‹ L'arrondissement de Montélimar: géographie, histoire & statistiqueChapitre 11 sur 39 · ALEYRAC · texte numérisé non relu

ALEYRAC

Géographie * Statistique

Situé entre les communes de Poët-Laval et Taulignan, à Test; Châteauneuf-de-Mazenc el Portes, au nord; Montjoyer, à l'ouest; Taulignan et Salles, au midi. Aleyrac, qui s'écrit aussi Alleyrac et Alayrac, se trouve à 18,924 mètres de Dieulefit, son chef-lieu de canton; à 22,180 mètres de Montélimar, et à 60,056 mètres de Valence (à partir de la maison Chaix). La route départementale n° 9 de Cléon-d'Andran à Grignan traverse le territoire de la commune et met en communication le plateau élevé où elle se trouve avec l'industrieuse vallée du Jabron et la riche plaine de Taulignan. On trouve le radical de montagne ou rac, et d'à/ ou ait us,

L'AHR ONJDISd E MENT

élevé, dans Aleyrac, et d'après M. de Coston, si compétent en ces matières, le nom concorde à merveille avec la position du lieu sur une montagne rocailleuse qui dépend de la chaîne de Rachas.

D'après les déclarations faites en 1734 au contrôleur ambulant de l'élection de Montélimar, la communauté avait alors une superficie de 503 salmées et 1 éminée et demie, chaque salmée valant 3 sétérées, et chaque sétérée 500 cannes carrées, mesure de Montélimar. Elle comptait 9 granges et 9 familles. Les bois, appelés hermcs, étaient utilisés pour le chauffage; il y avait quelques vignes et quelques noyers de peu de produit. On y récoltait du vin, qualifié « médiocre » , du seigle, du blé noir, de l'avoine et de l'épeautre, consommés dans la localité. Aucun commerce, aucune industrie ne prêtaient leur secours à l'agriculture locale ; point de verrerie, de moulin, d'usine, de carrière pour occuper les bras inactifs. Aussi, le revenu d'une sahnée de terre, en général, n'atteignait-il que 3 livres 10 sols, celle d'un pré 6 livres, et celle des vignes 3 livres 10 sols.

Sur le désir de la Commission intermédiaire établie par les États de Romans, les officiers municipaux d'Aleyrac, le 22 mai 1789, tracèrent le tableau suivant de leur situation économique : (1)

« Il peut y avoir, du levant au couchant, par aperçu, • [our demi-heure (de marche), et du midi à la bise, » pour un quart d'heure ; il n'y a point de village, ni » (de) hameaux , mais seulement quelques granges. » Le sol, en général, est très-mauvais, étant de terre » rouge et (de) beaucoup de pierres dedans. On recueille

(1) Tableau des distances légales du département de la Dr Ame; — Annuaire officiel; — Archivée départementales, 0. 3. r. 01 ; — Hecherches étymologiques sur quelques noms de lieux et de familles du département de la Drôme

» très-peu de blé, seigle, épeautre rouge et sarrazin ; il » y a quelques noyers; mais, par rapport au froid, ils » prennent très-rarement. 11 n'y a point de grains de » reste, au contraire, i! en manque considérablement. » Mêmes renseignements qu'en 1734 à l'endroit du commerce et de l'industrie. Faute de rivières, il n'y a pas de prairies, et faute de fourrage, peu de gros bétail ; les torrents y font de grands ravages à l'époque des pluies, en emportant l'humus, et la cherté du sel empêche le développement de l'élevage des troupeaux de brebis.

Les couleurs du tableau sont assez sombres.

En 1734, les droits seigneuriaux s'affermaient "250 livres, la dime 150; la taille (impôt foncier payé au Roi ), à raison de 4 livres 0 sols 8 deniers la livre, et de 4 sols 4 deniers le sol, sur les 45 livres 15 sols d'estime des 503salmées du territoire, rapportait 141 livres 10 sols, la capitation 18 livres, le dixième 31 livres 5 sols, la taille négociale (budget communal 38 livres 8 sols, le ban-vin 1*2 livres 15 sols; total, 041 livres 18 sols. Or, en doublant la valeur de l'argent, ce qui n'est pas exagéré, on arrive à un impôt général de 1 fr. 96 c. par hectare. Il n'y avait à Aleyrac qu'un peu plus d'un sixième de feu roturier et aucun fonds noble.

En 1839, M. Mermoz évaluait la contenance territoriale imposable de la commune 647 hectares, le revenu des propriétés bâties 17*2 fr., celui des autres propriétés 4,133 fr.; total, 4,305 fr.; le revenu moyen d'un hectare 6 fr. 36 c, le contingent de 1839, 220 fr. (en principal, celui de 1840, 312 fr., soit 92 fr. d'augmentation à la suite d'une répartition nouvelley et la contribution moyenne par hecfl^e 46 c.

Le montant des rôles de^867 s'est élevé à 1 , 1 22 fr. 63 c. , dont 467 fr. 83 c. pour la commune, 196 fr. 38 c. pour

le département, 436 fr. 74 c. pour l'État, 21 fr. 68 c. pour fonds de non-valeurs, etc., soit 1 fr. 73 c. par hectare, terres et maisons, cotes personnelles et mobilières, tout compris.

En 17-29, la population était de 30 âmes ; en 1789, de 50; en 1839, de 92; en 1851, de 75; en 1866, de 89.

Je terminerai cet exposé par des renseignements tirés du cadastre et de la Statistique de la Drôtne, en 1835 :

Étendue des bois particuliers

— des terres labourables . . .

