‹ L'arrondissement de Montélimar: géographie, histoire & statistiqueChapitre 10 sur 39 · II · texte numérisé non relu

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9 l,et Sources de l'htetolrr

Dans rémunération rapide des faits statistiques généraux, j'aurais pu multiplier las renseignements et présenter l'état de viabilité de l'arrondissement de Montélimar, son hydrographie, la division de sa population selon les cultes, etc.; mais les monographies particulières me permettront de combler utilement toutes les lacunes, et une fois ma course achevée, de coordonner tous les chiffres recueillis, toutes les découvertes constatées ; en un mot, de revenir sur tous les points omis, susceptibles alors d'un contrôle plus rigoureux.

Ainsi, pour le moment, l'affaire essentielle est d'étudier les détails. Cependant je solliciterai encore la permission de dire un mot des autorités qui vont appuyer mes assertions et leur donner un caractère d'authenticité.

Si j'invoquais uniquement les auteurs connus, Aimar du Uivail, Chorier, Valbonnais, etc., pour le Dauphiné; Nostradamus, Papon, Bouche etMéry, pour la Provence, il y aurait lieu de dresser ici une liste bibliographique de tous les écrivains qui ont traité un point de notre histoire locale; mais j'ai une autre mine à exploiter, mine féconde et inexplorée longtemps, commune à presque tous mes articles, et sur laquelle l'attention publique mérite d'être appelée : ce sont les archives publiques.

I n axiôrae banal : « Tout a été détruit, » semble encore pour beaucoup de personnes conserver la force d'une vérité acquise, et, pour elles, lorsqu'on a dit d'une famille ou d'un village que leur origine se perd dans la nuit des temps, il n'y a plus qu'à s'incliner devant l'absence fatale de tout document. Je m'insurge contre cette erreur.

Avant 1789, l'arrondissement de Montélimar possédait une élection pour juger les procès relatifs à l'impôt, une sénéchaussée pour les causes civiles et criminelles, des justices seigneuriales dans tous les fiefs, des bailliages à St-Paul et à Grignan, un évéché et un chapitre à St-Paul, des collégiales à Montélimar et à Grignan, une abbaye à Aiguebelle, une commanderic à Poèt- Laval et à Montélimar, un grand nombre de prieurés, etc.; de tous les titres de ces institutions une grande part sans doute a péri pendant les guerres du x\r siècle, à l'époque des courses désastreuses de Raymond de Turenne au XIVe siècle, et enfin, pendant la Révolution. Mais, grâces à Dieu, dans ces naufrages divers, de précieux débris du passé ont pu échapper aux flammes, et le plus difficile est de les retrouver aujourd'hui, épars dans les dépôts publics ou dans les collections particulières.

Quant aux archives communales, sauvegarde des libertés et franchises dos cités et des bourgs, le patriotisme des populations a toujours su les conserver respectueusement.

La noble pensée de constituer régulièrement les archives remonte à 1615. Colbert et D'Aguesseau songèrent aussi à réunir tous les éléments de l'histoire et du droit public du royaume. En 1708, des offices de garde des papiers des Parlements, Chambres des Comptes. Cours des Aides, Présidiaux, elr., donnèrent à leurs

titulaires la noblesse et d'autres privilèges, et un arrêt du Conseil d'État du 26 février 1743 ordonna le récolement des papiers des villes et communautés. En Dauphiné, plusieurs arrêts du Parlement de Grenoble prescrivirent des mesures pour assurer la conservation des titres publics. Une lettre-circulaire du Hoi, de l'an 1763, prescrivit aux intendants, subdélégués, etc., de rechercher, même dans les cabinets des particuliers, les documents imprimés ou manuscrits relatifs à l'histoire de France. Calonne, à l'exemple de M. de Praslin, proposa de nouveaux moyens d'émulation pour compléter cette grande et utile collection. Le clergé et les États de Provence s'associèrent à mie entreprise vraiment nationale, et les Bénédictins de Saint-Maur et de Saint- Vannes échelonnèrent leurs ouvriers les plus habiles sur tous les points du territoire. Que de chartes, que de chroniques, que de renseignements précieux ont été de la sorte préservés des flammes ou de l'action lente du temps I Citons par reconnaissance les noms de Pierre Pithou (1588), d'André Duchesnc (1636), de Paul Petau, de Sirmond, de Thou , Sainte - Marthe , Dupuy, dom Montfaucon , dom Bouquet, d'Achery, Mabillon, Huinart, Martenne, Baluze, Secousse et Fontanieu.

t De toutes ces prospérités littéraires, qui étaient dans leur plus grand éclat en 178G, il ne restait en 1791 que te douloureux souvenir de tant de glorieuses entreprises abandonnées, et le temps vint bien vite après où le nouveau régime gouvernemental dévasta et brûla officiellement une grande partie de ces précieux dépôts à la fois domaniaux et historiques. » Il commença d'abord par ordonner la conservation des papiers des corporations et administrations supprimées en 1789, et les premières lois sur ce sujet remontent à novembre

1790 et à 1791. Les Instructions du 15 décembre 1790 embrassent « les manuscrits, chartes, sceaux, livres imprimés, monuments de l'antiquité et du moyen-âge, statues, tableaux, dessins, etc.; » celles de 1793, « l'histoire naturelle, la physique, la chimie, l'anatomie, la mécanique, la géographie, le génie militaire, les antiquités, les dépôts littéraires, livres et manuscrits, etc. » 11 n'y est déjà plus question de chartes. Un décret du 14 fructidor an u, rendu sur le rapport de Grégoire, plaça les bibliothèques et tous les autres monuments de sciences et d'arts appartenant à la nation, sous la surveillance de tous les bons citoyens.

