LA BARBE ET LES CHEVEUX
Vencrabilis BarbacA...
Venerahilis Barbapv..
Venerabilh BarbacA. pu. . .
Vcnerabilis Barba Capucixorum.
Mottet à grand chœur chanté à Nantes en l'honneur, du révérend très révérend Père f i)
(i) Un Capucin d'une Famille noble de Bretagne.
iicS l'arretix
Pic, Marc, Roch, Luc Keroenoxale Guissegrife de Lanfoudras, Cucufa de Conflans de Cordolaomor, premier capucin de F'rance et second capucin du monde chrétien.
La barbe, le sale et le saint habit d'un capucin est un préjugé d'habillement que nos pères admiraient prodigieusement, tant ils se piquaient de belle passion pour les capucins. Nos yeux modernes ne sont point encore privés avec ce ridicule qui fait des impressions singulières sur les étrangers. J'ai vu des enfants pousser des cris horribles à l'aspect d'uncapucin. Jepense que l'on pourrait combattre dans l'Eglise militante sous une banière plus honnête que celle de saint François. Nous sommes chargés du soin de nourrir son ordre à ne rien faire. Les capucins devraient, pour notre argent, ne point épouvanter nos enfants ni donner des vapeurs aux femmes. Nous ne sommes pas sots comme nos pères qui aimaient les grimaces religieuses et les capucins jusqu'au point de tirer leurs rapières pour s'égorger dans la cause des capuchons ronds et pointus, que quatre souverains pontifes ont appuyée
de leurs bulles et de leurs exorcismes.
Ces hommes vivants , morts au monde à ce qu'ils disent, n'ont rien à démêler avec nous, et encore moins avec les femmes... il faut donc queles PP. Pancrace restent chez eux, s'ils veulent conserver leur puant habit, ou changer de camisole, s'ils veulent venir avec nous. Que signifient cette barbe, ce capuchon pointu ? Otons de notre religion ces laids colifichets; ne peut-on pas aller au Ciel sans être vêtu en Pantalon ? La police manque bien d'attention pour les femmes enceintes, de laisser courir dansles rues de Paris les capucins. Dieu n'a pas besoin de mascarade, et dans notre siècle nous n'aimons point lesbigarures qui ne sont pas de la bonne faiseuse.
La barbe chez les capucins est, comme la pièce de bœuf dans nos repas, un morceau de résistance, et est l'objet la plus sacré de leurs soins. Les anciens la portaient, et les femmes ont été dans le temps fort curieuses d'avoir la barbe au menton; car l'Eglise a fait exprès un canon pour obliger le dévot sexe à raser leurs barbes. Les cheveux et la
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barbe ont occasionné des guerres et des sottises. Saint Paul a trouvé les cheveux répréhensibles. La raison ne peut concevoirpouquoi cet apôtre se fâchait contre les cheveux que la nature nous a donnés. Les cheveux ne seraient-ils venus à notre père Adam qu'après son péché, comme, saint Thomasetquelques docteurs de l'Eglise, l'ont pensé des ustensiles de la génération.
