‹ L'Arrétin moderneChapitre 32 sur 37 · LARRETIN · texte numérisé non relu

LARRETIN

La Toussaint. Ce fut sous Jean XXV, l'an 995, que l'on commença à canoniser les saints. Saint Ulric fut le premier. Lesévêques ont possédé longtemps le droit de faire des saints. Rome leur ôta ce privilège. Saint Martin fut le premier dont ont fit l'office. Ses reliques, placées sur l'autel, firent crier le clergé de France. Les saints dont nous faisons un des objets de notre culte, sont des êtres que nous ne connaissons que par réputation. On attend trop longtemps à les canoniser, dit le roi de Prusse; ce n'est guère que cent ans après leur mort; cette politique est bonne, ajoute le même monarque, alors il n'y â plus aucun témoin de leurs fredaines. Sœur Marie à la Coque a fait de très méchants vers sur la fête de la Toussaint que son papa, monseigneur Languet, trouvait admirable.

La Trinité. Fête nouvelle dans l'Eglise. Les Juifs n'ont jamais connu ce mystèi^e. Les premiers chrétiens n'avaient point de notions claires des trois personnes divines, Le pape et toutes les églises du mo*de

étaient dans l'erreur au sujet de la trinité. Saint Athanase fut le seul qui ne s'écarta point de la foi et qui tint ferme contre un concile et l'infaillibilité de l'Eglise.

La Fête-Dieu. La procession de ce jour doit son origine aux rêves d'une religieuse du monastère de Dardaines au pays de Liège. Cette fille assura, en rêvant, que le seigneur lui avait ordonné de faire une procession en son honneur. L'évêque de Liège commença le premier. L'église et le clergé de France jetèrent les hauts cris, jamais établissement ne fut plus contesté que celui de cette fête. Le grand Erasme l'appelait la fête de Cerés. Ce jour est le triomphe de la Cène, ou du pain des anges qui fait germer les vierges. Les prêtres et les moines, qui s'en nourrissent chaque jour ne sont ni plus chastes, ni plus parfaits, que les honnêtes gens qui n'en prennent c[u'une fois l'an.

Saint François de Paul. Un capucin indigne, mais garçon bel esprit, chargé de son panégyrique, fil un cxordc original,

pritpour texte ce verset des psaumes : T^osuit pedem in olco, il a mis son pied dans l'huile, et commença ainsi son sermon: « Saint Bruno, chrétiens, mes frères, fondateur des chartreux, a mis son pied dans la solitude, saint Ignace a mis son pied dans la poussière des classes. Notre bienheureux séraphique saint François, fondateur des capucins, a mis son pied dans la merde, et saint François de Paulamis sonpied dans Ihuile. Voilà pourquoi ces révérends pères mangent de l'huile. Ave Maria. »

Sainte Thérèse. Cette vierge a fait des efforts incroyables pour rallumer sur le Carmel le flambeau de la chasteté. Le tempérament et les filles ont eu plus de force que son style et les lettres circulaires. Le démon du midi est plus difficile à chasser du corps des carmes, que des autres nations religieuses. Le scapulaire cause peut-être chez eux des ravages dans des parties toujours tendantes au bien général delà société. Si le flambeau de la chasteté n'est plus qu'une mèche qui fi me parmi «ux, en re-

vanche, le feu supérieur à celui de Prométhée se conserve religieusement dans cet ordre. Le monde est si persuadé de cette vertu, qu'on dit partout il bande comme un carme.

Uu jour, le diable (cette machine est toujours montée contre les saints), voulut tenter Thérèse. Depuis longtemps , Satan avait épuisé son latin. Il la vit entrer dans l'église, le démon, sans avoir peur du bénitier, s'avança vers l'autel, se plaça vis à vis de sœur Thérèse, il tenait un cra^'on et un morceau de parchemin pour enregistrer les immodesties qui se faisaient dans ce lieu.

Il avait déjà marqué en noir un abbé dont l'œillascif avait couru sur la gorge naissante d'une jeune fille, le nom d'un poète qui priait Dieu par distraction , les manèges d'une jeune fille avec son amant à qui l'église servait de rendez-vous. Le diable, le père de la précaution, manqua ce jour-là de provision. Son parchemin rempli, ne sachant plus où mettre les délinquants, il s'imagina de l'allonger, il le mit entre ses dents et le tira si fort que le parchemin se rompit, et la tête alla donner rudement centre le pilier. Thé-

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rèse, réjouie de laccident, se mit à rire. Le diable, charmé de placer son nom avec les autres, g-ambada d'aise, et mit sur son registre :

Fille qui rit est, dit-on, bientôt prise.

Ce beau morceau de la vie de sainte Thérèse, nous a été conservé par saint Simon Sthoc, et les carmes en ont paré leur légende.

La décollation de saint Jean. On étale à la vénération des fidèles, la tête de Jean- Baptiste dans un plat. On croit qu'une jeune fille l'apporta dans la salle du festin, où Hérode célébrait le jour de sa naissance. Est-il croyable qu'une jeune fille qui aimait la danse eut apporté une tête sanglante à la table d'un souverain ? A Nogent-sur-Seine, on montre la cervelle de saint Jean qui fut trouvée, dit-on, sous la pierre d'une fontaine à une demi-lieue de la ville , dans deux écuelles de bois de frêne qu'on porte aux malades, et qu'on met sur la tête en guise

de calottes. Au bas de cette relique on voit un vieux couteau rouillé avec cette inscription : « Chi est le coule là cou qui a coupé sa chervel .

Saint Laurent. L'Eg-lise honore l'étole et la tunique de ce glorieux martyr. De son temps les diacres n'avaient ni étoles ni tuniques.

Saint Longin Martyr fut un soldat, dit la légende, qui perça le côté de Jésus. Ce soldat est appelé Longis ou Longin par ignorance. Longis était le nom de la lance qui perça le côté de Jésus ; de cette lance les légendaires ont fait un homme, de cet homme, un martyr.

Lf.ssept dormants ont été mal récompensés de leurs vertus, ils méritaient d'aller en paradis comme les autres saints. Pourquoi les faire dormir à propos de bottes et reculer si longtemps leur bonheur? Leur sommeil ne pouvait servir à rien à la gloire du christianisme, hors que les rêves ne soient des choses essentielles à l'autorité de la tradition.

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