Mais, le 13 janvier 1793, Monge, ministre de la marine, réclamait les parchemins et papiers des Chambres des Comptes et autres dépôts publics, dont la loi du 3 octobre 1792 avait ordonné la suppression, pour en faire des gargousses, attendu qu'indépendamment de l'économie en résultant, « une saine philosophie demandait l'anéantissement total de ces titres. » Les administrateurs du Directoire du département transmirent, le 50 janvier, les instructions fatales. Un décret du 12 frimaire an n ordonna de mettre sous les scellés les parchemins, livres et papiers donnés librement pour être brûlés. Dans le choix des parchemins, une lettre des administrateurs du département de la Drôme, du 17 messidor an u, posait en principe de conserver, » 1° les originaux qui par leur ancienneté étaient des • monuments précieux de topographie ou de langage, » tels que ceux qui remontaient à l'an mille ; "2° ceux » qui constataient des faits historiques, chronologiques ; » 3° ceux qui rappelaient des usages anciens, les cos- » tûmes, et qui servaient à l'histoire des mœurs du » pays, fêtes; 4° ceux qui pouvaient retracer des évé- - nements odieux du fanatisme, comme jugements de

» sorciers, excommunications, pactes, et généralement - tout ce qui paraîtrait aux commissaires mériter > l'attention des curieux et intéresser les sciences, les » arts et l'humanité. •

Le 1er thermidor an u, le district de Valence envoyait aux administrateurs du département 1 ,747 feuilles de parchemin destinées aux gargousses.

L'n arrêté du Comité du Salut public, du 7 frimaire an m, affecta au service des arsenaux les parchemins imprimés et écrits des dépôts nationaux, remis à la Commission des aimes et poudres, et le 1er germinal, la Commission des revenus nationaux pressait l'exécution de ce malheureux arrêté. Jean Husson, conducteur des charrois, et A.-J. Flainen, canonnier-artificier, désignés par d'Anglemonl, commandant l'artillerie à Valence, le 9 nivôse an m, choisirent pour la fabrication des gargousses 2,858 parchemins, et signalèrent ceux « qui n'avaient ni qualité, ni dimension , » aux ateliers d'artillerie pour en faire des culots.

Déjà, le 16 fructidor an u, le district de Montélimar avait expédié un ballot destiné à l'aimée des Alpes, composé de sept paquets de parchemins.

Le 7 messidor an u , la Convention nationale avait organisé les archives de la république et prescrit le triage de tous les titres des divers dépôts par « des ci- » toyens versés dans la connaissance des chartes, des » lois et des monuments. » Le 4 brumaire, le Comité des décrets demandait la présentation de deux citoyens ayant les qualités requises par cette loi.

Enfin la loi du 5 brumaire an v, en ordonnant la réunion au chef-lieu de tous les papiers acquis à l'État, créa les archives départementales.

Le 51 frimaire an vu, le ministre de l'intérieur, François de Neufch&teau, recommanda l'envoi à la Biblio-

thèque nationale, à Paris, de tous les cartulaires « des » ci -devant instituts religieux. Ces titres, fruits des » siècles barbares, se lient trop essentiellement à leur » histoire, pour pouvoir en être distraits. Il faut qu'ils » attestent à la postérité ce que l'ambition et l'artifice • des corporations privilégiées ont obtenu de la crédule » ignorance de nos pères, et qu'ils lui fassent apprécier » l'heureuse révolution qui s'est faite dans l'esprit hu- » main. »

Si maintenant à la destruction légale des titres anciens on ajoute les auto-da-fé locaux, dans lesquels l'ignorance livrait aux flammes les témoignages écrits de la constance et des vertus héroïques de nos pères, on aura une idée de la perte immense que fit alors l'histoire des serfs, des communes, du tiers-état, de la noblesse et du clergé.

Cependant, tout n'avait pas péri dans la tempête. Jusqu'en 1833, les dépôts publics avaient peu attiré l'attention. Plusieurs communes, privées de mairies, perdaient leurs titres dans les déménagements successifs de leurs archives. La renaissance des études historiques a créé, il y a trente ans, un autre danger pour les papiers qui avaient échappé aux rongeurs, à l'humidité, aux écoliers et aux insouciants : les curieux empruntèrent les documents et ne les rendirent plus. Mais du moins ceux-là existent encore, et le plus difficile est de les retrouver.

Des jours heureux ont enfin lui pour les archives de la France avec le deuxième empire.

Depuis 1861 , un immense travail de classement a été entrepris. Plusieurs départements ont déjà publié un ou plusieurs volumes de l'inventaire sommaire de leurs archives, et celui de la Drôme n'est pas resté en arrière. Le premier volume analyse les documents

législatifs, judiciaires et administratifs; les autres offriront des détails encore plus intéressants.

En même temps, la Société d'Archéologie et de Statistique de la Drôme, intelligente création d'un administrateur dévoué au succès de toutes les pensées généreuses, a commencé la publication des chartes anciennes et d'intéressantes monographies. Tous les organes les plus autorisés de la presse, et le Journal de Montélbnar surtout, ont encouragé les recherches faites sur l'histoire locale. L'élan est donné ; il devient général. Que chacun le favorise, en recueillant pieusement de maison en maison tous les titres qui intéressent les communes et leurs établissements civils et religieux, en conservant avec soin ces restes vénérables, héritage de huit siècles de lutte généreuse, et nous pourrons ainsi en louant le présent rendre justice au passé, et ne plus nous trouver étrangers aux lois et coutumes, aux mœurs et à la vie intime de nos pères. (1)

(1) Manuel de l'archicisle ; — Archives départementales, M.

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