‹ L'arrondissement de Montélimar: géographie, histoire & statistiqueChapitre 29 sur 39 · VALENCE · texte numérisé non relu

VALENCE

LIBRAIRIES COMBIER ET NIVOCHE

f»«ograpltle, — HiHiolre. — «latlMlqup

CHAROLS

Géographie 1 Statistique

Sur un plateau peu élevé, entre Sallettes, à Test, Chàteauneuf-dç-Mazenc. au midi, Cléon-d'Andran, St-Gervais et Bon lieu, à l'ouest, Manas et Puy-St-Martin, au nord, dans la pittoresque Yaldaine, la commune de Charols livre à l'agriculture la meilleure partie de ses 731 hectares.

Un demi-cercle de montagnes encadre gracieusement la vallée que domine son village chef-lieu, dont le Roubion baigne les roches sur lesquelles il repose. Il est formé de l'église, de la mairie, des écoles et des établissements utiles à toute agglomération ; mais, à l'exception de l'église, aucun édifice n'offre des traces d'antiquité. Cependant lorsqu'on fouille le sol, la pioche heurte à chaque instant dos restes de vieilles constructions et des monceaux d'ossements humains. M. le Maire de Charols, d'accord en cela avec la tradition, croit que des batailles sanglantes se sont livrées jadis auprès du pont jeté sur la rivière par Charlemagne lui-même ou par ses ordres, mais reconstruit vers 1400.

Or, l'histoire se tait aussi bien sur les faits militaires accomplis en cet endroit que sur le passage légendaire do l'illustre empereur d'Occident.

Un fait certain toutefois, c'est la haute antiquilé de son prieuré de St-Jean-Baptiste, dépendant de St-Chaïïre. dès le milieu du x* siècle.

D'autre part, l'étymologie de Charols, Carrorolis en 956. Chairovals au xiv siècle, Carruvotum dans le xr. Excharrol en 1449, Charroux en 157G et dans Expilly. Carovolsiuni, dans Columbi. au xvir siècle, indiquerait, d'après le savant M. de Coston, une origine celtique, d'une signification très difficile à déterminer.

« J'y verrais assez volontiers, m'écrit-il, le mot karoff, cerf, en breton, karvu, en comouaillais, karit, en gallois, comme dans Charoux (Vienne), Carofo sur les médailles mérovingiennes, Caroffum, sur une fameuse charte fausse de 769. Quant à Otsium, c» serait peut- *Hre une altération tïolle ou /«>/</. lieu creux, torrent, vallée, vailis qu'on retrouve dans une autre forme du même nom ; de sorte qu'en décomposant Karoff-OUum ou Karo/f-ValfU, on aurail vallée ou torrent du cerf;

DE MONTSLIMAH

mais tout ceci est très conjectural. Peut-être préférerez vous assimiler ce nom à ceux de Carol et Carottes, villages de Normandie, que Ton regarde comme des diminutifs de kar, kaer, maison, en breton, mais qui diffère sensiblement des formes primitives de Charoux : Tétymologiste est souvent très embarrassé. » Et l'historien ne l'est-il pas également pour la période si longue qui a précédé le régime féodal? Si le philologue ignore le langage des Gaulois, le chroniqueur peut-il se flatter de mieux connaître leurs faits et gestes, leur religion, leurs lois et leurs mœurs ?

J'ajouterai, à titre de simple renseignement, que le mot charol, monceau de pierres, est encore usité dans le patois valentinois, et que Ducange traduit cliarotore ou carotare par danser, et carolœ par danses.

Entre « colline du cerf, » * maison de la vallée, »

las de pierres ■ et « val de la danse, » le choix est permis, et je vais comparer la situation de la commune aux xvne et xix* siècles avant d'aborder son histoire.

1735. — Le chevalier d'Agoult, commandeur du Poét-Laval, est seigneur de la communauté ; il y possède des lods, des censés en grains et en argent, avec un four banal, le tout affermé 183 livres à Canot et Yendrans.

M. du Moncel, conseiller à Grenoble, jouit du revenu de plusieurs fonds tenus à bail emphytéotique par des habitants.

Les terres sont légères et produisent du blé, du seigle, de l'orge, de l'avoine, de répeautre, du chanvre et du millet noir: il y a peu «le vignes «>t quelques bois dp chênes.

Suivant le parcellaire, le pris de la sétérée de terre labourable ou de pré. bonne qualité, est de 48 livres, celui des vignes, de 12 livres, celui des bois, de 7 livres. Le blé vaut de 6 à 7 livres le sélier, mesure de Crest.

pesant 120 livres, soit 5 livres pour le civayer. On y perçoit la dime à la cote 25« sur les grains et le vin. L'estime des fonds nobles atteint 141 livres 10 sols, et celle des fonds roturiers 85 livres 14 sol>. La communauté n'a aucun revenu, malgré diverses concessions antérieures.

Voilà tout ce que nous apprend le rapport du contrôleur de l'Élection de Montélimar.

178». — Répondant au questionnaire de la Commission intermédiaire, le consul et le secrétaire donnent à Charols une demi-lieue de long et de large, tant en plaine qu'en montagnes. Il est habité, ajoutent-ils, par soixante tenanciers ou fermiers, et n'offre aucun hameau, mais seulement des granges éparses, bâties à chaux et sable ou en terre. Le sol est fort sablonneux, en pays plat, et en terre morte sur les coteaux. On y récolte du maïs, du seigle, de l'épeautre rouge, du sarrasin, quelques légumes et très peu de blé. Les céréales suffisent à peine pour nourrir la population les trois-quarts de Tonnée. Quant aux mûriers, il faut les replanter tous les six ans.

Le Roubion, affluent du Rhône, y passe sous un pont qui réclame des réparations à sa base et sert pour la route de Crcst en Provence. Non-seulement cette rivière n'apporte aucun profit à la communauté, mais encore elle cause, dans ses débordements, de grandes pertes aifx riverains.

Faute de fourrages, il y a peu de bœufs et de mulets et tous de petite espèce ; la cherté du sel y rend aussi impossible l'entretien des brebis et des porcs.

Tous les habitants cultivent la terre, et partant négligent le commerce.

Un châtelain, un greffier, un conseil et des assemblées où l'on décide à la pluralité des voix, composent l'administration locale.

Voici Le budget ordinaire :

Instituteur, pour 6 mois, 50 livres.

Cierge pascal, lettres, assises, 10 —

Entretien de l'église et du presbytère, 48 —

Autres dépenses, 34 —

Total. 142 —

Revenus, néant. Il faut s'imposer pour couvrir les dépenses communales. Les pauvres n'ont aucun bien, pas même la 24' partie de la dîme, à cause d'une transaction avec le prieur, qui s'en affranchit, en réduisant sa cote de perception à une gerbe par 24 gerbes. (1)

1839. — M. Mermoz porte à 706 bectares la contenance imposable, à 1 ,033 fr. le revenu des propriétés bâties, à 25,055 fr. celui des propriétés non bâties, à 35 fr. 49 cent, le revenu moyen d'un bectare, à 1,889 fr, le contingent, qui était antérieurement de 1,820 fr. ; à 2 fr. 57 la contribution moyenne, et à 42 bectares la contenance en landes.

Aujourd'hui, le village de Charols, traversé par la route départementale n° 9 de Cléon-d'Andran à Grignan, et desservi par les chemins de moyenne communication n° 10, venant de Comps, par Pont-de-Barret, et n° 28, venant de Montébmar, a des relations d'affaires extrêmement faciles avec tous les centres voisins. Sa distance de Marsanne, chef-lieu de canton, est de 9 kilomètres; celle de Montélimar, de 19. et celle de Valence, de 52.

Deux foires et une fêle patronale s'y tiennent le 12 mai, le 1" octobre et le dimanche après le 29, fêle de la décollation de St Jean-Baptiste.

(1) Archives ilépartemonlalos, C, etr.

