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à une très vive émotion. Une voix aux me re bien connus . élevée dans la cohue des voyageurs. a tressailli au plaisir de rencontrer son ami Larive, qui est là, qu'il va s’empresser de rallier pour le mettre au courant de l’état de choses nouveau. Mais non Pas ; halte-là ! Larive n’est pas seul. Il accompagne deux dames d’un âge bien différent ; d’un âge tellement différent que l’on reconnaît en elles la mère et la fille, quand bien même il faudrait un grand effort de
avec l’humble paysan d’Armagh.
Eugène dut Passer outre comme un bolide qui se perd dans la nuit. Et voilà Comment il n’avait pas été à la peine d’attendre l’expérience de la vie universitaire, Pour apprendre que la ligne de démarcation entre les classes sociales est beaucoup
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moins profonde au collège que dans le grand monde !
Toutefois, si les liens de cette amitié collégiale subirent alors une secousse À se rompre pour jamais, si l'étudiant campagnard cuva dans la peine la plus cuisante le vin amer de cet affront, il s’efforça néanmoins de transiger avec les réclamations de son cœur blessé et celles beaucoup plus impérieuses de son amour-propre humilié.
Que Félix eut un instant, sinon tout à fait rougi de lui du moins cédé à la gêne ou l'embarras de le reconnaître dans la circonstance que nous savons, l’incartade
qu’à une explication vive entre deux jeunes gens du même niveau social. Mais notre villageois devait en être plus profondément blessé. 11 y voyait trop bien la réalisation de toutes ces craintes, ces méfiances qu’il avait pendant si longtem
entretenues au coll » Comme inséparables à la fois de sa pauvreté et de son éducation. 11 s'était habitué longtemps
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fréquenter.
Aussi pour un rien, dans sa timidité native et son abnégation raisonnée, allait il se convaincre qu'après tout ce n’était que juste et bien fait pour lui ; sa bonne nature cherchant à l'emporter sur sa rancœur. Puis à cet âge, où les caractères
Voilà pourquoi nous les retrouverons ensemble encore à l’université, ces deux copains. Sans doute, il y aura d’un côté un sentiment prévenu et un peu désabusé, mais le plaisir des raccordailles l’emportera sur les susceptibilités.
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A la veille des examens surtout, comme en face d’un péril commun, l'amitié d'Eugène Guignard et de Félix Larive reprend, sait-on pourquoi, de son ancienne ardeur Non plus sous les grands arbres du séminaire, mais dans la petite chambre d'étudiant qu’il paie misérablement de son premier gain, Eugène reçoit alors presque tous les soirs, : urant une quinzaine, son ami dont il se fait le répétiteur de droit. On cause aussi comme autrefois, ou comme deux vieux déjà, de la prime jeunesse. Quand Félix s’en va, il laisse, dans ceite pauvre chambre d'étudiant, la bonne odeur du tabac dispendieux qu’il y a brûlé, et dans l’âme de son ami, le rayon de soleil d’un printemps pourtant déjà passé.
Toutefois dans l’entretemps des examens, Guignard aurait tout le. loisir de réfléchir sur la complexité et la vanité des occupations, des engagements, —comme l’on dit dans la société, —qui éloignent de lui son ami, s’il n’était pas lui-même très pris pour gagner les quelques pisstres
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qu'il lui faut payer, chaque terme ou chaque mois finissant, À l’université, à la pension, au propriétaire de sa chambrette.
Durant la deuxième année de ses études
diant tout en suivant les séances des
à “prendre des enquêtes”, ce que pou-
vaient faire alors tous les étudiants de
bonne volonté, de cœur et d’intell; È
n’essaya qu’une fois d’un autre expé-
dient dont il devait encore conserver un iste souvenir.
