‹ L'Arrétin moderneChapitre 36 sur 37 · LES TROIS COUVENTS DE JÉSUITES · texte numérisé non relu

LES TROIS COUVENTS DE JÉSUITES

Histoire extraite du livre en question. Le feu sans doute aura pris par derrière.

Il y avait dans l'Orient trois couvents de jésuites qui n'aimaient pas les filles. Les ré-

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vérends avaient détourné les canaux de la génération dans l'espoir de faire de beaux garçons sans le secours des belles filles. Le grand Crémistic, irrité de la conduite de ces moines, forma le dessein de les détruire, mais en garçon prudent, il consulta un certain Abraham Chaumeix qui avait des préjugés'légitimes pour aimer les jésuites. Maître Abraham, lui dit-il , vous savez que la cousine de M. Vadé a dit publiquement qu'elle avait des préjugés légitimes^ que vous étiezun des plus absurdes barbouilleurs de papier qui se soit mêlé de raisonner , c'est une femme d'esprit que la cousine du cousin Vadé ? Enfin maître Abraham , comme vous êtes ce que vous êtes, je requiers votre avis sur le cas des jésuites qui se noircit de plus en plus. Le cri des filles qui sèchent sur pied comme les plantes sans rosée, est monté jusqu'à moi ; je n'aime pas , comme vous le savez, les restrictions mentales, les fripons, les contrebandiers et surtout les chevaliers de la manchette. Je veux détruire les trois couvents de jésuites et cet ordre meurtrier, s'il est possible.

Abraham Chaumeix avait des entrailles pour les préjugés et pour les Jésuites, il fit un marché d'écolier avec Crémistic. Dans leur savant colloque on croit entendre deux enfants qui jouent aux épingles. Après avoir longtemps disputé, Chaumeix dit à Crémistic : « S'il se trouvait par hasard, monseigneur, parmi mes bons amis, une cinquantaine d'honnêtes gens qui aimassent les filles; ne pardonneriez-vouspointà ceux qui aiment les beaux garçons. » Volontiers, dit Crémistic. Abraham n'ayant pas trouvé ce nombre, en proposa vingt-cinq. Crémistic qui ne voulait point gagner dans ses marchés etqui cherchait des préjugés légitimes pour pardonner, acquiesça encore à la proposition.

Chaumeix , enhardi par la bonté de son maître, lui dit : « Vous n'êtes pas si méchant que les vieux livres le disent, là, tout de bon, ne pardonneriez-vous point aux enfants d'Ignace s'il se trouvait parmi eux une demidouzaine qui ne fut pas de la confrérie de la manchette > Crémistic agréa la proposition. Abraham, ne pouvant trouver ce nombre et voyant qu'il usait ses poumons à plaider une

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mauvaise cause , dit à monseigneur : faites comme il vous plaira, je vois à présent que le parlement de Paris a raison, que les auteurs de l'Encyclopédie et M. de Voltaire valent mieux que les jésuites.

Avant de mettre le feu aux trois couvents, Crémistic , qui aimait prodigieusement les grands hommes issus de la copulation de Jeanne d'Arc et de l'âne de saint Denis, sachant qu'Abraham Chaumeix avait un neveu nommé Martin F réron qui faisait auprès des trois couvents le métier de barbouilleur de papier pour gagner dix écus, voulut le sauver de l'incendie.

Martin Fréron était un très mauvais sujet, que les jésuites, qui étaient aussi de très mauvais sujets, avaient chassé de leur société. Martin, à la sortie de chez les jésuites, s'était attaché au derrière d'un certain abbé Desfontaines , qui avait succédé à la chaire d'un ancien professeur nommé Duchauffour. L'abbé était le fléau des sots et le censeur des bons livres. Fréron se crut aussi habile que son professeur, mais comme il n'avait pas son génie , il se borna à ramasser les

saillies de cafés, les bons mots du parterre, pour remplir des feuilles périodiques que les sots admirent.