Le Prieuré

Au .v siècle, il \ avait à Charols et à Savonne sur Pont-de-Barret d'assez vastes propriétés appartenant à St-Chatïre. Avant d'analyser les actes qui établissent cette possession, un mot de l'abbaye.

Sous le règne de Thierry m, vers Tan 680, Calmin ou Calmilius, issu de famille sénatoriale et duc ou gouverneur d'Auvergne, se relira au Villard, hameau situé à la "naissance de la montagne du Mont, séparée de La Moufette pai' une profonde dépression de terrain où passe la route du Puy à Montpezat. De cette retraite volontaire, le duc jouissait du panorama pittoresque du Velav et de la liberté d'esprit favorable à la méditation. Oubliant, en la compagnie d'un vieillard renommé par ses vertus, les soucis de l'administration et les éblouissements de la fortune, il échangeait peu à peu les grandeurs et la gloire* mondaine contre les sacrifices d'une vie de renoncement, d'humilité et de privations.

Par ses ordres, une église s'éleva d'abord sur le coteau fertile de La Moutette, au bourg d'Amnoric, voisin du Villard. et bientôt après, un monastère appelé de son nom Carmêre ou Carmery. Pour peupler sa nouvelle maison religieuse, il alla demander à I/rins des moines de St Benoît , et la petite colonie, grâce au zèle d'Eudes, le prieur ou l'abbé, devint en peu de temps riche et importante.

Cet Eudes, qui avait été archidiacre de Sl-Paul-Trois-

DE MONTÉLIMAB

Châteaux, était frère utérin deLeufroy, comte d'Orange. I"n jour, à son passage à St-Paul, il reçut la visite de Leufroy et de Théofrède, tils unique du comte.

L'état monastique avait alors do puissants attraits poulies grandes familles. Malgré les larmes de son père, Théofrède voulut suivre son oncle à Carmen ; il y devint son successeur et y fut tué par les Sarrasins. « Il avoit » pour ses religieux une affection de père ; il les animoit » par ses paroles cl par son exemple à s'avancer de plus » en plus dans la piélé, et il apportait une grande vigi- » lance pour 1rs mettre à couvert des embûches du dé- » mon. 11 ne permettait point aux femmes d'entrer dans

• son église; mais il souffroit quelles y demeurassent

• vers la porte où il avoit fait pincer des siétres pour

• H les. » (1)

Comme Calmilius, Thiefn, Théofrède ou Theufro> mourut avec la réputation d'un saint, et le vulgaire défigura son nom en celui de Chaffre. Chaffry ou Chatïrey.

« Le monastère a fait une bonne et grande figure à travers les onze siècles de son existence. La petite ville du Monastier lui doit ses développements et ses prospérités, à telles enseignes que la suppression du couvent (par un édit de Louis XVI, en 1787) Ta frappée de décadence.

« Fils de bonne maison, les moines apportaient une dot; les personnes pieuses faisaient des fondations, les évéques et les seigneurs des donations. A qui profitait cette abondance si ce n'est ;» la ville ? » ri)

Parmi le- bienfaiteurs de St-Chatïre. le* premiers « ointes de Valentinois occupèrent toujours un rang distingué. Geilin. entre autres, seconda l'abbé (iotescalc

1; I). Hulteati, Abrégé de i histoire de Si benoît, ~ v. in-1".

f/i Histoire de la ville et des châteaux du .Monastier. par l ahhé Théod. «le Cennl île L'Iicrm. Le Puy, INnô, 1 vol. in-1*?.

dans ses heureuses tentatives de réforme et combla de biens le monastère. Le comte Odilon, Àchidée, évéque de Die, frère, fils ou neveu d'Odilon, Silvius et Eubert suivirent son exemple ; et Tan 950, Conrad, roi de Bourgogne, confirma des donations d'immeubles sis dans les comtés de Valentinois et Diois et notamment à Savenne ou Pont-de-Barret, à Cbarols, localité voisine, à Cléon et à La Motte.

La charte du comte Odilon, relative à Savenne, est du mois de mars 88G ; celle d' Achidée pour Pont-de-Barret et l'église de St-Jean de Charols avec ses dîmes et ses prémices, de l'année 957.

Nicetius, Aldebert, le comte Lambert et Achilin donnèrent à leur tour au monastère de St-ChafTre et à l'abbé Vulfalde une part de leurs biens près du rif d'Andric et la villa Siinane; Ariman et Ponce en firent de même pour les revenus de l'église de Charols. Ces libéralités n'étaient pas toujours entièrement gratuites, car Ariman et Ponce reçurent de l'abbé Guillaume 30 sols ou 420 fr. environ en monnaie actuelle. (1)

A partir du xie siècle, un silence profond se fait autour du prieuré, que les Compagnies franches ou les troubles du xvie siècle ruinèrent de fond en comble.

Une visite du vicaire et secrétaire de I'évéque de Die, en 10*27, nous montre l'église paroissiale de Charols « toute entrouverte et descouverte en tel estât que difli- » cilement et sans danger de scandale il s'y peult ccller brer la sainte messe. » Ordre fut donné aux châtelain, consuls et autres « de fere couvrir le costé du grand » autel plus proche de la bize, depuis la coquille jusques » au premier pillier, et de bastir un autel sous la mesme » coquille, afin qu'on y puisse cellebrer avec moindre

(1) Documents inédits relatifs h Chisloire du Dauphiné ; Cartulaire de St-<'haf[rc, par M l abbé Chovalier.

» danger. » Le presbytère à la môme époque était aussi complètement ruiné.

En 1634, les châtelain, consuls et conseillers déclarent 120 livres de portion congrue payée par le prieur, pour le traitement du curé et 25 chefs de maison, tous catholiques.

Charles-Jacques de Leberon, en 1044, ordonnait au prieur de faire blanchir et paver le chœur de l'église sous le vocable de la décollation de St-Jean-Baptiste, d'acheter les ornements nécessaires, de payer la portion congrue du curé ou de lui abandonner les fonds décimaux, et, en attendant que les habitants de la paroisse eussent les moyens de voûter, couvrir et lambrisser l'ancienne nef, le prélat leur enjoignit de faire « rehaus- » ser jusques au loict, à chaux et sable, la muraille où » est la porte à présent, netoyer, blanchir et paver la » partie servant de nef. »

Sous Daniel de Cosnac, en 1664, le sanctuaire était voûté en partie, non blanchi, le reste couvert en bois et en tuiles et séparé de la nef toute découverte par une muraille sèche de la hauteur d'un homme. Les murs encore debout accusaient cependant une église jadis fort belle. Il y avait 100 communiants dans la paroisse et quatre familles protestantes. Le curé habitait d'ordinaire le Pont-de-Barret et son service laissait beaucoup à désirer. On évaluait à 100 écus le revenu de la dîme à la cote "25e.

En 1687, il y a trois familles de nouveaux convertis, un cimetière clos, quelques ornements et un presbytère en mauvais état.

Jean-Antoine Tronquet, nommé à Condorcet, se démil de la cure de Charols, entre les mains de l'évôque de Die, collateur, le 7 août 1710, tout en y conservant la rectorerie de la chapelle St-Nicolas.- Est-ce l'auteur

du Mémorial de Sahutie, rarissime bouquin concernant l'histoire de la localité de ce nom?

Combe, curé en 1728, porte sa portion congrue à 300 livres, son casuel à 10, « à cause de la pauvreté des habitante, » et ses charges, décimes, don gratuit et capitation à 51 .

Le vicaire général de Die trouve Tannée suivante 17b' communiants, ordonne de repaver l'église et de remplacer la croix du cimetière.

Des notes de 1744 donnent le même chiffre de communiants, quarante familles catholiques et une population totale de 200 ames. Le prieuré dépendait alors de Pont-de-Barret.

La visite épiscopale de 1759 nous fournit des détails sur l'église, décrite aussi par M. le chanoine Jouve. Nous allons les mettre à profit.