— des vignobles

— des prairies

— des pâturages

— des routes, chemins, etc. .

— des maisons, etc

Total 665

Nombre de maisons, 17.

En 1854, il y avait 24 hectares ensemencés en blé, 8 en seigle, 1 en orge, 2 en avoine, 1 en légumes, 4 en pommes de terre.

En 1858, dix onces de graine de vers à soie produisirent 66 kilogr. de cocons. (1)

D'après M. Lory, les calcaires crayeux plus ou moins sableux avec silex noirs, et les lauzes dures, forment le plateau d'Aleyrac.

(1) Nouveau projet de répartition de la contribution foncière; — Description géologique du Dauphiné; — Archives départementales, M, 520.

355 hectares.

DE MONTE L.IMAR

Histoire. — Li Paroisse

A ne considérer que le silence gardé par les auteurs dauphinois sur l'histoire d'Aleyrac, on serait tenté de croire que le hasard malin de Tordre alphabétique a placé cette commune la première sur ma route pour me tendre un piège. Seul, le Dictionnaire des Gaules fait remonter Aleyrac au i\f siècle, mais sans indiquer ses preuves.

l'ne pareille antiquité établie sur titres serait respectable, et l'auteur aurait pu également la reculer jusqu'aux Celtes, aux Voconces ou aux Romains, sans crainte de contrôle. Quoi qu'il en soit, une abbaye de religieuses Bénédictines jouissait au moyen-àge d'Aleyrac à titre de fief; et l'auteur des Annales de P Abbaye d'AiguebeUe s'exprime ainsi à ce sujet : « Nous trouvons, dès > la plus haute antiquité, à côté de la tour de Montlucet, » entre Montjoyer et Alayrac, un monastère de Basiliens, » dont il ne reste plus que l'église ruinée ; et à Aleyrac, » un couvent de religieuses Cassianites, plus tard appe- • lées Béguines. Ce couvent florissait au < ommencement » du ixe siècle, et les chroniques du temps attribuent » à Charlemagne la fondation de l'église. Les beaux » restes que l'on y admire attestent encore aujourd'hui » une munificence digne du grand roi. » (1)

Or, St Basile, mort en 379, avait écrit des constitutions ou règles monastiques pour les religieux qui vivaifnl

1 j Introduction. XI.

seuls ou en communauté ; Rufin les traduisit en latin et en propagea de la sorte l'adoption dans les monastères d'occident. Mais à quelle époque les Basiliens de Montlucet furent-ils fondés? Je l'ignore.

Quant aux Cassianites, qui suivaient la règle de Cassien, fondateur de l'abbaye de St-Victor de Marseille, vers l'an 400, ils avaient sans doute embrassé une autre règle au temps de Charlemagne, puisque dans deux capitulaires de l'an 81 1 on met en question « s'il peut y avoir » d'autres moines que ceux qui gardent la règle de » St Benoit. »

Les auteurs qui ont vu dans « les chroniques du temps » la preuve de l'existence des religieuses d'Aleyrac au ixc siècle, m'auraient rendu un véritable service en indiquant les collections imprimées ou manuscrites qui les renferment.

Jusqu'à preuve du contraire, je douterai autant de l'intervention de Charlemagne dans la construction de l'église d'Aleyrac que dans celle du pont de Charols.

Le seul point véritable, c'est l'existence d'une abbaye de filles à Aleyrac aux xir et xiir siècles et sa ruine probable au xive. Avant d'entrer dans quelques détails à ce sujet, disons un mot de la paroisse.

On trouve dans un pouillé du diocèse de Die de l'an 1516, la mention de la cure d'Aleyrac, dans l'archiprôtré du Désert ou de St-Nazaire; celui de 1576 porte même la taxe de ses décimes à 5 florins 9 sols 6 deniers.

Une ordonnance de Charles - Jacques de Leberon. évéque de Valence et Die, en 1644, nous apprend que l'église était dédiée à Notre-Dame et que le chapitre de Montélimar en était le patron. Le prélat obligea ce chapitre à donner 75 livres au desservant ou à lui délaisser le produit de la dîme. Mais, attendu * la modicité de la » somme taxée pour son entretien, à cause du peu de

DE MONTELIMAR

» valeur des fruits décimaux, » il n'y faisait le service religieux que de quinzaine en quinzaine. 1

Le vicaire-général de Gabriel de Cosnac, évéque eC comte de Die, en 17*29, trouva l'église paroissiale, sous le vocable de l'Assomption de la S,e Vierge, — ancien et magnifique bâtiment abandonné par des religieuses, — dépourvue d'ornements sacerdotaux. Il prescrivit « à qui » de droit » d'acheter * une chasuble de ligature pour » toutes les couleurs, n'osant ordonner le surplus, à » cause de la pauvreté et misère du curé et des ha- » bitants. »

Gaspard-Alexis de Plan des Augiers, évéque de Dier visite en 1759 la chapelle de St-François-de-Sales, au lieu dit Le Cabaret, à un demi-quart de lieue de l'église paroissiale ; cette chapelle, voûtée, pavée et en bon état, appartenant h Grosjeanne, servait au culte les dimanches et fêtes simples. Quant à l'église de Notre-Dame-de-la Brune, luitie pour des religieuses Bénédictines dispersées pendant les guerres civiles du xvr siècle, suivant le prélat, il en trouve le vaisseau en forme de croix entier et très- beau: le chœur, de 25 pieds de long sur 21 de large, la nef, de 30 pieds de lon^r sur 21 de large et 30 de haut, les murailles, la voûte, le clocher et le toît en pierres de taille. Il ajoute qu'une fontaine très-abondante coule au bas de la nef. Sur 9 familles 8 sont catholiques et 1 protestante ; les communiants sont au nombre de 45. Tous désirent conserver leur église monumentale ; mais tous déclarent la chapelle de St-François-de- Sales mieux à leur portée, et ils offrent de placer auprès d'elle le presbytère. « Très-souvent, ajoutent-ils.

