‹ L'Arrétin moderneChapitre 35 sur 37 · HISTOIRE MERVEILLEUSE ET · texte numérisé non relu

HISTOIRE MERVEILLEUSE ET

ÉDIFIANTE DE GODEMICIIÉ,

Trouvée dans un ancien manuscrit de la bibliothèque de la Sacrée Congrégation des Rits.

Son air natal csl celui de la GriVe.

Godemiché , italien de naissance . naquit de parents catholiques , l'an premier de la création des vœux monastiques; de jeunes filles de quinze ans, à qui les lois ne laissaient pas la liberté de disposer de leur patrimoine, avaient disposé, dès cet âge, deleur liberté, bien précieux sans lequel les autres sont sans substance. Ces innocentes avaient fart le marché de bonne heure , dans la crainte de faire des enfants ou d'être sollicitées par de beaux garçons, qui sollicitent toujours les filles à en faire.

Les porte-collets de ce temps-là , plus froids que les porte-collets de ce temps-ci, avaient prêché et assuré à ces filles qu'un habit de bon g-oùt offensait le ciel . qu'un

vêtement ridicule et grotesque allait mieux à des vierges destinées par la création de l'argile du premier homme à jouir du bonheur éternel. Les haillons , qui rendent la vertu maussade, sont de très saintes choses. Un capucin habillé en satire, en égipan, est un objet très récréatif pour les anges. Ces indignes mal vêtus dans ce monde, seront richement habillés là-haut où ils occuperont les premières loges. Leur crasse , leur vilaine barbe et leur vermine, placées à côté de l'agneau sans tache , jetteront un furieu.x éclat dans le paradis. L'incroyable et l'extraordinaire entrent aisément dans l'esprit des tilles de quinze ans, parce que les filles de quinze ans sont très crédules.

Une nonnaine, nommée sœur Conception, était rongée de certains cousins issus de la même nation de ceux dont se plaignait l'apôtre des nations. Le directeur du couvent s'amouracha d'elle, il cherchait à triompher de sa vertu. La sœur, qui avait fait vœu d'être stérile à dessein d'augmenter la gloire de l'Être suprême, s'opposait aux désirs naturels du directeur. Le moine, vigoureux, ai-

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mait les liUcs à cause que sa mère avait été fille , lui disait : d En vérité, ma chère sœur, votre caprice est inconcevable , pourquoi vous laisser manger des cousins? Un malade qui peut se soulager et qui ne le fait pas, offense le ciel. La pâleur mortelle répandue sur votre front annonce que vous ne garderez plus longtemps votre pucelage. Quel chien de plaisir de laisser pourrir de si belles choses dans la terre ? Ah ! ma chère sœur, n'enfouissez point vos talents, il vaut mieux faire un enfant que de ne rien faire. La nature pour engager les filles au travail, attache des plaisirs à cette besogne. Quelle sensation trouvez-vous d'obéir à une supérieure stupide. croyez-moi, tuez vos cousins; tenez, ma sœur, je me charge volontiers de l'opération; essayez, l'instrument meurtrier vous fera plaisir. » La sœur, ébranlée par les discours de son directeur, consentit à la mort des cousins.

Aussitôt que la sœur vit l'appareil et surtout l'instrument qui devait tuer tous les cousins, elle recula et parut étonnée : « Comment, mon Révérend Père, lui dit-elle.

croyez-vous tuer mes cousins avec une misère comme votre instrument , il faut un bras plus fort que celui-là. — Ne vous inc|uiétez pas, lui dit le cordelier, c'est le meilleur de l'ordre, il a eu trente-six voix au dernier Chapitre général. » La nonne qui croyait en Dieu et dans le père directeur, se laissa persuader. Le pater tua les cousins. La sœur trouva l'opération si douce , l'instrument meurtrier si agréable, qu'elle désirait d'avoir encore des cousins à détruire.