L'Eglise

(iaspard-Alexis de Plan des Augiers, le 25 février 1751), déclarait l'église obscure et humide. « Il y a deux bas- » côtés, ajoute-t-il, aussi exhaussés que la nef, terminés » en coquille, et dans chacun desquels se trouve une » chapelle; la voûte du chœur est également terminée » en coquille; le pavé, les murailles, la voûte et le toit » sont en bon état ; la fenêtre est vitrée et garnie de » barreaux de fer ; l'autel est en maçonnerie, le mar- • chepied en bois de chêne, l ue balustrade sépare la

DE MÛNTELIMAH 15

» nef du chœur. Nouvellement construite, la sacristie » est voûtée ; la nef est voûtée aussi, mais il y pleut ; la » voûte a besoin d'être blanchie, le toit recouvert, les » murailles rebouchées en dehors et blanchies en de- » dans. Le pavé est bon. Il y a cinq fenêtres fort élevées » et très petites. On tient les papiers de la communauté » dans une armoire contre le pilier de la nef du côté de » l'Evangile. Le clocher est sur le chœur; il n'y a qu'une » petite cloche. Des deux chapelles latérales, celle de » droite est dédiée à Notre-Dame et celle de gauche à . St Nicolas. Toutes les deux sont suffisamment déco- » rées. » (1)

M. le chanoine Jouve, envisageant l'édifice au point de vue archéologique, le fait remonter au vuic ou au ixp siècle, sans le rattacher toutefois à l'architecture carlovingienne de cette dernière période, qu'il représente peut-être par ses trois absides clairement accusées. Le savant écrivain se contente de reconnaître dans l'ensemble du monument le style monacal des bénédictins, avec une grande sobriété de lignes et une austère simplicité pour caractère principal. La partie absidale lui semble avoir été ajoutée après coup, et il signale, comme particularité digne d'attention, le cul de four en pierres de taille de l'abside du milieu, se terminant brusquement, au tiers environ de sa hauteur, en une arcature d'arcs brisés qui forme une sorte de calotte sur la partie inférieure qu'elle domine.

M. Chaix, curé actuel de Charols, a très intelligemment fait restaurer la fenêtre centrale, étroite et allongée de la partie absidale, la plus curieuse de toutes, malgré ses proportions restreintes.

L'église, sans les absides demi-circulaires des nefs,

i; Archives départementales, série G, Evêché de Die.

mesure 12 mètres de long sur autant de large et forme un carré parfait. Elle a trois fenêtres ajourées sur le bascôté sud, irrégulières quant à leur grandeur et à leur position.

La forme singulière des six piliers carrés qui divisent les trois travées mérite quelque attention ; ils n'ont ni chapiteaux ni entablement et se perdent dans les voûtes d'arrêté qu'ils sont censés supporte]'. C'est là un cas très rare, d'après M. le chanoine Jouve. La nef de droite présente une petite porte et l'escalier en colimaçon de l'ancien clocher détruit, escalier d'une construction soignée, aux courbes gracieuses.

Quant à l'appareil des murs, de plus d'un mètre d'épaisseur, il est solide et régulier. Dépourvue de fenêtres et d'ouvertures quelconques, la muraille septentrionale, flanquée de trois robustes contreforts, paraît avoir été destinée par l'architecte à résister à la violence du vent et donne à l'église, de ce côté, l'aspect d'une forteresse massive.

Indépendamment de sa toiture en dalles plates, enlevée sans doute au xvie siècle, et remplacée par un toit vulgaire en forme de colombier, l'église a subi un ignoble crépissage qui lui donne l'aspect extérieur d'une grange.

L'intérieur a seul résisté aux révolutions et aux restaurations : aussi présente-t-il, par l'originalité ou la bizarrerie de son architecture, un intérêt puissant à l'archéologue.

Le procès- verbal de la visite épiscopale de 1 759 nous apprend que l'église de Charols était bénite et non consacrée, et que St Jean-Baptiste (29 août) en était le patron. 11 porte à 48 le chiffre des ménages catholiques et à 170 le nombre des communiants domiciliés dans les 38 maisons du hameau chef-lieu et dans les fermes éparses de

lu campagne. Le prieur-curé de Pont-de-Barret y lève les dîmes, payables à Taire pour les grains, et aux vignes pour la vendange. Elles donnent, à la cote 25e, 430 livres de revenus. Le curé, nommé par l'évéque, reçoit la portion congrue (ou 300 livres) G livres pour les dîmes novales (dîmes des terres défrichées), 15 fr. pour le luminaire, 10 livres pour l'entretien de la sacristie et 15 fr. de casuel. Il n'y a point de conseil de fabrique, les confréries du St-Sacrement et du St-Rosairc ont été établies le 28 décembre 1740. La chapelle St-Nicolas est dotée d'un fonds affermé 40 livres et le recteur dit 12 messes par an. Pierre Le Normand, de Sallettes, le 13 octobre 1741, fonda des prières dans l'église de Charols moyennant une rente de 14 livres, Morier, 2 messes en 1684, et Borcl 12, en 1713.

11 y avait aussi en 1759 une chapelle chez M. de Viennois, de Vizille, au chAteau de Sallettes, voûtée, en bon état, convenablement ornée et dotée d'une fondation de 25 messes.

J'ai négligé le détail des ornements sacerdotaux ; mais je relèverai un passage du procès-verbal de visite : « Les pauvres de Charols, y est-il dit, n'ont d'autre revenu que la 24e partie de la dîme. »

Or, une lettre adressée, en 1775, par le curé de la paroisse à l'archiprétre de Crest, donne à ce sujet quelques renseignements.

« La 24e que retirent chaque année les pauvres de » Chàteauneuf-de-Mazenc rapporte en moyenne 4 sétiers » moitié blé et seigle, tous autres grains et vendanges » réduits en iceux, la mesure pèse environ 102 livres.

» Eyzahut, Sallettes et Souspierre sont de Malte et » d'un très modique revenu, car, par exemple, Sous-

• pierre ne s'arrente que 120 livres et il faut fournir la

• sacristie. La Hochebaudin peut se porter moitié blé ou

» seigle à 6 quartes, la mesure pesant environ 112 » livres, presque toujours fort chargées de mauvais » grains.

• Pontrde-Barret peut aller en blé ou seigle tout com- » pris à 3 sétiers et Charols à 2 avec plus de seigle que » de blé, tous autres grains et vendange compris.

» Qu'il me soit permis d'observer, ajoule le curé, que » les 24" ne suffiraient pas pour nourrir un seul pauvre » île chaque paroisse.

» La 24-' ne se paie qu'en Dauphiné, et ce n'est pas » par ordre du roi, mais en conséquence d'une idée du » Parlement. Elle fait dire des mensonges, des murmu- » res, des médisances, des imprécations et donne occa- » sion à l'ivresse, à l'oisiveté, la semaine qu'elle est » distribuée. »

La conclusion du curé est facile à déduire, et cependant il reconnaît la stricte obligation de l'aumône !

Qu'il y ait eu des abus, d'accord ; mais à l'époque où la dime fut acceptée, les pauvres n'en recevaient-ils pas un tiers ? Toute la question est là.

Charols devait posséder jadis un petit monastère composé de deux religieux et de quelques frères lais ; Pinfortune trouvait là en tout temps secours et protection. Lorsque les revenus du prieuré échurent à descommendataires s'afTranchissant de la résidence et de tout souci moyennant la portion congrue au curé, la situation étaitelle la même pour les paroissiens?

Je termine en rappelant que Charols a été érigé en succursale par ordonnance royale du 1G mars 1820.

Seigneurs A Tassaax

On ne saurait aborder l'histoire féodale d'un village de la Valdaine sans rencontrer les comtes de Valentinois. Déjà nous avons vu les Geilin ou Geilon, de la première race, concourir aux développements du monastère de St-Chaffre dans leurs terres, il nous reste à parler des Poitiers.