• nous sommes privés de tout service divin , ne trou-

• vant pas de prêtre qui veuille le faire sous la modi- » que rétribution de 135 livres; mais nos facultés ne » nous permettent p is d'y pourvoir. »

E/évéque ordonna diverses réparations à l'église paroissiale.*

Dans son testament du 31 août 1661 , Louis Gaucher Adhémar de Monteil, désirant procurer à la froisse d'Alcyrac , dont il était alors seigneur, les consolations religieuses, lui alloua une pension annuelle de 60 livres, à la condition que le curé serait amovible et nommé par les héritiers du testateur. Plus tard, les évéques de Die ayant chargé du service paroissial les Augustins de Taulignan , — lesquels, en hiver, ne pouvaient se rendre à Alevrac , — François Adhémar de Monteil, comte de Grignan, le 3 avril 1691), s'obligea au paiement delà pension de 60 livres et consentit à la nomination d'un curé inamovible.

On trouve, parmi ces curés, Dubourg en 1731 ; Rigaud en 173*2, Tcslon en 1761, assassiné, et Raymond (Jean-Joseph) , la terreur de la contrée , pendant la Révolution.

En 1808, lors de la création des succursales , on réunit Salleltes , Souspiene et Alevrac pour en former une ; un décret de 1813 la transféra à St-Jean de Valence et réunit à Chàteauneuf-de-Mazcnc Souspiene et Alevrac.

Le Conseil municipal demandait une succursale en 18*20 et se faisait une gloire de posséder un des plus beaux corps d'église de l'arrondissement. Quinze ans plus tard , les habitants élevaient une église nouvelle et réclamaient le titre de chapelle vicariale pour eux et les hameaux de Cilelles et TAillet ou l'Allier.

Alors, fut abandonnée la vieille église des Bénédictines ; alors fut consommé un acte de vandalisme qui doit causer à ses auteurs un éternel remords !.... « A » côté des tristes souvenirs que présente l'ancienne • cure (l), on aimait à reposer les yeux sur cette belle

1 Allusion au cure Raymond.

» et élégante construction. Tous les voyageurs qui vicn-

» nent visiter ces ruines en amateurs ou curieux , se

» retirent oppressés et maudissent les auteurs de cette

» destruction. » (1)

L'Abbaye

Faut-il placer Aleyrac chez les Voeonces ou chez les Tricastins? De plus habiles décideront la question. Toutefois, en admettant que les diocèses aient adopté, à l'origine, les anciennes délimitations de peuplades, les Voeonces ont droit à Aleyrac, couvert de bois, sans doute, à ces époques reculées.

L'ordre de Saint Benoit, voué, d'après ses constitutions, aux travaux agricoles et aux chants pieux, recherchait le calme et la solitude. Aleyrac, dont le plateau sévère domine des plaines riantes au midi et au nord-ouest, convenait à merveille à des religieux, étrangers aux joies et aux agitations du monde ; un monastère y fut bâti pour des Bénédictines qui, en 1295, dépendaient de l'abbaye de Pile-Barbe. Le nom du fondateur de cette maison et l'époque de son origine nous sont cachés ; mais, à part cela, on peut savoir, en lisant la règle de Saint Benoit, et les occupations et le genre de vie des saintes filles qui l'habitaient. Que les indifférents et les sceptiques passent sans émoi devant les pierres dispersées

(1) Noie de la Mairie d'Aleyrac

du monastère ; ils le peuvent ; mon but n'est pas de les convertir. Mais qu'en présence d'une règle sévère, prescrivant l'obéissance la plus absolue à la supérieure, le renoncement le plus entier aux faiblesses de l'humanité, l'amour du travail et de la prière, du silence et «les mortifications, h des filles des plus puissantes familles, on ne trouve ni courage ni grandeur d'âme, chez celles qui l'observent avec soin, j'ai peine à le concevoir. J'aurais désiré, à l'appui de mes paroles, pouvoir retracer ici le portrait d'une vraie religieuse de Saint Benoit ; quelques extraits suffiront : « Elle s'abstient de tout discours

• de raillerie, n'ouvre jamais la bouche pour dire une » parole qui proie à rire, est sérieuse et modeste en tout » temps. Elle a toujours la mort présente et conserve la » crainte de Dieu ; avant incessamment devant les yeux » celle double face de l'éternité, les peines et les couron- » nés, elle travaille à éviter les unes et à acquérir les » antres, et veille de telle sorte à la garde de son cieur

• et de ses sens, qu'il ne lui échappe (autant qu'il lui » est possible) ni mouvement, ni pensées, ni action, ni » parole qui ne soient dignes d'être présentés au tribunal » du Souverain Juge » (1;

De nos jours, les ordres religieux ont en général trop laissé les déserts, et voilà pourquoi tant de préventions injustes contre eux ont germé dans les esprits.

Ma mission d'historien ne saurait outre- passer la constatation de ces faits.

L'Ile-Barbe, ainsi appelée, d'après Le Laboureur, de Barbare ou déserte, avant l'arrivée de ses religieux, vers l'an '240, est formée d'un rocher au milieu de la Saône, au-dessus de Lyon ; elle a 1 ,200 pas de long sur 300 de large.

