Aimar IV
osi „ , „ Aimar, il«- Yfjms.
Salade Baux / ^ ^
1339-1345. Louis I ( Aimar V,
Marguerite de Yergy \ Margueri le.
1345-1373. Aimar V |
u /• # «ans enfants, Ehps de Beau fort i
1373-1419. Louis II j Cécile de Beau-fort GuUleinelte de Gruyère [
Louise, Agathe.
Pendant les premières années de leur domination sur Châleauneuf, les Poitiers y résidèrent fort peu, bien que l'on trouve mentionnée une de leurs chambres dans le fort. Ils se faisaient représenter par un châtelain, officier militaire et fiscal, et par un juge.
Le 8 mai 1320, Aimar III inféoda, dans la chambre épiscopale de Puygiron, à Guillaume de Bologne, une maison et ses dépendances sise au Mas, sur Châleauneuf . Guillaume est appelé, dans l'acte fait en présence de révéque de Langres, Louis de Poitiers, le cher ministre d' Aimar III (1).
Noble Guillaume de Roissas de Quint, sur la demande du juge majeur du comté, rend hommage au même Aimar 111, le 18 mars 13*27, pour tout ce qu'il avait de juridiction, d'hommes, de droits et d'immeubles du chef de Manille, sa mère, à Châleauneuf (2) ; Mondon de Roissas en fait auuint le 19 février 1339.
Le 1 1 mai 1328, le 17 janvier 1338 et le 8 décembre 1349, c'est le tour de Guillaume de Bologne.
Aimar IV, le 5 janvier 133*2 (3), en considération des nombreux et agréables services de Guillaume de Dalmas (Dalmacii), de son affection et de sa fidélité, lui donne, du consentement de Louis, son fils aîné, l'exemption de tout droit de mouture et de fournage, à la condition que ce privilège s'étendra toujours à un seul de ses héritiers. Guillaume habitait Châteauncuf et l'acte y fut fait en
(l) Cabinet de M. Vallentin ; — Archives d'Albignac.
(v2) Inventaire de la Chambre des Comptes.
(3) Ce doit être 1331, l'année commençant généralement le 25 mars, en Danphiné.
présence d'Amédée de Poitiers, de Guigues de Montoison et de Guillaume Ours, chevaliers.
On trouve, aux dates du 17 avril 1336 et 10 janvier 1338, des hommages à Aiman IV, par noble Hugues llumbert, de Savasse. pour ses droits à Châteauneuf; le 3 août 134-2 par un vassal inconnu, Audégène de Montaurose; le 8 février 1347, par Bestaing d'Alhan; le 8 décembre 1349, par noble Godefroi de Guigues, Roland Emeri, et noble Guillaume Liaulaud ; le 14 août 1352, par noble Bertrand Dalmas, fils de Guillaume; le 29 octobre 1355, par Mondonne, veuve du Port ou de Portes, Pierre de Molink et Dominique Bestaing, italien.
Tous ces actes avaient alors une grande importance ; aux uns, ils rappelaient des bienfaits : ainsi Pierre de Molinis et Bestaing avaient été admis par le comte aux privilèges desnobles du mandement; — aux autres, des obligations : ainsi, Guillaume de Bologne, à cause 1° d'Alanson, partie ayant appartenu à Louis, évêque de Langres; 2° du fief du Gué Valhand; 3° de la maison du Mas sur Châteauneuf, et 4° de la baiiie (office de bailli) du lieu, s'obligeait à être bon et fidèle vassal, en paix et en guerre, tandis que Godefroi de Guigues (Guigonis) jurait, en sa qualité d'homme lige, les chapitres d'une fidélité plus stricte à la personne et aux intérêts du comte et s'engageait à le servir en paix et en guerre contre toutes sortes de personnes, nées et a naître.
De son côté, Aimar V, le 9 février 1364, faisait hommage au pape Urbain V pour Savasse et Châteauneuf et confirmait, le 2 août 1373, les liberlés octroyées aux habitants de sa terre, formalité également remplie le 5 juin 1339 par le châtelain. /
Toute association exige des garanties sanctionnées par la conscience et par la religion : de là le serment opposé à tous les actes féodaux.
•'iU L'ARRONDISSEMENT
Aimar V, le 28 novembre 1353, avait donné à Elips ou Alix de Beaufort, sa femme, les fort, terre, juridiction, moulins, four, péages, censés et droits de Chàteauneuf-de-Mazenc et d'Aleyrac, pour en jouir, sa vie durant, et à la condition que le tout reviendrait à son héritier, et le pape, en la présence duquel cet acte avait été fait, Pavait approuvé.
Deux ans plus tard, le 3 septembre 1355, Elips envoyait un procureur fondé, noble Barthélémy Atard, rendre hommage en son nom au souverain pontife; toutefois, elle n'était pas encore maîtresse absolue de Chàteauneuf, Aimar V s en étant réservé l'usufruit, tant qu'il vivrait. (1)
Mais le conite, par un testament daté d'Avignon du 9 février 1373, ordonna que sa veuve tiendrait toutes ses terres « à la charge d'entretenir honnestement Testât » de Louys de Poitiers, fils de feu Aimar, seigneur de • Veyncs, lequel Louys il institua son héritier. »
Aimar V mourut peu après et Elips de Beaufort, « appelée depuis communément la comtesse major fist » une transaction avec le comte Louys, par laquelle elle » se contenta d'avoir les terres assises deçà le Rhosne, » avec les places fortes de Savasse, de Leyne et de Cha- » leauneuf-Damasan, et laissa au comte la jouissance de » toutes les autres. Ce qui toutefois ne s'observa pas si » fermement qu'une mauvaise affection n'excitast de » grands troubles et différends entr'eux. » ($)
Ici commence pour Chàteauneuf une période malheureuse de déprédations et de guerres sanglantes sur laquelle nous manquons de détails précis.
On a une évaluation des revenus de la seigneurie
(1) Inventaire de la Chambre des Comptes; — Cabinet dr* M. Vallentin.
(2) Ducheane. Mit. générale des Comtes deValentinois, el<\
faite par des commissaires spéciaux sur des comptes antérieurs à l'année 1375, c environ lequel temps les » cliasteaux- et places du comte de Valentinois furent » baillés à la comtesse ancienne, durant sa vie. » Les commissaires ajoutent (me depuis ce temps « jamais » n'ont peu estre trouvé les comptes, ni avoir informa- » tion sur la valeur présente desdits lieux, et aussi n'ont » peu veoir iceuxf cliasteaux et places, attendu que les » officiers dicelle Mm' la comtesse n'en voulurent ouvrir » les portes et a» en l'an 13<J3, et partie d'iceux chas- » teaux estoit occupée par les gens du sieur Kaymond de » Turenne. » (1) •
Quel était ce personnage dont nos vieux annalistes parlent toujours avec effroi ?
César Nostradamus a tracé de ce fléau de la Provence, de ce Golh et cruel Attila le portrait suivant : * 11 estoit » de taille pleine'et quarrée, plustost grand que petit, » avoit les membres forts et robustes, la teste grosse et » ronde, le visage plein et gras, le teint de couleur de » miel et tirant sur le bazané ; avoit le poil crespe et » noir, les sourcils et les yeux de mesme, à l'entre- » deux des sourcils ayant la chair surenflée, ce qui cau- » soit deux plis qu'il faisoit en se refroignant ; avoit le » nez tirant sur l'aquilin, les lèvres grosses et rouges, » avec un peu de moustache noire et ravallée sur les » deux gonds ou bouts de l'arc de la bouche, le reste du > visage et le menton sans poil ; au demeurant ayant » l'aspect assez lier et agréable tout ensemble, ressentant » son homme de bonne et haute maison et qui facile- • menl ne supportoit une injure. » (2) Il le prouva d'une façon terrible. L'arrivée des grandes
(1/ Inventaire de la Chambre des Comptes; — Cahinet de M. Vallentin.
(2) Histoire et Chronic de Provence, p. 534.
compagnies, des Tuchins et autres aventuriers favorisait à merveille les entreprises de tout genre sous le règne de Charles VI pendant les compétitions de Charles de Duras et de Louis II d'Anjou, fils de Louis Ifr, roi de Naples et de Marie de Blois, et le grand schisme d'Occident.
Raymond profita de ces circonstances pour faire une guerre acharnée « au pape sans Rome, au roi sans couronne et au prince sans terre, » c'est-à-dire à Clément VII, Louis II, le prince de Tarente et à leurs partisans.
Désastres
Pour expliquer les ravages de Raymond de Turenne dans l'arrondissement, il faut remonter aux causes de sa révolte : la vengeance et l'intérêt.
Guillaume Roger II, d'une famille originaire du Limousin, seigneur de Heau fort-en- Vallée au pays d'Anjou, avait été marié trois fois : la première avec Marie Chambon, la deuxième avec Guérinc de Canillac, la troisième avec Catherine Adhémar de Monteil, sœur de Hugues.
Du premier lit naquirent : 1° Guillaume III ; 5° Pierre, élevé au trône pontifical sous le nom de Grégoire XI (1371-1:378); 3° Roger; 4° Nicolas; 5° Elips ou Alix, femme de Guillaume de La Tour et ensuite d'Aimar Y, comte de Valentinois.