Le 20 janvier 1269, Aimar, l'un d'eux, obtenait par sentence arbitrale le désistement des prétentions des chevaliers de l'Hôpital de St-Jean-de-Jérusalem, plus tard chevaliers de Malte, et du prieur de St-Gilles, sur la moitié de St-Gervais, sur les juridiction, château, fiYf et terre de Cléon-d'Andran et Châteauneuf-de-Mazenc, au prix de l'abandon de tous ses droits à Charols. H était convenu cependant que si les chevaliers élevaient quelque fort en ce lieu, ils le tiendraient en flef du comte. La même cession comprenait de plus les terre cl château de Poët-Laval, et les propriétés de Manas et Cléon-d'Andran. Enfin, par une autre clause, le comte s'engageait pour lui et ses successeurs à n'exiger aucune imposition des habitants de Poët-Laval et Charols, à laisser aux chevaliers toute juridiction et à terminer tout procès avec eux.

Il résulte de cet acte que Charols appartenait aux Poitiers avant 1269. Nous retrouverons leur famille à Châteauneuf-de-Mazenc. En attendant, disons un mot des Hospitaliers de St-Jean-de-Jérusalem.

Les pénitences publiques usitées dans l'Église d'Occident dès le vur siècle avaient mis en vogue les pèlerinages ; les pèlerinages tirent naître les croisades.

Une fois qu'il y eut des pèlerins et des croisés, il fallut les protéger et les secourir, et ce fut le rôle des Templiers et des chevaliers de Malte.

Quelques marchands d'Amalfi, ayant obtenu la permission de bâtir une église et un hospice à Jérusalem, donnèrent l'idée de l'institution du dernier Ordre, définitivement constitué après la conquête de Jérusalem par les croisés, en 1099. Gérard, le premier maître ou supérieur de la communauté naissante, fonda des hôpitaux dans les villes maritimes, et Raymond Dupuy, son successeur, organisa la vaillante milice en trois classes : les nobles ou chevaliers, les prêtres et chapelains et les frères servants. Pour obtenir le titre de chevalier, il fallait prouver sa noblesse, faire une campagne et jurer de vivre en guerre perpétuelle contre les infidèles. Une fois reçu, le chevalier devait réciter cent cinquante paler chaque jour et observer les vieux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance.

Hugues de Revel, dauphinois d'origine, transforma les prcceptorcrics ou noviciats en commanderies ou dépendances confiées à un économe appelé commandeur, placé sous la surveillance d'un grand-prieur. .

La monographie de Poét-Laval pourra peut-être révéler quelques nouveaux détails sur les développements de la richesse des chevaliers de St-Jean-de- Jérusalem dans notre province ; pour le moment, il ne s'agit que de CharoN, et nous venons de voir comment l'Ordre acquit c^t te terre. L'accord de 1569 sortit son effet pendant plusieurs siècles, et en 1402, un nommé Albert Celas, poursuivi par le procureur fiscal du comte de Valentinois, obtint des arbitres choisis à cet effet d'être

renvoyé devant le châtelain de Poët-Laval et Manas, son juge naturel.

Les chevaliers de St-Jean-de-Jérusalem devaient l'hommage aux comtes de Valentinois, suzerains de la contrée, et le 12 décemhre 1381, frère Sicard de Murvieux, prieur de St-Gilles, le rendit à Louis de Poitiers, pour Poët-Laval, partie de Dieulefit, Falcon, Truinas, Souspierre, Cléon-d'Andran, Manas. St-Oervais et Charols. Le même comte Louis II, après avoir tenté plusieurs fois de vendre ses terres au roi de France, et irrité ainsi ses proches qui ne lui ménageaient pas les ennuis de la persécution, finit par instituer le Dauphin son héritier testamentaire, à la condition de payer 50,000 écus à ses créanciers.

Depuis cette cession, Charols ne se trouve guère cité dans les archives. Cependant le 24 mars 1540, frère Jean Brotin, commandeur du Poët-Laval, fournissait au sénéchal de Valentinois et Diois séant à Montélimar un dénomhrement ou détail de ses revenus à Charols où il avait : 1° toute juridiction ; 2° des censés directes (redevances foncières), évaluées 5 florins, 1/2 charge de blé et 12 poules; 3° le vïngtain \'20* partie des récoltes), valant 3 charges de blé, G charges de méteil, 2 d'orge et 2 d'avoine; 4° un moulin ruiné et un four banal rapportant 3 charges de blé ; 5* une émine de blé des étrangers qui labouraient avec des bœufs dans le mandement ; G° 30 salmées de terre labourable, et G sols de chaque troupeau de passage.

Si nous connaissions la valeur exacte de la charge de blé, il serait facile de donner le produit total des récoltes en 1540. Supposons-la de 3 hectolitres, nous avons 180 hectolitres, du double 3G0.

Aujourd'hui, ce résultat parait singulièrement modifié par les progrès de l'agriculture et l'augmentation de la population.

En effet, le cadastre accuse en :

Bois particuliers 57 hectares

Terres et jardins 484 —

Vignes 160 —

Prairies 6 —

Routes, rivières 30 —

Hennés, édifices 4 —

Total 741 hectares.

En 18G8, il y a eu 1G0 hectares ensemencés en blé qui ont donné 2,240 hectolitres ; 1 2 hectares de seigle de 12 hectolitres l'un, en moyenne ; 15 hectares de pommes de terre de 15 hectolitres par hectare ; 2 hectares d'orge, 5 de sarrasin et 5 d'avoine; 2,550 kilogr. de cocons pour 255 onces de graines de vers à soie (1) ; 1,700 hectolitres de vin, 100 hectolitres de noix, 700 kilogr. de colza, 7,000 kilogr. de luzerne, 10,000 kilogr. de trèfle, 500 kilogr. de fèves, haricots, etc.

Les impôts, en 18G9, ont été pour :

La part de l'Etat, de 2,62 )f. 78

— du département, de 1,217 60

— de la commune, de 2.482 85

Lcsnon-valeurs.de 102 90

Total 6f424 13

D'après le recensement de 186G, l'agriculture occupe et nourrit à Charols 395 personnes, l'industrie 40, le commerce 2 ; il y a 226 hommes ou garçons el 214 femmes ou filles, 42G catholiques et 12 protestants. Voici la répartition des habitants par quartiers :

Maisons Ménages Aines

Village 57 59 201

(iriottes U 14 69

Château et Mourgon. . . 16 16 87

Planas el Chabois. ... 17 17 81

Totaux 104 106 438.

1, En 1869, les 325 cartons ont produit chacun H kilogr. cocons, eu moyenne.

DE MONTELIMAB

En l'an vin, le chiffre des habitants n'était que de 343, et de 31-2 en 181 1 ; il s'est élevé depuis, en 1820, à 373, et en 1831, à 462.

Il y a 2 foires à Charols, le 12 mai et le 1" octobre; la fête patronale qui suit le 29 août est aussi très fréquentée.

Dans un moment d'effervescence révolutionnaire, les archives municipales ayant été brûlées, l'histoire de la commune a été de la sorte jetée au vent, et je n'ai pu réunir d'autres renseignements sur le village, le prieuré, les chevaliers de Malte, seigneurs du lieu, le pont (1) et le château.

(1) Attribué aux Romains, restauré au xv* siècle. 11 a deux arches.