(1) La règle de Saint Benoit expliquée, t. i, Introduct.

DR MONTÉLIMAH

eu

Au temps de Clovis, fils de Dagobert Ier, les moines y suivaient la règle des couvents orientaux ; ils acceptèrent dans la suite celle de Saint Benoit, modifiée par un autre Saint Benoit, dit d'Aniane, contemporain de Charlemagne et de Louis-le-Débonnaire.

En 1549, une bulle du pape Paul III les rendit à la vie séculière et les discordes civiles ne tardèrent pas à les disperser.

On possède la bulle de Lut i us III, du 11 mai 1183, qui renferme un véritable pouillé ou dénombrement des églises et chapelles de l'abbaye de l'Ile-Barbe, dans l'arrondissement de Montélimar. Comme il y a quelque utilité pour l'intelligence des faits ultérieurs à exposer la part d'influence qu'ont eue sur l'organisation de nos paroisses les monastères puissants de Cluny, d'Aurillac, de la Chaise-Dieu, Saint-Chaffre, Cileaux, etc., je vais extraire du document sus mentionné, les indications relatives à mon sujet, quitte à en faire autant, à l'occasion, pour les autres abbayes.

Lutins III confirme d'autres bulles d'Innocent II (1 130- 1 143) et d'Alexandre III (1159-1 181 ), et il énumère ainsi les dépendances de l'Ile-Barbe :

1° Dans l'évêché de Die, l'église de Ste-Marie et de St-Jacques d'Eyrolles (de Arrolas), l'église de Chaudebonne (de Casabone), l'église de Barsac (de Brtisaeo), et l'église de Chàtillon.

Si l'on veut bien retrouver Aleyrac dans 1 église de Ste-Marie, à cause du nom de Notre-Dame-de-l'Assomption ou de Notre-Dame-de-la-Brune, qu'elle portait au xvme siècle, j'y consens; mais la preuve n'est pas décisive.

2° Dans févêché de St-Paul ou d'Orange, l'église de St-André de Barri (de Barres), l'église de Ste-Marie d'Alhin (de Mono) et la chapelle du chAteau, l'église de

St-Pierre de Salles (de SalfasJ, l'église de St-Genès, le monastère de Bollène, l'église de St-Jean de Lagonerie, l'église de Torcularibus avec ses dîmes, l'église de Sl-Jean de Grellas, l'église de St-Arey, l'église de Belgione de Sparanciano, l'église de Ste-Marie de A/butia, l'église deMiilieratis, l'église de St-Thirse, etc.

Il y a ici une petite difficulté pour Salles : il était du diocèse de Die et avait Sainte Magdeleine pour patronne, dans les derniers siècles.

3° Dans l'évéché de Valence, les églises de Monlélimar, de St-Pierre, de Ste-Croix, de St-Marlin-de-r Hôpital, une autre église de St-Martin, l'église de St-Prix, de St-Michel et de St-Marcel, l'église de Viosaco, et à Aigu fm Aiguno), l'église de Ste-Marie, de St-Didier et de St- Salurnin. (1)

Me voilà bien loin d'Aleyrac, au milieu de tant de noms oubliés ou difficiles à reconnaître ; mais le lecteur ne doit-il pas être initié aux tortures d'esprit que donne l'étude des chartes, sinon pour y compatir, du moins pour user d'indulgence ?

Faute de documents, nous franchissons d'un trait les premiers siècles féodaux.

Le 12 septembre 1295, l'abbesse et les religieuses d'Aleyrac, maîtresses de la terre et de la juridiction du même nom, reconnaissent Aimar IV, comte de Valentinois, pour leur suzerain. L'origine des Poitiers, qui étendaient leur domination sur la majeure partie de l'arrondissement de Montélimar, présente encore d'insolubles difficultés. Chorier et Guy Allard admettent une seule race issue d'Eble II, comte de Poitiers ; d'autres auteurs en trouvent deux : la première peu connue, et la seconde rattachée aux Poitiers d'Aquitaine par un

(1) Les Masures de Vabbaye royale de l'Ile Barbe, t. i, p. 116-117.

Dl' MONTELIMA H IKî

bâtard de Guillaume IX, marié, vers le commencement du xir siècle, avec une comtesse de Marsanne ou de Die, héritière de la première race. M. de Gingins donne à Geilon, premier comte héréditaire de Yalentinois, Louis l'Aveugle, fils de Boson, pour auteur. (1)

La charte de. 1*295, analysée par X Inventaire de la Chambre des Comptes, parait être une sorte d'accord entre le comte de Valentinois et les religieuses. Aimar IV garde seul la justice criminelle , et les religieuses partagent avec lui la juridiction ordinaire sur les habitants. Lorsque la punition des crimes et délits était convertie en peine pécuniaire, chacun prenait sa part de l'amende. Si une exécution capitale résultait d'un jugement, elle devait se faire hors de la vue des religieuses. Celles-ci conservaient les pâturages, pulvérages, droits de ban (amende) et autres dépendants du territoire. Elles avaient un garde forestier qui prétait serment de bien exercer son devoir entre les mains du comte ou de son châtelain de Chateauneuf-de-Mazenc. Un receveur du monastère levait le vingtain des grains pour le comte et pour les religieuses, et cette redevance était partagée lorsqu'on faisait des constructions dans le territoire. Le comte ou son châtelain pouvait prendre annuellement dans les forêts du couvent et hors de son devès (partie réservée au seul propriétaire) jusqu'à 200 sommées de bois que le garde faisait couper et transporter aux frais du comte. Celui-ci devait garder et protéger le monastère et son territoire, et jusqu'à 500 livres, il l'exemptait des lods, pour ses acquisitions d'immeubles.