Guillaume Roger III acquit, en 1350, le vicomte de Turenne; épousa, la même année, à Avignon, Eléonore
DE MONTELIMAR
Turenne ; épousa, la même année, «à Avignon, Eléonore de Comminge ; fut grand-chambellan du roi de Jérusalem ei recteur du Comtat (1351-1379), et mourut le 28 mars 1394, laissant un fils, le fameux Raymond, et trois filles, dont l'uue, Cécile de Beaufort, s'unit à Louis II de Poitiers, comte de Valentinois, héritier d'Aimar V (1).
Raymond, jeune encore, montrait déjà de grands talents militaires; il fut nommé, en 137G, capitaine-général des troupes du Comtat-Venaissin, et le protégea contre les routiers, la terreur des populations. Mais Marie de Blois, veuve de Louis I" d'Anjou, comte de Provence, ne ménagea pas assez cet homme fier et hautain, qui vit de mauvais œil la confiscation de plusieurs terres données à Guillaume, son père, par la reine Jeanne. « Raymond fut d'autant plus vivement irrité de
• ce procédé, ainsi que du refus que fit Clément VII de » s'intéresser à lui, que sa famille avait rendu de véri- » tables services à la cause des comtes de la maison
• d'Anjou et à celle du St-Siége. S'étant alors déclaré ■ l'ennemi mortel des uns et des autres, il commença, » en 1389, contre leurs Elats une guerre atroce qui
• dura environ deux ans dans le Venaissin et près de dix » ans en Provence »
Il avait épousé, en 1393, Marie d'Auvergne dont il n'eut qu'une fille, nommée Antoinette, femme de Jean Le Meingre, dit Boucicaul, maréchal de France, et se noya dans le Rhône, en sautant dans une barque, pour échapper aux Provençaux, de 1399 a 1400.
Je n'ai point à raconter ici ses guerres de dévastation en général, mais simplement à préciser les faits et les
(1) La Chesnaye des Bois et Moréri, dans leurs Dictionnaires, aux mots lleaufort et Roger.
(2j Barjavel, Dictionnaire historique ... de Vaucluse. au mol Iloger.
dates en ce qui concerne Chàleauneuf, et c'est déjà une assez rude tâche.
Nous constaterons d'abord, avec plusieurs historiens, qu'Elips de Beaufort, et Cécile, sa nièce, femme de Louis Il de Poitiers, ne furent pas étrangères aux malheurs qui fondirent sur nos pays. En effet, la comtesse major était maîtresse de Chaleauneuf depuis 1373, et, le 4 novembre 1381, Louis II l'avait donné à Cécile de Beaufort. Soit vengeance ou calcul, Elips se ligua avec Raymond, sou neveu, dans la revendication qu'il tenta à main armée des terres, des sommes, joyaux et effets du défunt pape Grégoire XI, contre Clément VII, la reine de Sicile, l'évéque de Valence et le comte de Valentinois. Charles VI fit, sur ces entrefaites, saisir les châteaux de Baux, du Pouzin, etc., appartenant à Elips et ne les lui rendit qu'en 139*2, après la conclusion de la paix entre le pape et Raymond de Turenne.
Cette occupation temporaire des châteaux de la comtesse justifie sans doute les clauses d'un accommodement soumis au roi et non approuvé, d'après lesquelles le Parlement de Paris devait sans retard rendre justice à Elips ; le pape jurer « de ne pourchasser le mal ni le dommage » de la jeune comtesse de Valentinois et de Raymond ; le roi restituera la comtesse major les châteaux confisqués.
Faut-il placer dans cette période ou plus tard un événement ainsi raconté par Duchesne : « A l'occasion de » la guerre du pape Clément VII contre Raymond de » Turenne, la tour de Leyne fut démolie et abattue, la « ville de Savassc toute ruinée et CluUcauneuf-Dama- » 80H fort endommagé. » Je ne saurais me prononcer catégoriquement là-dessus. Toutefois, d'après Duchesne lui-même, ces actes de répression cruelle ne furent pas Pieuvre exclusive de Raymond ; car l'auteur, après avoir
DE MONTKLIMAR
rappelé les liens de parenté qui unissaient au vicomte Cécile de Beaufort, ajoute : « Louis II, son mari, ne » laissa pas de tenir le parti du pape Clément VII en la
• guerre qu'il fit contre Raymond, » puisque « il ayda » les gens de sa sainteté à assiéger, prendre et démolir » les ctiasteatuc de Savasse et de Leyne, que la comtesse
• major avoit mis entre les mains du même Raymond, » encore qu'ils fassent du domaine de la comté de Va- » lentinois. »
Duchesne, négligeant les dates, distingue deux époques : dans la première, Elips confie la garde de ses châteaux à Tristan de Beaufort, fils naturel de Guillaume Roger II, afin qu'il lui fût plus facile « de faire la guerre au comte Louis (de Poitiers) et à ses sujets, » et cette guerre dure un an ; la deuxième se réfère aux luttes du vicomte de Turenne contre le pape. Or, cette dernière époque est circonscrite entre 1389 et 1394 (2).
Des lettres de Charles VI, du 9 juin 1394, ordonnent au gouverneur du Dauphiné, Jacques de Montmaur, de remplacer Tristan tic Beaufort sans délai, à Châteauneuf du moins : parce que S. M., ayant nommé des commissaires pour accommoder le pape, l'évéque de Valence, le comte de Valentinois et Ravmond de Turenr.e, ces commissaires ont décidé que Châteauneuf serait rendu à la comtesse major, « afin que, par le moyen de ladite
• forteresse, il ne fût fait dommage ni guerre au pape, » à l'évéque et au comte ; » parce que, d'autre part, le commandement de la place, d'abord confié du consentement de la comtesse à un nommé Dorole ou Dorose, avait été donné par celle-ci, à Tristan de Beaufort, ■ lequel,
• de son autorité et contre la volonté de ladite com- » tesse, avoit fait la guerre au pape, à l'évéque et au
• comte de Valentinois. »
IJ Histoire généalogique des comtes de Valentinois. <hap. vu et ix.
Jacques de Montmaur exécuta les ordres du roi et commit la garde de Chateauneuf aux bons soins et à la vigilance de Guillaume d'Hostun (de Jfosteduno), d'une famille dauphinoise, qui posséda la Baume-d'Hostun près St-Nazaire-en-Hoyans. Le nouveau capitaine-châtelain reçut l'ordre en même temps d'y entretenir une garnison suflisante et de fortifier le bourg, à l'aide des revenus de Savasse et du péage de Leyne, « attendu qu'il » esloit menacé par Raymond de Turenne et ses gens » qui estoientaux environs. » (10 novembre 1 394) .
Dans le renouvellement des provisions de Guillaume d'Hostun, le G janvier 1398, il est dit que Chateauneuf « avoit été mis sous la main delphinale, après avoir ». été pris et saccagé par les gens de Raymond de Tu- » renne. » (1)
D'un autre côté, des lettres-patenles de Charles VI, en date du 8 juin 1400, portent ce qui suit : ■ Comme » pieca (naguères), pour les grands dommages, oppres- » sions et autres inconvénients que faisoient lors... en » nostre Dalphiné les gens de Raymon Rogier, dit de » Turenne, qui tenoient et occupoient le chaslel de » Chasteaunuef de Masan et les lieux de Savasse et de » Layne, et qui en faisoient guerre à nostre très cher et » aîné cousin Loys, roi de Jérusalem et de Sicile.... nous » eussions mandé et commis à feu Jacques de Mont- » mor,... qu'il feist tant à force d'armes, si besoin » estoit, que lesdits chastel et lieux fussent mis en nos- • Ire main... lequel feu gouverneur list tant que lesdits » chastel et lieux furent mis en nostre dite main. » (2)
Enfin Jacques de Montmaur, dans un acte de 1396,
fl) Inventaire de la Chambre des Comptes, an mol Châleauneuf.
[-2) Notice historique swr Châleauneuf-de-Mazenc. par M. le liaron de Coston.
dont il sera bientôt question, se contente de dire, sans accuser personne, que les habitants, éloignés de leurs maisons depuis longtemps, avaient perdu tout leur mobilier et trouvé, au retour, leurs demeures en ruines et leurs terres en friche ; et un autre document de 1399, parlant de la destruction des sanctuaires de St-Picrre hors les murs et de Notre-Dame de Marthole, se borne à l'attribuer « aux ennemis de la sainte église de Dieu qui sont demeurés longtemps dans le bourg. * (1)
Pourquoi ce silence à l'endroit de Raymond de Turenne, s'il était seul coupable des malheurs soufferts ?
Il eut, sans nul doute, d'immenses torts, en sacrifiant à sa vengeance des populations paisibles qui ne lui avaient jamais causé aucun préjudice: il prit aussi à son service une armée « de faux monnayeurs, d'enchan- • leurs, d'empoisonneurs, de vagabonds, de ribleurs, » de batteurs de pavé et de telle canaille de gens préve- » nus par justice » , au témoignage de Nostradamus ($) et des historiens de Provence ; mais le comte de Valentinois, protecteur né des terres qui lui payaient des redevances pour les défendre, est-il exempt de reproches mérités? J'admets un instant qu'il n'ait pas détruit Savasse et Lénc, comme l'assure Duchesne ; il reste toujours sous le coup d'une accusation d'incapacité militaire et politique notoire.
I n autre fait va le prouver plus clairement encore.
'I l Archives de la Mairie.
*2) Histoire et Chroniques île Provence, p. 501.