Les fondateurs d'ordre se sont tellement grippés aux cheveux que la plupart les ont arrachés. St-Bruno s'imagina qu'une pelée faisait infiniment d'honneur à Dieu. St-François a cru qu'une tète à demi dépouillée de ses cheveux et une longue barbe remplie de vermine intéressaient le ciel et les anges, la terre et les femmes; a-t-il réussi àplaireaux uns et aux autres? Un joli capucin offre à l'imagination quelque chose de grotesque et de ridicule, les grâces n'ont jamais pris l'uniforme d'un capucin indigne. Le clergé a coupé ses cheveux et l'Eglise a toujours pensé que les cheveux étaient unesuperfluité mondaine. La multitude des cheveux est l'étiquette de la gravité dans nos magistrats, pour-
quoi couper aux prêtres ce qui rendait leur état plus grave >
Dans le temps que nos pères se battaient pourcouper un cheveu en quatre, les cheveux dérangèrent toutes les bonnes têtes de France : l'an 1096, un archevêque de Rouen, assité de plusieurs Evêques, s'avisa d'excommunier dans un Concile national, ceux qui « porteraient de long cheveux. Louis VII fit )) couper ses cheveux et se fit raser la bar- )) be, sa femme, Léonore d'Aquitaine, le » railla sur ses cheveux courts, et s'en laissa )) conter par le prince d'Antioche, qui avait » de long cheveux et qui n'était point rasé. )) Louis VII le trouva mauvais, ils finissent, )) par faire casser leur mariage. Léonore )) épousa ensuite Henri, duc de Normandie )) qui devint roi d'Angleterre, et à qui elle » apporta en dot le Poitou et la Guienne. De » là vinrent ces guerres qui ravagèrent la )) France pendant trois cents ans : il périt, dit )) M. de Sainte-Foix, plus de trois millions )) de Français, parce qu'un archevêque s'était » fâché contre les longues chevelures, parce » qu'un roi avait raccourci la sienne, et s'é-
)) tait lait raser la barjbe, et parce que sa )) femme l'avait trouvé ridicule avec des che- » veux courts et un menton rasé. »
QuandLouis Vil se fut fait couperles cheveux et la barbe, le Parlement suivit son exemple; mais ceprince ayant repris sa longue barbe, le Parlement crut sans doute qu'il ne devait pas se conformer à cette nouvelle mode : ce devait être, dit l'abbé deSt-Réal, une assez plaisante chose, de voir toute la galante et guerrière jeunesse de la Cour de France, chacun avec la plus grande barbe qu'il pouvait avoir, tandis que Messieurs de la grande chambre étaient rasés.
Les cheveux étaient autrefois en grande vénération, continue M. de Ste-Foix; on jurait sur ses cheveux comme on jure aujourd'hui sur son honneur; en saluant quelqu'un rien n'était plus poli que de s'arracher un cheveu et de lelui présenter. Clovis s'arracha un cheveu et le donna à saint Germier pour lui marquer à quel point il l'honorait. Les courtisans ou les singes de Clovis en firent de même, et le vertueux évèque s'en retourna dans son diocèse les mains plei-
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lies de cheveux, et enchanté de la cour.
Les prêtres, dans toutes les nations, ont porté des cheveuxlongset se sont distingués par leur chevelure. Rangonis,dans son traité de la Perruque, dit que les cornes de Moïse n'étaient autre chose que deux petites touffes de cheveux frisés qui s'élevaient des deux côtés de la tête en la manière que les portent encore les prêtres Lydiens. Le législateur des Hébreux avait pris cette mode des prêtres égyptiens, parmi lesquels il avait été élevé.
Les poils de la barbe servent de billet et de scrutin aux magistrats allemands pour choisir leur chef. Les échevinsd'Hardenbergen en Westphalie s'assemblent autour d'une table ronde, et chaque échevin se place de manière que l'extrémité de sa barbetouche le dessus de la table, au milieu de laquelle on met un poux que l'on charge de faire le choix du nouveau chef. Cet électeur, après avoir erré quelque temps, ne manque point de s'arrêtera une des barbes, et cette barbe, dans le moment même, devient barbe de Consul.
Les cheveux ont occasionné du scandale à nos crânes tondus. Nos prédicateurs et nos moines ignorants glapissent tous les jours en chaire contre la frisure ; à les croire, les cheveux des belles dames sont les filets du démon où les pécheurs s'accrochent. Ah ! filles de Babylone, s'écrient-ils, en s'échauffant un peu trop, vous tortillez vos cheveux, vous les crêpez, vous les chignonnez sans songer que N. S. a souffert mort et passion pour votre frisure et le fer à toupet ; si vous cherchiez à plaire au ciel, vous ne tortilleriez point vos cheveux. Laissez-les aller leur droit chemin, l'Ecriture le dit, ambulale in vita recta; si le Seigneur les a faits droits, gau^ deant beiie iKiti. Dans ce monde il ne faut point se friser, il faut s'occuper sans cesse du dernier moment de la vie. Dans ce monde, révérend père casuiste, il faut vivre, être utile à la société ; il vaut mieux ajuster ses cheveux que d'être crasseux et ne rien faire comme vous faites dans vos cloîtres.