Depuis le massacre des cousins, le directeur était intrigué sur les suites de cet assassinat. Il craignait que les cendres de ces animaux ne renaquissent comme celles du Phénix et ne produisissent un gros garçon. L'inquisition, les pères jacobins et la Sac rée Congrégation des rits défendaient dans ce temps-là aux cordelicrs, aux moines et aux confesseurs de faire des enfants aux filles ; à cause qu'ils avaient dit des paroles qui n'étaient point dans la loi. Un directeur était brûlé parles bourreaux du Saint Père, quand il s'avisait de diriger le corps de ses pénitentes. Le cordelier alla consulter une vieille

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sorcière logée dans une cabane aux pieds du Monte Cavallo. Cette femme avait été protégée de plusieurs papes à cause qu'elle avait deviné en jouant les cartes que le Saint- Esprit les choisirait. Les cardinaux allaient la consulter chaque fois qu'il mourait un pape, et la sorcière était fort considérée du Sacré Collège.

Le moine, en l'abordant, lui dit. « La signera Moïsa Merlina Dandora, j'ai connu en chair et en os une jeune nonne qui avait la peau blanche comme du pain béni, la taille droite comme un cierge pascal, le visage vermeil comme le sang de Saint Janvier, des yeux brillants comme les œufs de Pâques, une fille enfin charmante comme les onze mille vierges. — \'ous avez fait sans doute un enfant à cette belle nonne, lui dit la sorcière -^Oui, la signera, répondit le moine. — -Mon père, il n'y a point de mal à ça, les abbés font de cette magie-là tous les jours, sans aller au sabat ; que voulez-vous donc de moi > — Je voudrais, dit le moine, que la sœur ne devint pas enceinte. — Cela n'est point aisé, cependant je vais consulter mon

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grimoire. » La sorcière prit un jeu de cartes, c'était son livre de magie, elle fit passer et repasser des carreaux, des trèfles, sans rien découvrir, le valet de pique, accompagné d'un as rouge, parut tout à coup ; à ce spec" tacle la sorcière s'écria: « Vive le diable, la religieuse accouchera d'un mâle. — Notre Dame de Lorette, dit le directeur, je suis perdu ! — Ne craignez rien, lui dit la signora, ce qu'elle mettra au monde ne sera point un enfant. Une vieille sibille de la marche d'Ancone a prédit dans le chapitre 23 de la bonne foi au diable, que l'an premier de l'ère monastique, une Vierge enfantera Godemiché. Cet enfant, l'image de la virilité, sera le consolateur des filles et l'allégement des misères de la grille.

)) Afin que le miracle réussisse, vous ferez manger des mandragores à la nonne. Du temps d'un ancien patriarche qui n'était point du tout sorcier et qui fut le père d'un peuple qui n'était point sorcier, on croyait que les mandragores faisaient des enfants, à cause que leurs racines portaient la figure des choses qui font les enfants. Vous savez qu'en

bonne physique la figure ne produit jamais la réalité, en sottise et en sorcellerie la figure détruit la réalité. \'ous prendrez donc une livre de mandragores, une once d'étoupes(*) qu'on a brûlées fort inutilement à l'exaltation du dernier pape ; vous délayerez ces simples dans une pinte d'eau lustrale et demi-setier de lait danesse : du tout vous ferez un boudin blanc que vous ferez manger à la sœur enceinte.

» Après que la nonne aura pris cette potion, vous direz l'oraison des quarante jours que vous trouverez dans de mauvais livres de prières. Le dernier jour de la quarantaine vous demanderez à la Sainte Vierge que le sortilège s'accomplisse à cause que vers la fin de l'oraison des quarante jours ily a une pause où la rubrique avertit de demander ce

(i) On brûle dos étoupes à l'esaltatioa des Papes en leur criant bien fort aux oreilles Sancle Tater sic iraiiùl gloria minuïi. Saint Père voilà comme passe la gloire du monde. Malgré ce feu d'artifice le Pape est fort attaché au patrimoine,, à ses trois couronnes et à ses prérogatives.

que l'on veut, que la Vierge l'accordera à ceux et celles qui le lui demanderont dévotement Après l'oraison vous prendrez de l'eau bénite, vous ferez signe de la croix le trois fois, et au lieu de dire in nomine patri etc. vous direz ces paroles de Despautere Corbafus hic aut hxc grossus. Pendant neuf jours vous direz l'oraison suivante à saint Guinolé : le latin de cette oraison ne vaut pas le diable. Ne vous en étonnez point, on sait par l'histoire de Loudun, et la tradition de tous les possédés, que le diable parle latin comme un fiacre. »

L'oraison que la signora Moïsa Martin a Dandora donna au directeur était bâtie en ces termes.

