LA CIGALE PREND
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Entrés ensemble dans ce qu’ils appellent le domaine de la vie pratique, les deux associés vont y travailler chacun d’une manière bien différente. L'enf nt de la glèbe, malgré sa force et sa valeur, y tracera péniblement son sillon, où le froment de son labeur y souffrira plus d’une fois de la pousse d’une. ingrate ivraie et des intempéries. C'est au contraire sur une mer agitée que l’autre tracera plutôt le sien, toutes voiles dehors au vent de la faveur ou entraîné par la bourrasque:
sillon instable, celui-là, effacé bientôt
dans la tion par lui un moment accrue! mais qu'importe, pourvu qu’on arrive à bon port ?
On voit dès lors que des deux jeunes avocats, l’un sera tout à la fois l’homme de l’étude légale et des tribunaux, le vrai
hien, le procédurier, le jurisconsulte, à la recherche des textes et des arrêts au soutien des causes sérieuses ; ’autre,
tions sociales, en attendant qu'il se transforme en étendard politique ; enfin
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pour le moment le bief d’amont qui amènera l’eau au moulin “Guignard et Larive”’.
Ne demandez pas comment et pourquoi ils se sont ainsi fait chacun cette part. Tout autant vaudrait-il s'inquiéter de savoir ce que fait la racine généreuse et obscure qui s’élabore dans le sol, tandis que la fleur s’épanouit dans l'air. . Les relations commerciales du papa Larive ont bientôt mis l'avocat son fils
le mouvement, comme l’on dit.
Débrouillard, suffisamment poseur, à l’affût de toute réclame, il pérore dans les réunions de gens sérieux, impose ses opinions au club fashionable et plastronne dans les grands salons de la ville. Cette vie publique un peu anticipée accapare la plus grande partie de son temps. C’est à peine s’il lui en reste assez pour tenir
i au courant de tout le travail qu’il lui faudra faire si l’on veut mener les choses à bien. Et celui-ci le voit non sans inquiétude tourbillonner dans la farandole des projets nouveaux, se trou-
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LA CIGALE PREND SON VOL 63 nn —
vant lui-même en , &bsorbé dans la gestion platonique de tous les domaines espagnols et du stock lunaire de son associé. à
Si grande néanmoins que fut la part de son temps consacrée par Larive à la
faisait l’objet de sa grande sollicitude .
c'était l’autre, l’arriviste, qui logeait chez iui. De même qu’il faisait travailler Guignard, il se voyait aux ordres de ce per-
—“Mon cher Eugène, dit-il un jour à son associé, il me faut te parler d’une décision bien sérieuse de ma part.
—Encore ! Un projet ! Tu quittes le monde !
—Je te dis que c’est très sérieux, Mon père sait tout et m'approuve. Je veux apprendre seulement ce que tu en penses,
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—Pour faire précisément le contraire .
de ce que je te conseillerai ?
—Eh bien oui —Je me marie !
—Tu me trompes. Ce n’est pas le contraire de ce que je te souhaite. Je t’approuve ; je t’encourage ; je te félicite :
“Enfin bornant le cours de tes galanteries”...
—Voyons, est-ce moi qui suis déjà devenu le plus sérieux de nous deux ?
Cesse donc! Raïsonne ou laisse-moi raisonner ! =
.—Je le veux bien. Je viens de le dire :
je t’approuve ; je t’encourage ; je te félicite. Ce n’est pas assez ? Que te faut-il de plus ? Que je reprenne, pour la noce, ma place à l'orchestre, comme au bal du maire ? Ce ne sera pas asses gai de me voir encore là, ni pour moi ni pour toi, je suppose ? Tu te maries. Bravo ! C’est sage ; c’est même généreux, noble, pour une fois et dans une question si grave, de faire preuve de constance après tant d’inconstances. Cette chère Lucile, l’ob-