La Bataille
Vers l'année 139*2, cinq cents guerriers, portant des armes roui liées et des vêtements en lambeaux, étaient signalés à Louis 11 de Poitiers aux limites extrêmes de ses terres. Le souvenir des anciennes déprédations commises par les Compagnies demeurait si vivaco dans toute la province, que nobles et roturiers apprirent avec effroi la nouvelle, et qu'en peu de jours le comte de Valentinois, le sire de Lavoulte, l'évêque de Valence (Jean de Poitiers), le prince d'Orange, le bâtard de Bonne et d'autres seigneurs illustres, faisant appel à leurs vassaux, eurent assemblé jusqu'à 3,000 soldats pour leur barrer passage.
Informée de ces préparatifs, la colonne, arrivée par Nyons et Taulignan sur les hauteurs d'Aleyrac, envoya une députalion à Louis II et à son conseil, réunis à Chàteauneuf-de-Mazenc, pour leur exposer qu'ils regagnaient paisiblement leurs demeures, offraient de passer sans commettre aucun dégât, de payer les vivres fournis et de donner des Otages, garants de leur parole.
Le conseil des seigneurs à la vue de ces députés dont le langage et les habits Irahissaient une condition infime, rejeta leurs offres avec dédain et les congédia brutalement. Les hommes d'armes se rapprochèrent alors de Chàteauncuf jusqu'à mi-chemin et chargèrent Amédée de Lestrac (1), un des leurs, d'aller lui-même renouveler
(1) Chorior l'appelle Arnaud de Lestrac.
leurs offres et leurs prières ; mais il ne réussit pas mieux, c Livrez vos personnes et vos amies, » fut toute la réponse du conseil de Louis H.
Accepter ou reculer, c'était la honte ; avancer, c'était une lutte inégale et la mort. De Lestrac n'hésita pas dans son choix et, au retour, il communiqua si bien son énergique résolution à ses compagnons d'armes que tous le nommant leur chef demandèrent le combat.
Avant de l'engager, la colonne sort de l'étroit vallon qu'elle suit et s'établit en face de Chàteauneuf sur un pla-. teau incliné, où elle se retranche à la hAte derrière ses bagages et des abattis d'arbres.
Tant d'audace irrite l'armée des seigneurs, qui franchit le Jabron et se déploie aux veux de l'ennemi avec orgueil et confiance; ses armes reluisent au soleil ; de partout brillent des casques polis, de partout flottent des bannières multicolores. Mais aucun plan de bataille n'a été prescrit et chacun s'avance à sa guise, comptant sur une victoire certaine. De Lestrac, en capitaine habile. « reconnaît bien vite l'avantage (pie lui offre un ennemi si présomptueux ; il divise néanmoins ses hommes en trois compagnies, l'une pour garder avec lui le retranchement et servir de réserve ; la deuxième pour occuper un monticule crevassé, voisin de la route et tomber ensuite sur l'artillerie; la troisième, du côté opposé, pour dominer l'avant-garde assaillante, faire pleuvoir une grêle de traits sur les chevaux et, au inoindre mouvement désordonné, les attaquer à coups de lances.
Ces dispositions prises, les plus déterminés cavaliers de Louis II viennent se mettre à la portée des flèches, et les chevaux, excités par celles qui tombent dru sur eux, se cabrent, se heurtent, s'emportent tellement, que les cavaliers inhabiles à les contenir ne peuvent se défendre. Les lanciers de Lestrac profitent de la confusion
pour harceler de plus près l'ennemi et précipiter sa fuite. Croyant alors à un danger sérieux, les soldats de Louis II restés en arrière s'arrêtent, poussent des cris horribles qui effraient leur arrière-garde. A la vue de ce premier succès, de Lestrac et son autre compagnie abandonnent leurs positions et fondent à l'improviste sur des adversaires hésitants et disperses, n'obéissant à aucun chef. Lui, au contraire, se multiplie ; sa voix, son exemple excitent ses compagnons et tous ensemble frappent sans merci et jonchent le sol de blessés et de morts.
Dès ce moment la victoire est assurée, et les seigneurs demeurés près du Jabron ne tardent pas à être cernés et pris sans avoir combattu.
En quelques heures, de toute l'armée de Louis H il ne reste plus que les fuyards et les chefs ; de Lestrac se venge sur ces derniers en vainqueur généreux et n'exige que leurs armes, leurs chevaux et une grosse ranron ; puis, comme Ohateauneuf se trouve à deux pas de là, il s'en empare, en fait sa place d'armes et s'y rend assez redoutable pour que toute la contrée reconnaisse sa domination.
On raconte que le duc de Bourgogne, apprenant cette honteuse délaite, s'écria dans un diner offert à plusieurs chevaliers anglais : « J'aurais voulu qu'ils fussent tous » pendus pour s'être laissé battre si ignominieusement » sans opposer la moindre résistance. » Soyons moins sévère que le duc, et contentons-nous de dire avec Chorier : « On combat lâchement quand on s'est promis une » victoire sans combat. »
Louis II n'eut garde de disputera Lestrac la possession de Châteauneuf ; mais, en su qualité de vassal du Dauphin, il implora le secours du gouverneur de la province, et Jacques de Montmaur vint à son aide. Le chef des vainqueurs ne voulant point offenser le roi, s'empressa,
à la première sommation, de quitter la place et de continuer sa route désormais libre.
« Le pays du comte de Valentinois, d'après l'historien dauphinois, ne fut pas sans reconnaissance pour ce bienfait ; il fit présent au gouverneur de 800 florins d'or. » (1)
Dans le récit de la bataille du Jabron, j'ai suivi pas à pas le chroniqueur de St-Denis et Chorier, sauf pour le lieu du combat, que l'un place vaguement en Dauphiné et l'autre près de Châteauneuf.
Mais, en admettant que les vainqueurs arrivaient de Provence, il n'y avait pour eux d'autre voie rationnelle que celle d'Alcyrac.
D'après le moine de Sl-Denis, les soldats de Lestrac étaient 500 hommes d'armes choisis dans les meilleures troupes du royaume qui allaient rejoindre le comte d'Armagnac (Bernard VIII ou Jean IV), après avoir, sous Enguerrand de Couci, rétabli l'ordre à Savone et soumis les habitants rebelles d'Asti à l'autorité du duc d'Orléans, frère du roi de France et seigneur de la dernière ville du chef de sa femme. Chorier est du même avis.
M. de Barantc, qui cite cependant le religieux de St- Denis, pense au contraire avec La Chesnaye des Bois qu'Amaury de Séverac, et non pas Amédée de Lestrac, Tut le vainqueur de Louis 11 de Poitiers, et qu'il commandait une fraction de l'armée conduite par Jean III. comte d'Armagnac, en Lombardie. « environ la moitié de mars 1391 , » dans le but « de conforter par puissance « de gens d'armes sa sœur germaine et son heau-frère » (Charles Visconti).
Or, Froissard, l'historien de cette campagne malheu-
(1) Chronique du religieux de St-Denis, publié»'.. . et traduite par M. L. Bellaguet. Paris, 1840, II. 393 et suiv.; — Chorier. Histoire générale..., H, 393, 391.
reuse où périt Jean M, comte d'Armagnac (1891), ne dit mot d'une victoire trop éclatante pour être négligée ; bien plus, Chorier affirme « que grâce aux mesures pri- » ses par Jacques de Montmaur, la province, lors du » passage du comte, ne souffrit rien de ce qu'elle avoit » appréhendé. »
En présence de ces divergences d'opinions, il n'est pas étonnant que la date du combat ne soit pas plus certaine ; toutefois, j'ai cru pouvoir la reporter vers 1392 ou 1393, parce que, l'année suivante, CluUeauneuf obéissait au roi et à Guillaume d'IIostun, son châtelain, et que de Lcstrac, en prenant la place, aurait encouru les disgrâces du monarque ou de sa cour. Toutefois, le moine de St- Denis place l'événement en l'année 1395, et M. de Barante, en 1390. Or, à la dernière date, Jacques de Montmaur n'était pas encore gouverneur de Dauphiné et Engucrrand de Couci partait seulement pour Gênes. (1)
Il existe, dans les calmais des archéologues, des preuves manifestes des combats soutenus à Chàteauneuf. Avant de les énumérer, remarquons le déplorable élat d'anarchie où se trouvait la France sous le roi Charles VI. alors que des armées étaient sans cesse en marche à travers les provinces, au gré des principaux seigneurs. Raymond de Turenne fut un factieux, soit; mais le comte d'Armagnac, mais le duc d'Orléans causaient-ils moins de dégâts que lui au passage de leurs troupes?
(1) De Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, année 1390; — Froissard. Chroniques, année 1391 ; — La Chesnaye «les Bois. Dictionnaire de la Noblesse, au mot Séverac.
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Indépendamment de l'autorité des graves historiens qui nous ont laissé quelques détails sur les mêlées sanglantes dont le territoire de Chateauneuf fut le théâtre, à la fin du \ive siècle, la pioche et le marteau ont depuis peu d'années mis à nu différentes pièces à conviction recueillies avec soin par d'intelligents archéologues. Ainsi on voit dans le cabinet de M. Vallenlin, à Montélimar : 1° 13 pièces d'or trouvées dans un vieux pan de muraille près de la sacristie de Chateauneuf, à 30 ou 3.r> centimètres au-dessous du niveau du sol; 2° d'autres pièces contemporaines, sans importance, rencontrées isolément; 3° enfin un certain nombre de fers de flèches, de formes variées, recueillis dans les démolitions récentes d'une partie de l'ancien fort.