Oremus.

Snnclus Guinolus confessor Ecclesiœ, rogo te per gJoriam iuani collatam a sanclissimam psipatn et per fident quem provinciam armoricam habet clrcam iuani reliquimn ut sororem conceptionem largire digneris à peste à furore normand arum liber are ac puenim de tjus utero rejicere siciit sacerdos lempli ttii repuhat iclpionenetn tuam quando muUeres dévalas eunt scahcre iiium sanctum instrumcnium.

Per sanclum dactilum tuum compcsitum loiigo cum duobus brevitus. Amen. (*).

Le directeur exécuta toutes les oraisons sans scrupule. Il avait étudié son traité du scandale chez les jésuites, il était persuadé qu'on pouvait en conscience commettre saintement dix crimes pour en cacher un. Il fit un boudin de mandragore et le lit manger à le sœur Conception.

Quelques jours après avoir manger le boudin la nonne enfla. La mèreabbesse, qui connaissait la bonté des verrous etdes grilles de son parloir, ne savait à quoi attribuer Tépaississement de sœur Conception. Elle crut quelque temps que c'était un mystère.

(i) Saint Guinolé, confesseur de l'Eglise, je te prie, par la gloire que t'a conféré le Saint Père et par la loi que la province de Bretagne a pour ta relique, que tu daignes délivrer la sœur Conception de la peste, de la fureur des Normands et rejeter de son sein l'enfant qu'elle a conçu, ainsi que le prêtre de ta chapelle répousse ta béquille quand le dévot sexe va gratter ton saint instrument : par ton S. dactile composé d'une lonsfue et de deux brèves : Ainsi soit-il.

Le mystère croissant chaque jour elle eut des inquiétudes. En fille prudente, elleappella le confesseur extraordinaire pour interroger la nonne, et savoir si le diable ne pouvait point engrossir les filles. Le confesseur, qui était un mathurin, demanda à la nonne si elle n'avait point 'greluchonné avec des faraux. « Non, mon révérend, lui dit la sœur. — Mais n'auriez-vous pas joué au qui met-on, il y a sept à huit ans, avec de beaux garçons? — Hélas mon Père, je n'avais alors que sept ans, est-on si longtemps à faire un enfant ? — Oui, dit le Père mathurin, surtout quand les filles sont difficiles à accoucher ; nous savons par l'Ecriture Sainte que la mère de Saint Christophe a été dix-huit mois à le faire ; peut être que vous avez un Saint Christophe dans le ventre ! en ce cas, je vous plains, ma chère sœur; car le gros Saint-Christophe a occasionné de furieuses douleurs et de terribles coliques à madame sa mère en le mettant au monde: Dame, aussi il était si grand que ça faisait trembler. » Le casuiste ne concevant rien à la grossesse de la sœur Conception, l'attribua au diable.

selon l'usage de ce temps-là, de chargexcette bête des accidents ou des événements que l'ignorance ne concevait pas. Sans le diable, les directeurs seraient souvent sans bonnes raisons.

Le cas de la sœur enceinte étant regardé comme un cas réservé au Saint-Siège, on le proposa à la Congrégation du Saint Index qui décida avec le Saint Père qu'il fallait derechef interroger la nonne, la menacer sous peine d'excommunication majeure de déclarer la véritable cause de sa grossesse. On députa en conséquence un légat klatere, qui conjura la sœur par la chaise percée du Saint Père de lui déclarer la vérité. La religieuse tenant ferme contre les foudres du Vatican, n'avoua rien. Le légat ne pouvant tirer aucun éclaircissement s'avisa de demander si elle n'avait pas mangé du boudin. La nonne avoua qu'elle en avait convoité longtemps, que son directeur lui en avait donné et que le boudin lui avait procuré des rapports et des envies de vomir.

