madame. Le cheval mena très doucement le saint-père. L'animal, glorieux d'avoir porté le père commun des fidèles , ne voulut plus porter que des papes. Madame , quelques jours après , voulant se servir de sa monture , le cheval la jeta rudement à terre et lui cassa une cuisse. Le seigneur jura contre le souverain pontife d'avoir gâté son cheval et cassé une cuisse à sa femme. Ce pape n'avait ni monde ni charité. Le seigneur avait raison de se fâcher, un pareil tour n'est édifiant que dans le bréviaire où les plus grosses platitudes sont chômées de première classe.

La Conversion de saint Paul. Ce grand apôtre a vu le paradis. Il est certain que

ceux qui ont écrit de ce séjour n'y ont ja-

mais été. Nous avons beaucoup de romans du paradis et pas une bonne histoire. Saint Paul, qui parlait labouche ouverte, parce que les hommes ne peuvent parler quand ils n'ouvrent point labouche, dit qu'il a été ravi jusqu'au dernier ciel, qu'il a entendu des acjiia vcrba , c'est-à-dire des bons mots , et, pour nous laisser une exacte description de ce lieu de délices , il dit fort éloquemment : « Ce que l'oreille n'a jamais entendu, ce que l'œil n'a jamais vu , est précisément le paradis. » Avec des notions aussi claires on est furieusement instruit.

Mahomet en a parlé plus joliment. Son paradis est meublé de houris, de belles femmes avec de grands yeux bleus. De jolies femmes avec de grands yeux bleus valent mieux que des bons mots ou des contes bleus. Le prophète des croyants donne des plaisirs à ses bienheureux proportionnés à leurs organes. Le paradis des chrétiens ne promet rien de pareil; ce ne seront que des extases : hélas! toujours chanter Gloria patri.

L'histoire sainte donne une mauvaise idée

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du paradis. M. Satan, ancien bourgeois respectable de ce pays là, et même homme en place, n'était dans le fond qu'un coquin; sans le bienheureux Michel, qui mit un peu de police dans le paradis, ce séjour divin devenait un séjour de brigands. Nous dirons ici bas, et cela pour le plaisir de médire du prochain, que les parfaits sont là haut , que notre argile en paradis ne péchera plus; les livres saints disent pourtant que les anges, qui n'étaient point de boue et de crachat comme nous, y ont péché. La chair se corrompt peut-être moins que l'esprit, et la boue sans doute se conservera mieux au ciel : cela est drôle.

Toutes les belles ehoses qu'on a dites du paradis, ne donnent à personne l'envie d'y aller : l'horreur que nous avons de la mort marque que l'amour du paradis ne nous est point du tout naturel. Les malades tâchent de reculer ce voyage le plus qu'il leur est possible ; ils ont raison : le Paradis s'embellit de jour en jour, plus nous tarderons, plus nous y trouverons de gens de notre connaissance.

Saixt Ovidk, honoré à Paris d'une foire où l'on vend des colifichets à deux jambes gauches. Ce bienheureux est invoqué pour les yeux. Les Quinze-Vingts ont une vénération marquée pour sa mémoire; laissons les saints, parlons des aveugles. Les échevins de Paris ont fait un logement magnifique pour les Quinze-Vingts, afin de les mieux nicher près des gouttières. L'étranger admire cet édifice et s'étonne qu'il ne soit pas pour ceux destinés par la fondation à l'occuper, il est encore plus surpris lorsqu'il rencontre dans les rues de Paris messieurs les Quinze- Vingtsqui lui demandent la charité. Comment! s'écrie un anglais qui écorche notre langue et nos usages, les milords qui habitent le palais des Quinze-Vingts, les pensionnaires royaux de sa majesté vont gueuser d'église en église ; sont logés près des gouttières pour laisser le premier, le second et le troisième étages de leur palais à des garçons tailleurs qui font des culottes sans être passés maîtres en culottes; ce monde et Paris sont remplis de bonnes choses et de contradictions.

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Notre petite salle de rOpéra-Comique de la foire Saint-Laurent, est assez jolie. Notre Pont-Neuf serait un beau morceau s'il n'était pas gâté par une cage à poulets que nous appelions la Samaritaine. Il est étonnant qu'on fasse de si belles choses à Paris et qu'on ne rétablisse point Mont-Faucon.