Parmi les 13 pièces d'or, il y a : 9 écus à la couronne de Charles VI, avec le type et les légendes ordinaires, du poids de 3 gr. 91 à 4 gr. 60 ; — 3 florins du pape Clément VJI (Robert de Genève^, et 1 florin des comtes de Provence.
Les florins pontificaux portent à l'avers CLEMENS P.P. SEPTMS, la triple couronne avec deux petites clefs en sautoir de chaque côté. Il y a SEPTIVS sur l'un, au lieu de SEPTMS, et au revers ET pour E ; chaque mot est séparé par deux X superposés. Ils pèsent u2 gr. 92, 2 gr. 93 et 2 gr. 94.
A l'avers du florin de Louis 11, « le roi sans royaume »
de Raymond de Turenne, on voil : LVD : DEI : GRA : IRLM : SICIL : REX et les armes d'Anjou et de Jérusalem : au revers, S. JOIIANXES B, St-.Iean-Baptiste debout ; dans le champ, une fleur de lis sous un lambel ; il pèse '2 gr. 93.
« Toutes ces pièces d'or sont d'une conservation remarquable, surtout les florins, qui ont encore toute la fraîcheur et l'éclat des monnaies neuves; il y a donc lieu de supposer que leur enfouissement remonte à une époque très rapprochée de leur émission. » (1)
Or, la fabrication des écus à la couronne lut ordonnée le 1 1 mars 1384, Clément VII régna de 1378 à 1304, et Louis II, de 1384 à 1417.
L'archéologie et l'histoire se prêtent donc un mutuel secours pour faire de Châteauneuf un point stratégique à la fin du moyen-àge.
Une fois maître de ce bourg au nom du Dauphin, Jacques de Montmaur le conserva pour s'indemniser des dépenses faites contre Raymond de Turenne, et il s'efforça de gagner l'affection des habitants par divers bienfaits. Pierre OUivier reçut les exemptions et privilèges des autres nobles du mandement, et comme la guerre avait endommagé les maisons et réduit leurs possesseurs à la misère, il lit accorder par les gens des Comptes, séant à Grenoble, le 11 mars 1300, remise pleine et entière de tous arrérages de censés et de services féodaux dus au Dauphin et chargea le châtelain d'exhorter les ecclésiastiques et les nobles du lieu à suivre cet exemple.
Pithon-Curt allirme que les Compagnies s'emparèrent de Châteauneuf le 15 février 1395, et que la ville de Carpentras paya 1,500 florins d'or au trésorier du pape
'11 Annuaire de la Société franraisc de numismatique cl d'archéologie, 18*i<>, p. 211-213. '
DE MONTELIMAR
pour son contingent de dépenses : cette date tout-à-fait précise ne concorde guère avec nos renseignements. Toutefois, cette année-là, au mois d'avril, une nouvelle troupe de soldats, conduits par Guillaume Ponton dit Normand et Emblard de Sédat, s'empara la nuit par surprise du château et du seigneur de Grignan ; mais, Guillaume d'Autun (d'Hoslun), châtelain de Chàteauneuf, secondé par Talabard. chambellan de Charles VI, personnage que M. l'abbé Hobin croit retrouver dans Adhémar de Brotin, commandeur du Poët-Laval, ne tardèrent pas à investir la place. Les chefs d'aventuriers capitulèrent, et malgré les clauses du traité virent plusieurs de leurs soldats massacrés impitoyablement. Une correspondance s'engagea entre Ponton et d'Hoslun, et ce dernier ne donnant pas satisfaction suffisante fut apostrophé en ces termes : « Et si te despleut tant que tu dis » la mort de mes companhies, ils estoit bien en ta puis- » sance de les en garder. Pourquoi je te requier que tu » as volonté de toy deflendre de reste chose, que tu ne » me menés plus par paroules, quar je suis tout prest • tle aler devant ung de nous seigneurs, ou autrement » je te ditTameray, ainsi que je doy, pour les convenen- » ces que tu me as promis. » Et il l'ajourna devant le connétable.
La menace eut-elle son effet ? On l'ignore ; car nous trouvons Guillaume d'Hostun pourvu de nouveau, le G janvier 1398, du poste de châtelain de Chàleauneuf, confirmé le 30 avril suivant, et chargé, le 3 juillet même année, par le Conseil delphinal, de veiller à la défense de la place, menacée par les troupes du comte d'Armagnac allant en Italie. Il y a ici peut-être quelque erreur de date ; dans tous les cas, l'armée de Guillaume d'Hostun ne devait pas être fort terrible, puisque le Conseil lui assigne 15 fr. par mois, outre ses 50 fr. par an
comme châtelain, 5 fr. par mois à chacun de ses sejM soldats, 3 fr. à chacun des quatre arbalétriers et "2 fr. â chacun de ses quatre valets.
Cependant une réaction s'opéra contre lui peu après, témoin les lettres de Charles VI, datées de Paris le 8 juin 1400. Après y avoir rappelé la commission donnée à feu (1) Jacques de Monlmaur, le monarque ajoute : «Comme » il sort moult à doubler que se le chastel de Chasteau- » nuef de Masan et les lieux de Savasse et de Layne, » n'estoient bien gardés, et retournoient par aventure » ès mains de Haymon Kogier ou ses complices, moult » de inconvénients s'en pourroient en suivre : Nous » qui à ce voulons remédier, et qui savons que ès mains » de nostre très-cher et très-amé oncle, Loys, duc de » Bourbon, duquel nous avons toute confiance.... avons • commis et commettons en lieu de nous et pour nous, â » nostre dit oncle, la garde dudit Chastelnuef de Masan » et des autres lieux. » Il lui donne de plus tous ses droits sur la finance ou dépense faite par le gouverneur défunt, et lui octroie la garde des château et lieux précités jusqu'à disposition contraire, « en déchargeant. » iijoute-t-il, nostre amé Guillaume d'Autun, escuyer, » qui par aucun temps jusques à ores, en a eu la garde » de par nous. »
Le duc de Bourbon accepta le gouvernement de Chûleauneuf, « honneur insigne pour les habitants de ce bourg, » dit M. de Coston; mais il se fit aussitôt remplacer par Humbert de Sallcmart, qui avait servi en Guyenne sous Enguerrand de Couei, et dont la famille, originaire du Forez, est aujourd'hui représentée par le comte de Sallemart à Lyon, et par le vicomte Auguste de Sallemart à Peyrins (20 septembre 1400).
• 1) f.uy Allarcl le fait vivre encore en HOU
Le nouveau gouverneur entra en fonctions sans délai et fit prêter serment de fidélité aux habitants le 30 novembre suivant. (I)
Dans les lettres-patentes du roi adressées à GelTroy le Meingre dit Boucicaut, gouverneur de Dauphiné, le 16 octobre 1400, pour recevoir Louis de Bourbon ou son représentant à Chûteauneuf, le prince renouvelle le don de la dépense faite par Montmaur au recouvrement de la place, promet une indemnité de 5,000 livres à la province et enjoint audit Boucicaut de n'y faire aucune difficulté, « à cause que lesdits châteaux seront sous plus » sûre garde entre les mains dudit de Bourbon que de » Guillaume d'Aulun qui est un pauvre homme, el » d'ailleurs, avoue le roi, vu que lesdits châteaux ne » sont point de noire domaine, ni de notre royaume, ni » de Dauphiné. »
Le document suivant prouvera la vérité de cette dernière considération : « Charles, par la grâce de Dieu, » roi de France, à notre cher et très amé oncle Louis, » duc de Bourbon, salut et dilection. savoir vous faisons » que pour certaines causes naguères nous mouvant, » vous eussions baillé la garde et gouvernement de la » forleresse, ville et appartenances de Châleauneuf-de- » Mazenc et des châteaux de Savasse et de Levnc.... » qui sont du propre héritage de notre amé et féal » cousin, Louis de Poitiers, comte de Valentinois, » avons voulu et ordonné, voulons et ordonnons par » ces présentes que icclles forteresses, châteaux et villes > lui soient rendus, baillés et délivrés comme sa propre » chose et en jouir comme du sien. Si vous mandons » que à notre dit cousin ou à son procureur pour lui, » vous fassiez bailler et délivrer, ces lettres vues, la
1) Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'année, les uns disent 1400 el les autres 1404.
» possession et saisine des lieux et forteresses dessus » dits pour en jouir et exploiter comme de son propre » héritage, et en baillant icelles forteresses à notre dit » cousin. . . nous voulons par ces mêmes lettres que vous » en soyez et demeuriez quitte et déchargé et nous vous » en quittons et déchargeons. Donné à Paris, le 16 » septembre de Pan de grâce 1406. »
Charles VI, on le voit, cherchait à gagner les bonnes grâces de Louis II de Poitiers, afin d'obtenir son riche héritage. Il y réussit, en elîet, mais au dam et préjudice de Chàteauneuf, qui se trouva bientôt revendiqué par trois compétiteurs à la fois : le Dauphin, le seigneur de St-Vallier et Lancelot, fils naturel de Louis II (1).