Comme dernière clause, les religieuses devaient faire

(1) Voir le savant article de M. Brun -Durand dans le bulletin de la Société départementale d'Archéologie et de Statistique de la Drôme. 3' livraison, 1866, p. 302 et 303.

ti4

approuver cet accord et leur hommage au comte Aimar IV par l'abbé de l'Ile-Barbe.

Le 19 août Anseline d'Aï verse, prieure du monastère d' Aie vrac, reconnaissait en fief du comte de Valentinois, sa maison, ses droits et dépendances, et sous la sauvegarde de Louis Ier.

Vers la fin du xive siècle, Raymond de Turenne, en guerre avec les Poitiers, dispersa les religieuses et ruina leur monastère ; c'est du moins ce qu'il est permis de conclure de la réponse des Bénédictines, réfugiées alors à Valréas, le 5 mars 1427, à la demande que leur faisait Lancelot de Poitiers, seigneur deChàteauneuf-de-Mazenc, de lui prêter hommage.

A cette date, le comté de Valentinois appartenait au Roi Dauphin, à cause de la donation de Louis II, dernier possesseur de cette grande division territoriale, au dauphin Charles VII. Les religieuses couvrirent leur refus d'obéir à l'ordre de Lancelot, bâtard de Poitiers, de la nécessité d'avoir, au préalable, le consentement du Roi Dauphin.

Depuis lors, il n'est plus question du monastère d'Aleyrac, et je crois utile de constater que sa destruction, attribuée aux protestants, pendant les guerres du xvie siècle, par un document déjà cité, ne repose sur aucune donnée historique.

DE MONTELI MAH

Le Fief d Aleyrac

Avant l'année 1183, l'abbaye d1 Aleyrac n'existait pas encore, autrement le pape Lucius III en aurait fait mention au même titre que de celle de Bollène ; ou bien elle ne dépendait pas alors de rite-Barbe. Entre ces deux hypothèses, le lecteur choisira. Mais sa sujétion ultérieure est établie par la confirmation que fit, le 6 juin 13-25, l'abbé du monastère lyonnais, de l'accord de 1595 intervenu entre le comte de Valentinois et les religieuses. Quant à prolonger l'existence de ces dernières jusqu'à l'époque des guerres civiles du xvr siècle, il faut y renoncer. Outre la preuve déjà fournie de leur présence à Valréas au commencement du xv* siècle, il est probable que le chapitre de Sainte-Croix de Montélimar hérita de leurs droits sur la cure dès les premières années du siècle suivant, et qu'il les abandonna plus tard au vicaire perpétuel ou desservant, vu leur modicité, pour lui tenir lieu :1e portion congrue, c'est-à-dire de traitement pris sur la dime.

D'autre part, le 20 novembre 1540, Louis Adhémar tle Monteil, baron de Grignan et de La Garde-Adhémar, déclarait tenir en fief du roi Dauphin la terre d' Aleyrac, d'un revenu approximatif de 100 livres. Or, on a vu que le même fief appartenait aux religieuses cent ans auparavant.

Dans le dénombrement fait à la Chambre des Comptes de Grenoble, le 9 août lb'8b\ par François Adhémar de Monteil, duc de Terme, comte de Grignan, se trouve

oo

une brève énumération des droits féodaux dus au gendre de M0" de Sévigné. Ce puissant seigneur possédait la seigneurie en toute justice, pouvait y établir des notaires, disposer des eau\, des chemins, des mines de plâtre et des carrières, ainsi que des Iiermes et terres vacantes, prendre les lods au sixième denier, exercer le droit de prélation et de rétention, lever un péage et le pulvérage « à raison de G sols par baston » , défendre la cbasse, percevoir les amendes, la quinzième partie des grains et des raisins récoltés, le vingtain des agneaux, chevreaux, poulains et ànons, et deux séliers de blé, par an, sur chaque habitant. En outre, «ceux » qui faisaient fouler leurs blés par des bétes étran- » gères, étaient obligés de lui payer une journée des- » dites bétes. » (1)

Expliquons sommairement quelques termes de cet acte, afin de n'être plus obligé d'y revenir.

On divisait les sièges de justice féodale en hauts, moyens et bas. Le haut justicier connaissait des cas de mort, de mutilation, etc.; il pouvait, d'après Salvaing de Boissieu, faire fouetter, essorillcr, écheller, exposer au carcan ou pilori et marquer au fer chaud. Il avait des piliers ou fourches patibulaires. Les épaves, biens vacants, etc., lui appartenaient, et comme seul seigneur de la terre, il avait la prééminence dans l'église, faisait prier pour lui au prône, et pouvait mettre ses armes, litres et ceintures de deuil autour de l'église, dedans et dehors.

Dans les attributions du moyen justicier rentraient les poids et mesures, les tutelles, curatelles, scellés sur huis (portes) et coffres, inventaires et saisies, partages, émancipations et criées.

(1) Inventaire de la Chambre des Comptes, Valentinois, I.

Enfin, les causes civiles jusqu'à GO sols et les délits allaient au bas justicier, à qui le bétail pris en dommage était dévolu.

Les notaires étaient, chez les Romains, de simples sténographes. Extrêmement rares en France aux xe et xie siècles, ils se multiplièrent peu à peu dans la suite, « parce que les évéques, les seigneurs, les baillis et les » sénéchaux s'attribuèrent le droit d'en créer. » Philippe-le-Bel, en 1303, leur enleva ce privilège, mais non d'une manière absolue, comme le prouve notre acte.