Ce lieu si célèbre dans l'histoire n'étale plus aux étrangers que deux colonnes mutilées. Ne pourrions-nous pas engager l'État à le rétablir ? Il serait satisfaisant pour le public qu'on donnât cette commission aux fermiers généraux, voici pourquoi : Pasquier a remarqué que les fourches patibulaires de Mont-Faucon ont porté malheur à tous ceux qui s'en sont mêlés. Enguerand de Marigny, qui les fit bâtir, et Pierre Rémi, surintendant des finances sous Charles-le-Bel, qui les fit réparer, y furent pendus. Jean Monnier, lieutenant civil de Paris, y ayant fait mettre la main pour les refaire, y fit amende honorable. La remarque de F'asquier, dit AL de Sainte-Foix, est bonne, en ce qu'elle fait voir qu'il a été un temps en France où l'on faisait justice des grands comme des petits voleurs.

Saint Antonin, homme éclairé, a édifié son siècle par de beaux songes. La Vierge, une nuit, dit 'ce bienheureux, se promena dans le dortoir des jacobins en passant et repassant le long des lits, elle donnait la bénédiction aux moines qui dormaient, elle la refusa à un gros moine couché sur le dos dans l'attitude du vieux Noé. Antonin fut canonisé par Clément Vil, qui aimait les belles choses.

Saint Alberic a reçu un capuchon blanc delà Vierge, et lorsqu'elle le lui mit sur la tête, les capuchons, de ses moines, qui étaient noirs, devinrent blancs.

Crédulité, c'est le savoir des sots.

Saint Hilarion n'a point été canonisé par les papes, il le fut par le grimoire, qui servait autrefois à la béatification des saints. Le grimoire était un livre farci d'oraisons et d'invocations qu'on récitait la nuit, à la lueur d'un cierge triangulaire. Un prêtre le lisait pour savoir si un homme méritait d'être au

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rang des saints : les oraisons achevées, le prêtre se couchait ; si, la nuit, il faisait un songe agréable, il assurait que la personne pour laquelle il avait lu le grimoire était en paradis.

Saint Si.mox-Stoch. La sainte Vierge lui apporta du ciel le scapulaire du Mont Carmel en lui disant : compère Simon, celui qu sera vêtu de ce chiffon sera sauvé. Ceux qui le porteront , dit la bulle sabatine de Jean XXII, confirmée par Alexandre X, ne demeureront en purgatoire que jusqu'au samedi suivant de leur décès.

Saint A.mbroise, dans l'apologie de David, avance, au sujet du meurtre d'Uri, un principe abominable et contraire à l'humanité. David, dit-il, 7ie pécha point envers Lri lorsqu'il lejil mourir, parce que les rcis étant les maîtres de la vie et des biens de leurs sujets peuvent les leur ôter lorsqu'ils le jugent à propos, sans qu'ils soient coupables.

Notre-Dame du saint Rosaire. Le saint

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Ro.-^aire, dit le livre de la Confrérie, imprimé à Saint-Omer, est une chose mystérieuse, c'est un signe d'élection d'être de cette frérie. Les réprouvés devie7inent enfants de Dieu dès Vinstant quils sont co?iJrères. Leurs 7ioms, , écrits dans le livre de la confrérie, sont aussi écrits dans le livre de vie, parce que le livre de vie et celui de la confrérie est bonnet blanc , ou blanc bonnet. Ceux qui feront écrire les noms de leurs pères et mères, seront assurés que leurs parents sortiront du purgatoire au moment même que leurs noms seront écrits dans ce livre.

Toute la cour céleste et Dieu le père sont de la confrérie. En disant le vénérable rosaire , on gagne trois cent soixante-neuf mille ans d'indulgences, sept quarantaines, et l'on délivre chaque fois une âme du purgatoire : ces sottises ont été approuvées par Pie V, Sixte IX, Innocent VIII, Alexandre VI, Adrien VI, Clément VII.

Saint Constantin, empereur. Saint fort équivoque. Son baptême et la guérison de sa lèpre par le pape Sylvestre est une fable.

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Les historiens anciens disent que cet empereur se fit baptiser un peu avant sa mort ; au faubourg- de Xicomcdie , par Eusèbe Arien.

NoÉ, saint du Vieux Testament, fameux par le grand coffre qu'il fit pour sauver les hommes. Benjamin Tudèle, juif, dit le khalife Omar employa les débris de l'arche à bâtir une maison à Mahomet. George, dans son déluge de Deucalion, dit après d'Haïton, que sur le mont Ararat on voit quelque chose de noir , qui a l'air d'une arche. L'imagination des fanatiques est comme celle des enfants, ils voient des choses que les philosophes ne voient point. Nous connaissons par l'histoire trois déluges, celui de Noé, celui d'Ogygès dans l'Attique et celui de Deucalion en Thessalie. L'histoire de ces déluges est remplie de fables et d'absurdités qui font rire le lecteur.

Après le déluge de Xoé, le vin fut connu, et le vin amena avec lui la débauche sur la terre. On croirait , dit un savant, que les hommes avant le déluge, étaient plus sages

que ceux qui vinrent après. Si l'on considère les désordres que le vin a fait commettre, il est probable que l'impudicité devint plus grande, si l'on croit cet axiome:

Sine Baccho friget Venus.