Crémistic, qui ne se fâche jamais contre les faiseurs de livres, à cause que quand Jupiter tonne, Jupiter a toujours tort, n'en voulait point au malheureux héros de l'écossaise , parce que dans le fond il n'avait point d'autre défaut que celui de mal juger des livres, d'injurier les talents et de mentir pour dix écus.

Monseigneur envoya deux jeunes postillons dans la ville où étaient les trois couvents des jésuites. Ils descendirent chez le neveu d'Abraham Chaumeix. Les Loyala, qui n'avaient plus de beaux garçons depuis l'arrêt du six août, étaient affamés de beaux garçons ; dès qu'ils surent l'arrivée des deux Greluchons, ils vinrent chez Fréron en procession avec la bannière de la Congrégation, où était cette devise parodiée de l'ode à Priape,

Et sans nos jeunes AJcihiades Nous n eussions pas médit des cœurs.

Ils entourent la porte du périodiste Le neveu d'Abraham voyant qu'ils voulaient insulter ses hôtes alla vers eux, et pour les détourner de leur mauvais dessein, il leur dit d'une façon honnête : Mes Révérends Pères, j'aime votre société , daignez entrer chez moi, j'ai d'excellents vins, nous boirons un coup, et si vous aimez la bagatelle, j'ai une femme qui n'est point jolie, mais elle est bonne assez pour vous ; vous savez le refrain de la chanson déshonnête de l'abbé de Lattaignant.

Oui peut lire le mari, Teiit bien caresser aussi Lafemme.

Si ma compagne ne vous suffît pas, j'ai deux filles, et la vieille maîtresse de l'abbé de la Porte, c'est une vierge au moins qu'il faut ménager, elle ne tient plus à rien, elle tombe comme les productions de monsieur l'abbé,

5^5 écrits Plus pourris,

Que sa garce ; Tombent comme elle en lambeaux.

Sur les quais par viorceaiix, Chaque feuille est éparse.

Les jésuites répondirent au neveu d'Abraham: (( Vous êtes bien honnête, Martin, de nous offrir une garce et deux pucelles, gardez-les pour vous. — Nous sommes profès du quatrième vœu, nous avons renoncé aux filles , nous devons une obéissance aveugle à notre général, vous voyez qu'il nous faut absolument les deux beaux garçons que vous receliez chez vous. »

Les postillons indignés des procédés des inigistes, pressèrent Martin de quitter au plutôt sa maison, de fuir dans la campagne avec son épouse et ses deux filles qui étaient encore pucelles et qui l'auraient été longtemps sans leur industrie. Les postillons en leur ordonnant de fuir, leur avaient défendu de regarder derrière elles, à cause que c'était par derrière que le feu devait prendre naturellement aux trois couvents. A peine Martin, sa femme et ses trois filles furent sortis

de la ville qu'il tomba du ciel de la giboulée de soufre et de bitume enflammés.

La curiosité, le quatrième élément des dames, fit le malheur de la femme du neveu d'Abraham Chaumeix. Madame épouvantée au bruit du soufre et du bitume, regarda derrière elle pour voir ce qui se passait ; dans l'instant elle fut changée en statue de sel. Ici le P. Berruyer n'est pas trop intelligible. L'aventure de cette femme métamorphosée en sel , doit s'entendre autrement.

Les Hébreux et les Orientaux avaient pris le sel pour le symbole de l'éternité. Le mot de sel signifiait chez eux perpétuel. Dans le cinquième chapitre des nombres, verset i8, il est dit : Jejerai avec vous une alliance de sel, c'est-à-dire, une alliance perpétuelle. Par cette manière d'expliquer cette aventure, on voit qu'elle n'est que symbolique. Mais comme le P. Berruyer n'ose avoir que la foi du charbonnier, c'est-à-dire une foi stupide, et qu'il ne nous est pas permis d'en avoir une autre, il faut croire avec ceux qui font du charbon que la femme de Martin fut changée

en statue de sel et que cette figure a resté longtemps dans l'Orient.