CHATEAUNEUF-DE-MAZENC

Géographie & Statistique

Entre Charols, Cléon-d'Andran el Sl-Gervais, au nord ; Sallcttcs, Souspierre et Poët-Laval, à l'est ; Aleyrac et Portes, au midi ; La Bàtie-Rolland, à l'ouest, s'élève au sommet d'un coteau, dernier échelon d'un massif de montagnes, l'ancien village de Chateauneuf-de-Mazenc. Ses rues étroites et irrégulières, ses maisons noircies par le temps, son château et ses remparts en ruines, tout annonce des mœurs et des usages différents des nôtres. De là, sans doute, l'<ril embrassant toute la Valdaine contemple un panorama splendide, et le guetteur du haut des tours d'observation pouvait jadis découvrir au loin tout cavalier de mauvaise mine ; mais l'industrie, le commerce el l'agriculture dédaignent une vie purement contemplative et préfèrent les chules d'eaux et les routes faciles des vallées, aux paysages les plus enchanteurs. Aujourd'hui, en effet, la sécurité en rase campagne est aussi grande qu'autrefois derrière les

créneaux des lours et des murailles couronnant les hautes collines. Là est tout le secret de la différence des deux époques. Aussi, le bourg est-il resté statîonnaire bien qu'il soit le chef-lieu réel de la commune, son agglomération principale ; tandis que le hameau de La Bégude ne cesse d'étendre ses lignes de maisons blanches le long des roules départementales n° 2 de Montélimar à Dieulelit et n° 9 de Cléon-d'Andran à Grignan. Les eaux du Jabron mettent en jeu les usines ; la beauté des chemins amène les voyageurs dans le hameau ; quelques touristes vont seuls au sommet du vieux bourg pleurer avec la perte de ces splendeurs passées, celle du riche spectacle offert par la riante vallée comprise entre le Rhône, les hauteurs de Rochefort au midi, Roynac et Marsanne au nord.

Chàteauneuf-de-Mazenc, Castrum Novum Daliwceni, suppose-t-il un château plus ancien rebâti à l'origine de la féodalité? Tout semble l'indiquer, et M. Courbassier a même cru récemment pouvoir y retrouver l'ancienne Aeria Gauloise, que les archéologues recherchent à l'envi sur tous les points culminants. Herzog, un savant allemand, a émis à ce sujet une opinion excessivement sage : Aeria, dit-il, était dans la vallée du Rhône et c'est là tout ce qu'il y a de certain. Chàteauneuf n'offrant pas cette condition doit renoncer, comme Plan de Baix et vingt autres localités, à posséder l'assiette de la ville celtique.

Quant à Dalmacenum, Dalmascnc, Mezant, Mazms, et Mazen, M. le baron de Coston y voit un article de la langue romane, ilal, correspondant à notre de ou du, et des formes différentes du radical macetuis et mazenc, qui signifie maison, réunion de bâtiments et qu'on retrouve dans niasa, massa, massum, rnascia, viasium, en latin du moyen-àge; mas, en vieux français; masmle et mazet, en provençal ; mansio, en latin, etc.

Le bourg chef-lieu est à 13 kilom. de Dieulefit, son chef-lieu de canton, à 16 de Montéiimar et à 54 de Valence.

Placé à l'entrée du val éLroit qu'arrose le Jabron, affluent du Roubion, sur la route de Vienne en Provence par Romans et Crest, il offrait au moyen-âge une position stratégique importante. Avant de redire avec quelques détails les compétitions nées ou étouffées autour de ses murailles, demandons à la statistique quelques renseignements sur le sol même où nos héros vont se mouvoir.

On sait que le vingtain affecté à l'entretien des remparts équivalait d'ordinaire à la 20e partie des grains ; en 1390, il s'élevait à 90 sétiers et la récolte totale à 1800; en 1548, il était de 178 sétiers, moitié blé, moitié seigle, et la récolte entière de 3,560 sétiers.

Ces résultats donnés par le calcul peuvent être exagérés ; mais ils donnent cependant une idée de la population et de la culture à ces époques déjà lointaines.

D'après le contrôleur ambulant de l'Election de Montéiimar, en 1734, la commune avait en étendue 9,329 sétérées dont 1918 de biens nobles, estimés au cadastre 97 livres et 7,41 1 de fonds roturiers et taillables estimés 319 livres. La sétérée, subdivisée en 2 éminées 4 quartes et 24 civayers, avait 500 toises carrées. On comptait 218 maisons ou granges et autant de ménages. Il s'y trouvait quelques vignes et quelques bois, peu d'arbres à fruits, peu de noyers et peu de mûriers ; partant les récoltes se réduisaient au vin, au blé, au seigle, à l'avoine, à l'épeautre et au blé noir, consommés par les habitants. Une sétérée de terre ne rapportait en moyenne que 2 livres de revenu net ; 1 sétérée de pré, 3 livres 10 sols, une sétérée de vigne, 2 livres 10 sols. Outre le Jabron, sorti de Comps, le Vermenon, son affluent, exer-

çait parfois de grands ravages ; les usines se réduisaient à un moulin à farine et à trois foulons pour les draps. Les revenus seigneuriaux atteignaient 7,600 livres, ceux de» prieurs 779, ceux du roi 3,216 livres pour la taille, 1,084 pour la capitation, 445 livres pour le dixième et 372 livres pour le ban vin.

On arrive ainsi à un total de 13,496 livres, qui représentent aujourd'hui près de 30,000 fr., si Ton prend pour terme de comparaison le prix du blé. (1)

Les efforts de l'agriculture pour suffire à toutes ces charges à une époque où le commerce était nul à Chàteauneuf-de-Mazenc, rendirent de plus en plus précaire la situation des habitants, et, en 1789, le tableau des misères révélées par la statistique officielle est loin d'être flatté, ni flatteur.

La commune, disent les officiers municipaux à la commission intermédiaire, a une lieue de long sur demilieue de large. Le hameau de La Bégude ou Béguë est à un demi-quart de lieue du. bourg.

Il y a 240 individus soumis à la capitation, sorte de cote personnelle. On bâtit les maisons à chaux et sable avec des pierres brutes tirées de Puigiron ou de Poët- Laval. Les tuiles s'achètent sur place et durent peu ; les bois viennent par le Rhône. Mauvais et sablonneux en général, le sol, aux meilleurs endroits, appartient au seigneur, à M. de Chabrillan ou à l'ordre de Malte. 11 n'y vient guère que du seigle ou du sarrasin et peu de blé, et un sétier de semence en rend à peine trois à la récolte. Les mûriers n'y vivent qu'environ six ans. Pendant près de neuf mois, la population se nourrit seulement de pommes de terre et de légumes. On tire de Montélimar le

f(l) Le setier pesant 100 livres, poids de pays, et 92 livres, >oids de marc, valait de 5 à 6 livres ; aujourd'hui Ihecloitre pèse 77 kilogr. en moyenne et se vend de 20 & 25 fr,

grain nécessaire à l'alimentation, et le chemin est presque toujours impraticable. C'est dans la même ville que se débitent les œufs et la volaille des granges.

Moyennant une pension annuelle de 45 livres au Chapitre de Crest, la communauté jouit d'un bois de pin à San-Kambert, utile simplement au chauffage ; la forêt desBlachesa été usurpée par le seigneur, après qu'il a eu conseillé de n'en pas faire la déclaration au roi comme bien communal. Le Jabron corrode ses rives et a détruit l'ancien pont, dont l'entretien incombait au seigneur, maître du péage ; mais bien que deux arcades existent encore, il n'y fait aucune réparation. 11 a pris l'eau du torrent pour son moulin banal, pour deux petites fabriques à soie et pour l'arrosage des terres de Chaleauneuf et de La Batie-Rolland, moyennant 27 sols par sétérée arrosée. Deux autres cours d'eau, le Vermenon et Bramefan, faute de réparations, causent tous les ans de grands ravages.

Il y a peu, très-peu de bétail agricole, quelques couples de bœufs, quelques veaux et poulains, de petite espèce ; l'air du torrent de Jabron infecte les troupeaux de brebis, et la cherté du sel oblige de les vendre.

Aucun commerce n'augmente les maigres ressources de la culture; les deux petites fabriques à soie ne travaillent pas plus de trois mois l'année.

Depuis 1755, la municipalité est administrée par 1G conseillers, deux consuls et le châtelain.

Les charges locales s'élèvent à 316 livres, les extraordinaires àî)l livres pour les héritiers de MUe d'Astier, 14*2 à un procureur de Grenoble, qui a mal soutenu nos droits contre le seigneur, et 500 livres à celui-ci, ensuite du jugement rendu contre nous ; les impositions à 1,945 livres pour les tailles, 1 .448 livres pour quartiers d'hiver (impôt militaire), 305 livres pour droits de laissons,

DE MONTÉL1MAR

2 livres pour droits de quittance, 1,500 livras pour capitation, 237 pour don gratuit, 803 pour vingtièmes.