Salvaing de Boissieu ne fait rentrer dans les droits féodaux ni les minas ni les carrières; cependant le seigneur d'Aleyrac se les attribuait en 1G8G.

Les lods, de lawt, approbation, de lot (parcelle), ou de leudes (vassaux), se payaient au seigneur direct sur le prix des immeubles vendus, échangés ou donnés, au tiers denier, au quart denier, au quint, au sixième, au douzième, au vingtième, au quarantième, etc. Le tiers denier équivalait à la moitié du prix ; le 6', à 3 sols 4 deniers par livre; cependant il s'entendait de deux façons : de G écus 1 écu, ou de 5 écus 1 écu faisant le G'. Dans ce cas, le 6e denier équivalait à 4 sols la livre ou au 5 p. 100.

Au moyen du droit de prélation, le seigneur pouvait retirer des mains de l'acheteur un immeuble vendu en en remboursant le prix; quant à la rétention, ce devait être un droit du même genre. La prêtai ion féodale s'exerçait après la consommation de la vente, el l'emphytéotique avant.

Pour expliquer l'importance du péage d'Aleyrac, il faut sans doute admettre l'existence d'une route de Vienne en Provence, par Romans, Crest, Charols et Grignan , et j'aurai occasion de revenir sur ce point.

On percevait le droit de pulvérage à raison de 8 gros par malate ou berlie de 3,000 chefs d'aver et par lieue de chemin, et le mot de bâton, employé dans l'acte de 1686, doit équivaloir à celui de berlie. (1)

Quant à la chasse, le Dauphin Humbert II l'avait permise aux gentilshommes ; les roturiers ne pouvaient chasser qu'au renard et au loup, depuis 1375; toutefois, moyennant une redevance aux Dauphins, ils usaient du privilège de la noblesse, et les seigneurs n'avaient plus droit en ce cas, d'après la coutume, qu'à la hure du sanglier et h l'épaule droite du cerf. C'était, chez les païens, la part de Diane.

Selon Boissieu, le vingtain, droit primitif réservé par le seigneur en concédant une lenure, s'appelait aussi lâche, tasque, champart, terrage et agrier, et se traduisait par la 1 5* ou 50e partie des gerbes, du bois, du foin, etc. Mais on donnait aussi le nom de vingtain à la redevance due pour la construction et l'entretien des murailles des bourgs fermés, redevance allant, en général, à la 50e partie de la récolte en blé et en vin.

Choricr, au xvir siècle, traitait d'abus la perception de ce droit ; mais, sans elle, ajoutait Salvaing de Boissieu, « la plupart des seigneurs, dont les anciennes for- » teresses étaient situées sur des pointes de rochers, » seraient en perte de leurs droits les plus spécieux. » Cette naïve raison remet en mémoire certain seigneur d'Ardre qui, ayant fait combattre un ours pour, l'amusement de ses vassaux, leur réclamait le paiement du spectacle après* la mort de l'animal. (2)

En effet, si les villages fortifiés avaient leur raison

(1) De l'Usage des fiefs, passim ; — Quantin, Dictionnaire de diplomatique.

(2) Chorier, Jurisprudence de Guy Pape; — Salvaing de Boissieu, De l'Usage des fiefs.

(l'être aux xir et xiu* siècles , à quoi servaient leurs murailles sous Louis XIV et Louis XV?

Je me suis laissé entraîner un peu loin avec ces explications monotones : un mot des derniers seigneurs

d'Aleyrac. ^

Deux filles du comte de Grignan et de Claire d Angennes ont porté le nom de cette terre. Pithon-Curt place un fief de môme nom en Vivarais, appartenant aux Adhéniar, vers 1160, et il attribue à Louis de Taulignan. baron de Barres, la qualité de seigneur d'Aleyrac. Le P. Robert en fait autant pour Pierre de La Tour.

marquis de Lachau. (1)

Je renonce à éclaircir le mystère caché là-dessous, jusqu'après l'étude des titres de Châteauneuf-de-Mazenc.

Les deux seigneuries, après la mort du comte de Grignan, semblent avoir passé dans les mêmes mains. En 1724, Jean d'Yze de Saléon, évoque d'Agen et de Rodez, et ensuite archevêque devienne, les possédait, a l'exemple de son père, qui fut président à moruer au Parlement de Grenoble. Héritier du prélat, Honoré-Jean- BapUste-Jacques-Alexandre de Piolenc, son neveu, seigneur de Beauvoisin, Thoury, Jarjayes, etc., ne put les dégrever des dettes qu'elles garantissaient, et en 1769, elles furent vendues ensemble 260,000 livres par les créanciers du seigneur de Thoury, à Pierre-Hyacinthe- Lazare de Ravel des Crottes, conseiller au Parlement de Provence.

11 sera question de toutes ces familles dans d'autres monographies, et, bien que mon intention ne soit pas de faire un nobiliaire ou un armoriai, je dois citer les illustrations militaires, religieuses et parlementaires sorti] Pithon-Curt. Histoire de la noblesse du Comtat; — Robert , Etal de la Provence ; — de Coston , Recherches étymologiques sur quelques noms de lieux, etc.

fies de la noblesse, à l'égal de celles du clergé et du tiers-état. L'histoire n'est pas seulement le miroir du passé, elle est aussi un enseignement et un exemple.