Trois Maîtres
Se voyant « sans hoirs masles légitimes » , Louis II de Poitiers transmit à Charles VI, le 11 août 1404, ses comtés de Valentinois et Diois, à la condition qu'ils ne pourraient jamais sortir des mains du roi ou de son fils aîné; qu'il lui serait payé 100,000 écus d'or et que la jouissance viagère des Etats cédés lui serait conservée. Charles
[1] Inventaire de la Chambre des Comptes; — Archives «lu château, chez M. Vallentin ; — M. de Coston, Notice sur Châteauneuf-de-Afazenc ; — M. Nadal, Les Adhémar ; — Revue du Dauphiné ; — Annales d'Aiguebelle ; — Pithon- Curt, Histoire de la noblesse du Comtat-Venaissin, iv. (XX) : I, 1 17 ; — ( ongns scientifique de Grenoble. II.
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VI accepta la donation le 31 décembre 1412, et le Dauphin, peu de jours après.
• Charles de Poitiers, seigneur de St-Vallier, fils d'Aimar IV, avait consenti, le 19 juin 1404, à l'aliénation projetée par Louis II, moyennant l'abandon de Clérieu et d'autres terres ; mais il mourut en 1409, « avec bonne » renommée et honnête conversation. »
Louis, son fils, ne se crut pas lié par un accord qu'il n'avait point souscrit : * Estant accompagné de Jean de » Poitiers, évesque de Valence, son frère, il entra avec » main forte dedans le chasteau de Graine, où il se saisit » de la personne du comte Louis, son cousin, lequel » ensuite il contraignit de faire une nouvelle transac- » tion avec lui, par lequel acte Louis II accorda entre au- » très choses qu'au cas qu'il vînt à décéder sans enfants » masles légitimes, les comtez de Valentinois et de Diois » appartiendroient au seigneur de St-Vallier» excepté » Chasleauneuf-Damasan qui demeureroit à Lancelot, » fils naturel du comte. »
Cette transaction est du 8 août 141 G ; deux mois plus tard, Louis II, libre de toute contrainte, confirma le traité de 1404; puis, dans son testament du 93 juin 1419, il institua le roi son héritier universel, à ta charge de payer 50,000 écuspour ses dettes et ses legs et de terminer le procès intenté au seigneur de St-Vallier et à l'évoque de Valence.
Le comte de Valentinois expira le 4 juillet 1419 et fut enseveli dans l'église des Cordeliers de Crest. On lit à Romans, en 14w2*2, une sévère appréciation de sa conduite ; nous en retiendrons seulement un passage : « Il » estoit moult convoiteux, moult rigoureux et mal gra- » cieux. »
Louis II, étant marié avec Cécile de Beaufort, avait eu de Catherine Liautard un fils nommé Lancelot qui se
trouvait, le 20 novembre 1415, à Paris, à la tête d'une compagnie de gens d'armes, et qui repoussa Jean de Broquiers, prêt à franchir le Rhône pour entrer dans le Valentinois. Divers actes prouvent l'affection du comte pour ce fils illégitime. En 1416, il lui réserve Chàteauneuf-de-Mazenc, et, l'année suivante, le traité du 19 juillet avec Charles VI, renferme la même clause et la suivante : « Lequel bastard, le roi, quant à ce, habilitte » et légitime comme prince souverain en son royau- » me. » (1)
Enfin le testament du w22 juin 1419, dont il est chargé avec d'autres seigneurs d'assurer l'exécution, confirme en sa faveur le don de Châteauneuf et de l'argent que Guillaume de Vesc, seigneur d'Espeluche, devait au testateur, à la condition de ne jamais entrer en aucun accommodement avec le seigneur de St-Vallier, ni avec son frère, l'évéque de Valence.
A la mort de Louis II, Lancelot se mit donc en possession du fief destiné à former son patrimoine, et, le 8 août 1419, on le voit confirmant les libertés de ses vassaux.
Pendant dix ans, sa jouissance fut à peu près tranquille ; mais dans le cours de l'année 1430, Charles de Poitiers, fils de Louis, seigneur de St-Vallier, -se prétendant héritier universel du dernier comte de Valentinois et Diois, en vertu de substitutions anciennes, vint s'emparer de force de Châteauneuf, et traîner Lancelot en prison.
Instruit de ces faits, Charles VII écrivit en ses termes, de Blois le 21 novembre 1436, au gouverneur et à ses officiers en Dauphiné : « Comme par les
(1) Duchesne, le P. Anselme, ouvrages cités; — Guy Pape, Concilia (voir te 17e ; — de C os ton , Notice ; — Caisse, Histoire de St- Voilier.
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» Imités et accords faits entre nous et feu Louis,
• seigneur de St-Vallier... notre amé et féal cousin, » Charles, son fils et héritier, fût tenu de nous bailler, » rendre et délivrer toutes les terres et places des
• comtés, sitôt que ledit de St-Vallier les aurait recou- » vrées, desquelles places à nous appartenant est le chas- ■ tel et chaslellenie de Chasteauneuf de Mazenc que ledit » seigneur lient et occupe encore de présent, sans nous » en faire aucune restitution à notre grand préjudice et » dommage... vous mandons et expressément enjoi- » gnons que incontinent fassiez commandement à notre » dit cousin qu'il nous rende et délivre sans délai lesdits » chastel et chastellenie, ensemble tous les revenus per- » rus ou la valeur d'iceux à due estimation... » (1)
Ces lettres furent signifiées à domicile ; l'assignation lia l'instance ; le procureur fiscal produisit la transaction de 14$G entre le roi et le seigneur de St-Vallier, touchant l'annexion des comtés au domaine, et le Conseil delphinal, en 1441, enjoignit à Charles de Poitiers de vider la place. Mais le jugement ne fut pas exécuté ; St-Vallier en appela, et pour se faire un titre contre le Dauphin, rapporta la cession de la seigneurie extorquée à Lancelot et ratifiée par François, son fils. Bien plus, un auteur ajoute que le Dauphin Louis, auquel Charles de St-Vallier était fort attaché, défendit à celui-ci, le 13 octobre 1442, de rendre la terre « quelque ordre qu'il » reçût pour cela, le quittant de toutes peines encourues » pour ce fait et lui promettant en foi et parole de » prince de le garantir de tout dommage. » (9k)
(1) Archives de la Mairie de Chàteauncuf; — Auteurs cités.
(2) Le P. Anselme, Histoire des grands officiers de la couronne, les Poitiers; — Archives d* Albignac; — de Coslon, Snlice, elc.
Louis XI ne professa pas toujours la théorie de la désobéissance.
C'est à la môme époque aussi que la question d'état civil fut soulevée à l'endroit de Lancelot. Guy Pape l'examina soigneusement sous toutes ses faces, sans se prononcer toutefois dans son Conseil XVIIe; mais Chorier assure, d'après lui, qu'en 1439, le fils naturel de Louis II fut déclaré incapable, comme adultérin, de succéder à son père.
Rien ne confirme cette affirmation ou cette décision, s'il y en a eu réellement une; car le 2 septembre 1444, le gouverneur de la province fit mettre Chàteauneuf sous la main du Dauphin, tant que durerait le procès de Lancelot contre le seigneur de St-Vallier, et le 16 décembre suivant, le fils naturel de Louis II, par son testament public, légua la même seigneurie, dont il n'avait cessé d'ailleurs de se dire le seul maître légitime, à François de Poitiers, « non seulement par l'amour que doivent les » pères à leurs enfants, mais aussi pour reconnoitre la » piété dudit François et le récompenser des grandes » peines et des travaux soufferts pour tirer le testateur • de la prison où il avoit été mis et détenu par le sci- » gneur de St-Vallier, qui l'avoil proditoirement expulsé » et spolié de son château-fort, à condition que sitôt que » sondit fils aura été réintégré en la possession du fief, » Lancelot aura l'usufruit des choses données. »
Ce môme testament mentionne les autres enfants de Lancelot de Poitiers et de Dauphine Adhémar, savoir : Louis, Antoine, Claude, Gérentonne, Antoinette, Ginette et Miracle.
Seuls de toute la famille, François et Gérentonne jouirent de Chateauneuf-de-Mazcnc.
François fut père de Jean, seigneur d'AIlan ; de Jeanle-Jeune, de Mermet et de Claude, chevalier de St-Jean
de Jérusalem, lesquels vendirent leurs droits sur Châteauneuf à Etienne de Vesc, seigneur de Grimaut, pour 10,000 livres, le 16 décembre 1490.
Quant à Gérentonne, femme de Guillaume de Clermont de Lodève, chambellan du roi, elle revendiqua courageusement les siens.
Un arrêt du Conseil delphinal avait, en 1447, maintenu le Dauphin en possession de la seigneurie de Châteauneuf et promis de rendre justice à Lancelot par une décision spéciale. Mais rien ne se fit ; et, lorsque le 2 juin 1463, François de Poitiers céda le fief à sa sœur Gérentonne en paiement de sa dot, il ajouta < majassen » lou bon plaser et bona volunta de M. lou Dalphin lou » quai tenet ladita place. »
Aussi l'épouse de Guillaume de Clermont-Lodève recourut-elle à Louis XI qui, le 24 avril 1465, donna des lettres où il rappelait les démêlés de Lancelot avec le seigneur de St-Vallier et l'occupation delphinale en attendant l'issue des procès engagés, et ordonnait que, pour récompenser les services de la suppliante et de son mari, tous les deux seraient mis en possession du fief sans autre réserve que l'hommage.