Quelques années aprèscette métamorphose, lesMèdes s'aperçurent que le sel conservait la santé des paysans. Les Maltôtiers du pays persuadèrent à l'état que les gens de campagne étaient nécessaires à la culture des terres et que le sel entretenant leurs forces, il fallait le leur vendre à très haut prix. Un de vos ancêtres, dirent-ils au souverain, aussi grand que vous, semblable à vous, que nous portons encore dans notre cœur avec vous, avait promis une poule dans le pot des paysans mèdes. Votre gracieuseMajesté fait qu'ils n'ont point eu la poule ; ainsi il est juste de leur faire payer bien cher le privilège de saler leur pot, cela prouvera à la postérité que les Mèdes n'ont jamais été récompensés de leur amour pour leurs rois.

Le souverain qui aimait son peuple et que le peuple adorait, trompé par des fripons de fermiers leur laissa la liberté de vendre le sel dix fois plus qu'il ne valait : par cet arrangement, Sa Majesté gagna deux liards sur la livre de sel, et les traitants dix sols six

deniers (i) : l'Etat ne fut pas plus riche , mais les fripons généraux eurent des châteaux comme Sa Majesté, une table plus délicate et de jolies maîtresses.

Comme les Mèdes manquaient de monde et avaient encore beaucoup de terres à défricher, sa gracieuse Majesté pour faire la fortune de soixante fripons fit publier que le premier paysan qui irait chercher du sel à la statue de la nièce d'Abraham Chaumeix, eut-il une femme et six enfants, dussent ces sept personnes mourir de faim, Sa Majesté entendait et voulait que les délinquants fussent marquésdu sceau de ses armes sur l'épaule dextre et conduits es galères des Mèdes pour y travailler quatre années en qualité de forçat et que tel était son plaisir. Les ordonnances et tout ce qui émane de la souveraine bonté des rois- de cet empire se termine de même. Sa Majesté n'envoie personne en prison , ne

(i) Ce sel se vend en Poitou et en Bretagne 17 liv. la charge : rendu à Paris, il revient à un liard la livre, le termier le vend onze sols la livre.

fait jamais un malheureux qu'elle n'imprime que tel est son plaisir. Les rois des Mèdes feraient aussi bien de mettre au bas de leurs ordonnances : telle est l'utilité publique, car il n'y a point de plaisir à faire des malheureux, et les rois des Mèdes n'ont jamais eu de plaisir ni d'inclination pour en faire.

Les deux nièces d'Abraham Chaumeix , attaquées de la maladie des pâles couleurs , fatiguées sans doute de porter toujours un pucelage , plus difficile à porter qu'un éventail , se croyant isolées sur la terre et seules destinées de toute éternité à repeupler notre petite fourmillière , conçurent de l'amour pour leur papa et dirent entre elles, notre père a prostitué les neufs divines sœurs de l'Hélicon, il peut bien en conscience faire des enfants à ses filles. Le papa aime furieusement le vin , grisons-le, et pendant son ivresse couchons avec lui. Les nièces d'Abraham exécutèrent ce projet , et le papa leur fit deux enfants sans le sentir.

Les physiciens, les médecins et les philosophes donnent ici sur la joue du P. Berruyer; ils soutiennent qu'on ne peut faire deux en-

fants à deux filles étant gris ou tout au moins sans concupiscence. Les docteurs, les casuistes disent que c'était un mystère. C'était sans doute un mystère d'iniquité. Les Pères de l'Eglise excusent l'inceste de ces filles et jettent cette faute sur leur simplicité et leur innocence. Les saints interprètes ont raison; des filles qui enivrent leur père dans le dessein de coucher avec lui, qui conduisent avec la main le péché originel, étaient assurément des vierges innocentes , et nous de grands ignorants de ne point croire à la simplicité des nièces d'Abraham Chaumeix.

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