Au collège, il ne s'était pas contenté, quant à la musique, d’écrire le discours qui devait consacrer la réputation littéraire de Félix Larive. Pour charmer ses ennuis et sérieusement aggraver celui de ses confrères, il avait pendant plus de deux années étudié les effets plus ou moins compliqués et harmonieux d’un archet docile trainé à angle droit sur les quatre
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eme cordes décidément grincheuses d’un deuxième violon, en tenant scrupuleusement les yeux sur les pages d’une méthode nullement infaillible pour conduire à la virtuosité. Il en avait cependant retenu
des contre-temps, puis la différence des tons.
Et c’est encore cette précieuse notion-là | qui va lui être brutalement rappelée.
Dans un orchestre retenu pour le grand bal du maire de la ville, à la dernière heure un artiste fait défaut. Le chef lui :
offre de prendre sa place ; ce qu’un dernier exercice d'ensemble lui rend assez facilement possible, et il sourit à l’idée de gagner dans une seule soirée autant que, l’année précédente, un de ses élèves privés ne lui payait qu’au bout d’un mois. Il est vrai que ce maire est aussi l’un de ses professeurs de droit; mais, dans la foule, il n’ira pas remarquer son élève au deuxième rang, et au deuxième violon de l’orchestre.
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Sous les feux éblouissants du luminaire, sous l'éclat rutilant des parures, la grande salle du bal s’anime. Les musi-
de droit entourent Guignard, qu’ils féli.
citent, qu’ils acclament.
—"Enfin”, lui dit l’un d’eux, pendant que ”
Félix l’observe d’un air plutôt embarrassé, ‘te voilà lancé dans le mc de, Eugène,presque malgré toi. Il n’en fallait pas moins
premiers élèves de notre promotion, et
r Contre nous tous.
Bravo ! mon vieux ” 11 y en a deux dans ce groupe qui ne participent pas à cette joie : Eugène qui
Compris depuis quinze jours que son ami n'avait pas été invité.
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—“A votre place, M. Guignard, : dit le chef d’orchestre. On nous demande de commencer.”
Dans le cours de la soirée, deux ou trois fois, quelque chose comme un frémissement nerveux, un spasme, un haut-le- Cœur peut-être faillit jeter le désarroi dans les coups d’archet et les staccati du deuxième violon.
—"“Je vous aurais cru meilleur mesuriste, M. Guignard, lui dit, après la soirée, le chef d'orchestre, et votre oreille n’est pas toujours assez scrupuleu: e L’oreille, l'oreille ! mon cher, pour les instruments à corde ! Après tout, ce n’est pas votre métier, vous n’étiez qu’un suppléant : on peut vous pardonner d’avoir été nerveux pour une première dans le monde.
—Je l’avoue, monsieur le chef, plus d’une fois, j'ai moi-même remarqué que je n'étais guère dans le ton ou que j’accélérais pour en finir au plus tôt. C’est ce qui ne m’arrivera plus, je l’espère.”
Et le jeune homme, fatigué, déprimé, profondément humilié, cette fois, regagna
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—“J'ai bu pour la première fois, se disait-il, à coupe des avanies. Demain, mes confrères me regarderont, les uns, avec ironie: d’autres, avec commisé. ration, ce qui est peut-être encore plus fatigant pour l'esprit orgueilleux. Mais
cureusement pour lui, cet enfant avait encore du sentiment religieux. Sa
, il comprit qu’il pouvait grandir et s'élever à ses Propres yeux, en buvant sans iminer por la première fois à
cette soirée. Qu'il eut été le lion du jour ches les jeunes, comme il fut jadis l’orateur acclamé du collège, Eugène serait le dernier à le lui envier, tant il s'était
se soumettre, même d'y contribuer généreusement. Disons aussi à l’honneur des autres étudiants, dont la noblesse de ra rares n’est pas toujours victime de
chèrent à l’envi ses services. Il n’eut plus à passer de nuits au bal, mais à transcrire ses notes, tâche de mercenaire qui, du moins, j
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