Les pauvres ont un revenu de 150 livres, une dime de 15 sétiers de grains, un don de 15 cartes pour 12 veuves, et la 24' partie de la dime. Pavés et cUemins, tout est mal entretenu ; le seigneur a fait jeter sur La Bégude un torrent formé des eaux pluviales, qui causent de grands maux ; il s'empare des bois communs et ruine la population en procès et redevances. Des cinq foires anciennes, 11 juin, lfr août, 21 septembre, 28 octobre et 1" décembre, il ne reste plus que les deux dernières : quant au marché du jeudi, il a également cessé. — Tel est le résumé de la situation en 1789.

Aujourd'hui

La Révolution, qui avait tenté d'exclure du langage ordinaire tous les niots se rattachant de près ou de loin aux croyances religieuses et à la féodalité, lit de St- Gervais, Montruubion, de Dieulefit, Montjabron et de Châteaoneuf, Neuf-Mazenc. Toutefois, la perte d'une partie do son nom fut, pour la commune, largement compensée par la création, dans son village chef-lieu, d'une justice de paix et d'une administration cantonale étendant sa juridiction sur La Bâtie-Rolland, Espelucbe, U\ Touche, Porles, Rocbeforl, Souspierre et Aleyrac. Cette période (1), à cause des chauffeurs, ne fut pas

(1) Du 7 mars 1790 au 9 frimaire an x.

exempte d'alarmes. Mais j'ai promis la statistique avant l'histoire, laissons la parole aux chiffres.

Chàteauneuf-de-Mazenc, par la configuration générale de son territoire, ressemble à un oiseau déployant ses ailes vers Aleyrac et Cléon-d'Andran. L'aile d'Aleyrac est couverte de bois, le reste de cultures.

D'après le cadastre, qui date de 1830, la superficie territoriale se décompose ainsi :

Contenance.

Revenu.

Terres labourables.

aie.

Terrains plantés. . .

Canaux, rivières. . .

Propriétés bâties. .

Total. 2,362

La contenance imposable est aujourd'hui de 2,287 hectares, et le revenu de 93,746 fr. 99.

M. Mermoz, ayant pris pour base de ses appréciations le prix de ferme d'un domaine considérable sis à St-Paullés-Romans, soit 57 fr. par hectare, trouvait, en 1839, à Chàteauneuf-de-Mazenc, 37 fr. 25 pour l'hectare, toute proportion gardée ; 6 fr. 36 à Aleyrac. 13 fr. 69 à Poël- Laval, 16 fr. 59 à Sallettes, 8 fr. 93 à Souspierre.

Le revenu des propriétés bâties arrivait, selon lui, à 10,299 fr. et celui des propriétés non bâties à 85,348 fr.

Voici le montant des rôles pour 1869 :

Part de l'Etat 11,914' 25 «

— du département. . . 5,156 16

— de la commune. . . 8,750 73 Non-valeurs 502 31

Total 26,323 ' 45'

DE MONTELIM^R

Des renseignements statistiques dont je ne garantirais l'exactitude évaluent ainsi, sous le rapport agricole, les productions de 1868 :

Blé 50 h , prod. moyenne. 30 hectol. à l'hect.

iléteil 1 » » 50

Seigle 1 » » 50

Maïs 5 » » 70 »

Sarrasin 5 » » 40 »

Avoine 10 » » 80 »

Pommes de terre. 15 » » 50 »

Vers ù soie 250 onces, 25 kilogr. Ponce.

La garance y est cultivée avec succès sur une étendue moyenne de 10 hectares; la vigne pour -21 4- hectares peut donner environ 4,280 hectolitres de vin, à raison de 20 hectolitres à l'hectare.

Quant aux bois taillis (539 hectares), ou de haute futaie (37 hectares), ils trouvent un débit facile pour le chauffage et l'industrie.

C'est dans la plaine, au pied du village, entre Charols, La Batie-Rolland et Portes, que se trouvent les meilleurs fonds.

Des arrosages, régis par un syndicat, ont permis d'y établir des prairies ; toutefois, le bétail n'y est l'objet d'aucuns soins particuliers et se trouve réduit aux seules nécessités de la culture : 300 chevaux ou mulets environ, 60 bœufs ou vaches.

Le recensement de 186G accuse les résultats suivants au point de vue de la population :

Quartiers. Valsons. Ménages. Individus.

Village 125 131 429

Bpfrude 81 107 342

Sage et Clos 27 28 107

Barbier. Pas-de-Lacroix 41 41 176 A reporter. ... 274 307 1,054

Quartiers.

Maisons.

Ménages.

Individus.

Gironnes, Mazet

Vermenon, Benavent..

Totaux. . .

J'ai pour l'état civil la

5 données suivantes

Années. Homir.es.

Garçons.

Femmes.

Filles.

An VIII. 318

ia31 383

Sur le nombre d'habitants adultes, 180 femmes ou filles sont occupées à l'ouvraison de la soie ou à la filature des cocons ; 30 hommes ou garçons dans les trois poteries, 18 dans les trois tuileries, et 10 dans une usine à cardes. Le restant de la population, sauf quelques artisans, se livre à l'agriculture.

En 1851, il y avait 474 ménages et 1,931 habitants, dont 1,842 catholiques, 89 protestants, 574 propriétaires-cultivateurs, 115 fermiers, 76 domestiques, 12 maçons, menuisiers, serruriers, etc., 52 marchands de tissus, tailleurs, modistes, etc., 13 charrons, bourreliers, voituriers, etc., 259 sans profession, 279 vivant du produit de leurs renies, 446 en bas âge, etc.

Je m'arrête ; les chiffres ont certainement leur éloquence, mais une éloquence monotone, et ceux que j'ai donnés permettent une appréciation suffisante de l'importance du bourg, bâti en amphithéâtre sur le versant

d'un coleau peu élevé et protégé par un ancien château fort en ruines.

Chàteauneuf n'était pas seulement un centre agricole au moyen-âge ; c'était surtout un point stratégique ; à ce double titre nous allons voir les dominations diverses y placer des établissements, jusqu'à ce qu'enfin le règne de l'ordre et de la sécurité permette aux cultivateurs de bâtir leurs demeures au milieu de leurs champs (1).

Antiquités

Laissant de côté la question géologique au point de vue de la formation des montagnes voisines de Châleauneuf et de la vallée qu'il domine, nous trouvons tout d'abord sur son plateau élevé quelques habitants associés pour se défendre contre les inondations et se créer des abris et des armes successivement de pierre, de fer et de bronze.

On n'a que des renseignements incertains sur cette période.

Les Ibères, tribu de la grande famille indo-germanique, passent pour être venus les premiers dans les solitudes européennes; mais les Celles, partis aussi de l'Orient, les refoulent vers les Pyrénées et forment souche, dans

(l) Archives départementales, série M: — série C; — Archives de la commune; — Mermoz, Nouveau projet de répartition.

nos contrées, avec les Kymris, leurs frères d'origine. Trois invasions successives de ces derniers sont notées dans l'histoire : l'une au xme siècle avant notre ère ; la deuxième, de G14 à 578 et la troisième, au temps de Marins. Strabon représente ces peuples anciens comme fous de guerre, irritables, prompts à tirer l'épée, du reste simples et point méchants, faciles à provoquer, aisés à persuader, francs, légers, pleins de fougue et de présomption, amis de la parure. La, conquête romaine modifia par la suite leur caractère en dirigeant leur activité vers l'agriculture et les lettres et en leur apprenant le respect des lois.

Aux Goths, Lombards, Bourguignons et Francs succèdent plus tard les Hongrois et les Sarrasins, puis la féodalité qui attache au sol les habitants de chaque fief. (1)

Parmi les tribus gauloises, celle des Allobroges occupait le nord de la Drôme, l'Isère et la Savoie ; celle des Voconces, le diocèse de Die ; celle des Tricastins, le diocèse de St-Paul-Trois-Chateaux, et celle desCavares, le diocèse de Valence. Châteauneuf se trouvait de la sorte placé entre les Cavares, les Tricastins et les Voconces.