Le légat rapporta l'affaire à la sacrée Congrégation des Rits, qui convoqua la sacrée

Congrégation de auxiliis et tous les cardinaux (*). On fut longtemps avant de décider, mais non pas un siècle comme dans la cause des capuchons pointus des cordeliers qui occupa quatre souverains pontifes. Les congrégations assemblées décidèrent qu'il fallait s'informer de quelle couleur était le boudin quelasœur avait mangé; en conséquence on renvoya le légat chargé de nouvelles instructions relatives aux couleurs.

L'envoyé du Saint-Siège rapporta que la sœur avait mangé du boudin blanc. Les docteurs consultèrent l'Ecriture , ils trouvèrent un passage où Salomon parlait de boudin , mais ce passage ne décidait que pour le boudin noir. Il était conçu en ces termes : nigra sum sed formosa. Peur l'approprier au boudin blanc, on consulta les auteurs grecs, les vieilles poliglottes, le talmud, le texte hébreu, le samaritain et la

(i) On donnait ce titre de cardinal aux curés du Rome : aujourd'hui on le donne à des êtres inutiles qui, inférieurs aux évêques. ont acquis, on nés ait trop pourquoi, le pouvoir d'élire les papes.

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bible de Mons. Ces livres, qui se contredisent toujours, furent par hasard d'accord sur le boudin noir. Les sacrées congrégations ne pouvant rien décider sur cette grossesse, renvoyèrent l'affaire aux médecins.

Il y avait à Rome dans ce temps-là, deux cent-treize Hippocrates ignorants comme le sont ordinairement ces docteurs adversaires de la santé. La faculté, avec monsieur le doyen en tête, examina le cas de la sœur Conception : après beaucoup de grec et de latin inutilement prodigué, on décida que le boudin , composé de graisse et d'autres viandes indigestes, ne pouvant se dissoudre aisément dans l'estomac, séjournait longtemps dans les dernières voies, et s'arrêtait avec irritation dans le boyau rectum, et que de là provenait l'enflure de la malade; à cause que Gallien a dit que le ventre rempli de boudins était plus enflé ordinairement, que le ventre d'un homme qui n'avait pas mangé depuis trois jours, repletio betolii pessima.

Un accident malheureux fit accoucher la sœur avant terme, elle rêva qu'elle était à

sa toilette à mettre des bijoux à ses oreilles, elle croyait dans son rêve que ses bijoux étaient des diamants ; mais aussitôt qu'elle prit son miroir pour voir l'effet que les bijoux feraient, elle fut effrayée de voir en leur place les deux pendants d'oreilles qu'Origènes se coupa pour avoir le royaume des cieux. Au cri perçant qu'elle jeta, elle fil accourir la mère abbesse et les quatre discrètes; à peine ces nonnes furent-elles entrées dans la chambre de sœur Conception, qu'elle sentit les grandes douleurs de l'enfantement.

Godemiché commençait déjà à paraître à la porte du monde. Les discrètes, les lunettes sur le nez , regardaient son entrée triomphante et s'écriaient de temps en temps : Jésus, Maria, le boudin avance. A chaque effort de la sœur Conception, le corps de Godemiché sortait de plus en plus. Les vieilles, un chapelet à la main, priaient le ciel, notre Dame des Sept-Douleurs ou de la Compassion, pour l'heureuse délivrance de leur consœur, et de temps en temps encourageaient de leur voix rauque la pauvre

malade. Bref, l'enfant vint au monde. La jeune abbesse le reçut dans uneguimpe fine, les discrètes étonnées, le prirent d'abord pour un écritoire. Vive Jésus ! dit la plus vieille, le boudin est un écritoire : voyezvous l'encrier et le sablier > L'abbesse, qui n'était pas si bête, sentant palpiter l'écritoire dans sa main, le mit dans sa gorge pour le ranimer.