Saint Jacques, dans son cpitre catholique, dit que la foi sans les œuvres ne justifie personne. Saint Paul , que les œuvres ne justifient personne, que la seule foi justifie et non pas les œuvres.

Saint Job est un poète ancien; son style est rempli d'expressions hardies : les ouvrages qu'on lui attribue ont été composés à loisir, et ne paraissent pas être des impromptus faits sur le fumier. On trouve des idées très profanes dans ce prophète, celle où il appelle le grand Jéhova , le maître des dieux est singulière. L'effort poétique qu'il se donne de faire convoquer par Jéhova l'assemblée céleste et de faire critiquer par Momus, sous le nom de Satan, les actions de Dieu, est extrêmement libre. Il faut un

esprit supérieur pour croire ce livre, inspiré par le Saint-Esprit.

La Fête de la préséntatiox de la SAINTE Vierge, chômée en mémoire de Marie, présentée à l'âge de trois ans au Seigneur. La légende dorée assure sérieusement que le grand prêtre la logea dans le Saint des Saints, d'où les femmes n'approchaient jamais, et où le sacrificateur n'entrait qu'une fois l'an. Le vénérable sanhédrin des Juifs viola, en faveur de Marie, les lois de Moïse, et il fit construire une chambre sous l'autel de l'arche de Talliance où les anges venaient servir la sainte Vierge.

Lorsque Marie eut atteint l'âge de quinze ans, le sanhédrin, chargé de la marier, la proposa aux jeunes gens de la tribu de David. On fit annoncer dans un programme que ceux qui voulaient aspirer à l'honneur de sa main, eussent à se rendre au jour assigné dans le temple avec une verge à la main. Un vieux garçon à barbe grise, qui lisait les gazettes , se trouva au rendezvous.

Honteux de se voir en face d'une jeunesse brillante, il cacha sa verge sous sa robe; au moment que le grand prêtre prononçait les paroles du rituel juif, le Saint-Esprit descendit sur Joseph et dans l'instant sa verge fleurit. A ce miracle on reconnut le doigt du seigneur et le vieux garçon fut nommé l'époux de Marie.

Marie survécut à son époux et poussa très loin sa carrière ; quelques jours avant sa mort, un ange vint lui annoncer que dans trois jours elle mourrait. Les apôtres, dispersés par toute la terre, se trouvèrent à sa mort. Le bon vent les avait apportés dans des nuages à la porte de sa maison. Alors on entendit des concerts divins, la palme se changea en feuilles dorées. Les apôtres virent Marie enlevée au ciel, soutenue par des anges. Le savant M. de Launoy assurait que cette assomption était un conte, comme celle de Fatime, femme de Mahomet, que les fidèles croyants chôment à l'exemple des fidèles chrétiens. L'Eglise, qui n'a pas encore mis cette histoire au nombre des articles de foi, n'oblige point ses enfants à la croire.

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Cette fête fut instituée à Aix-la-Chapelle par un prélat qui faisait de beaux rêves.

Le i6 août, Saint Hyacinthe. Les Tartares assiégeant son couvent , il prit le ciboire, et comme il se sauvait avec ce dépôt précieux, une grosse notre-dame de marbre lui dit : « Mon bon ami, à quoi penses-tu > Comment, tu sauves le fils et tu laisses la mère exposée à la rage de ses ennemis ? Le saint s'excusa sur la pesanteur de la statue. Marie insista. Hyacinthe la prit et la trouva légère comme une plume, parce que rien n'est impossible à Marie et à ses statues de marbre. Ce bienheureux est le protecteur des femmes enceintes à cause de son nom qui rime avec une fille enceinte. Jai lu à la porte des jacobins de Bruxelles une affiche conçue en ces termes : On célébrera jeudi, dans cette église, la fête du glorieux Hyacinthe, religieux de Vordrc des frères prêcheurs. Le saint est original et singulier pour les femmes grosses, il y aura indulgence pléniére sans miséricorde.

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Le bienheureux Ruffin , compagnon de saint François, tenté par le diable, consulta son patriarche sur ce qu'il devait faire pour se déliver d'une pareille bête. François lui dit: « Mon frère, quand le diable vous tentera, vous lui direz: Satan, ouvre ta bouche, je chierai dedans. Chaque fois que Ruffin faisait ce compliment au diable, le diable courait comme un diable. Je suis étonné qu'on n'ait pas inséré cette recette merveilleuse dans le livre des exorcismes ; on craignait peut-être de faire tort à l'eau bénite.