On sait que les Allobroges supportaient impatiemment le joug des Romains, et que les Voconces ne cherchèrent jamais à s'en affranchir : de là le silence des historiens. (2)

Je rappellerai aussi que les Celtes n'avaient pas de villes et habitaient des maisons de bois, couvertes de chaume, réunies en petites bourgades à mi-côte, le long des rivières, au bord des forêts. Les maisons de bois persistèrent même si longtemps chez les Allobroges,

(1) Victor de St-Genis, Histoire de Savoie, I.

flî) Long, Mémoires sur les Antiquités... des Voconliens.

qu'en 1049, celles de Romans étaient encore construites sur l'ancien modèle (1). Quoiqu'il en soit, du reste, les Gaulois se réunissaient dans l'une ou l'autre de ces agglomérations pour échanger leurs produits ou pour délibérer sur les affaires publiques. Les bourgades, placées dans le voisinage des camps retranchés des Romains, devinrent des lieux d'étape, des villes et des communautés. Il y avait aussi alors des oppida, vastes enclos fortifiés par la nature, au débouché des vallées, sur des crêtes inaccessibles, où tout un peuple, en cas d'attaque, trouvait un asile assuré. (3)

Chàteauneuf devait être une bourgade plutôt qu'un oppidum, et la découverte récente à St-Gervais de 7 kilogrammes d'oboles de Marseille, contemporaines, diton, d'Alexandre-le-Grand, permet de supposer dans la Valdaine plusieurs centres commerciaux où les négociants phocéens ne dédaignaient pas de se rendre.

Sous la domination romaine, oppida et bourgades celtiques perdent leur importance ; la civilisation préfère la plaine aux coteaux. Ainsi s'expliquent les agglomérations de St-Gervais, de St-Maurice-sur-Chûteauneuf, de Savenne à Pont-de-Barret, où les plus anciennes abbayes établissent des prieurés au \e siècle.

D'autre part, si les grandes voies des vallées de la Drôme et du Rhône étaient hors de portée des cultivateurs de la Valdaine, des chemins secondaires facilitaient sans doute leurs relations avec les villes plus importantes. On a trouvé des inscriptions tumulaires romaines à Puy-St-Martin, à Cléon-d'Andran, à Kyzahut, et un grand nombre de médailles et d'objets antiques à Sauzel,

f 1) r.iraud, Essai historique sur l'abbaye de Sl-ltarnard, I, 38.

(2. Pline compte chez les Vo 'omccs deux villes : Luc et Vàison, et dix-neuf mauvais bnurps fortifiés, ignobilin oppida.

St-Gervais, La Bâtie-Rolland, Portes, Châteauneuf, Pontde-Barret, Dieulefit, Montéliraar et Marsanne ; n'est-ce pas une preuve que ça et là, à ces époques reculées, s'élevaient des villas habitées par de riches bourgeois et qu'il existait des moyens faciles de communication le long du Roubion et de son affluent? Peut-être arriverat-on à déterminer plus tard un embranchement qui partait de la voie domitienne à Lène pour aller à Vaison par Condillac, Sauzet, St-Gervais, Châteauneuf, Taulignan et Nyons, ou d'Acunum à Die par Montboucher, La Bâtie-Rolland, Châteauneuf, Dieulefit, Bourdeaux, etc. Peut-être aussi possédait-on alors une voie intermédiaire d'Allemagne en Provence, comme on l'appelait, au xive siècle, parvienne, Romans, Crest, Grignan, Baumede-Transit et Orange. (1)

Un fait certain, c'est qu'au xne siècle, quand l'ordre du Temple et celui de St-Jean-de-Jérusalem établirent pour les pèlerins des asiles hospitaliers, ils choisirent Monlélimar, Montboucher, St-Gervais, Charols, Puy- St-Martin, Manas, Eyzahut, Châteauneuf-de-Mazenc, Portes, Souspierre, Poët-Laval, Dieulefit, Bourdeaux, etc. N'est-il pas rationnel de conclure de ce choix que des routes sillonnaient les deux vallées du Roubion et du Jabron, de l'ouest à l'est et du nord au midi?

Pendant la période féodale comprise entre le xme et le xve siècle, les voyages devenant plus rares, les péages nombreux et le peu de sécurité des routes entravant les échanges commerciaux, le souvenir même des anciens chemins a fini par disparaître, et aujourd'hui nous en sommes réduits aux conjectures pour expliquer la présence des nombreuses épaves de la civilisation romaine

!.\] Catalogue des archives de la maison de Grignan, par Vaïlet de Viriville, p. 27

recueillies dans les environs de Chateauneuf el sur son territoire même.

M. Vallcntin, qui possède un grand nombre de ces richesses archéologiques, a bien voulu nous en donner une description exacte :

« La plaine de Chateauneuf, surtout dans sa partie comprise entre le bourg, Charols et St-Gervais, est de tous les environs de Montélimar l'endroit le plus riche en monnaies anciennes et en objets gallo-romains. Voici rénumération de ceux que je possède, venant de cette localité :

« E\ïoque gauloise. Trois deniers argent ; — seize instruments en serjmtine, vulgairement désignés sous la dénomination de haclies celtiques ; — deux anneaux en poterie, deux en verre et plusieurs en bronze.

« Ejyoque gallo-romaine. Une urne en poterie grise de forme très élégante (hauteur, 34 cent.; diamètre, 36 cent.); — plusieurs lampes funéraires dont une à sujet spinihrien ; — de petits vases également en poterie, de toutes dimensions, de formes variées et de couleur rouge ou grise ; — trois belles urnes en verre et une jolie coupe sans pied, en verre bleu; — de nombreux lacrymatoires de diverses grosseurs; — un curieux mortier à parfums avec son pilon en marbre blanc ; — un Priape en bronze avec anneau de suspension ; — une belle pierre gravée en combine, très finement travaillée ; — une assez grande quantité d'instruments et d'objets divers en bronze ; — des fragments de poteries et de verres ; — cinq monnaies consulaires en argent, deniers ou quinaires ; — un nombre considérable de pièces du liant et du bas empire en argent ou en bronze, dont quelques-unes fort bien conservées : voilà, je crois, à peu près tout ce que m'a fourni cette commune. »

En présence de ces intéressantes révélations, Châteauneuf peut-il regretter encore la perte d'Aéria ? Nullement. L'cxiguité du plateau, son éloignement du Rhône, ne permettaient pas d'y emplacer une ville; tout concourt au contraire à prouver qu'il y avait une bourgade sur la colline à l'époque gauloise, et dans la plaine sous les Romains. N'est-ce pas un titre de gloire suffisant ?

Premiers Seigneurs

Des actes du xe siècle nous montrent les Geilon, premiers comtes de Valentinois et Diois, en paisible possession de l'ancien diocèse de Die, presque en entier, et par conséquent de Châteauneuf-de-Mazenc (1). Or, les Poitiers succédèrent aux Geilon et étendirent plus loin qu'eux les bornes de leur suzeraineté. Est-ce à dire que ces puissants personnages habitaient tour à tour chacune de leurs terres? Nullement. Les comtes, en qualité de gouverneurs des campagnes, avaient sous leurs ordres des officiers militaires et civils, chargés de les représenter dans les bourgs et villages, devenus comme eux, depuis l'hérédité des offices ou bénéfices, les véritables maîtres de leurs cantonnements. On sait qu'à l'origine de la monarchie française, les noms n'étaient pas héréditaires et que, pour distinguer les seigneurs entre eux,

(1) Voir les monographies de Bonlieu et de Charols.

l'usage leur attribua le nom de leur lief. Nous trouvons effectivement une famille de Châteauneuf, investie de droits considérables dans la communauté vers la fin du xur siècle, époque où ses premiers titres écrits commencent à apparaître, où ses trois portes ogivales et ses murs d'enceinte s'élèvent, où son importance stratégique se dessine.