Godemiché n'était pas comme les hommes obligé de passer parles misères de l'enfance. Dès qu il fut dans le sein de la jeune abbesse il s'électrisa et prit aussitôt l'âge de puberté. Le premier usage qu'il fit de son existence fut de glisser du corset de l'abbesse vers un endroit que la pudeur m'empêche de nommer dans un siècle où la décence est un si beau mot. L'abbesse tomba dans l'instant en extase , ses yeux mourants et presque fermés par le plaisir : un mouvement délicieux l'agitait voluptueusement; à chaque secousse que lui donnait Godemiché , elle s'écriait : Ah ! ... ah ! j'expire... mon bon Jésus, est-il possible que ta bonté ait rendu tes créatures susceptibles de tels ravissements >

A peine Godemiché eut-il rempli de son onction la mère abbesse. qu'il s'envola sous le jupon d'une jeune novice : la nonne tomba à l'instant dans cet état charmant, qui rend les mortels ég-aux aux dieux. Ah cœur!

s'écria-t-elle, ôplaisir... jemeurs... j'expire... attends... finis. . non, continues. Un silence enchanteur succéda à ce barbouillage; bref, Godemiché, comme un papillon volage ou comme un Français, voltigea de nonnes en nonnes, les combla de plaisirs. Fatigué de tant d'exploits, le héros tomba à terre. Une vieille discrète le ramassa, et croyant le ranimer dans son sein comme elle avait vu faire à son abbesse, elle ne fit que hâter le moment de son trépas : le valeureux Godemiché, épuisé de fatigue et saisi par le froid qui le prit subitement dans les tétons secs de la douairière, expira.

L'abbesse et les nonnes, revenues de l'extase où le plaisir les avait plongées, demandèrent où était le dieu qui les avait enchantées. La vieille le tira de son sein et leur montra le pauvre Godemiché sans vie : à ce spectacle , elles versèrent un torrent de

larmes; l'amour, ce vrai consolateur du monde, leur donna l'idée de faire une figure semblable à celle du défunt. On la fit d'abord de chamois, quelque temps après de velours (a) et les siècles perfectionnèrent tellement l'instrument qu'on introduisit dans son sein un petit réservoir de lait chaud qu'un piston artistement construit élance avec vigueur dans le séjour constant des plaisirs; depuis ce temps, l'image sert de réalité : la figure du mort a passé dans tous les couvents où il a pris le nom honnête de bréviaire du diocèse.

(i) Dans un abbave en Champagne, un notaire un peu mouton, faisait l'inventaire des meubles d'une abbesse mit bêtement sur la liste. Item un instrument de velours à l'usage de la défunte.

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HISTOIRE DES SEPT FILS AIMOiN.

Extraite du livre qui paraîtra après ma mort. Que ïaffreux fanatisme a t'^oubU les mortels!

Alexandre, surnommé le Grand, pour avoir été le plus fameux bourreau delà terre, était comme dieu fils de Jupiter, et comme homme, fils de Philippe, roi de Macédoine. Le divin Alexandre mourut. Le destin le permit ainsi, dans la crainte de scandaliser les hommes assez méchants pour mépriser la Divinité, si elle eût fait un iils mortel. Car un Dieu immortel qui fait un enfant à une petite créature humaine commet une espèce de bestialité, plus grande que celle pour laquelle on brûle tant de malheureux bergers et de garçons d'écurie, qu'on retirerait aisément de ce vice, si on leur donnait tout naturellement une jolie fille. Mais on aime mieux faire de la cendre avec des hommes, parce qu'ils sont nécessaires à l'État.

Après la mort de ce monarque, un enfant nommé Antiochus, trouvé parmi les œuvres de sa majesté, succéda à quelques fragments du royaume de son père. Il fît la guerre aux Jacaux et pris Jérusalem. Quelques honnêtes bourgeois de cette ville, ornés d'un peu de sens commun depuis qu'ils se communiquaient aux étrangers, se rangèrent du parti du roi, prirent le ton aimable des gentils, ne coupèrent plus le prépuce à leurs enfants, mangèrent du jambon, des poulets piqués, et trouvèrent que cela était bon.

