‹ L'arriviste [microforme]Chapitre 21 sur 42 · LA CIGALE PREND SON VOL · texte numérisé non relu

LA CIGALE PREND SON VOL

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jet de tes premiers sentiments ; dont tu me fais l’éloge mérité depuis notre première année de philosophie, pour qui tu écrivais des vers quand il t’aurait fallu plutôt étayer des syllogismes; Mlle Lucile Morand, qui t’espère, croit en tes serments et te chérit depuis quatre ans, méritait, certes, de s’appeler un jour Madame Larive.

— Vraiment, tu m'agaces, Eugène. Je

—Quoi ! folichons ! les premiers sen- :

timents, les impressions suaves de ton cœur, si longtemps chantés et rimés dans ta poésie, si souvent jurés dans ta prose, aux heures tardives où il aurait fallu plutôt étudier, comme à tous les clairs de lune, quand tu aurais fait mieux de dormir !

—Ne t’emballe pas, mon vieux. Tu ne vas pas, j'espère, Poser au censeur, au donneur de sages avis, au tuteur? Si tu

savais comme en pareille occurrence, je me sens, vis-à-vis de toi, tout à fait majeur, usant de mes droits, sans aucune intention de préparer les voies aux sommations respectueuses. J'ai pris une décision très-importante et je suis peutêtre trop naïf et trop bon de venir t’en faire part. Voilà tout ; rien de plus !

—$Sans doute ! sans doute ! Aussi, je ne conteste pas, je constate, et je m'épate, dirait un parisien.

—Mais voyons, est-ce que nous serons toujours des potaches ? Enfin, qui te parle ici de Lucile Morand ? C’est mon avenir, entends-tu bien, ma fortune toute faite qui se bâcle d’un trait de plume sur un contrat, et tu plaisantes !

J'épouse, cela a été décidé, agréé, ratifié de part et d’autre, hier soir, par les parents, j’'épouse Mademoiselle Gratia-Myrtile Nervole, dont le père caresse déjà son million, commande aux influences ministérielles et me poussera dans la politique en attendant de m'arborer sur le banc judiciaire.

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