A propos d'illustrations, suis-je fondé à inscrire ici le nom de Ponce d'Aleyrac, abbé de St-Antoine en Viennois, au xive siècle, qui fit réparer ou reconstruire les murs d'enceinte du bourg platé sous sa dépendance? Les preuves manquent, et de plus l'absence de tout manoir féodal à Aleyrac semble exclure l'existence d'une famille de ce nom. Cependant il se pourrait qu'un enfant du peuple ait pris celui de sa terre natale et les exemples abondent pour justifier pareil usage.

Quant à Jean-Joseph Raymond, originaire du Comtat, dont la mémoire occupe tant de place encore dans les souvenirs populaires, il prêta tous les serments demandés depuis 179*2 jusqu'à l'an vi, et l'histoire n'a rien à dire d'un prêtre qui, oubliant sa mission évangélique, en vint à se faire un agent de désordre. Pour un apôtre qui trahit, douze restent fidèles, et la chute d'un membre du clergé, loin d'être un motif de récrimination et de blâme contre le corps, démontre au contraire la puissance de vitalité qui l'anime.

Faute de documents, la part historique du tiers-état va, dans cette première notice, se trouver réduite à néant. A qui la faute? A ceux qui ont laissé périr les archives communales, encore existantes en 1789. Heureusement qu'en d'autres localités on pourra trouver matière à esquisser l'organisation municipale, le mode de perception des impôts, le rôle des consuls annuels et des assemblées des habitants.

Au surplus, l'abbaye, en faisant des concessions de terres à quelques familles, donna naissance à la communauté ; les impôts nés au xive siècle la dotèrent d'une administration consulaire ; son peu d'importance la dispensa de rechercher de grandes franchises.

Que des documents viennent à surgir et je les utiliserai. Jusque là, il faudra se contenter d'une notice bien courte, à la vérité, mais suffisante toutefois pour repeupler Aleyrac de quelques souvenirs, au moyen desquels il sera permis d'évoquer auprès des ruines de son monastère les ombres poétiques du passé.

Une fisite à l'Abbaye

Avant de clore la monographie d'Aleyrac, j'ai tenu à visiter les ruines de son abbave, afin de recueillir, auprès d'elles, des souvenirs de sa splendeur passée.

De Montélimar à la Bégude, bourg gracieux, placé entre le Jabron et le coteau de Cbâteauneuf-de-Mazenc, on suit la route départementale n° % croisée en cet endroit par celle de Cléon-d'Andran à Grignan.

J'ai pris cette dernière, qui serpente dans un étroit défilé au bord d'un ravin profond et au milieu des bois. Dans un parcours de six kilomètres, le voyageur n'a d'autre distraction que le chant du rossignol et les croassements du corbeau.

Quelques maisons apparaissent de loin en loin, lorsque l'inclinaison du versant septentrional du plateau devient plus douce, et avec les maisons les champs cultivés. Mais las arbres rabougris accusent un sol ingrat, des vents terribles et une végétation chétive.

La Bégude d'Aleyrac possède l'église, édilice bas.

mesquin, sans archi lecture, la mairie, l'école et le cabaret. On découvre de là Marsanne et ses alentours, par une échappée étroite ; de tous les autres côtés, la vue n'embrasse que des ravins béants, des coteaux peu élevés et un plateau étendu, sans autre charme que le silence du désert.

Après examen du plan cadastral et des archives modernes, je demandai à voir l'église ancienne. M. le Maire voulut m'y accompagner, et tout en causant sur le pays, nous arrivâmes à une croix qui marque la naissance des deux versants. L'abbaye est près de là ; mais la route permet à peine de l'entrevoir un instant, puis elle dérobe ce coup d'œil délicieux, cette apparition charmante derrière des collines de sable. Comme compensation, on jouit de ce côté du panorama splendide de la plaine de Grignan.

L'église en ruines est placée dans un val étroit, semblable par sa forme à la corolle des liliacées, étroit à la base, large vers ses bords ; il est stérile et grisâtre à l'est et au midi, vert et cultivé à l'ouest et au nord.

Il ne reste guère que deux maisons en ce quartier ; mais, d'après un vieillard qui se joignit alors à nous, l'ancien village se trouvait placé au nord et à peu de distance de l'abbaye, dans un champ de blé, d'où la charrue extrait souvent des briques gallo-romaines, appelées sarrazi/ies par le vulgaire, des pierres de construction et des médailles. A en juger par l'emplacement de cette prétendue ville, dont l'existence me fut révélée par mes guides, il est permis de conclure qu'elle n'était pas considérable. Quant à savoir l'époque de sa ruine et le nom de ses destructeurs, ce fut autre chose. Le vieillard du quartier soutenait que les Sarrazins étaient les seuls coupables. Discuter avec un adversaire qui entendait le français fort difficilement n'était pas facile, et je

me bornai à constater que, dans l'esprit du peuple, tout dévastateur, s'appelàt-il des Adret», Raymond de Turenne ou Arnaud Cervole, est un Sarrazin.

Je regrette vivement de connaître trop peu l'architecture et l'archéologie monumentale; j'aurais décrit avec exactitude l'église d'Aleyrac, véritable bijou dans la seule oasis de ce désert. Bâtie en pierres de taille régulièrement disposées, extraites sans doute des environs de Taulignan , sa teinte grisâtre s'harmonise à ravir avec le lierre colossal qui étreint sa partie méridionale, et avec les arbres plantés le long des deux ruisseaux voisins.