Pour subvenir au besoin de l'État, Antiochus avait enlevé de Jérusalem, les chandeliers d'or, les ustensiles et toute la vaisselle du saint suaire. La perte de lavaisselle et des ustensiles consterna tellement Jésusalem, que les filles, dit le P. Berruyer, furent affaiblies, la beauté des femmes fut changée, et cela à cause qu'il n'y avait plus d'ustensiles dans Israël.

Cette vaisselle changée en écus fut la cause qu'on ne fêta plus le dimanche dans Sion, parce qu'on ne pouvait chô-

mer cette fête sans vaisselle ; comme si les chandeliers, les pelles à feu et les encensoir!» étaient nécessaires à marquer l'honneur et la reconnaissance qu'on doit si naturellement à l'auteur de tout bien. Le roi, instruit que ces petites misères n'avaient rien de commun avec le vrai culte, ordonna à ses sujets d'observer la loi naturelle, d'aimer leur prochain comme eux-mêmes, de ne plus égorger ceux qui ont des prépuces, d'abandonner généreusement le sabat aux sorciers, de ne plus brûler des poumons de boeuf, des fpieds de mouton et des rognons de veau. Sa majesté représenta qu'il valait mieux donner le bœuf aux pauvres, qu'elle savait très particulièrement que Crémistic n'était point anglais, qu'il n'aimait point le rosbif. Ici le P. Berru3^er assure que pour faire observer son ordonnance, Antiochus fit étrangler les petits enfants au cou de leurs mères. Un monarque élevé à la cour des Césars, où il avait sucé la douceur et l'urbanité romaines n'était pas capable d'une action aussi indigne. Le P. Berru-

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yer, comme disent les Italiens, nous conte des couillonnades.

Mathieu Aimon, fils de Simon Aimon, la véritable souche de la famille des quatre fils Aimon, était depuis peu de temps sacristain de la chapelle du Saint-Suaire. Mathieu avait sept enfants prêtres, habitués de la même chapelle. Ces églisiers murmuraient contre les ordonnances du roi, se plaignaient surtout de ce qu'il avait enlevé la vaisse'.le, et que les Jacaux ne venaient plus chercher des évangiles.

Antiochus, informé de leur révolte, envoya un exempt de la connétablie d'Antioche pour les contraindre à se soumettre à ses lois. Mathieu et ses fils répondirent à l'envoyé au bâton : que leur religion leur défendait d'obéir au roi. Un des records, qui accompagnait l'exempt, dit à Mathieu : a mon révérend, vous avez tort, saint Paul recommande expressément l'obéissance aux souverains, votre mauvaise doctrine sent terriblement celle des jésuites. )) Mathieu, rempli du saint zèle de la désobéissance, tua le record et l'exempt.

Cette action fanatique est sanctifiée par le P. Berruyer, qui assure : « que Crémistic inspira à Mathieu de désobéir au roi, de tuer ses envoyés et tous ceux qui avaient raison.» Antiochus, irrité de cette insolence, envoya une armée nombreuse contre Mathieu et les Jacaux que ce deravait soulevés. Les troupes de sa majesté se trouvèrent en face des ennemis un jour de sabat. Le général proposa la bataille aux révoltés ; ils la refusèrent sous prétexte que leur loi ne leur permettait pas de défendre leur vie le dimanche. En conséquence de cette rubrique ils se laissèrent égorger comme des moutons. Depuis cette aventure le P. Mathieu ordonna aux Jacaux de ne plus être si bêtes et surtout de se battre le jour du sabat.

Mathieu et ses fils coururent le pays, circoncirent les enfants qui avaient leur prépuce. Cette guerre dura longtemps ; les fils du bonhomme Aimon commandèrent tour à tour les révoltés, et furent tantôt battus, tantôt victorieux ; c'est le sort ordinaire des armes.