Les hoirs du seigneur de St-Vallier, le procureur général et le châtelain du lieu furent assignés pour l'entérinement des lettres du roi ; mais la Cour de Grenoble les déclara subreptices et refusa de les enregistrer. Toutefois, un ordre exprès du monarque termina la résistance, et le 1er décembre 1471, i'évôque d'Agde, commis à cet effet, reçut dans le château de Ciermont l'hommage de la dame de Chàteauneuf.
Gérentonne garda le fief jusqu'à la mort de Louis XI ; alors une réaction eut lieu, et il fallut un arrêt du 54 août 1485 pour maintenir la dame de Ciermont en la jouissance de Chàteauneuf.
A la mort de Charles VIII, de nouvelles difficultés surgissent ; le seigneur de St-Vallier, Antoine de Clerraont, abbé de Villemagne, etc., revendiquent la seigneurie, que le Parlement adjuge, le 24 février 1492, à Jeanne de Clermont, fille de Gérentonne de Poitiers, mariée avec Jean dTrfé, baron d'Orose, chambellan du roi ; et celle-ci la vend à Etienne de Vesc, qui en prête hommage le 19 mai 1498.
Ce nouveau possesseur mérite notre attention.
De fesc
Etienne de Vesc (de VaescoJ était, selon Commines, originaire du Languedoc et de petite lignée ; La Chesnaye-des-Bois le fait descendre au dixième degré des seigneurs de Comps et Combemont et lui donne pour père Pierre de Vesc, un des combattants de Fornoue, d'Aignadel et de Gènes ; Pithon-Curt, moins aftirmatif, se contente de le rattacher à la famille dauphinoise de môme nom, dont il avait effectivement les armes (paie d'argent et d'azur de six pièces au chef d'or).
Mais l'opinion de La Chesnaye-des-Bois ne soutient pas la crilique ; en effet, Pierre de Vesc, marié en 1484 seulement, n'a pu avoir Etienne pour fils, acquéreur, cette môme année, de la baronnie de Caromb, près de Carpentras.
M. l'abbé Robin, patient explorateur des protocoles
de notaires de Dieulefit, déclare que, malgré ses recherches, il n'a pu éclaircir le mystère. Toutefois, à son avis, les de Vesc dauphinois emploient si souvent Etienne dans leurs affaires, même les plus délicates, qu'il n'est pas possible de douter de leur parenté. Mais, ajoute-t-il, le soin qu'ils ont de la cacher et le silence des actes notariés sur les biens paternels et maternels de l'illustre personnage dans notre province, semblent faire de lui un fils naturel de Raymond, seigneur de Comps, père de Pierre. (1)
On trouve bien, dans un inventaire des papiers de Bécone, Etienne qualifié cousin de Pierre, seigneur de cette localité ; mais la preuve sans autres détails ne paraît pas suffisante. Un autre argument se tire du fait de la rédaction, au château de Caromb, appartenant à Charles, fils d'Etienne, du contrat de mariage d'une fille de Pierre de Vesc avec Olivier de Caritat, de la ville d'Orange ; mais y a-t-il là autre chose qu'une présomption ?
Enfin, le 10 décembre 1490 et le 10 novembre 1493, Jean de Vesc, chanoine de Die, nomme, pour gérer les biens et revenus de ses bénéfices, Aimar de Vesc, prieur d'Eurre, Robert de Vesc, écuyer, Pierre de Vesc, seigneur de Comps, ses frères, et Etienne de Vesc, chambellan du roi. — Est-ce bien concluant pour la parenté des deux familles ?
Voici mon hypothèse : un accord du 15 janvier 1478 mentionne un Pierre de Vesc, d'Orange, qui avait vendu, en 1445, à noble Aimon Alleman, seigneur de Champs, la terre de Bécone. Orange n'est pas fort éloigné de Beaucaire où l'on fait naître Etienne, et ce Pierre de Vesc, dont on ne connaît pas l'histoire, pourrait bien
(1) Hulletin de la Société d'Archéologie de la Drôme, 4' livr.; — DtjCoston, Solice svr Châteauneuf ; — Armoriai du, Dauphin t.
être son père. A la vérité, les expressions employées par Commines sont un peu gênantes ; mais on verra tout à l'heure l'étroitesse d'idées de certains historiens lorsqu'il s'agit d'une noblesse obscure pour eux. (1)
Quoi qu'il en soit, Etienne de Vesc fut d'abord valet de chambre à la cour de Louis XI, € qui, satisfait de son zèle pondant une maladie du Dauphin (Charles V4II), le récompensa en lui donnant les revenus de la prévôté de Meaux. » Le même prince, quelque temps avant sa mort, t remercia Etienne, premier valet de chambre de » son fils, du soin qu'il en avait toujours pris, le lui » recommanda tendrement, et le chargea de lui porter ■ l'assurance de sa paternelle affection. • Egalement aimé du père et du lils, Etienne de Vesc devint sans peine un homme important : aussi le voyons-nous sénéchal de Beaucaire et de Nîmes et employé avec succès à la réunion de la Provence au Domaine. (2)
Ludovic Sforza, premier instigateur de la conquête de Naples, fut ardemment secondé par lui et par Briçonnet, tous les deux amis du cardinal Julien de La Rovère, évêque de Carpentras.
c Etienne de Vers (de Vesc) avoit ja acquis beaucoup » d'héritages et estoit seneschal de Beaucaire et président » des Comptes à Paris, et avoit servi le roi en son cn- » fance, très-bien valet de chambre, et cestuy-là attira » le général et eux deux furent cause de l'entreprise » dont peu de gens les louoient et plusieurs les blas- • moient. »
Un autre chroniqueur ajoute que tous les deux administraient absolument les affaires, • desquelles on peut
(1) Voir monographie de Bécone.
(2) Collection Petitot, tome xm, 2; — De Barante, M, 352 ; — Barjavel, Dictionnaire historique. . . du Comtat, au mot Vaesc.
» dire, s'il est Yrai ce qu'en ont escrit les historiens, qu'il » n'y en eut jamais de plus incapables : de fait ils » n'avoient aucune expérience et presque point d'autre » conduite que de faire leurs affaires particulières. On » dit qu'ils ne conseillèrent la guerre de Naples, l'un, » que pour avoir un chapeau de cardinal (Briconnet), et, » l'autre, pour avoir un duché en ce pays-là ; ce qu'ils » obtinrent l'un et l'autre ; mais Vaesc ne garda pas » longtemps sa duché (de Noie). » (1)
Laissons là l'expédition de Naples et ses instigateurs ; mais pour montrer un contemporain de Commines et ses rancunes nobiliaires, citons un tout petit passage : « En » cette entrée du roi (à Naples) on n'y trouva rien à > redire sinon que près de lui estoit le seneschal de » Beaucaire représentant le connectable du royaume » (conquis) ; ce qui n'estoit guères beau, car il ne venoit » que de frais estre son valet de chambre, et lui voir » porter l'espée ; cette veue estoit odieuse. » (2)
L'élévation d'Etienne de Vesc avait évidemment fait de nombreux jaloux.
Il fut laissé à Gaëte par Charles VIII, et, dit Commines, « passoient tous les deniers du royaume par sa main et » avoit iceluy plus de faix qu'il ne pouvoit et n'en sceut » porter ; mais bien affectionné estoit à la garde dudit » royaume. » A son retour en France, il se retira à Caromb, où il se fit construire une résidence magnifique, dévastée en 1792, et démolie depuis par Mmp de Ligneville, née La Baume-Montrevel. « Le duc de Choiseul et ' > la marquise de Marmier, cohéritiers de celle-ci, en ont » ensuite vendu l'emplacement à divers habitants sur » la fin de 1818. » (3)
(1) Archives curieuses de l'histoire de France, l, 168.
(2) Commines, Mémoires, édition de Bruxelles, m, 250 ; — Edit. de La Haye, 11, 494.
(3) Barjavel, loc. cit.
Etienne mourut en 1501 et fut enseveli à Caromb, où se voit encore son tombeau en marbre blanc, sur lequel il est représenté en costume de chevalier de grandeur naturelle, avec des pleureuses sur un bas-relief fort bien sculpté.
De son mariage avec Anne Courtois, fille d'un avocat au Parlement de Paris, dotée de 100,000 livres, le chambellan de Louis XII eut un seul fils nommé Charles, comme son royal bienfaiteur.
Charles de Vesc, seigneur de Caromb, Grimaut, Chàteauneuf-de-Mazenc, épousa, le 1*2 juin 1501, Antoinette de Clermont-Lodève, veuve de Jean d'Urfé, et sœur de François, cardinal de Clermont, légat d'Avignon.
Les détails généalogiques n'entrent qu'accidentellement dans le cadre d'une monographie ; toutefois, lorsqu'une famille est mal connue des auteurs spéciaux euxmêmes, n'y a-t-il pas de l'intérêt non pour la vanité humaine, mais pour la vérité, d'en faire connaître la filiation ?
