LA FOURMT CHE LES CIGALES
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” Elle est sérieuse, bien sérieuse l’heure où le jeune homme, à la fin de ses études, cherche l’orientation de sa destinée. Les éducateurs, moralistes, pasteurs d’âmes du collège nous apprennent ce qu’est la vocation, cette voix mystérieuse d’enhaut, à laquelle il faut savoir obéir sous peine de fausser tout son avenir, pour la vie, même pour l'éternité. Qui ne se rappelle ces heures de méditation profonde où il a fallu pour chacun résoudre le problème de l’homme dont les données s’embrouillent dans les goûts et les rires de l’enfant ? Quand viennent encore s’y ajouter les idées préconçues, les désirs mal réservés, les reproches à demi-dissi.
mulés des parents, cette heure n’est plus seulement sérieuse, elle devient l’une des plus tristes, quand elle ne se fait pas l’une des plus fatales de la vie.
L'étudiant d'Armagh connut toute l’acuité de cette misère. Ses parents, ignares et pauvres, en recherchant l’onéreux honneur de le tenir aux étudés classiques, s'étaient plu presque inconsciemment à
immense
entretenir l'espérance de le vcir choisir l’état ecclésiastique. Et ce fut un désenchantement pour eux en même temps qu'un crève-cœur pour lui, quand il fallut admettre de part et d'autre le mécompte.
Non, sans doute, il n’y eut pas de reproches ni ouverts ni amers; mais des sousentendus, un regret trop ostensible des sommes d’argent inutilement dépensées quand on est pauvre : ce qui voulait dire l'épuisement du crédit sur lequel il n’y avait plus à compter pour toute étude ultérieure
Associé, durant le jour, aux travailleurs des champs, abandonné le soir à ses pénibles cogitations, ce fut avec cette amertume au cœur que le pauvre bachelier frais émoulu passa les premières semaines de ses vacances de finissant. Que de fois le souvenir de son ami ne vint-il pas s’agiter en son esprit ? Combien ne fut-il pas tenté de porter envie à ce fils de négociant, qu’il avait cru tête légère, mais qui allait maintenant partir devant lui sans hésitation, s'engager joyeusement dans sa
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voie grande ouverte, et le laisser à, lui, dans l'incertitude et l'inconnu ?
prendre de lui conseil après l’avoir tant de fois Sage su Mais, non ; Félix est loin,
que physiquement.
elle était donc bien légitime et bien cruelle la peine de la séparation qui
Fallait-il écrire à Félix ; lui faire part de ces premières épreuves de la vie pratique, le relancer pour cela dans les plaisirs, les courses champêtres, la villégiature et les bains-de-mer à la mode ?
Le philosophe d’hier eut le stoïcisme, et l'on pourrait dire beaucoup mieux et tout simplement, le bon esprit de n’en rien faire.
Enfin, il a pris son parti. Il ne restera pas à mi-chemin entre la classe ouvrière et la classe professionnelle; mais
44 L'ARRIVISTE ——__—————————— eme tentera de se rendre jusqu’au but. . Un voyage à la ville lui a permis de revoir ses directeurs, de sonder de tous côtés l'impasse dans laquelle il se voit acculé, | de trouver une issue pour en sortir. Le diplôme de bachelier lui ouvre l'entrée de l'étude professionnelle. C’est au barreau qu’il se destine, comme son ami Félix qui devra être beaucoup moins surpris de cette décision, que ne l'ont été les parents là-bas, à Bellec . Car ce sont les projets tant.de fois révés des deux potaches qui vont maintenant se réaliser, puisqu’enfin, à l’aide de quelques leçons de
es mortes et de mathématiques données à des étudiants en retard, Eugène Guignard a trouvé la ressource pécuniaire qui lui faisait défaut pour commencer son stage.
Il s’en revenait de la ville avec ce rayon de soleil dans l’âme, heureux d’apprendre à ses parents cette solution qui devait à la fois les soulager et le consoler, lorsque, sur le bateau qui portait César et son avenir, il fut en butte