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Depuis quelques mois, Antiochus avait entendu parler d'une société nommée la Franc-Maçonnerie. Les hommes initiés dans cet ordre étaient frères. On raisonnait diversement de cette fraternité. Les uns disaient que les maçons étaient des jésuites, les uns des innocents qui jouent à la chapelle comme font les enfants, les autres disaient qu'ils étaient des chimistes qui faisaient de l'or entre deux piliers, et qu'ils avaient une loge dans le temple de Jérusalem remplie de bijoux, d'ornements, de richesses et d'une tête à perruque. Le roi voulut connaître cette frérie ; il envoya à Jérusalem un certain Héliodore pour s'informer de ces hommes extraordinaires. L'envoyé arriva la veille de la saint Jean, il alla frapper de la part du roi à la porte de la loge. 11 fut arrêté par le frère terrible, qui se mit à crier : il pleut.

Comme l'envoj-é était un profane, deux sacrés apprentis vêtus de leurs tabliers blancs parurent aussitôt et rossèrent le profane ambassadeur à coups de règle.

Ce dernier se mit à faire le signe de t7iiséncorde et à crier: A moi les enfants de la veuve. Il avait appris ce signe et ces paroles d'une fille du monde, à qui un jeune Français discret l'avait confié. A ces mots, la loge s'ouvrit , Héliodore vit quatre-vingts canons chargés qui l'épouvantèrent moins que le frère terrible. On reçut Héliodore maçon , et dans l'instant il vit, à ce que disent les francs-maçons, ce que l'esprit humain ne peut comprendre.

L'ambassadeur, étonné des vertus qu'il trouva parmi les maçons, ne put s'empêcher de leur dire : mes frères, depuis que j'ai l'honneur d'être de votre illustre société située à Varient de Jérusalem, je m'aperçoit que le pape (i) est un sot de vous avoir excommunié. Vos lois sont dignes de l'humanité, celui qui a imagi-

(i) Rome a excommunié les francs-maçons. Cette censure est aussi ridicule, que celle de jeter un interdit sur un royaume à cause que le souverain ferait du bien à ses sujets et l'aumône aux. pauvres.

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né vos mystères, avait assurément plus d'esprit que celui qui a imaginé la messe. Vos canonnés de poudre forte valent mieux que la première et la seconde ablution de la messe, et le mémento pour les trépassés.

Le vénérable, pour répondre aux politesses de l'ambassadeur, ordonna au frère premier surveillant de charger pour une santé respectable. Le vénérable frère surveillant se leva et dit : mes frères, la santé proposée par le très vénérable, est celle du roi Antiochus, notre auguste souverain ; nous la célébrerons avec tous les honneurs de la maçonnerie par trois grands coups qui partiront de l'orient et seront répétés à l'occident ; alors on but à la santé du monarque et Ton fit un grand feu.

Mathieu Aimon mourut; un certain jason obtint, pour une somme d'argent, la cure du Saint-Suaire. Le nouveau pasteur attaché à la cour , changea toutes les rubriques de l'office de la sainte Face , et fit construire vis-à-vis de la chapelle une place pour avoir des danseurs de corde et des joueurs de go-

belets, qui savaient escamoter les chapeaux aussi promptement que leurs descendants escamottent les mouchoirs dans la bourse d'Amsterdam (i).

Il y avait alors à Jérusalem un bonhomme nommé Nicodème , à qui l'on voulait faire manger de bonnes choses, entr'autres une cuisse de poulet piqué et une tranche de jambon. Comme le bonhomme avait peur de gâter son âme avec du jambon, il préféra la mort ; et cela fut très agréable à Crémistic. Une bonne femme, le pendant du bonhomme, avait sept enfants qui ne mangeaient pas de lard. Le roi les fit venir et leur ordonna d'en manger , la famille protesta qu'elle n'en mangerait point. Le souverain les fit mourir

(i) Malgré l'apologie qu'un juif a fait composer en faveur de sa nation, les juifs n'ont jamais cultivé d'autre art que celui dont parle Arlequin cité devant la justice et condamné à être pendu pour l'amitié qu'il portait aux Belles-Lettres. Ceux d'Amsterdam unissent aux connaissances littéraires, le talent d'escamoter les mouchoirs; ils m'en ont pris trois en traversant leur quartier. C'est en reconnaissance de cette friponnerie que je les honore de ce petit mémento.