J'avais suivi Pithon-Curt et les nobiliaires dauphinois en donnant les noms des seigneurs d'Allan, issus de Lancelot de Poitiers, et les archives de Châteauneuf ont singulièrement modifié leur généalogie. La crainte d'une semblable mésaventure m'engage à inscrire ici au moins les noms des enfants de Charles de Vesc :
Jean, qui suit; - Pierre, établi en Picardie ou en Normandie ; — Antoine, évôque d'Agde, de Valence et de Castres ; Claude et François, célibataires ; — Catherine, femme du seigneur de Montespan et ensuite du vicomte de La Bâtie-cn-Bigorre ; — Marguerite, femme du seigneur de Calvisson ; — Jeanne et Françoise, religieuses ; — Jeanne.
Jean, dit le Gros, hérita de la fortune de son père et se maria, le 21 septembre 15*25, avec Fleurie de Maubcc,
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marquise de Montlaur. Ils eurent : — Fleuri-Louis, mort sans enfants, de Diane de Clcrmont-Tallard ; — Jean, baron de Châleaurenard ; — Jeanne, héritière de tous les biens de la famille ; — deux tilles nommées Fran-
çoise.
Jeanne de Vesc, en donnant sa main, le 15 novembre 1554, à François de Montauban dit d'Agoult, premier comte de Sault, lui porta son riche patrimoine.
François mourut le 15 mars 1569 et Jeanne en 156-2. François - Louis et Jacques, leurs fils, n'ayant pas laissé de postérité, Marguerite, leur sœur, fit entrer le nom et les biens des de Vesc dans la maison de La Baume-Montrevel. Seul, Chàteauneuf-de-Mazenc eut une autre destinée : François-Louis d'Agoult Payant légué à Chrétienne de Guerre ou d'Aguerre, sa veuve, celle-ci le vendit, le 19 avril 1602, à Florent de Renard.
Etienne de Vesc avait prêté hommage au roi Louis XII pour cette terre, le 19 mal 1498; son fils en fit autant le 3 janvier 1501 ; Antoinette de Clermont, sa femme, en 1517, et Jeanne de Vesc, dame de Sault, le 13 juillet
Comme un édit de François Ier du 15 novembre 1531 avait ordonné la réunion au domaine de toutes les terres non aliénées, celle de Châteauncuf fut saisie, et il fallut un arrêt du Parlement de I*aris pour en obtenir la mainlevée au profit de Jean de Vesc. Le 11 janvier 1543, nouvel édit, nouvelle saisie et nouvelle main-levée par arrêt du Grand-Conseil, suivi d'un arrêt juridique en 1548 et en 1557. (1)
En récapitulant les sentences rendues touchant la possession de Chàteauneuf, on en trouve deux sous Charles VII, une sous Louis XI, deux sous Charles VIII,
fl) Archives d'Albignac ; — De Vesc, par M. Faillie Itobin. manuscrit.
une sous François Ier et deux sous Henri II. Ajoutons que Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, songea aussi à revendiquer la seigneurie, mais que son idée ne reçut pas môme un commencement d'exécution, fort heureusement.
Derniers Possesseurs
La famille de Kenard ou Reynard était représentée à Die, en 1298, par Aimar, hôte du dauphin Humbert 1er, lorsqu'il y vint conclure un traité avec Arthaud de Roussi lion, et Ton voit encore ses armes (de gueules au renard rampant d'or) dans l'office de Vhôleldes Alpes.
Outre son antiquité, cette maison, offre à l'histoire quelques personnages illustres en leur temps : Félise Renard, favorite de Louis XI, encore Dauplun ; Jean Renard, auteur de sermons quadragésimaux en latin sur le pèlerinage du genre humain, et Florent Renard, l'acquéreur de Chàteauneuf-de-Mazenc, trésorier général en Piémont, Savoie, Saluées, Bresse et Dauphiné, dés 1593, et l'un des commissaires royaux pour l'aliénation du domaine, en 1598. c Mais, dit Chorier, son mérite le » portoit plus loin : l'office de premier président en la » Chambre des Comptes étant venu à vaquer, il en fut • pourvu, le 20 décembre de la même année, et y fut » installé par arrêt du Parlement du 29. En même » temps, il eut l'intendance des finances extraordi-
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» naires des guerres de Savoie et de Piémont et fut reçu » dans le Conseil d'Etat et privé du Roi. » (i)
Possesseur de St-Julien, Avançon, St-Firmin, La Frette, Château-Dauphin et en partie de Montorcier. Freissinières et Val-Gaudemar, Florent résida peu à Châteauneuf. Il avait acquis cette terre au prix de 16,000 écus d'or, dont partie, d'après les dispositions de Chrétienne d'Aguerre, veuve de François-Louis d'Agoult, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances du roi, devait former la dot de Jeanne d'Agoult, future épouse du comte de Montrevel.
On trouve effectivement qu'en 1003 les nouveaux mariés confirmèrent l'aliénation de la baronnie.
Bien venu à la cour du roi Henri IV, le nouveau seigneur de Châteauneuf fut déchargé, par lettres-patentes du 2 mai 1602, des lods, sorte de droit fiscal prélevé sur le prix des ventes par les suzerains, liquidés à 2.608 écus, et il prêta hommage le 10 juin suivant.
(I existe de lui plusieurs baux emphytéotiques des eaux du Jabron et du béai des moulins, ainsi que de fonds de terre, toutes choses indicatives d'une situation brillante à première vue et cependant gênée. En effet, le 21 août 1616, il vendait Châteauneuf 69,000 livres â Louis Blain de Marcel, seigneur de La Bâtie-Rolland. Louis XIII fit grâce au nouvel acquéreur des lods évalués 1 1 ,500 livres, c'est-à-dire au 6e du prix, et celui-ci prêta hommage le 1 1 mai.
Veuf de Marguerite de Bonnard, qu'il avait épousée le 27 juillet 1588, Florent s'unit, le 17 mars 1018, avec Marguerite d'Armand, et ce mariage lui permit de rentrer en possession de la baronnie, abandonnée à regret.
(1] Etat politique, III et IV. au mot Renard ; — Rochas, Biographie du Dauphiné; — Rivoire de la Bâtie, Armoriai du Dauphiné.
L'acte en fut passé le 3 février 1619. et le 8 janvier 16*21 il payait 45,000 livres sur les 69,000 a rembourser. Quant au surplus, ses successeurs durent l'acquitter, après maintes difficultés sans intérêt pour nous. (1)
Marguerite de Bonnard donna au seigneur de Châteauneuf : François, seigneur d'Avançon ; — Marthe, femme de Charles de Baschi, sieur de Ste-Estève ; — Marguerite, alliée à Zacharie Pascal, maître aux Comptes, à Grenoble ; — Doucette, femme de Leblanc, sieur de Portes.
Marguerite d'Armand ajouta à cette liste : Suzanne, dont François d'Yze obtint la main ; — Marguerite, unie avec Pierre d'Armand, seigneur de Beauvoisin; — Jeanne, morte jeune.
Tous ces mariages, s'ils avaient été célébrés à Châteauneuf, auraient, avec les baptêmes, les visites entre parents, entretenu dans le manoir seigneurial et dans le bourg une animation souvent renouvelée ; mais les charges de magistrature occupées par tous ces gentilshommes les relenaient à Grenoble ou dans son voisinage.
Florent de Renard, par son codicille du l*rmars 16*27, confirma la donation entre- vifs de 1,000 livres qu'il avait précédemment faite à chacune de ses fdles sur la terre de Chàîeaunouf, affectée d'autre part à la garantie dé la dot de sa deuxième femme, et de là naquirent force contestations entre celle-ci, François de Renard, Suzanne et Marguerite. Un arrêt du 12 septembre 1630 réduisit même à une légitime les libéralités de Florent au profit de Marguerite d'Armand, fixa à un quatorzième des biens de la succession les parts de Marguerite et de Suzanne et maintint François en possession de la moitié des biens paternels.
(1) Inventaire de la Chambre des Comptes ; — Archives d Albignac, chez M. Vallentin.
Ce dernier ne pul se libérer vis-à-vis de ses sœurs, qui restèrent maîtresses de Cbâteauneuf ; toutefois, avant de quitter le seigneur d'Avançon, désormais étranger à notre sujet, rappelons qu'il épousa, le 10 janvier 1616, Marguerite de La Tour Gouvernet, et eut un fi Is appelé aussi François, conseiller au Parlement de Grenoble.
La famille d'Yze ou d'Ize posséda Châteauneuf dès 1630, par suite d'une alliance ; elle était originaire du comté de Nice où elle avait juridiction, en 1247, sur La Turbie et Monaco. Vers 14*24, elle s'établit en Provence, et cent ans après, en Dauphiné.
Jean Antoine d'Yze, dit d'Ancelle, seigneur de Rosans, gouverneur des château et vallée d'Exilles, testa, le 18 août 1612, en faveur de François, son fils, léguant 25,000 livres à Magdeleine, S3 fille, et 3,000 livres à Alexandre, son fils illégitime, « prenant le non d'Yze, » qu'il a accepté seulement pour l'honneur de Dieu, in- > certain s'il est son fils ou non. » Cet Alexandre (it quelque bruit au xvn* siècle, comme ministre protestant et professeur.
Marie Rivière, devenue veuve de Jean-Antoine d'Yze, convola en seconde noces, l'année 1615, avec Jacques d'Armand, baron de Gresse, et mourut en 1654. Florent de Renard avait aussi, comme on l'a vu, pris alliance dans la môme famille, et François d'Yze n'eut pas grand'peine à nouer des relations avec Suzanne de Renard, qu'il épousa vers 1630.