La Portionxule, nom que les capucins donnent à des indulgences apocryphes. Saint-François, rêvant debout dans une chapelle, vit l'Eglise de Rome en feu, il alla chercher de l'eau pour éteindre l'incendie ; sur le bord d'un ruisseau trouva la sainte Vierge portée sur des têtes de chérubins; elle lui dit : je descends du ciel pour te combler de mes faveurs, demande moi ce qui te flattera davantage, je te l'accorderai. Après quelques compliments, François lui demanda une in-

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dulgence plènière pour les pécheurs qui entreraient dans la chapelle de la Portioncule. Le bon Jésus, en considération de sa mère, ratifia l'indulg-ence, à condition que le patriarche des capucins la ferait confirmer par le pape. Ce dernier fit assembler le sacré Collège, on traita le moine d'insensé et on l'envoya prêcher ses frères les lapins (i). Le pape se rappelant quelques jours après le besoin qu'il avait des moines pour défendre ses'prérogalives, lui accorda sa demande. Le comique de cette indulgence, c'est que le bon Jésus l'avait donnée à François pour tous les jours de l'année, et que le pape la fixa à un seul jour.

(i) St. François appelait les lapins et les dindons ses frères, il était encore de la famille des poux, il les ramassait quand ils tombaient et n'osait les tuer à cause du sixième commandement, tune tueras point. Sa sœur l'alouette était celle de sa famille qu'il estimait davantage. Les Capucins ont pris la couleur de cet oiseau à cause qu'il avait un Capuchon, et que leur fondateur avait dit que sa sœur l'alouette était l'image d'un bon religieux.

Quelques mauvais garnements avaient flétri la réputation de saint François, en l'accusant d'avoir commis quelques jolies misères avec une fille du monde. L'accusé, pour montrer son innocence, se dépouilla et parcourut les rues d'Assise.

Les gens d'Assise connaissaient sans doute les signes de virginité chez les hommes. Cet exemple fut imité par le F. Léonard, élève de saint François.

Dans le temps que les crucifix parlaient, c'est-à-dire dans le bon temps des moines, un crucifix de bois dit à saint François : mon ami, va-t-en refaire ma maison. Le saint, qui prenait les choses à la lettre, alla apprendre le métier de maçon ; et dès qu"il sut un peu manier la truelle, il sut réparer une vieille église qui tombait en ruine. Le crucifix s'apercevant qu'il avait affaire à un sot, s'expliqua plus clairement. Nous ne nous entendons pas, lui dit-il, mon ami François, vous avez l'esprit où les poules ont l'œuf; l'église qui tombe en ruine, c'est mon église apostolique, catholique et romaine.

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Dans ce temps-là l'Eglise n'était pas encore infaillible; car ce qui est infaillible ne peut périr, et n'a pas besoin de réparation.

Saijit Junipère. capucin, avait lu dans l'Écriture, qu'il fallait devenir enfant pour entrer dans le royaume des cieux ; en conséquence il chiait dans son lit comme font les enfants, il jouait avec eux à la bascule. L'odeur de sa sainteté était si forte, qu'on la sentait à vingt pas à la ronde, surtout les jours qu'il avait chié au lit.

Le 4 Novembre, S.\int Charles Boro.mée.

Il fut longtemps la dupe des jésuites. Le P. Ribera, son confesseur, commettait régulièrement dans son palais le crime que Duchaufour enseignait à Paris.

La Con'ception de la Vierge. L'Eglise jusqu'à l'an 1150 a cru que Marie avait été conçue dans le péché originel. Jean Duns, dit l'Ecossais, fut le premier qui prêcha l'immaculcc conception, qui fut

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soutenue par les cordeliers contre les jacobins. Sixte IV, général des cordeliers, devenu pape, ordonna la fête de la conception, et cela à propos de l'aventure d'un chanoine en commerce avec une femme.

Le prêtre, pour aller voir sa maîtresse passait la Seine; en entrant dans. le bateau il avait le saint usage de réciter V Ave Maria, Un jour, le diable et le vent le culbutèrent au fond de Teau : il se noya, et le diable emporta le chanoine adultère aux enfers. Le troisième jour de sa damnation, la sainte Vierge descendit aux enfers, redemanda le chanoine au diable , disant quil lui appartenait à cause qu'il récitait fréquemment la salutation angélique. Le diable, qui avait de meilleures raisons que la Vierge, soutint que M. l'abbé lui appartenait, que les Ave Maria n'équiv^alaient point quelques milliers d'adultères, et que le chanoine était de bonne prise. Après beaucoup de disputes, VAve Maria l'emporta sur l'adultère. Le chanoine ressuscita, et la Vierge lui ordonna, en reconnaissance, de réciter son office et de

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chômer la fête de la conception immaculée.

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