A l'aide d'explications fournies par des hommes compétents, mais qui n'avaient de l'édifice qu'un dessin peulétre imparfait, j'ai su qu'il pouvait être décrit à peu près ainsi, sauf erreur provenant de notes incomplètes :

Eglise romane à une seule nef, divisée en trois travées par des piliers frustes supportant des arcs doubleaux en pierre de taille ; les murs latéraux, dans la largeur de chaque travée, ont des arcs formercts en pierre, dont le vide est rempli en maçonnerie, en affleurant le parement de l'arc.

Les bras de la croix latine ou transsepLs se terminent par deux absidioles circulaires ; le chœur avec sa travée rectangulaire et son abside circulaire est encore voûté; mais la nef ne l'est plus.

La façade est percée d'une porte et de deux baies à plein cintre, dont l'appui est à peu près à la hauteur de l'archivolte de la porte ; elle est surmontée d'un pignon assez élevé et se termine par un beffroi en pierre, amortissant la pointe du pignon, et présentant deux arcades pour les cloches ; entre le beffroi et le cintre des fenêtres ajourant l'église, se trouve une autre baie semblable à celles-ci.

Comme particularité, il convient de signaler l'existence

sous le plancher aujourd'hui absent de la troisième travée de la nef, dont les autres travées étaient dallées, d'une triple fontaine merveilleuse où les fidèles accédaient par une porte romane, pour se guérir des mauv de tète, des maladies des yeux et de la peau.

Le revêtement extérieur en pierre de laille de la partie nord a été enlevé ; mais la partie sud est encore intacte. Quant à la porte de la façade, elle est inaccessible, soit à cause du vide, à l'intérieur, de la travée béante des trois fontaines, soit à cause d'un ravin creusé à l'extérieur par les eaux de la colline.

L'abbaye, d'après un acte de 1334, se trouvait entre l'église et le presbytère. Ce dernier bâtiment, par son mode de construction, accuse une antiquité reculée. Mais l'assassinat du curé Teston et les crimes de son successeur, le condottiere Raymond, en ont fait une sorte de maison maudite que les habitants fuient en se signant.

.le ne saurais expliquer l'impression que produit dans l'âme la vue de ces ruines, au fond de ce val presque solitaire. Est-elle due au centriste de l'architecture simple et élégante de l'édi lice avec le désert environnant ? Vient-elle du souvenir des religieuses bénédictines qui y versèrent devant Dieu leurs larmes et leurs prières? Je l'ignore. Mais nul ne visitera ce monument sans éprouver de vives émotions, sans abandonner son âme à de mélancoliques rêveries.

La monographie de Châteauneuf-de-Mazenc et des villages voisins me permettra de compléter celle d'Aleyrac, et je la terminerai aujourd'hui par les indications suivantes, d'un inventaire que signait d'Yze de Clmtcauneuf, h4 3 novembre 17*29 :

5 mars 1105. — Donation en faveur du dévot monastère d'Aleyrac.

5 des ides de février 1*255. — Transaction entre Aleyrac et Salles.

3 des noncs d'avril 1269. — Transaction on Ire Esdarmonde, prieure de Notre-Dame d'Aleyrac, et Salles, au sujet de leurs limites.

7 des calendes de juillet 1283. — Transaction entre l'abbaye d'Aleyrac et le commandeur du Poét-Laval, relativement aux limites de leur territoire respectif.

4 août 1320. — Transaction entre la prieure d'Aleyrac et Salles.

10 mars 1325. — Enquête sur les droits de pâturage que la prieure d'Aleyrac possède au Sablier, dans le territoire de Salles.

1er avril 1327. — Transaction touchant les mêmes droits.

23 octobre 1337. — Durand Chabas, du Poët-Laval, se donne corps et biens au monastère de Notre-Dame d'Aleyrac, aux prières et aumônes duquel il aura droit de participer.

24 octobre 1337. — Amédée de Portos (de Parti), de Chaleauneuf-de-Mazenc, ancien administrateur des biens du prieuré et monastère d'Aleyrac, abandonne à Avecline de Verre (de Verrq), la prieure, tout ce qui lui était redil en blé et en argent. Pierre do Romans, prieur d'Aigu, à Montélimar, Geoffroy (îorde, du mémo lieu, sont témoins des deux actes.

2b' avril 1428. — Acquisition par Giraud Adhémar, baron do Grignan, do la terre et juridiction d'Aleyrac et de son monastère.

1492. — Reconnaissances dos emphytéoles.

7 juin 1504. — Accord entre Aleyrac et Portes, au sujet des limites dos doux terres.

22 juillet 1514. — Transaction entre Gaucher Adhémar et ses sujets d'Aleyrac.

3 juin 1506. — Transaction entre les habitants do POët-Laval et d'Aleyrac sur leurs contins respectifs.

5 mars 1557. — Arrêt contre les habitants d'Aleyrac en faveur du seigneur de Grignan, au sujet de ses droits féodaux.

w24 mars 1003. — Enquête établissant que le comte de Grignan est seul seigneur d'Aleyrac, et que son mandement comprend la Combe-Valdaine jusqu'au pas de l'Etroit, joignant les fourches de Chàteauneuf.

1608. — Reconnaissances des emphytéotes d'Aleyrac.

;i avril 1696. — Rétablissement de la pension de 60 livres en faveur du curé.

18 mai 1696. — Concession par l'évéque de Die du juspa trouât de la cure.

Déeouvrira-t-on tous les documents mentionnés dans cet inventaire ? J'aime à l'espérer, soit à cause du bienveillant accueil fait à mes travaux par le public, soit à cause du généreux empressement que M. Vallentin a mis à me confier les richesses de sa belle collection, M. de Coston, sti bibliothèque choisie, et M. l'abbé Perrossier, ses notes et son précieux concours.

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