Ces premiers maitres de Châteauneuf relevajent naturellement des Poitiers ; mais, par suite de revers militaires, d'infortunes, de marchés ou d'alliances, ils reconnurent bientôt d'autres supérieurs.

Les monographies de Montélimar et de Grignan me permettront d'étudier avec soin l'origine des Adhémar, maitres au xne siècle d'une partie de l'arrondissement, en concurrence avec les Poitiers. Un acte du commencement d'avril 1*253 nous présente les deux puissantes maisons en lutte de suprématie sur Châteauneuf-de- Mazcnc. Raymond de Baux, prince d'Orange, arbitre désigné par les prétendants eux-mêmes, déclara que la juridiction de Châteauneuf et de Savasse, c'est-à-dire le droit d'y rendre la justice, appartiendrait en commun aux parties (1). Une autre sentence arbitrale du 1er décembre 1271 condamnait Jacquemet de Châteauneuf à reconnaître sa part de fief de la mouvance de Lambert Adhémar.

Un acte de 1283, analysé par M. Ravel des Crottes, qui en possédait trois copies non signées dans ses archives, nous apprend que noble Hugues Adhémar, seigneur de La Garde, et fils de Lambert, reçut alors en fief d'illustre Aimar de Poitiers une partie de Châteauneuf, diverses terres voisines et l'autorisation d'introduire ses troupes, «l'y prendre des vivres, en les payant, avec la clause d<?

1) Inventaire de la Chambre des Comptes.

réciprocité, et la somme de 25,000 sols viennois. Le comte de Valentinois promit, en outre, à Hugues la main de sa fille pour le fils de celui-ci.

Or, il résulte d'une clause de la charte que les stipulations précédentes seraient non avenues « si Hugues nr » pouvait recouvrer sur son frère Guigues, les terres » de Chàteauneuf-de-Mazenc, Portes, La Bâtie, Rac, » etc. » N'est-ce pas là une révélation sur l'état de guerre où se trouvaient alors souvent les possesseurs de iîefs ?

Aucun titre de la seigneurie ne fait connaître l'issue de ce traité d'alliance; maison sait que Hugues, fils aîné du seigneur de La Garde, épousa Constance de Poitiers, fille d'Aimar ; que Guigues, frère d'Hugonet, élait grandmaître de la milice du Temple (l) ; qu'en l'année 1284-. Hugues passa quittance à Aimar d'une somme non indiquée et lui prêta hommage pour La Garde, Rac, Savasse et Châteauncuf. (2)

Le Comtat-Venaissin, confisqué à Raymond-le-Jcune, comte de Toulouse, avait été donné a la cour romaine en 1228 ; dès ce moment elle eut lieu d'intervenir plusieurs fois en Dauphiné, et Philippe de Bernison, gouverneur du Comtat pour le pape Nicolas IV, voulut même ohliger Hugonet Adhémar, fils de Hugues, à lui rendre hommage pour une part de Châteauncuf-de- Mazenc et de Savasse, pour La Garde et Rac. Aimar de Poitiers s'y opposa naturellement ; mais une transaction du 22 janvier 1291 fit de Hugonet, pour les terres précitées, un vassal immédiat du comte de Valentinois et un arrière- vassal de l'Eglise. (3)

Le seigneur de La Garde avait sans doute négligé

(1) Nadal, Les Adhémar, p. 44.

(2) Inventaire des Poitiers.

(3) Valbonnays, I, 241 ; 11,59, 60.

quelque service féodal, car le recteur du Comtat basait ses prétentions sur le droit de confiscation ou commise.

Tout à côté des ambitions rivales des Adhéraar et des Poitiers sur Chàteauneuf, s'élevèrent aussi alors celles d'un ordre religieux, déjà puissant, Tordre des chevaliers de St-Jean-de-Jérusalem. Le comte de Valentinois, en vertu d'un accord de l'an 1269, écarla les droits féodaux prétendus sur sa terre et laissa aux Hospitaliers la libre possession des biens qu'ils y avaient. (1)

Enfin la famille elle-même de Chàteauneuf élevait à sou tour la voix en faveur de ses titres anciens. Aimar 11 acquit de Pierre et de Guillaume les droits qui leur appartenaient dans le fief, le 13 mai 1263, et nouvelle portion, le 15 mars suivant. (2)

Une fois introduits dans la place, les Poitiers ne manquèrent pas d'octroyer à leurs sujets des privilèges, libertés et franchises de nature à se les attacher, et les Chàteauneuf, encore maîtres d'une part de la seigneurie, durent, à leur exemple, accorder les mêmes faveurs.

D'ordinaire les pactes de ce genre étaient précédés d'émeutes, de rébellions ou tout au moins de négociations adroitement ménagées.

Rien de semblable ne se trouve à Chàteauneuf. En effet, d'après l'acte de 1292, Aimar de Poitiers et Guillaume de Chàteauneuf agissent « de leur propre et franche volonté, non contraints par la force, non circonvenus par dol, fraude, machination, artifice ou ruse quelconques, » dans l'unique intérêt « de l'honneur et du bien-être de leurs vassaux. » (3)

(1) Inventaire de la Chambre d»'s Comptes.

(2) Anselme, liisl. gén. des Grands Officiers, II, 188.

(3) De Coston, Notice historique sur Châleanneuf de- Mazenc, p. 12.

J'examinerai plus loin en détail les libertés de 1292 ; afin d'être fidèle à mon plan, je dois d'abord continuer l'histoire des seigneurs.

Des Adhémar les droits féodaux sur Châteauneuf passèrent à la maison de Taulignan, par suite du mariage de Giraude-Adhémar avec Bertrand, 11e du nom. Celui-ci échangea la terre patrimoniale avec Aimar de Poitiers, le 4 mai 1293, contre les châteaux de Cléon-d'Andran, La Rochebaudin, etc. et 10,000 sols viennois (1). La même année Bertrand Ier, chevalier, et Bertrand II, son petit-fils, hypothéquèrent sur Chàteauneuf-de-Mazenc et Taulignan la somme de 75,000 sols que leur avait prêtée le comte de Valentinois. Aimar ne tarda pas à retirer le fruit de ses avances, et, le 13 juillet 1312, Bertrand de Taulignan lui donna la quatrième partie de Châteauneuf-de-Mazcnc, se mouvant du seigneur de La Garde, et trois jours après, lui vendit une autre portion de la même terre, au prix de 1 ,000 livres bonne monnaie.

Déjà, en 1307, le comte de Valentinois avait acquis moyennant 100 livres les forts, les hommes, les hommages et les droits de Pierre de Mirabel, de Mabille, sa femme, et de Peyronnet et Guillet, leurs enfants ; un échange avec Guillaume de Montoison, chevalier, contre Suze et Chosséon-au-Diois, lui valut aussi la part que ce gentilhomme possédait à Châteauneuf. Les Mirabel et les Clermont avaient sans doute épousé une des dernières descendantes de la famille qui la première eut le fief et le nom de la terre.

Enfin la suzeraineté des Adhémar gênant le comte de Valentinois, il leur donna celle de Puy-Sl-Martin et resta seul maître de Châteauneuf. (2)

il) Les Adhémar, p. 42.

(2) Inventaire de la Chambre des Comptes; — Invent, «les nrch. dép., E, an mot (Uermont Montoison.

DE MONTKLIMAR

Les Poitiers

Il est utile pour l'intelligence des faits qui vont suivre de résumer la généalogie de la grande famille des Poitiers, maîtres de Châteauneuf pendant le xiv siècle.

1 1 "25-1 155. Guillaume ( ...

\ Gudlaume II.

véronique \

Aimar I.

Guillaume III.

1158- 1187. Guillaume II (

Béatrix de Viennois \

1159- 1239. Aimar I (

Philippe de Fay \ M. Guillaume III j Aimar II, Flotte de Roi/ans \ Josserande.

i.i m i vr-7 » • M ( Aimar III,

Page 1