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comme des rebelles à ses ordres. La mère chanta pouille à SaMajesté, et tout ce train se fit pour une misérable tranche de jambon.

Ce fut dans le temps des sept fils d'Aimon que le système de l'immortalité de l'âme et la résurrection future commença à prendre croyance. Quelques Jacaux s'imaginèrent d'autant plus aisément qu'ils ressusciteraient un jour, qu'ils voyaient les os de leurs pères empaquetés et confondus dans le cimetière oîi tous les hommes sont égaux.

Les corps, disaient les théologiens seront glorieux, parce qu'ils seront en cendres. Il est tout naturel de réduire en poussière ce qu'on veut rendre immortel, et vous voyez clair comme le jour, que la destruction de votre corps est une preuve triomphante de sa résurrection. Certain Jacaux qui savaient lire, disaient aux partisans de ce système : La résurrection des morts n'a pas été connue de nos pères. Le ciel leur avait bien promis le pays de Béthanie, du lait, du miel et des agneaux qui badineraient avec la gueule du loup, mais pas un mot de résurrection.

D'autres plus éclairés soutenaient que les animaux ressusciteraient aussi à causequ'ils mouraient et pourrissaient comme les hommes. Si la destructio7i de Ihomme, disaientils, est une preuve de sa résurrection, les brutes ont la même preuve.

La nature ne donne aucune autre idée aux hommes et aux animaux de leur résurrection, que celle de la métamorphose naturelle ou le changement des formes. La nature détruit les corps et les reproduit. Un vrai fidèle , un bon chétien enterré au pied d'un bon chrétien qui promet de bonnes poires, engraisse l'arbre; la substance de l'honime passe dans celle des poires, un petit maître mange de ces poires, sa maîtresse en mange aussi, il couche avec elle, lui donne du bon chrétien et le suc de la poire produit du bon chrétien après quelque séjour dans le sein virginal de la belle. Voilà comme la résurrection naturelle se fait et comment se forment les générations. La matière est une navette que la nature tient en main et fait jouer sans cesse.

La résurrection des hommes , disaient les

prêtres, est démontrée parce que cette promesse est imprimée et reliée dans un vieux livre. Ce livre, il est vrai, n'est point la nature, mais il est préférable à la nature, parce qu'il est plus riche et plus magnifique dans ses promesses que la nature. Un cordonnier qui donne 24 sols de la façon d'une paire de souliers trouvera plus d'ouvriers qu'un autre qui ne donnera que 12 sols. La nature est le second cordonnier, la révélation est le premier. Cette dernière est d'autant plus croyable, que la nature peut nous tromper et qu'il est impossible qu'un livre bien relié puisse nous tromper. Ces beaux raisonnements trouvaient des admirateurs qui assuraient que les prêtres raisonnaient fort juste sur des choses qu'ils n'entendaient pas.

Les hommes, disaient les uns, seront plus ou moins glorifiés à proportion de ce qu'ils auront souffert plus patiemment les misères de ce monde. Les animaux, disaient les autres, seront glorifiés comme les hommes à cause qu'ils souffrent davantage et ne murmurent point tant contre le créateur dont ils sont les très humbles créatures.

Les chevaux de fiacre de Jérusalem et de Paris sont réellement malheureux et par là dignes d'un meilleur sort; car il n'est point possible que la nature les ait destinés à tant de maux. C'est l'état déplorable des pauvres chevaux de Paris, qui a donné à Jean-Jacques Rousseau l'idée de son système de l'inégalité des conditions ; son ouvrage ferait le comble de l'absurdité, si on voulait l'entendre de la nature de l'homme. J'ai un exemplaire de ce fameux discours ou j'ai mis à la place du mot hovimc, le mot cheval, par ce moyen j'entends parfaitement mon Jean- Jacques,

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