Ce mariage lui valut la seigneurie de Châteauneuf, qu'il affermait en 1633 et pour laquelle il prêta hommage, le 5 août 1645, « estant sur ses pieds, à la manière » des gentilshommes, tenant ses mains jointes entre » celles de Mre Denis de Salvaing, seigneur de Salvaing » et de Boissieu, premier président en la Chambre des » Comptes de Grenoble. •
François d'Yze, conseiller au Parlement delphinal, ne résida guère plus que ses prédécesseurs à Chàteauneuf, où il acquit cependant, en 1660, de Daniel Garde, le domaine de Châteauralier.
11 laissa de Suzanne de Renard : Jacques d'Yze, de Saléon ; — François, sieur de Chàteauneuf, marié avec Lucrèce de Chabrières, père de Jacques ; — Charles, , sieur de Chàteauratier, père de François ; — Marie, Esther, Marguerite et Justine.
Jacques d'Yze, l'ainé, fut marié d'abord avec Louise de Perrachon, qui testa en 1676, et ensuite avec Louise de Morogues, du Nivernais. Devenu veuf de la première et ayant sans doute abjuré la Réforme, à laquelle toute sa famille avait été jusque-là fort attachée, il se fit mettre en possession des biens de ses deux beaux- frères, sortis du royaume, après la révocation de Y Mît de iNantes, devint président à mortier au Parlement de Grenoble et suscita à ses vassaux un procès ruineux à l'occasion du vingtain.
Louise de Perrachon lui donna François, IIIe du nom, aussi président à mortier ; — Jean, évôque d'Agen et de Rodez, mort archevêque de Vienne en 1751 ; — Philibert et Suzanne. (1)
Françoise, une autre de ses filles, épousa Honoré- Henri de Piolenc, premier président au Parlement de Grenoble, d'une ancienne famille du Comtat.
C'est vers 1720 que François III entreprit la construction du château actuel, agréablement placé entre le bourg ancien et La Bégude, dominant la pittoresque vallée du Jabron. « Ce vaste et imposant édifice, flanqué de quatre » grosses tours et entouré d'arbres séculaires, présente, » dit M. deCoston, un caractère tout à fait seigneurial.
(1) Archives d'AIbignac.
» Ce n'est pas le château féodal, perché sur la crête d'un » mont, défendu par des ponts-levis, des meurtrières » et des mâchicoulis, rappelant l'époque des guerres » sans cesse renaissantes ; mais le château du règne de » Louis XIV, imposant et majestueux comme les grands » personnages de cette époque. »
François d'Yze n'eut pas d'enfants et donna d'abord la seigneurie de Chàteauneuf à Jean, son frère, puis à Honoré-Jean-Baptiste-Jacques-Alexandre de Piolenc, son neveu qui, en 1769, fut contraint, pour satisfaire ses nombreux créanciers, de la vendre avec Aleyrac à Pierre- Hyacinthe-Lazare de Ravel des Crottes, conseiller au Parlement de Provence, au prix de 260,000 livres.
La famille de Ravel, dépouillée à la Révolution de ses droits féodaux, mais non de ses propriétés, les remit, vers 1816, à Jean-Louis-Nestor comte d'Albignac, d'une noble et ancienne famille de Limousin.
M. Saturnin- Joseph lmberton, du Pont-St-Esprit, acquérait, en 1861, les 289 hectares des neuf domaines de M. d'Albignac, pour 339,000 fr., et, depuis quelques années, M. le baron de Vissac possède la môme propriété. (1)
Ici se termine pour moi la tâche souvent ingrate d'historien des familles de magistrats ou de guerriers, maitresses de Chàteauneuf ; au tour maintenant de la commune.
(I) Notice sur Chàteauneuf -de-Mazenc, par M. de Coston.
Franchises.
Avant le xme siècle, le bourg n'a pas d'histoire écrite, et la perte de ses archives laisse peu d'espoir de lever un jour le voile obscur couvrant ses origines. Toutefois, cette perte n'est pas le fait exclusif de notre époque, car un inventaire du xvie siècle et un autre de 1697 ne mentionnent aucun acte antérieur à 1276. Que se passa- t-il cette année-là à Châteauneuf ? — Une querelle de bergers y amena une nouvelle délimitation territoriale avec Souspierre, et c'est tout.
Mais vers le même temps, une réaction presque générale contre le pouvoir féodal provoquait dans la seigneurie des négociations à la fin couronnées par un accord important, digne de toute l'attention du lecteur. Aimar de Poitiers, comte de Valentinois, et Guillaume de Châteauneuf octroyèrent à leurs vassaux un certain nombre de libertés ou de franchises, qui assuraient à ces derniers la libre possession de leurs terres et de leurs récoltes. Des libertés municipales pas un mot. Cependant la population paraît avoir joui dès lors de la faculté de s'assembler et de se choisir des syndics ou mandataires dans ses affaires les plus graves. C'est ainsi que Pierre Monnier, Pierre Baud et Giraud Guy représentent leurs concitoyens, en 1276, lors de la délimitation de Souspierre ; — Guillaume Sexin, Guillaume Chabert et Guigues Monnier, en 1292, le vendredi avant Noël, à l'octroi des libertés fait par le comte de Valentinois ; — Guigues Rostaing et Pierre
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Obrier, à pareille faveur de la part de Guillaume de Châteauneuf, le 4 avril de la môme année, si elle commençait à Pâques qui fut le 6, et le 4 avril 1293, si elle commençait au 25 mars.
Afin de donner une idée exacte des libertés de Châteauneuf, il est bon de les présenter dans la forme acceptée par les habitants ; les voici donc traduites au commencement du xvi« siècle, sans autres modifications qu'un déplacement des articles ayant trait aux mêmes points et que la fusion des deux chartes en une seule : (1)
1. « En premier lieu les hommes manants et habitants » dudict lieu seront francs à perpétuité de toutes tailhes » et exbaction indeue et emprunt forcé, de toutes cor- » vées, messaiges, obligations et aultres absurdes servi- » ces ordinaires et extraordinaires, expresses et non » expresses, excepté à ceulx qui seront exprimés tou- » chant la sarrure ou clausure et garde du lieu. »
Ce serait magnifique, sans les exceptions ; mais il y en avait tant !
2. t Les seigneurs pourront fere et exhiger taille sur » les hommes du lieu (le comte), jusqu'à la somme de » 30 livres monnoie courante (et Guilhaume de Château- » neuf), jusqu'à la somme de 20 livres, aux cas (ci)- » après déclarés : — pour marier chacune de leurs » filles une foys ; — pour nouvelle guerre (ou chevale- » rie, mUUia), ou de leurs fils ; — quand seroient prins » des ennemis ; — si estoit necessere d'aller à l'exercite » (armée) de l'empereur (d'Allemagne) ; — pour passer » la mer pour le secours de la Terre Sainte ; — pour » achepter baronnie ou terre (le comte), du pris de » 1,000 livres, monnoie courante, (et Guillaume de
(l) Registre in-4°, aux archives départementales, série E, communes.
» Châteauneuf), du pris de 300 livres, sans fraulde; et » quant aux aultres cas, lesdictes libertés données sor- » tiront leur plain entier. »
L'article i«r parait abolir la taille personnelle, vrai reste de l'esclavage ancien ; mais l'article 2 maintient la taille seigneuriale, subvention honnête, née de la courtoisie des vassaux et convertie en droit. On l'appelait aussi taille aux quatre ou aux six cas, suivant les titres, et elle épargnait les nobles et les ecclésiastiques (1). Il était peu difficile de faire naître le dernier cas stipulé à Châteauneuf et de le renouveler à volonté.
3. « Les hommes du heu présents et à venir seront » tenus fere les cavalgates, ainsi que les autres subjecls - desdicts seigneurs les font et servent. »
On entendait par chevauchées (cavalcatœ), soit une expédition ou incursion faite à cheval, soit, dit M. de Coston, une visite faite par des officiers civils ou militaires dans l'étendue de leur commandement. (2)
4. « Ceulx que viendront novellement habiter audict » lieu, le premier an, seront exempts du guach (guet), » excubie (veille), exercite et chevalaige, ensemble leur » famille ; et aussi tous les habitants du lieu durant le » temps que leurs femmes demeureront en jassine. •
Outre le service militaire dû au seigneur, les habitants étaient encore obligés de faire le guet (gachare) ou monter la garde, pour la défense du bourg.
5. « Les biens des susdicts seront et demeureront » saulves et seurs dans le lieu à temps de guerre et à » temps de paix, combien que lesdicts seigneurs et leurs » successeurs heussent guerre, » avec seigneur ou seigneurs étrangers ayant biens audit lieu, ajoute la tra-
(1) Usage des fiefs, p, 243, 244.
(2) Notice sur Châteauneuf- de- Mazenc, p. 14, en notes.
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duction imprimée au xvue siècle, d'après le texte. (1) Ces cinq articles constituent réellement un progrès.
6. c Les habitants ne seront tenus bailher leurs bestes » auxdicts seigneurs, à leurs successeurs, officiers et do- » mestiques, si ce n'est de leur plaisir; de laquelle » liberté veulent que leurs dicts hommes et aultres » extrangiers venants fere demeure audict lieu, tant à » cause de mariage que aultrement, jouyssent, deffen-
• dants à tous officiers de y contrevenir; et pourront » avoir les bestes pour le prix qu'un aultre en donra.